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Shoah

Allocution du Pdt Polonais, A. Kwasniewski, à Auschwitz
03/02/2005

27/010/05

Nous reproduisons, ci-après, le discours du Président de la République Polonaise, Alexander Kwasniewski, qui, comme celui de Wladyslaw Bartoszewski, se distingue par ses allusions pleines d’empathie à l’égard du peuple juif. On a mis en rouge les passages qui illustrent cette attitude. La traduction ci-dessous est empruntée à l’’Agence de Presse Polonaise (PAP). La contribution de notre Rédaction se limite à une amélioration orthographique et stylistique.

www.pap.com.pl/auschwitz/wystapienie_kwasniewski-fr.pdf



Mesdames et Messieurs,

Nous sommes dans un lieu où aucun mot n’est en mesure d’exprimer toute la vérité terrifiante sur les horreurs ici commises. Mais c’est à nous de parler, de garder la mémoire, de crier : l’enfer sur la Terre a eu lieu ici. C’est ici que l’humiliation, la peur, la douleur, la souffrance, la mort furent quotidiennes. La monstruosité de ce crime accable. Les «usines de mort» nazies furent programmées de sang froid. Les bourreaux subalternes remplissaient leurs tâches avec ardeur pour que les cheminées des crématoires ne cessent de fonctionner. Nous ne pouvons toujours pas oublier que ce sont «des hommes qui ont réservé aux hommes un tel sort». Jamais nous ne pourrons l’accepter !

Ce lieu nous montre, dans son atroce plénitude, ce que fut le nazisme. Deux mois seulement après l’accession de Hitler au pouvoir, les premiers détenus se retrouvèrent au camp de Dachau. Peu de temps après l’agression contre la Pologne, sur l’ordre de Himmler, le camp de concentration d’Auschwitz vit le jour. Déjà, en juin 1940, le premier transport de prisonniers politiques polonais y fut envoyé. Durant la première année d’existence du camp d’Auschwitz, dix-sept mille Polonais ont souffert derrière les barbelés. Leur nombre croissait au fil des années de l’occupation. Parmi eux, d’aussi éminentes personnalités que Tadeusz Borowski, Bronislaw Czech, Xawery Dunikowski, Jozef Cyrankiewicz, Wladyslaw Bartoszewski, Tadeusz Holuj, Stefan Jaracz, Jozef Szajna, ou August Kowalczyk.

A partir de 1941, beaucoup d’autres nations connurent l’horreur d’Auschwitz. Les transports commencèrent à affluer de toute l’Europe occupée. Cette communauté de souffrance, marquée par les tenues rayées, rassembla les hommes de divers pays, langues et confessions. Le sort de la majorité d’entre eux fut la mort. Auschwitz est un grand cimetière européen où reposent les cendres d’un million et demi d’hommes de 25 nationalités.


Un sort particulièrement horrible fut réservé aux Juifs. Auschwitz-Birkenau est le symbole de la Shoah, du génocide du peuple juif, perpétré par les hitlériens. Ce fut le plus grand camp d’extermination – organisé spécialement pour tuer. En masse, méthodiquement, à l’échelle industrielle. Avec les autres «combinats de la mort » - Belzec, Chelmno sur la Ner, Majdanek, Sobibor et Treblinka - il fut la preuve de l’étendue de ce crime. Durant les années de guerre, les hitlériens ont assassiné six millions de Juifs, dont la moitié trouva la mort dans des camps. L’extermination totale devait aussi frapper la communauté des Roms. C’est une page terrible, bouleversante de l’histoire de l’Europe.

Coeurs serrés, emplis de douleur, aujourd’hui, ensemble, nous rendons hommage à tous ceux qui furent assassinés à Auschwitz, à toutes les victimes du crime hitlérien. Pour nous, Polonais, c’est un lieu de réflexion particulière. Nous pensons au martyre, mais aussi à l’inflexibilité de notre nation qui lutta contre l’agresseur, du premier au dernier jour de la guerre.
Nous pensons aux souffrances de nos prochains. Aux liens particuliers qui nous unissent au peuple juif.

La Shoah, programmée par les hitlériens, mit fin à un monde de coexistence qu’avaient créé les Polonais et les Juifs sur ces territoires. Une société juive existait ici depuis huit cents ans, qui trouvait en Pologne un climat de liberté et de tolérance. De nombreuses générations de Juifs Polonais, par leurs remarquables réalisations spirituelles, culturelles et économiques, imprégnées des expériences et des influences polonaises, ont grandement contribué à notre histoire commune. Le Musée de l’Histoire des Juifs Polonais, qui verra le jour à Varsovie, mettra ces réalités en valeur.

