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Menahem Macina

question_idiote
01/01/1970

VOYAGE

AU BOUT

D’UNE

"QUESTION IDIOTE"

Menahem Macina

16 juillet 2002

Première époque



Ce qui suit est la sténographie d’un acte de mémoire personnel – une espèce de morne itinéraire à rebours. L’expression d’un constat de faillite aussi, au terme de 60 années de préoccupation existentielle et d’une longue, très longue quête d’intelligibilité des causes et des raisons de l’altérité radicale de la condition juive, et des conséquences mortifères qui en ont découlé, au fil des millénaires, pour le peuple le plus contesté de la terre.

L’occasion en a été un attentat quitombe mal. Un attentat tombe toujours mal. Mais celui d’hier a eu le tort de seproduire 60 ans, jour pour jour, après la Rafle du Vel d’Hiv. 60 ans, jour pourjour, après la première question grave posée à sa maman par le petit catholiqueque j’étais alors, et qui est restée sans réponse satisfaisante.

Le récit que je vais faire del’événement est une reconstitution scrupuleuse du peu dont je me souviens,éclairé des explications tardives que me donna ma mère, quelques années plustard, en apportant, au fil du temps quelques précisions, parfois entachées decontradictions – heureusement mineures.

Je n’avais pas entendu les agents gravirl’escalier de mon immeuble, sis au 29 rue de Bièvre, dans le cinquièmearrondissement de Paris, ce 16 juillet 1942. Ce devait être aux petites heuresdu matin, à ce qu’il me semble. C’est le remue-ménage au-dessus de ma tête quim’avait réveillé. Le bruit provenait de l’appartement du dessus, habité par lesKalewski (pseudonyme, par respect de la vie privée des membres survivants decette famille). Je savais vaguement que les Kalewski étaient Juifs, mais à vraidire, j’ignorais totalement ce que c’était que d’être Juif. En entendant lesadultes parler de ces choses à voix basse (c’était toujours le même manège,chez moi tout au moins, quand il s’agissait de ce que mes parents voulaient mecacher), j’avais vaguement compris, que les Juifs avaient beaucoup deproblèmes, surtout avec les autorités…

Ce jour-là, pour la première fois de matrès jeune vie (j’avais 6 ans et demi !), j’allais faire l’expérienceaussi existentielle qu’incompréhensible du mystérieux destin de ce peuple.

Un ou plusieurs agents à pèlerinebleu-marine étaient venus chercher Monsieur et Madame Kalewski. "Ordre detransfert", était-il écrit sur l’ordre de réquisition de ces agents de laforce publique, qu’on appelait alors "gardiens de la paix". Il fautcroire qu’elle courait un grand danger, la paix des Français, puisqu’on avaitenvoyé à la rescousse ceux qui étaient chargés de la défendre contre sesennemis… les Juifs en l’occurrence.

D’après ce que me relata ma mère, touts’était passé sans heurt. A l’en croire, Monsieur et Madame Kalewski avaientrapidement rassemblé quelques effets et objets personnels, puis avaient suividocilement l’agent de police. "Il faut dire", ajoutait ma mère, àchaque fois qu’elle relatait l’événement, "que les agents ont étéextrêmement polis et même très doux, très gentils"…

Il n’empêche, les enfants sains d’esprit et d’âme ont, comme chacun sait, un sens aigu de la justice. Malgré les mimiques entendues des adultes quand il était question des Juifs, le fait que la police ait emmené les Kalewski me tracassait. Moi, je n’avais rien contre les Juifs. Ceux que je connaissais s’habillaient, mangeaient et parlaient comme tout le monde : je ne voyais pas quelle différence il y avait entre eux et nous. Et de plus, ils n’étaient pas méchants, en tout cas je n’avais rien remarqué d’anormal les concernant. Aussi, comme aimait le raconter ma mère quand il y avait des invités à la maison : "le petit inquisiteur" – moi en l’occurrence – "avait voulu tout savoir et exigé qu’on lui rende des comptes, comme si que j’étais le bon Dieu, moi, ou le Maréchal Pétain". Et tout le monde de s’esclaffer, ce qui avait le don de me mettre en rage. Voici un bref résumé du 'dialogue' avec ma mère (dans le style de l’époque):

Moi : "Dis, Maman, pourquoi qu’on les a arrêtés ?"

