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Islam

Qaradawi: Le problème n’est pas la foi des Juifs mais leurs actes
13/02/2005

MEMRI

THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE

Dépêches spéciales N° 858

Pour voir ce document en format HTML, visitez :
www.memri.org/bin/french/latestnews.cgi?ID=SD85805

Version française revue et corrigée par Menahem Macina.

7 février 2005

Le cheikh Youssef Al-Qaradhawi sur Al-Jazira :
Ce n’est pas avec le judaïsme en tant que religion
mais avec les agissements des Juifs que nous avons un problème.
Le cheikh Al-Qaradhawi sur son site Internet :
"Ô ma nation ! La lutte est devenue obligatoire."



L’émission télévisée d’Al-Jazira "Religion et vie", dont le Dr Youssef Al-Qaradhawi a été plusieurs fois l’invité, s’est dernièrement penchée sur le thème des relations entre Juifs et musulmans. L’émission a été diffusée la semaine où le maire de Londres, M. Ken Livingstone, défendait son invitation d’Al-Qaradhawi à la mairie, l’an passé, affirmant qu’Al-Qaradhawi est un dirigeant musulman modéré. Comme pour donner raison aux déclarations de M. Livingstone, Al-Qaradhawi a, cette fois, tenu des propos différents de ses déclarations habituelles sur les Juifs.
Toutefois, malgré ce qui semble être son intention de paraître modéré, il s’est contredit à plusieurs reprises au cours de l’interview. Sur le sujet du rapport de l’islam aux Juifs et au judaïsme, il a expliqué que le problème n’était pas le judaïsme en tant que religion, mais les Juifs et Israël. (1)
Deux semaines avant cette interview, Al-Qaradhawi avait publié, sur son site www.qaradawi.net, un poème de 76 couplets, intitulé "Ô ma nation ! La lutte est devenue obligatoire", (2) Nous vous proposons ci-dessous des extraits de son interview sur Al-Jazira ainsi que de son poème.




A. Mission d’Al-Qaradhawi sur Al-Jazira

Le désaccord entre religions est la volonté de Dieu

Question: "Commençons par le thème des relations entre Juifs et musulmans, et du rapport à l’Autre, de façon générale, selon l’islam. Quelle est, votre honneur, la base de tout rapport à autrui ?"

Al-Qaradhawi: "Quiconque étudie la foi islamique s’aperçoit qu’elle est ouverte à tous, qu’elle ne cherche pas à annuler l’autre, mais admet au contraire l’existence de l’autre et le fait que certains s’opposent [à l’islam en termes de] foi, de loi et de politique. Les désaccords sérieux se rapportent toutefois à la foi.

Le Coran établit que les désaccords [religieux] existent parce que Dieu l’a voulu ainsi (…) que les gens appartiennent à différentes religions. Après tout, si Dieu avait voulu que tous aient la même religion et suivent le même chemin, il aurait créé l’Homme autrement. Mais il a créé l’Homme tel qu’il est, le dotant d’un esprit libre et de libre arbitre. Tant que les hommes bénéficieront d’un esprit libre et de libre arbitre, ils auront inévitablement des orientations différentes, religieuses et autres… Quiconque veut annuler l’ ’Autre’ et voir les gens unis dans une même religion et un même chemin aspire à quelque chose qui contredit la volonté divine. Son désir ne se réalisera pas car il est impossible de l’exaucer - puisque il s’oppose à la volonté divine.

L’islam reconnaît ’l’Autre’ et érige l’attitude envers autrui sur de solides fondations, même si l’autre est considéré comme un infidèle. En d’autres termes, tout être pieux croit détenir la vérité et estime que les autres sont dans l’erreur, se qualifiant de croyant et qualifiant les autres d’infidèles. C’est ce que croient les musulmans, les Juifs et les chrétiens… Quel rapport peut-on avoir avec quelqu’un que l’on considère comme un infidèle? L’islam soulève les problèmes de base, relatifs à l’esprit et à l’âme de l’homme, découlant sur ce que l’on appelle généralement ’la tolérance religieuse’.

En premier lieu, il est [entendu] que les désaccords [entre religions] sont le fait de la volonté de Dieu (…) Ensuite, [selon l’islam], si un homme avance sur le sentier de la droiture et que l’autre en dévie, le premier est un croyant et le second un infidèle, l’un est innocent et l’autre est un pécheur ; tous devront rendre compte de leurs actions devant Dieu, non devant l’Homme, au Jour du Jugement - non en ce monde, mais dans l’Au-delà. C’est pourquoi le [musulman croyant] ne cherche pas à juger ceux qui désapprouvent [sa religion] en ce monde. C’est Dieu qui jugera au Jour de la Résurrection (…)"


Mahomet a honoré les funérailles d’un juif ; quand on a attiré son attention sur le fait que le défunt était juif, il a rétorqué: ce Juif n’est-il pas un être humain?

"Troisièmement, l’islam honore l’Homme en tant que tel, sans considération de genre, de religion, de couleur ou de statut. L’Homme a le droit d’être respecté [comme il est écrit dans le Coran 17: 70]: ’Nous avons honoré l’Homme’. [Les deux autorités les plus fiables en matière de hadiths] Al-Bukhari et Muslim relatent qu’alors que le cortège funèbre passait devant le Prophète, il s’est levé pour faire honneur au défunt. On a dit au Messager de Dieu: Ce sont les funérailles d’un Juif. Ce cercueil appartient à un Juif, non à un musulman.’ Il a répondu: ’N’est-ce pas [aussi] une âme ? Le Juif n’est-il pas une âme humaine ?’ Quelle belle approche ! Et quelle belle explication que celle qui dit: ’c’est aussi une âme’.