Cette journée est une bonne occasion de nous remémorer les hommes de grande élévation morale, les héros polonais qui, au cours de cette guerre cruelle, ont donné un exemple de courage et de solidarité avec le peuple juif. De penser aux militants du Comité d’aide aux Juifs «Zegota», à Irena Sendler, qui sauva la vie à des milliers d’enfants juifs, à Jan Karski, qui fut le premier à transmettre aux Etats de la coalition antihitlérienne les informations sur la Shoah, ou bien à Henryk Slawik, surnommé le Wallenberg polonais, dont l’activité préserva de la machine des crimes nazis quelques milliers de Juifs.


Mesdames et Messieurs,

Le 27 janvier 1945, le camp d’Auschwitz-Birkenau fut libéré par l’Armée soviétique. Ici, sont présents parmi nous les représentants des libérateurs – ceux qui ont apporté aux détenus la délivrance et qui ont dévoilé au monde la géhenne d’Auschwitz. J’ai eu l’honneur de leur remettre aujourd’hui de hautes distinctions polonaises. C’est avec un profond respect pour le sacrifice et le sang versé par des soldats, que la Pologne honore tous ceux qui ont lutté, tous ceux qui sont morts héroïquement dans les rangs de l’Armée rouge et qui ont libéré notre patrie de l’occupation hitlérienne.

Nous gardons la mémoire de l’énorme apport des Russes et des autres nations de l’Union soviétique à la victoire sur le nazisme. C’est sur le front de l’est, nous nous en souvenons, que se décida en grande partie le sort de la Seconde Guerre mondiale, et c’est l’Armée rouge qui conquit Berlin. Vingt millions de morts – des soldats tombés au combat et des civils exterminés par les hitlériens – tel fut le terrible prix que les nations de l’Union soviétique ont payé pour cette victoire historique. Nous nous inclinons ensemble devant leur sacrifice.

Nous gardons la mémoire de ceux qui ont survécu à l’enfer du camp et qui sont toujours aux prises avec les effets des souffrances éprouvées, avec les maladies, et souvent aussi avec la pauvreté et la solitude. C’est pour eux, sous le mot d’ordre «Vous ne resterez pas seuls !», que la Fondation polono-allemande «Réconciliation» et l’association des victimes ont créé, l’année dernière, l’Union polonaise des victimes du nazisme. Je suis profondément convaincu que l’activité de cette nouvelle organisation servira bien les besoins humanitaires, sociaux et médicaux des victimes du nazisme qui ont survécu.

Auschwitz-Birkenau avertit. Ce lieu est une terrible vérité sur la plus profonde déchéance de la nature humaine. Nous devons trouver en nous-mêmes la force de nous mesurer à cette vérité. Nous devons toujours en garder la mémoire. Il est de notre devoir de transmettre ce monstrueux mémento aux générations futures. C’est la raison pour laquelle les tentatives ignobles de fausser l’histoire - le soi-disant ’mensonge sur Auschwitz’ -, sont condamnées et sanctionnées dans tous les pays civilisés. Nous devons tout faire pour que la monstruosité, dont Auschwitz-Birkenau est le symbole, ne puisse plus jamais se reproduire dans l’histoire du monde.

Les témoins des événements d’il y a 60 ans sont aujourd’hui présents ici parmi nous. Lorsque je vous regarde, je sens une profonde émotion, un sentiment d’admiration et de respect. Je sais que c’est vous, gardiens de cette mémoire douloureuse, qui, comme personne d’autre, connaissez la valeur et le besoin de la paix, de la réconciliation, du pardon. Et c’est vous qui pouvez apprendre le plus aux générations futures – aux jeunes qui construisent l’Europe unie et un meilleur avenir de notre planète.

Qu’aujourd’hui, de ce lieu, retentisse notre commun appel à un monde sans haine, sans mépris, sans racisme, sans antisémitisme, sans xénophobie, à un monde où le mot homme rimera toujours avec dignité.

© Alexander Kwasniewski et Agence de Presse Polonaise (PAP).



Mis en ligne le 03 février 2005 sur le site www.upjf.org.