Ma mère, tranchante : "On lesa pas arrêtés, on les a em-me-nés."

Moi : "Bon, mais alors pourquoi qu’on a envoyé des agents pour les emmener ?"

Ma mère, embarrassée : "Parce qu’ils sont juifs."

Moi, têtu : "Ah bon, mais qu’est-ce qu’y z’ont fait d’mal ? "

Ma mère, agacée : Mais rien…

Moi, impitoyable : "Alors c’est pas juste que la police, elle les ait emmenés."

Ma mère, à bout d’arguments et exaspérée : "J’en sais rien. Ils ont certainement leurs raisons. Allez ! arrête de poser des questions idiotes et va te recoucher !"

Ma mère était une femme du peuple, sans culture et sans grande expérience, que pouvait-elle répondre à cette question, trop grande pour elle comme pour moi, sinon qu’elle était IDIOTE, c’est-à-dire SANS REPONSE ?

Il m’en a pris plus de 35 ans pour cesser de me poser cette "question idiote", à la troisième personne du pluriel : "Pourquoi les Juifs sont-ils en butte à tant de contradiction et de haine ?"

Et cela fait 25 ans que je me pose toujours la même "question idiote", mais à la première personne du pluriel :

"Pourquoi sommes-nous en butte à tant de contradiction et dehaine ?"

MAIS – EXCUSEZ L’EMPHASE APPARENTE DE MON PROPOS (EN FAIT C’EST DE LA SOLENNITE) - AUJOURD’HUI, EN CE 60ème ANNIVERSAIRE DE LA RAFLE DU VEL D’HIV,

PUISQU’ON NOUS TUE TOUJOURS POUR DES MOTIFS MULTIPLES,

ET QUE CEUX ET CELLES D’ENTRE VOUS – CHRETIENS SURTOUT –

QUI POURRAIENT, QUI DEVRAIENT ELEVER LA VOIX EN NOTRE FAVEUR,

SE TAISENT,

C’EST A VOS SEMBLABLES, DESORMAIS, QUE JE DEMANDERAI DES COMPTES.

JE LES INTERPELLERAI EN 'LANGUECHRETIENNE', DANS LEURS CATEGORIES THEOLOGIQUES

CONFORMEMENT A LEUR CREDO, A LEURSECRITURES ET A LEUR TRADITION.

TANT ET SI BIEN QU’ILS NE POURRONT PLUS DISTINGUER

SI C’EST UN JUIF QUI LES INTERPELLE ENCHRETIEN

OU UN CHRETIEN QUI LES INTERPELLE ENJUIF !

QU’ILS ECOUTENT OU QU’ILS N’ECOUTENTPAS, JE LES EMBARQUERAI

DANS MON VOYAGE

AU BOUT D’UNE "QUESTIONIDIOTE"…

************

Tout commence par les iniques lois d’exclusion des Juifs
Le "Protocole des damnés de Sion"

Loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du3 octobre 1940, portant statut des Juifs

(Journal Officiel du 14 juin 1941)

http://perso.wanadoo.fr./d-d.natanson/statut2.htm

 

 

 

La diffamation et la diabolisation des Juifs

 

 

Le 5septembre 1941 est inaugurée au palais Berlitz, sur les grands boulevards,

l'exposition"Le Juif et la France", largement médiatisée par les journaux et laradio :

plusieursdizaines de milliers de Français s'y presseront !