Quatrièmement, dans l’islam, les relations entre personnes sont basées sur la justice. La justice de Dieu s’applique à toutes Ses créatures: Juifs, chrétiens, Zoroastriens, païens… Dans le chapitre Al-Nissaa du Coran, Dieu révèle neuf versets, qui défendent un Juif injustement accusé: un musulman avait commis un vol, et sa famille et sa tribu voulaient faire porter la faute à un certain Juif. Ils dirent au Prophète qu’untel avait volé tel objet, ce que le Prophète ne fut pas loin de croire, prenant la défense du musulman et accusant le Juif. [Mais] ce [chapitre] du Coran fut révélé pour innocenter le Juif (…)"


Nous n’avons pas inventé la haine des Juifs ; à l’époque où l’Europe persécutait les Juifs, ils ont trouvé un havre de paix sur les terres musulmanes.

Question: "Si les relations [entre musulmans et Juifs] se basent sur la tolérance, comme vous dites, et si les relations entre les musulmans et autrui sont définies par le Coran, comme vous dites, comment se fait-il qu’il existe une telle hostilité entre musulmans et Juifs?"

Al-Qaradhawi: "Nous n’avons pas inventé cette hostilité [à l’égard des Juifs]. Les Juifs ont vécu parmi les musulmans pendant des siècles, même à l’époque où l’Europe les a persécutés et expulsés (…) Ils ont trouvé un havre sûr en territoire musulman et dans les pays musulmans. En effet, l’islam considère les Juifs comme le Peuple du Livre, ce qui signifie qu’ils possèdent un Livre divin. S’il est vrai que nous estimons que la Torah a été déformée et modifiée, la Torah n’en demeure pas moins un Livre divin. En outre, les musulmans considèrent Moïse comme l’un des grands messagers… Le Coran dit qu’Allah a distingué Moïse car celui-ci prononçait directement la parole de Dieu et n’était pas un médiateur, un ange ou [un être] divinement inspiré (…)

L’islam considère que les Juifs, tout comme les chrétiens, ont un Livre divin et une religion divine. Dans l’islam, il existe des lois spécifiques [aux Juifs], différentes de celles [des disciples] d’autres [religions]. Nous pouvons manger les bêtes qu’ils ont abattues et épouser leurs femmes… Un musulman a le droit d’épouser une Juive ou une chrétienne. Elle devient sa femme au foyer, sa compagne, sa confidente et la mère de ses enfants (…) et ils sont liés l’un à l’autre par le mariage (…) Il existe deux types de relations naturelles: les relations par le sang et la lignée, et les relations par le mariage. Quand un homme se marie, il ajoute une autre famille à la sienne. Le père de sa femme devient le grand-père de ses enfants. Sa mère devient la grand-mère de ses enfants. Ses frères deviennent les oncles maternels de ses enfants, et ses sœurs deviennent leurs tantes maternelles. Ils ont les mêmes droits que sa famille [de sang]. Ce lien ainsi formé est semblable à un lien familial.

C’est ainsi que le Coran considère les Juifs, et c’est ainsi qu’ils vivaient dans les pays musulmans. Ils bénéficient de la protection [ dhimma ] d’Allah, de Son Messager et de tous les musulmans. [Les Juifs] étaient très riches. Au Caire, où nous avons grandi, la plupart des grands magasins appartenaient aux Juifs… [Les Juifs] étaient proches du pouvoir, et il fut un temps où les musulmans étaient même jaloux d’eux, en raison de leurs liens privilégiés avec le régime (…)"


Le combat entre musulmans et Juifs a commencé avec l’occupation de la terre de Palestine par les Juifs

"Le combat entre nous et les Juifs a commencé quand ils ont occupé la terre de Palestine, en ont expulsé les habitants et ont perpétré tous leurs agissements. C’est eux qui ont déclenché les hostilités, pas nous (…)

Il y a une différence entre le judaïsme en tant que religion et le sionisme comme mouvement politique aux aspirations et objectifs spécifiques. Quand le mouvement sioniste est né et s’est tourné vers la Palestine, plusieurs options [territoriales] se sont présentées à lui, en Amérique latine, en Afrique, etc. Mais les leaders de ce mouvement – Herzl et les autres – ont posé leur dévolu sur la Palestine, considérée comme la Terre promise, dans le but d’éveiller les sentiments du peuple juif, dispersé dans le monde, et de le rassembler. Les Juifs vivaient dans différents pays où ils avaient des intérêts, des richesses et de l’influence ; il n’y avait donc d’autre moyen que la religion pour rassembler tous ces gens (…) C’est pourquoi [les leaders sionistes] ont jugé préférable de se tourner vers la Palestine. De même, le ministre britannique des Affaires étrangères [Arthur James] Balfour, aux sympathies sionistes, a promis d’établir un foyer juif en Palestine pendant la Première guerre mondiale, en 1917.

[Les Juifs] ont d’abord essayé de s’attirer les sympathies de l’Etat ottoman et de son calife. Leurs dirigeants et représentants leur ont offert des millions de livres d’or. A cette époque, l’Etat ottoman avait besoin [de fonds] et ils ont donc offert de pourvoir aux finances de l’Etat et au trésor personnel [du calife]. Mais il a refusé d’abandonner un seul pouce de la terre de Palestine. Ils ont donc élaboré un complot contre lui, faisant chuter son empire, et on connaît la suite. Le problème palestinien est à l’origine de la destruction de la forteresse du califat islamique. C’est le mouvement sioniste qui a initié les hostilités avec les Arabes et les musulmans."

Question: "Si, comme vous le dites, cette hostilité est née du pillage de la Palestine, comment doit-on interpréter le chapitre Al-Maida du Coran [5: 82]: ’Vous découvrirez que ceux qui haïssent le plus les fidèles [les musulmans] sont les Juifs et les polythéistes?’ "

Al-Qaradhawi: "Ce verset fait référence à une situation historique. L’islam a accepté les Juifs à bras ouverts et a accueilli favorablement [l’idée d’établir des] relations avec eux, vu qu’ils sont le Peuple du Livre. L’une des premières choses que le Prophète a faites en se rendant à Médine fut de signer un pacte avec eux. Il a signé un pacte établissant une garantie en temps de paix et l’aide mutuelle en temps de guerre (…) Le problème a commencé avec les Juifs, et par les Juifs. Ils ont trahi et enfreint [le pacte], au point de conclure un accord avec les Quraychites et la tribu de Ghatafan, et avec les païens, qui ont fait un raid sur Médine (…) [Les Juifs] ont malheureusement pris parti pour ces derniers, abandonnant les musulmans au moment où ils avaient le plus besoin de leur aide. Ce qui signifie qu’ils voulaient profiter de cette occasion pour exterminer les musulmans.

Ici [dans ce verset], l’islam fait référence à ceux qui ont [enfreint le pacte]. Mais l’islam est ouvert à ceux qui croient en la religion [juive]. En outre, les Juifs sont probablement les plus proches des musulmans en termes de foi et de loi, plus encore que les chrétiens. Pourquoi ? Parce que les Juifs ne croient pas en la Trinité. Ils ne prennent pas Moïse pour un dieu, alors que les chrétiens voient Jésus comme un dieu. Les chrétiens [n’obéissent pas aux lois] de l’abattage [rituel], contrairement aux Juifs. Vous connaissez les lois diététiques juives. Les chrétiens ne circoncisent pas leurs fils, alors que les Juifs si. Les chrétiens n’interdisent pas [la consommation de] porc, alors que les Juifs si. Les chrétiens n’interdisent pas la possession d’icônes - leurs lieux de culte et leurs églises en sont remplis, alors que les Juifs si. Les Juifs et les musulmans sont en accord sur de nombreux points. Ainsi, le problème avec les Juifs n’a pas à voir avec leur foi ou leur loi mais avec leur avidité et les événements qui expliquent l’attitude [des musulmans] envers les Juifs à l’époque du Prophète, et aujourd’hui encore, depuis qu’ils convoitent la Palestine sainte et bénie."


Le combat qui nous oppose aux juifs n’a pas pour enjeu la foi

Question: "Il existe une minorité juive dans les sociétés islamiques d’Egypte, de Tunisie, du Maroc, de Yémen, de Bahreïn, et dans d’autres sociétés arabes et islamiques. Comment les musulmans devraient-ils se conduire envers la minorité juive ?"

Al-Qaradhawi: "Voilà près de trente ans, j’ai publié un ouvrage intitulé ’Les Non musulmans dans la société musulmane’. J’ai préféré ce titre à celui de ’Ahl al-dhimma’, car certains pensent que le terme ’dhimma ’ vient de ’dhamm ’ [atteinte], alors que dhimma signifie ’pacte’ ou ’garantie’. Cela signifie que ces gens, les non musulmans qui vivent au sein de la société islamique, sont sous la responsabilité d’Allah, de Son Messager et de tous les musulmans – sous leur garantie et leur protection.

L’islam a instauré des règles régulant les relations entre l’Etat islamique et les non musulmans (…) afin que ces relations soient naturelles. [Les non musulmans] vivent dans la société islamique conformément au principe général établi par les autorités légales religieuses: ’Ce qui leur est [permis] nous est [permis] et ce qui leur [incombe] nous [incombe].’ C’est là la base des relations avec les non musulmans, Juifs inclus…, sauf quand la religion entre en ligne de compte (…) Si leur religion leur ordonne de se reposer le samedi, je ne leur imposerai pas de travailler le samedi et de se reposer le vendredi. Non, je dois faire preuve d’égards. Je respecte ce que leur dicte leur religion.

Notre maître Oumar Ibn Abd El-Aziz (…), que les autorités légales religieuses nomment le ’cinquième vertueux calife’, envoya [une lettre] à Imam Hassan Al-Basri, l’une des figures religieuses les mieux connues de son temps, pour lui dire qu’il était choqué de découvrir que les Zoroastriens, sur la terre des Perses, c’est-à-dire en Iran, se mariaient à leurs mères et à leurs sœurs. ’Comment pouvons-nous permettre une chose pareille ?’ [Hassan Al-Basri] lui a envoyé une lettre lui expliquant que leur confession le permettait (…) ’N’essayez pas de changer les choses: même d’épouser leurs mères est chose permise dans leur religion’.