J’étaistrop petit pour qu’on m’y emmène. Je n’ai jamais su si mes parents y sontallés…

 

© http://www.h2gm.net/jacky/holocauste/racisme.htm

cliché original : Affichede l'exposition "Le Juif et la France" © Ina

http://www.ina.fr/voir_revoir/guerre/photos/9_41-59.fr.html

 

 

J’ai dû voir des boutiques mises au pilori,telle celle-ci. Mais je ne m’en souviens pas.

 

© http://www.ifrance.com/partisans/resindx.htm

 

 

J’ai probablement joué, sans me poserde questions,

dans ce "Parc à jeux réservé auxenfants" et "interdit aux juifs"…

 

 

© http://histgeo.free.fr/troisieme/avguerre/vichy.html

 

 

Le marquage, les rafles, et la déportation des Juifs

 

 

Une ordonnance allemande (29 mai 1942)avait imposé le port de l'étoile jaune aux Juifs,

en zone occupée, Madame Kalewski,notre voisine - qui a fini à Auschwitz avec son mari –

et sa fille - qui a pu être sauvée -devaient ressembler à ces deux 'étoilées'-là…

 

© http://www.h2gm.net/jacky/holocauste/racisme.htm

 

Ou à celles-là …

 

© http://www.ifrance.com/partisans/resindx.htm

 

 

Ce que je sais c’est quecontrairement à d’autres arrestations de juifs comme la suivante, où dessoldats allemands participèrent, avec des gendarmes français, à un transfert deJuifs...

 

© http://www.ac-nantes.fr/peda/disc/histgeo/progexam/brewrigh/rafle41.jpg

 

ce sont uniquement des agents depolice français qui exécutèrent la tristement célèbre rafle du Vel d’Hiv (il n’en reste aucun cliché, à l’exception de celui-ci qui, s’ilreprésente bien le Vel d’Hiv, n’a pas été pris le jour de la rafle).

 

© http://perso.wanadoo.fr/d-d.natanson/rafle.jpg

 

Ce crime eut lieu le 16 juillet1942 – j’avais six ans et demi.

La veille, Bousquet signaitl’ordre de 'transfert' des Juifs…

 

 

© http://perso.wanadoo.fr/d-d.natanson/photos_trains.htm

 

Nos voisins, Monsieur Kalewski et sonépouse, furent du voyage et ne revinrent jamais.

 

 

 

La vie quotidienne à Paris,

sous la 'paternelle' autorité du Maréchal

 

 

Sans doute ai-je vu cette affiche du Maréchal Pétain mais je ne m’en souviens plus…

 

Afficheplacardée au début de l'occupation sur tous les murs de France !

© www.h2gm.net/jacky/holocauste/collaboration.htm.

 

 

Combien de fois, tenaillé par lafaim – endémique alors - n’ai-je pas fait la queue, avec ma mère,

devant une boulangerie commecelle-là !

 

© www.h2gm.net/jacky/holocauste/collaboration.htm.

 

 

Pareilpour les œufs, le lait et le saindoux… quand il y en avait.

Mais il fallait surtout être muni de tickets et de cartes de rationnement, sinon c’était le jeûne…

 

© www.h2gm.net/jacky/holocauste/collaboration.htm.

 

Lesboulevards étaient presque déserts. A l’époque, il n’y avait pas de problèmesde circulation.

 

© http://www.ifrance.com/partisans/resindx.htm

 

 

Combiende fois n’ai-je pas arpenté la rue de Rivoli avec mes copains…

Ai-jeremarqué la croix gammée qui souillait cette façade ? Je ne m’en souvienspas…

 

© www.mairie-paris.fr/.../occupation_3_9_grand.html

 

 

Jeconnaissais bien l’arc de triomphe. Il m’était arrivé de pousser une pointe dela Maub’ jusqu’à ce majestueux monument. Je n’ai pas vu ce défilé allemand-là,mais j’ai vu beaucoup d’allemands, des officiers surtout, avec leurs Leikas,qui photographiaient tout, comme les Japonais, de nos jours…