Le respect des dictats des [autres] religions et confessions est pour nous fondamental. Nous ne nous mêlons pas de leurs affaires (…) L’islam est au sommet de l’échelle de la tolérance ; l’islam autorise ce qui est défendu aux musulmans, si c’est permis [par telle autre religion], comme la consommation de porc ou de vin. Pour les musulmans, le vin est le pire des maux ; c’est l’un des pires péchés. Mais si votre religion vous le permet, nous ne vous empêcherons pas d’en consommer. L’essentiel est que ce comportement ne se répande pas parmi les musulmans (…)

Après que les Mongols furent entrés à Damas et eurent fait prisonniers des musulmans, des Juifs et des chrétiens, le cheikh Al-Islam Ibn Taymiyya alla voir Halagu, ou son successeur, accompagné d’un groupe d’oulémas, pour lui demander de libérer les prisonniers. Ils lui dirent: ’Ô cheikh Ibn Taymiyya, nous libérerons les prisonniers musulmans en votre honneur.’ [Le cheikh] s’enquit des Juifs et des chrétiens. Ils lui répondirent: ’Ils resteront avec nous’. Il [Ibn Taymiyya] dit: ’Non: les ahl al-dhimma [Les Dhimmis] passent avant les membres de notre communauté. Je ne partirai pas tant que tous les prisonniers ne seront pas libérés.’ La protection des ahl al-dhimma est un devoir qui incombe aux musulmans. Ils doivent les protéger avant de protéger les musulmans. Les oulémas ont affirmé qu’il est pire de porter atteinte à un dhimmi qu’à un musulman. Il est pire de diffamer un dhimmi qu’un musulman, vu que le premier est placé sous la responsabilité des musulmans.’ "

Question: "Les Juifs de la Torah ne sont pas les Juifs d’aujourd’hui et de notre génération. Comment pourrait-il exister une relation idéale [avec les Juifs actuels] quand ils violent quotidiennement les droits les plus élémentaires des musulmans?"

Al-Qaradhawi: "Les Juifs de notre génération sont bien les Juifs de l’époque de Mahomet, en ce qui concerne la foi et la loi religieuse. La Torah de l’époque du Prophète est la Torah [d’aujourd’hui]. La falsification [de la Torah] a eu lieu antérieurement. Les chrétiens de l’époque du [Prophète] sont les chrétiens d’aujourd’hui. Mais nous parlons ici d’autre chose. Nous ne parlons pas ici de leur foi ou de leur loi religieuse, mais des crimes qu’ils ont commis. Ils expliquent l’hostilité qui existe de part et d’autre. Le combat qui nous oppose aux Juifs n’a pas pour enjeu la foi. Certains pensent que nous combattons les Juifs à cause de leur foi. C’est une erreur. Nous ne combattons pas les Juifs en raison de leur foi ; nous les combattons parce qu’ils se sont accaparé la terre, qu’ils en ont expulsé le peuple et qu’ils l’ont pillée.

Nous avons reconnu l’Etat d’Israël, mais l’Etat d’Israël n’a pas reconnu les Palestiniens. Il a conquis la Cisjordanie, Jérusalem et Gaza, et l’occupation existe encore aujourd’hui, continuant de perpétrer meurtre et destruction, de déraciner des arbres, de brûler des champs et de démolir les mosquées (…) C’est la raison du combat qui nous oppose. Mais il n’y a pas de guerre contre les Juifs en tant que Juifs (…)"


Le dialogue - uniquement avec les Juifs qui s’opposent à la création de l’Etat d’Israël

Question: "Le thème du dialogue entre Juifs et musulmans revient quotidiennement dans les revues, les journaux et les conférences, de plus en plus nombreuses. Que pensez-vous de ces conférences ? Êtes-vous pour ces conférences favorisant le dialogue entre Juifs et musulmans ?"

Al-Qaradhawi: "L’islam est toujours favorable au dialogue. La méthode de la propagation islamique, comme l’explique le Coran [16: 125] est: ’Invite à suivre le chemin de ton Dieu avec sagesse et au moyen d’exhortations bienveillantes. La discussion est la plus courtoise des manières.’ La sagesse et les exhortations bienveillantes sont pour ceux qui approuvent, et la discussion pour ceux qui désapprouvent [l’islam]. Le Coran apporte toutefois des restrictions supplémentaires dans un autre verset: ’(…) Ne discutez avec le Peuple du Livre que de façon bienveillante, sauf s’il fait le mal.’ [46: 29]. Il ne peut y avoir de dialogue entre nous et ceux qui font le mal au sein du Peuple du Livre. Ainsi, les Juifs d’Israël, comme le grand rabbin qui s’est rendu à Al-Azhar pour dialoguer avec le cheikh d’Al-Azhar – j’étais contre. Il ne peut y avoir de dialogue entre nous et lui, vu qu’il soutient le meurtre quotidien de Palestiniens, la démolition des habitations et l’expulsion des personnes, ainsi que les crimes et le massacre barbare qui se poursuivent quotidiennement. Comment pourrais-je lui serrer la main et m’asseoir à ses côtés ?

Mais j’ai rencontré des Juifs l’été dernier (…) [dans une réunion] du Conseil européen de la Fatwa et de la recherche et l’association internationale des érudits musulmans. Il y avait un groupe de Juifs et de rabbins qui assistaient aux conférences (…) Huit de ces rabbins m’ont accompagné jusqu’à l’aéroport et jusqu’à ce que j’embarque. Ils sont contre la création de [l’Etat d’]Israël, estiment que sa création est une violation d’un décret divin selon lequel les Juifs doivent vivre en diaspora ; ils pensent qu’avec [la création de l’Etat Israël, les sionistes] provoquent l’extermination des Juifs. Avec ces rabbins, il est possible de s’asseoir et de parler. Mais s’agissant de ceux qui soutiennent la violence, la tyrannie, la condescendance israéliennes et le meurtre injustifié de notre peuple – nous ne leur serrerons pas la main. Nous sommes favorables au dialogue, mais uniquement quand il est approprié."