 

 

 

J’avaissurtout peur des soldats en armes, ils me paraissaient immenses, brutaux etinvulnérables…

 

© http://www.ina.fr/voir_revoir/guerre/photos/images/11B_40-02.jpg

 

 

 

La Presse collaborationniste et les "mouchards"

 

Les textes qui suivent, je ne les ai évidemment pas lus, à l'époque. Mais quand j'ai pu le faire, beaucoup plus tard (j'étais déjà adulte),j'ai senti la honte me monter au front et la rage me tordre les entrailles...

 

Réactions de la presse bretonne à la rafle du Vel d’Hiv

http://membres.lycos.fr/leguenne/etudes/herrieu/nazisme/heure_bretonne/articles/antisemitisme/vel_hiv/vel_hiv.htm

 

 
A la porte, les Juifs et les enjuivés !

 

"Le Phare de Nantes du 3 juillet nous donne un nouvelexemple de la sollicitude vraiment curieuse dont on fait preuve à l’égard de layoupinerie… nous risquons d’attendre longtempssi nous comptons, pour cette besogne d’épuration, sur l’aide du grand quotidiennantais, lui-même enjuivé, un des ses directeur n’était-il pas le sinistreSchwob au nom bien breton ? Les youpins  à la porte et la Bretagne auxBretons !"

http://membres.lycos.fr/leguenne/etudes/herrieu/nazisme/heure_bretonne/articles/antisemitisme/vel_hiv/hb_105_enjuives.htm

 

 

Rendez-nous nos juifsSVP :

 

"Nous avions, en France, unegrande, une trop grande quantité de Juifs, qui, s’infiltrant partout,s’octroyaient, sans jamais mettre la main à la pâte, une belle part desbénéfices provenant de notre travail…

Un beau jour, faisant le bilan de leurnéfaste besogne, l’Etat français nous a débarrassé[s] de ceux qui n’avaient pufuir au moment de la débâcle…

…ces youpins avaientfait école… Mais - ce qui serait mieux, puisqu’on nous a débarrassés des juifsde race - ne pourrait-on, maintenant, expulser les Juifs d’esprit ?"

http://membres.lycos.fr/leguenne/etudes/herrieu/nazisme/heure_bretonne/articles/antisemitisme/vel_hiv/hb_105_juifs.htm

 

 

Lettre de dénonciation d’un juif (12 juin 1942)

http://perso.wanadoo.fr./d-d.natanson/lettre_denonciation.htm

 

XXIII-91


Paris,le 12 juin 1942

 

A M. Darquier de Pellepoix
Paris


Monsieur,

J'ai l'honneur de présenter à votrehaute et bienveillante attention l'exposé suivant :
Gardeassermenté, au cimetière du Père-Lachaise, nous avons parmi nous un nommé EliaKougel, Juif 100 p. 100, sans aucune référence militaire, sans avoir jamaisfiguré sur les listes de classement des emplois réservés ; il a été nommé alorsque les Français mutilés de 1914-1918, continuent à «sécher» sur lesditeslistes précitées.

Comment se fait-il aussi que cetindividu ait été assermenté avant d'être naturalisé ? Sa naturalisation seraitaussi le fait d'influence que vous connaissez, de l'ancien régime. En tout cas,sa présence dans l'administration est des plus suspectes. Son aplomb insolent,tant dans le cimetière qu'au dehors, est un défi révoltant ; ayant déclaré unjour à haute voix : «Les Juifs en connaissent plus long que les Français.» II aété appelé plusieurs fois à l'hôtel de ville pour sa situation de Juif, mais ilest toujours retombé sur ses «pattes». Par suite de quelles influences occultes?