Question: "Si vous étiez invité à une conférence pour le dialogue entre Juifs et musulmans, y participeriez-vous ?"

Al-Qaradhawi: "Avec des Juifs qui ne sont pas d’Israël, oui. Je suis ouvert aux Juifs qui se démarquent des agissements d’Israël, et je suis prêt à me trouver en leur compagnie."

Question: "Mais tout dialogue entre musulmans et Juifs (…) peut être interprété comme de la normalisation politique, ou pour le moins être exploité (…)"

Al-Qaradhawi: "C’est pourquoi j’ai dit que je suis contre le dialogue avec des rabbins juifs vivant en Israël, rabbins qui soutiennent les crimes d’Israël. Avec eux, il n’existe aucune possibilité [de dialogue] (…) Nous dialoguerons avec ceux parmi eux qui se montrent raisonnables, et avec les chrétiens ; j’ai d’ailleurs déjà participé à nombre de conférences pour le dialogue entre musulmans et chrétiens. Mais avec ceux qui ’font le mal’, nous ne discuterons pas et ne dialoguerons pas, ainsi qu’Allah l’a enjoint."


Epouser une Juive – seulement si elle croit en la résistance contre Israël

Question: «Au début, vous disiez que les relations avec les Juifs relèvent de la coexistence quotidienne, dans la mesure où ils vivent au sein de la société musulmane, et qu’il peut y avoir des mariages entre des hommes musulmans et des femmes juives ou chrétiennes, issues du Peuple du Livre. Est-ce que cette loi est toujours d’actualité, et y a-t-il des conditions à une telle relation?»

Al-Qaradhawi: «Oui, l’autorisation d’épouser une non-musulmane du Peuple du Livre tient toujours, mais il y a un certain nombre de conditions. La première condition, édictée par Abdallah Ibn ’Abbas, est que la femme ne soit pas d’un peuple qui combat les Musulmans… [Serait-ce concevable] que j’introduise dans ma maison une femme que je puisse soupçonner d’espionner pour son peuple, qui combat le mien?… De nos jours, le mariage avec une femme juive est autorisé seulement si elle croit en la résistance contre Israël…

Le deuxième point est qu’elle doit être une femme pudique […] et non une femme qui vend son corps aux passants … De plus, elle doit vraiment faire partie du Peuple du Livre, étant donné que nombre d’entre elles ne sont pas du Peuple du Livre … Bien des juifs ne croient pas vraiment au Judaïsme ou quoi que ce soit d’autre… La plupart des dirigeants juifs ne croient pas au Judaïsme, à la Torah, en Dieu ou au Jugement Dernier. Ben-Gourion, Golda Meïr et des gens comme eux exploitent la religion. Ils ne croient pas en la religion, mais ils l’exploitent pour le bien d’aspirations sionistes. Un musulman doit s’assurer que sa femme croit véritablement en la Torah et la religion juive.

[On doit aussi s’assurer que] le mariage [à une non musulmane] ne présente pas de danger. Un certain nombre de muftis dans les contrées où les Musulmans vivent en minorité ont mis en garde contre les mariages entre musulmans et non musulmanes, étant donné que le nombre de musulmans est limité et si les hommes [musulmans] épousent des femmes non musulmanes, alors que les femmes musulmanes n’ont le droit que d’épouser des musulmans, cela veut dire que ces filles sont condamnées à ne pas se marier toute leur vie durant. De plus, le danger guette aussi la descendance… Il y a une différence entre quelqu’un épousant une femme juive ou chrétienne dans son propre pays et quelqu’un qui le ferait aux Etats-Unis par exemple. Il vit là-bas et est occupé toute la journée par son travail et ses affaires, laissant à sa femme le soin d’élever les enfants à sa manière et selon sa foi. Dans de telles circonstances – quand il y a un risque pour les enfants -, de tels mariages sont interdits.»


L’affaire Livingstone et MEMRI

Question: «le Maire de Londres, Ken Livingstone, a récemment évoqué les médias et ceux qui sont derrière les médias, lors de votre visite à Londres et du tollé qu’elle a suscité. La violence a été décrite [dans les médias] comme Islamique, voire l’Islam même et les prosélytes et clercs islamiques ont été incriminés pour la violence… A l’opposé, d’autres ont évoqué la violence juive et chrétienne. Pensez-vous que la violence soit attribuable à une religion?»

Al-Qaradhawi: «Tout d’abord, au sujet des déclarations du maire de Londres, cet homme noble et courageux qu’est Ken Livingstone, nous avons été témoins de son courage l’été dernier lorsqu’il s’est élevé contre les sionistes et leurs calomnies, et aujourd’hui il a de nouveau défendu un point de vue noble et courageux dans ses déclarations. Il a révélé ce qui était caché et exposé les secrets derrière lesquels se cachaient ceux qui organisaient ces choses. Il a, dans un courage absolu, révélé l’infamie de [ces gens] du Mossad et d’un certain institut et a rédigé le tout dans un rapport. J’aimerais féliciter et remercier cet homme par le biais d’Al-Jazeera… Nous devons remercier cet homme d’avoir pris une position que bien des Arabes et Musulmans évitent de prendre, en taisant la vérité bien qu’ils la connaissent. Cet homme a dit la vérité bien que l’on lui ait fait payer cher, le lobby sioniste l’ayant attaqué et des gens ayant tenté de déformer ses propos et de nuire à sa réputation. Je lui déclare: ’Continuez dans votre démarche. Les hommes libres et honorables de par le monde vous soutiennent’…»