Il s'était fait octroyer la Carte ducombattant, par fraude sans doute, mais on la lui a tout de même retirée.
Enattendant, ce cas ne peut s'éterniser, son dossier doit être riche ensurprises. Il serait ridicule que les uns aillent de l'avant pour se laisserétrangler par derrière.

En conséquence, je viens vous demanderqu'une enquête sévère soit faite sur cet individu, qui occupe un emploi dansl'administration et qui ne lui est pas dévolu.

Dès maintenant, il s'agirait de savoirde quelle autorité il est exempt, d'après lui, de porter l'insigne «Juif».
Croyez,monsieur Darquier de Pellepoix...

LOZET
Croixdu combattant 1914-1918, médaillé militaire, mutilé de guerre, groupeCollaboration : carte n° 50-143-H, section sociale.



La résistance, l’insurrection de Paris

 

 

Après Pétain, c’est de De Gaulle que j’ai le plus entendu parler. J'aimais écouter Radio Londres

et son message d'introduction : "Ici, Londres, les français parlent aux Français..."

Pour les patriotes, le Général, c’était le libérateur... Les adultes disaient qu’il parlait parfois à la radio, mais que c’était tellement brouillé qu’on ne comprenait presque rien à ce qu’il disait…

La radio des Collabos (Radio-Paris ment! Radio-Paris ment! Radio-Paris est allemand!)

l'appelait, par dérision, "le général-micro"...

 

© www.h2gm.net/jacky/holocauste/collaboration.htm

 

 

Les Résistants, tout le monde enparlait – surtout ceux qui n’en étaient pas. Des vantards laissaient entendre qu’ilsen étaient et prenaient des airs importants. Plusieurs copains juraient queleur père, leur oncle, ou un ami de leur famille étaient Résistants, ou membresde "l’Armée secrète" de De Gaulle.

La nuit, je rêvais de faits d’armesauxquels je prenais part. La réalité était plus grise. Plus dramatique aussi.Les Allemands traquaient les réseaux, les chefs, comme ceux de "L’Afficherouge"…

 

© partisans.ifrance.com/partisans/photos/icIcone.htm

 

 

Parfoisaussi, hélas ! ils les fusillaient. Les adultes en parlaient à voix basse…

Jeme suis toujours demandé pourquoi à voix basse…

 

© http://www.ifrance.com/partisans/resindx.htm

 

 

C’est le privilège des enfants que dese faufiler partout, au grand dam de leurs parents.

J’étais toujours là où je ne devaispas me trouver.

Près de ceux qui préparaient lesmatériaux pour les barricades…

 


Près de ceux qui dressaient les barricades, surtout. Il yen avait deux dans mon quartier.

J’enviais les 'grands' qui étaient autorisés à aider lesadultes

- comme ceux que l’on voit sur la photo ci-dessous. Moi,j’étais trop petit et on me rembarrait…

 

© http://www.ordredelaliberation.fr/images/photos/barricade%20%E0%20paris.jpg

 

 

Parmoment, ça tirait departout. Il fallait vite s’abriter, comme ce FFI

(membre des Forces Françaises del’Intérieur), derrière sa voiture...

 

© http://sweet.ua.pt/~fmart/images/icono/allmd.gif

 

Etcomme ces autres FFI, ici, sous les arcades de la rue de Rivoli
Je n’avais pas peur, aucontraire le danger me dynamisait… J’étais jeune et inconscient,

et la mort, c’était le lot desadultes, des héros, pas des enfants…

 

http://www.paris.org/Expos/Liberation/gifs/ffi.rivoli.gif

 

 

Puis, ce fut la Libération !

 

 

J’étais là, quelque part dans cettecohue joyeuse, quand Paris fut libéré

© www.poster.de/Capa-R/Capa-R-Liberation-Paris-2000025.html.

 

Ma mère m’a même emmené voir DeGaulle, qui descendait à pied l’avenue des Champs Elysées…
Mais, petit comme j’étais et perdu dans la foule, je n’ai pas vu le Libérateurde la France. J’étais furieux.