Appel téléphonique (au studio) de Sa’id Doudin, d’Allemagne: «L’homme qui a lancé la campagne contre al-Qaradhawi est Yigal Carmon, fondateur de l’institut MEMRI. Yigal Carmon est un criminel de guerre. Il a dirigé le service des renseignements militaires en Cisjordanie et les forces d’[Antoine] Lahad au Sud-Liban, coupables de nombreux crimes à l’encontre du peuple libanais. C’est lui qui a orchestré la campagne contre Al-Manar TV. J’ai présenté de nombreux documents au sujet des crimes racistes commis par MEMRI envers des institutions. Par exemple, le rôle [que MEMRI] a joué dans la fermeture du Centre Zayed. Il s’agit, monsieur, d’un criminel de guerre raciste.

J’ai transmis toutes ces informations au maire de Londres et j’ai exprimé mon profond dégoût pour la détérioration de la culture politique de Londres, qui est descendue au niveau du bourbier des médias racistes. Je suis très attristé de voir que ce criminel de guerre est présenté par les chaînes de télévision – celle-ci comprise [Al-Jazeera], qui a beaucoup de respect pour lui – comme un expert en contre-terrorisme, lui, le terroriste raciste et sanguinaire. J’ai présenté une émission entière sur Al-Manar au sujet des crimes de MEMRI et de ce criminel. Je regrette que nous n’ayons pu, à ce jour, établir un réseau, et je vous prie, Monsieur, de commencer à établir un réseau pour révéler les crimes commis par un [groupe] qui n’est pas une institutution de presse. De telles [institutions] sont racistes, et le racisme n’est pas une opinion mais un crime.»

Question [de l’animateur] : «Merci, Sa’id Doudin, d’Allemagne. Vos commentaires, honorable Cheikh.»

Al-Qaradhawi: «Je remercie l’honorable frère pour sa clarification des faits que, malheureusement, beaucoup ignorent. Nous nous satisfaisons [de ce] que le maire de Londres s’apprête à publier un livre abordant toutes ces questions. Nous attendons cela, si c’est la volonté d’Allah. Comme nous l’avons dit, il n’y a aucun problème entre nous et le Judaïsme en tant que religion. Nous ne sommes pas hostiles aux sionistes parce qu’ils sont Juifs ou sémites. Ce sont eux qui soulèvent la question du sémitisme et brandissent cette épée… Nous, les Arabes, sommes [nous-mêmes sémites. Nous sommes les enfants d’Ismaël, et ils sont les enfants d’Israël. Nous sommes cousins.

Dans une autre perspective, l’Islam n’accorde aucun poids à la race. L’Islam ne se réfère pas aux gens comme appartenant à une race ou à une autre, car il considère que les gens sont égaux comme les dents d’un peigne.

Il n’y a pas de ’peuple élu’ au-dessus des [autres] peuples. Le [seul] peuple élu est celui qui accomplit la mission d’Allah sur terre, est charitable, vénère Allah, protège les droits des hommes, construit sur terre, et y applique la justice d’Allah. Tel est le peuple élu…

Il n’y a pas de peuple de race pure. Les juifs ont été infiltrés par des races du royaume Khazar et de [nombreux] autres peuples. Qui affirme que tous les juifs ne forment qu’un peuple? Il y a les Juifs Falasha, les Juifs d’Europe, les Juifs yéménites, et d’autres Juifs encore… Le judaïsme est une religion et non une race, et chacun peut adhérer à une religion, quelle que soit sa race.»

Question: Est-ce que la violence peut être attribuée à une religion en particulier?»

Al-Qaradhawi: «La violence qui ne distingue pas entre l’innocent et le scélérat, qui frappe des gens pour les crimes d’autres, ne peut être attribuée au fidèle d’aucune religion particulière. Pas à un juif, ni à un chrétien, ni à un musulman… Qui a tué [Yitzhak] Rabin? Certaines personnes voudraient que la violence et la terreur soient islamiques. Ce n’est pas le cas. Nous avons connu la violence au Japon, avec le groupe ’Aum Shinrikyo’, en Inde avec l’assassinat du [Premier Ministre indien] Indira Ghandi et de son fils Rajiv Ghandi. Nous l’avons vue en Israël, en Grande-Bretagne avec l’IRA et le conflit entre catholiques et protestants. Nous l’avons vue aux Etats-Unis même, à Oklahoma City. [La violence] existe de par le monde, alors pourquoi la relie-t-on à l’Islam seul ?

Il y a des raisons et des injustices qui ont conduit à la violence dans divers pays, en particulier dans des pays islamiques. La raison de la majeure partie de la violence dans les pays islamiques, ce sont les injustices perpétrées contre les musulmans, contre lesquelles ils ne peuvent rien, alors que le monde, de manière regrettable, regarde depuis la touche et ne lève pas le petit doigt…

Nous ne croyons pas en la violence, et nous l’avons dénoncée en tout temps et partout quand [elle s’est produite]. J’ai dénoncé les évènements du 11 septembre et les prises d’otages. J’ai publié des communiqués à ce propos, et, il y de cela dix huit ans, j’ai publié des fatwas interdisant les détournements d’avions et les prises d’otages. Ces faits sont bien connus, qu’Allah en soit loué. Nous ne croyons pas en la violence, et nous croyons que la violence n’a ni religion ni patrie. La violence existe dans tous les pays et toutes les religions…

La tendance générale au sein des Musulmans, Allah en soit loué, est de suivre la voie médiane [wasatiyya], selon laquelle la population [musulmane] se comporte, et c’est sur cette large base que les musulmans fondent leur comportement. Ce sont les médias occidentaux qui braquent les projecteurs sur des [gens tels que] Abu Hamza Al-Masri, Abu Qatada et autres. Les médias britanniques ont attiré l’attention sur eux… alors que les musulmans ne leur accordent aucun poids.»