 

 

© search2.eb.com/normandy/week4/breakout.html

 

 

Je me suis battu, comme les adultes, pour approcher ces héros, les toucher même, et puis – pourquoi le taire ? - pour avoir du corned beef, du chewing gum et des cigarettes, qui se revendaient à prix d’or…

Les Anglais (ci-dessous), n’avaientpas les riches rations des Américains. Je ne les harcelais pas…

 

© www.lartigue.org/.../preslarti-mainchronoimg18.html.

 

Mais mes plus grands héros, c’étaientles conducteurs de chars… Les Parisiens (et les Parisiennes aussi, biensûr !) se disputaient l’honneur de s’y hisser… comme ici sur un char de la2ème DB de Leclerc.

 

© http://freefrench.free.fr/laborde/charparis.jpg

 

 

J’ai vu passer des prisonniers allemandscomme ceux-ci… Je les ai insultés, comme certains adultes…

Je crois même me souvenir que j’aicraché sur eux, comme certains adultes…

 

© http://sweet.ua.pt/~fmart/images/icono/allmd.gif

 

 

 

DEPUIS, TANT D’ANNEES ONT PASSE…

 

 

Sans doute dans l'espoir d'être quittes envers le peuple d'Israël amputé d'un tiers des siens, les nations - qui avaient détourné la tête' tandis qu'on les exterminait - ont voulu couvrir leur faute en 'dédommageant' les Juifs (comme s'il existait une compensation pour six millions de vies humaines - dont celles de près de deux millions d'enfants...), et ils leur 'concédèrent' un Etat.

Du coup, le Sionisme, cette philosophie politique de l’émancipation et de la reconquête de la dignité de l’homme et de la femme juifs, voyait son rêve se réaliser.

Et même – ô miracle ! – des peuples avaient un faible pour ce petit Etat pionnier et courageux, et beaucoup de non-Juifs ne cachaient pas leur admiration devant ses réalisations. Brève lune de miel...

 

Jusqu’à ce que les problèmescommencent. Les Arabes de Palestine, après avoir refusé le Plan de partage votépar l’ONU en 1947 - qui leur aurait valu un Etat au côté du nouvel Etat juif –décidèrent de reconquérir par la force les territoires dont ils estimaientavoir été spoliés…

 

Au fil des décennies, Israël accepta de partager à nouveau cette terre, déjà si fragmentée, et de rétrocéder aux Palestiniens une partie des territoires qu’il avait conquis en se défendant contre les agressions égyptienne et jordanienne de 1967.

On crut même la paix en vue. Oslo devint un symbole. Dans leur grande majorité, les Israéliens eux-mêmes y crurent. Puis, soudain, ce fut l’écroulement.

Arafat se révéla inconstant,incapable de s’engager sérieusement dans un processus étatique digne de ce nom.Il choisit la guérilla. La guerre d’usure. Les attentats se firent de plus enplus cruels, de plus en plus fréquents. Jusqu’à ce que le peuple israélien dansson ensemble perdît totalement confiance dans le processus de paix, si souvent,si cyniquement rompu par son partenaire palestinien, devenu, dès lors, l’ennemimortel…

 

Les gratifiantes années où Israël jouissait de la sympathie active des nations étaient définitivement révolues. Une nouvelle génération de dirigeants internationaux était arrivée aux affaires. A quelques rares exceptions près, ils n’avaient pas connu les années de guerre, ou ils étaient trop jeunes pour en avoir été profondément marqués. L’Holocauste ne les concernait plus. Pire, il les agaçait, les irritait…

 

On commença d’entendre des allusions– cruellement ressenties par les Juifs – à la nécessité de "tourner lapage", ou, pour employer une expression à la mode, de "changer deparadigme". En tout état de cause, si les Juifs ne l’avaient pas tournéecette page de leur histoire, de plus en plus de nations l’avaient, elles,arrachée de leur mémoire historique, parfois avec rage, estimant que les Juifsse servaient de leur souffrance de jadis comme d’un moyen de chantage moralpermanent pour obtenir un maximum d’avantages politiques.

 

C’est dans ce climat délétèrequ’éclata la seconde Intifada, déclenchée et orchestrée par une AutoritéPalestinienne vraisemblablement enhardie par la défaveur internationale dontIsraël était l’objet, et peut-être manœuvrée, en sous-main, par des Etatsdécidés à en finir avec ce qu’ils considèrent comme une obstination israélienneinsupportable, face aux revendications palestiniennes appuyées sur une campagnede terreur.

Bref, il semble que beaucoup d’hommespolitiques, de lobbies et de puissantes ONG contestataires du 'capitalisme sansfrontières', de 'l’impérialisme militaro-économique américain' et de lamondialisation, aient fait, en quelque sorte, un transfert négatif de toutesleurs frustrations sur l’Etat d’Israël, de plus en plus considéré comme legrand coupable du malheur des Palestiniens et de l’accroissement de la violenceet de l’instabilité dans toute la région.

 

Depuis un demi siècle, les Juifs se disaient :L’antisémitisme, c’est fini, et bien fini.

D’ailleurs, il n’est pas "politiquementcorrect", surtout aux yeux des démocraties socialisantes,

ce qui est le cas de bon nombre Etats 'éclairés' dans lemonde…

 

Ils avaient tort.

 

L’improbable s’est produit.L’inversion des valeurs a pris le pas sur le droit et la morale. La realpolitiket son pragmatisme cynique sont devenus la norme de l’action. Israël gêne lesplans de ces nations. Il doit céder, de gré ou de force. Que s’imagine "cepetit Etat de m…" (© 2002, Monsieur l’Ambassadeur de France àLondres) ? Que le monde entier va se plier à ses exigences ? Il veutla sécurité ? Eh bien qu’il cède aux légitimes exigences palestiniennes,et tout ira bien ! Un peu de confiance, que diable ! (C’est le cas dele dire). Et puis, c’est à prendre ou à laisser, sinon, boycott, isolementpolitique et économique, bref toute la panoplie des sanctions terriblementefficaces, que peuvent prendre, entre autres, des Etats regroupés au sein d’uneentité politico-nationale aussi puissante que la Communauté Européenne…

 

Et depuis, la Bête immonde relève latête.

 

Seul le vocabulaire a changé.

 

On ne dit plus "Juifs", ni "Youpins",mais "SIONISTES"…

 

Certains n’ont même pas cette 'délicatesse', témoin le texte ordurier et haineux de cette affichette récente

 

© http://www.resistances.be/israel04.html

 

 

Et surtout, surtout, on utilise lestrois chefs d’accusation du "politiquement incorrect" :

 

Colonisation = dans le subconscient : (Juif)rapace, accapareur, spoliateur…

Occupation = dans le subconscient : (Youpin)envahisseur, profiteur…

Apartheid= dans le subconscient : (Youtre) fanatique, ennemi desnon-Juifs…

 

Même les morts sont dévaluésà cette aune-là

A preuve, ce qui suit :

 

 

 

mardi16 juillet 2002, 15 h 39 (date anniversaire de laRafle du Vel d’Hiv)

 

Sept morts dans l'attaque d'un car de COLONS israéliens

http://fr.news.yahoo.com/020716/85/2oflr.html

 

 

 

VOILA,LA BOUCLE EST BOUCLEE

 

 

 

YOUPINS

 

SIONISTES

 

OCCUPANTS

 

COLONS

Tout ça, c’est la même chose…

 

C’est du Juif !!!

FIN DE LA PREMIERE EPOQUE
DE CE VOYAGE AU BOUT D'UNE

"QUESTIONIDIOTE"

© 2002 Menahem Macina