Appel téléphonique (au studio) de Muhammad Abu Al-’Izz, d’Egypte:

«Honorable Docteur, la personnalité des Juifs, telle que décrite dans le Coran, a les mêmes caractéristiques qu’aujourd’hui. Le Coran décrit la personnalité des Juifs et révèle leur animosité, leur condescendance, leur mépris pour [d’autres] peuples, leur plaisir à verser le sang, leur tendance au mensonge et à la tromperie, leur lâcheté et leur étroitesse d’esprit, ainsi que leur arrogance envers Allah […].

Si d’aucuns affirment que les musulmans sont source de calomnies, selon les résultats d’une étude, 60% de la population européenne estime qu’Israël constitue une menace pour le monde. De plus, des auteurs et intellectuels occidentaux non musulmans ont mis en garde leurs gouvernements contre le danger constitué par ces gens et ce pays.

Je suis déconcerté – comme tous ceux qui sont concernés par l’honneur de cette nation [musulmane] – par les [éléments] marginaux de notre nation qui capitulent, hissent le drapeau [blanc] et appellent à la normalisation avec cette clique. De plus, le nouveau chef palestinien [c-à-d. le Président de l’Autorité Palestinienne, Abou Mazen] proclame qu’il tend la main à Israël, bien qu’ils aient tué son prédécesseur, en l’empoisonnant, après avoir déclaré vouloir le tuer.

La question demeure: quelle est l’explication de cette bassesse et de cette médiocrité ? Cela découle-t-il d’une idéologie, d’une culture de la paix, de la civilisation et de l’amour de la vie, ou cela découle-t-il de la négation de la volonté, d’un manque de résolution, de la bassesse, de la médiocrité, du défaitisme et de la capitulation ?…»

Question: «Honorable Cheikh, au sujet de la question posée par Muhammad Abu Al-’Izz, d’Egypte, les Arabes et les Musulmans qui appellent à la normalisation ne contribuent-ils pas à perpétuer une réalité qu’il a nommée ’bassesse et médiocrité’?»

Al-Qaradhawi: «Sans aucun doute, la question de la normalisation est inacceptable. Cela reviendrait à transformer quelque chose d’anormal en quelque chose de normal. Comment une personne peut-elle normaliser les relations avec quelqu’un qui la tue? Comment une personne peut-elle normaliser les relations avec quelqu’un qui, à tout moment, l’opprime ? Ceux qui appellent à la normalisation sont une minorité bien connue et que notre société a rejetée […] Par conséquent, ceux qui appellent à la normalisation n’ont aucun poids ni valeur dans la société arabe et musulmane…»

Question: «Ahmad Fadhl Mansour, d’Egypte, demande s’il est permis pour les prédicateurs et imams de maudire les juifs lors des prières du vendredi dans les mosquées.»

Al-Qaradhawi: «Dans mon livre Notre Discours Islamique à l’Ere de la Mondialisation, j’ai fait allusion aux prédicateurs qui font des généralisations. En d’autres termes, [ils] disent : ’Allah, détruis les Juifs et les Chrétiens. Fais de leurs enfants des orphelins et de leurs femmes des veuves’, etc. Ces imprécations sont inacceptables, parce qu’il y a des juifs et des chrétiens qui vivent dans nos pays, et il ne nous sied pas de les maudire. Ce sont des chrétiens et des juifs paisibles. Ce n’est pas raisonnable de ma part de maudire ces rabbins venus me dire au revoir à l’aéroport… [Par contre], je proclame : ’Allah, [frappe] ces sionistes et juifs oppresseurs, agresseurs et trompeurs’. [Car, en effet], ils doivent être stigmatisés, mais je ne maudis pas tout juif et tout chrétien. Je dis ’les Croisés hostiles’, et j’entends par là ’les Américains agressifs qui sympathisent avec Israël’…» (3)


Les Juifs ont joué un rôle considérable dans la crucifixion de Jésus. Nous ne croyons pas que Jésus ait été crucifié, mais le crime a été commis.

Question: «Certains affirment que l’histoire des Juifs sous le pouvoir musulman fut positive, parce qu’ils étaient traités comme le Peuple du Livre, tandis que, sous le pouvoir chrétien, ils étaient persécutés. Les Juifs sont-ils plus proches des Musulmans que des Chrétiens?»

Al-Qaradhawi: «Ce qui est sûr c’est que les Juifs ne croient ni en Jésus ni en Mahomet. Ils nient les deux religions – le christianisme et l’islam. Ils ne croient pas que Jésus soit le messager d’Allah, mais pensent qu’il était un menteur. Ils ont comploté pour le crucifier, et il ne fait aucun doute que les juifs ont joué un rôle considérable dans la crucifixion de Jésus. Il y a quelques années, le Vatican a publié un document innocentant les Juifs d’avoir versé le sang de Jésus, mais quiconque étudie l’histoire sait comment les juifs ont encouragé le gouverneur romain à crucifier Jésus. Nous ne croyons pas que Jésus ait été crucifié, mais le crime a été commis. Notre Seigneur l’a élevé [= honoré ?] pour cela, mais le fait est qu’il a réellement existé, et nous croyons que les Juifs, je veux dire, ont commis ce crime. Quelle était la question? [sic]».



B. Le poème d’Al-Qaradhawi, publié sur son site Internet

«Ô Ma nation, la lutte est désormais un devoir, cessez donc les bavardages et les vociférations.
Cessez de badiner. Celui qui badine et se repose n’est d’aucun secours.
Cessez de vous faire des illusions, car les massacres et les blessures ont parlé.
Les Missionnaires de la Paix mentent,
Car il n’y a ni paix ni pardon.
Se lamenter sur les ruines de notre camp n’est plus d’aucune utilité, et pleurer ne l’est pas davantage.
Nous ne devrions plus parler avec des mots; mais plutôt laisser les lances s’exprimer…

* * *


Ô Hommes, le sujet est grave. Le temps des gesticulations est révolu.
Appelez les choses par leur nom, car les hommes se doivent d’être francs.
Les visages sont maintenant à découvert et leurs oeuvres secrètes ont été mises au jour.
Les Croisés sont une nouvelle fois revenus et rodent dans les plaines [irakiennes].
Ils répandent la perversion sur la terre, comme si elle était ouverte à tous pour y paître.
Ils font encore couler le sang, sans avoir honte d’être dévoilés.
Et les Chiites tiennent bien le rôle qui leur a été imparti :
celui de traîtres - et tout le monde sait où cela commence et où cela finit.
Ils sont revenus, alors qu’il n’y a au pouvoir, en Orient, ni Noureddine, ni Salah [Al-din: Saladin]. (4)

Nous avons oublié le passé, mais aujourd’hui, ils ont rouvert les plaies.
Ils n’ont pas reculé devant le massacre de vieillards… ou de petites filles.
Leur haine n’a pas été assouvie par le sang qu’ils ont fait couler, avec tant d’arrogance et d’impudence.
Ils maltraitent allègrement les cadavres des victimes et violent l’honneur des femmes, ne craignant ni rétribution ni châtiment.
Nul Mu’tasim (5) n’est là pour venir au secours de ceux qui crient à l’aide.
Ne voyez-vous pas que sont fomentés au grand jour des complots contre l’Islam?
Ne voyez-vous pas que la terre des prophètes souffre de ses blessures?
Ne voyez-vous pas que les Juifs commettent des infamies, et que nos pleurs sont sans pareil?
Ils ont violé notre Palestine et déclaré qu’ils ne la quitteraient pas.
Ils ne prennent au sérieux ni la censure des résolutions de l’ONU, ni aucune proposition…
[Rien ne les arrête], si ce n’est la fermeté de jeunes hommes, décidés à ne pas abandonner leur religion.
De jeunes hommes qui offrent leur sang - et à celui qui offre son sang, on ne peut rien reprocher.

* * *


L’apostasie est devenue flagrante, et ne craint même plus qu’on la démasque.
Sur le marché de l’hypocrisie, la falsification pure et simple se répand.
La dépravation morale se vend, sous le nom d’art et sous celui de tolérance.
La perversion règne ouvertement et avec arrogance, de jour comme de nuit …

* * *


Ô nation islamique, lève-toi et agis! Il n’y a pas de temps à perdre.
L’hérésie a réuni ses forces. Pourquoi avons-nous peur et nous battons-nous les uns contre les autres?
Rassemblez-vous et armez-vous de ce que vous pourrez trouver.
Ô milliers de millions [de musulmans], où êtes-vous lorsque les blessures se font entendre?
Faites venir un million d’hommes sur un milliard, les meilleurs d’entre les meilleurs,
Un sur mille, et avec eux nous mènerons la guerre sur tous les fronts …

* * *


Pas d’autre choix que de produire des hommes: ce qui revient à fabriquer des armes.
Faire des héros est une science que notre tradition a expliquée.
Les héros ne peuvent venir à l’existence que dans nos mosquées, dans le jardin du Coran et à l’ombre des vraies traditions prophétiques.
En compagnie des hommes de vertu, qui suivent la voie d’Allah.
Ceux qui nous guident par leur exemple et non pas par leur éloquence…
Ceux qui trahissent l’appel à la prière, trahiront aussi l’appel au combat.
Ô ma nation islamique, tiens bon, car la nuit fera bientôt place au matin …»

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Notes

(1) Al-Jazira TV (Qatar), 16 janvier 2005.
(2) www.qaradawi.net, 5 janvier 2005.
(3) Lors d’un sermon du vendredi, sur Qatar TV, le 14 janvier 2005, Al-Qaradawi déclarait: «Allah, viens en aide spirituellement aux combattants du jihad et assiste-les de tes nombreux soldats … Allah, [fais mal] à tes ennemis, les ennemis de l’Islam. Allah, [fais mal] aux Juifs déloyaux et agressifs. Allah, [fais mal] à leurs alliés qui les soutiennent et nous oppressent. Allah, [fais mal] aux ennemis de l’Islam et des musulmans …»
(4) Nur Al-Din Al-Zengi (1146-1174), chef de la confédération Zengid, qui lança le jihad contre les Croisés; Salah Al-Din Al-Ayyubi (1169-1193), conquérant de Jérusalem.
(5) Al-Mu’tasim, un calife abbasside (833-842), qui mit en déroute l’armée byzantine et conquit la ville fortifiée d’Amorium.

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Mis en ligne le 12 février 2005 sur le site www.upjf.org.

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