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Conflits, terrorisme, oppression, etc.
Terrorisme

Comment une petite ville belge du Limbourg est devenue un centre de terreur
29/11/2005

24/11/05
 
Résumé français d’un article de Craig Whitlock, paru dans le Washington Post du 24/11/05
 
Transmis par Voxdei
 
 
Les téléphones de l’hôtel de ville de Maaseik, petite agglomération de 24 000 habitants dans le Nord-Est de la Belgique, ont commencé à sonner un matin de l’année dernière quand plusieurs personnes masquées furent repérées dans les rues. Une petite panique a éclaté quand une de ces personnes, recouverte de la tête aux pieds d’un tissu noir, apparut dans une école à des enfants effrayés qui fondirent en larmes.
 
Il se trouve que ce n’étaient pas des gangsters encapuchonnés mais six habitantes de Maaseik, qui faisaient une démonstration de leur piété musulmane en s’exhibant en burkas, lesquelles voilaient non seulement leur visage, mais aussi leurs yeux. Quand le calme fut rétabli, le maire, irrité, invita ces femmes dans son bureau pour les sermonner : en vain.
 
-          "Vous pouvez vous habiller de noir mais, s’il vous plaît, ne recouvrez pas votre visage !"
-          "Nous sommes les seules vraies croyantes du Coran", répondirent-elles.
 
Ce que les responsables de la ville ne savaient pas, c’est que conjointement à ces ménagères, quelques hommes avaient embrassé un islam radical et rejoint un réseau terroriste considéré comme l’une des cellules dormantes en Europe selon des documents officiels belges, italiens, espagnols et français.
 
Au cours des neufs mois suivants, la police fédérale belge a arrêté cinq hommes de Maaseik, accusés de recrutement pour une organisation terroriste, le Groupe Combattant Islamique Marocain, réseau à croissance rapide, connu par ses initiales françaises, G.I.C.M.
 
A chaque arrestation, les enquêteurs ont découvert que la petite ville de Maaseik se trouvait bien au centre d’un vaste réseau qui couvre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
 
La ville avait servi d’asile aux suspects des explosions de trains de Madrid, qui avaient tué 191 personnes, en mars 2004, par exemple. Elle servait aussi de lieu de réunions importantes des responsables du réseau G.I.C.M.
 
L’enquête belge souligne les défis que les autorités européennes ont dû relever pour traquer les cellules dormantes, tout en anticipant les dangers imminents. La police a procédé à de nombreuses arrestations à Berlin, Paris, Rome, Stockholm et Amsterdam, ces deux dernières années, pour désorganiser ce qui pouvait ressembler à des complots terroristes, bien que beaucoup de cas se soient révélés ne pas constituer des menaces évidentes.
 
Le problème devint plus aigu après les attentats de Madrid et ceux du métro et des autobus de Londres, le 7 juillet. On prévoyait que les islamistes radicaux séviraient inévitablement à nouveau sur le continent.
 
A Bruxelles, 13 personnes - dont un groupe de Maaseik - ont été déférées au tribunal sous l’accusation d’appartenir à une organisation terroriste et de servir de support logistique au réseau marocain.
 
En dépit d’une enquête couvrant huit pays, les autorités belges sont restées dans le flou à propos de la vraie mission de la cellule de Maaseik. Si aucune arme ni preuve d’une attaque en perspective n’ont été trouvées, il existe un bon nombre de preuves inquiétantes de liens avec des suspects de terrorisme hors du territoire, pouvant avoir planifié quelque action importante.
 
"Nous sommes tout à fait certains d’avoir la preuve qu’ils constituaient une cellule de soutien logistique", a affirmé sous couvert d’anonymat, un haut fonctionnaire des services de sécurité belges.
 

Une opération en cours
 
Maaseik est située dans la province belge du Limbourg, à quelques kilomètres des frontières hollandaise et allemande. Environ 800 Marocains d’origine vivent dans la ville. Beaucoup d’entre eux sont des enfants et petits-enfants d’immigrants. Il y a bien une nouvelle mosquée en centre-ville, mais manifestement [jusque fin 2001] rien qui ressemble à du radicalisme islamique.
 
Les choses ont commencé à changer après le 11 septembre 2001. Une poignée de Marocains de Maaseik se laissèrent pousser de longues barbes, après des voyages prolongés à l’étranger, dont l’Afghanistan - où les burkas sont généralement considérées comme des vêtements appropriés pour les femmes musulmanes pieuses.
 
Les bureaux des services de renseignements de Bruxelles entreprirent une opération de surveillance, à l’été 2002, quand les fonctionnaires se mirent à suspecter le groupe de Maaseik de faire passer des agriculteurs illégaux dans le Limbourg. Les agents donnèrent à leur mission le nom d’"opération asperges". Ce légume étant largement cultivé dans la région.
 
Selon les documents espagnols et français, en novembre 2003, quelques figures-clé du G.I.C.M. sont arrivées à Maaseik en provenance d’Espagne et de France, pour une rencontre exceptionnelle.
 
En temps normal, les cellules européennes du G.I.C.M. évitent les contacts directs, pour ne pas attirer l’attention de la police. Mais le réseau avait eu plusieurs de ses leaders arrêtés au Maroc, après les attentats terroristes de Casablanca, six mois plus tôt, et il essayait de se regrouper.
 
Au nombre des participants arriva à Maaseik avec un faux passeport, un Marocain du nom de Lahoussine Haski, qui avait combattu en Tchétchénie, en Afghanistan et ailleurs, et fuyait les autorités marocaines qui le recherchaient pour terrorisme.
 
En Arabie Saoudite, il était au nombre des 26 suspects les plus recherchés parmi les terroristes du royaume, en raison de son rôle dans une série d’attentats.
 
Après des mois de clandestinité en Arabie Saoudite, Syrie et Turquie, Haski eut besoin d’un refuge, et Maaseik lui sembla sûr. Il se maria avec une femme de cette ville. Plus tard, elle se trouva parmi la demi-douzaine de celles qui semèrent le trouble en ville avec leurs burkas noires.
 
 
Unis dans le djihad
 
Le G.I.C.M. a été fondé en 1997 par des vétérans marocains des camps de formation du djihad en Afghanistan. Son but était de ranimer le combat au Maroc pour renverser la monarchie.
 
Après le renversement des Talibans, à l’automne 2001, les Marocains se sont dispersés et beaucoup sont rentrés chez eux. D’autres se sont rendus en Europe, où ils se sont intégrés dans les communautés marocaines immigrées du continent.
 
Le 16 mai 2003, des dizaines de kamikazes recrutés par le G.I.C.M. ont sévi à Casablanca, faisant 33 morts, outre eux-mêmes. Moins d’un an plus tard, le G.I.C.M. frappait à nouveau, cette fois à Madrid, inaugurant ainsi le premier attentat terroriste majeur en Occident depuis celui du 11 septembre 2001 [aux Etats-Unis].
 
Les fonctionnaires des services de renseignements espagnols et européens les ont identifiés. Ils avaient sous-estimé la présence des Marocains radicaux et n’avaient pas vu que leur activité continuait dans l’ombre.
 
Ces deux dernières années, la police a démantelé des cellules du G.I.C.M. en Italie, Belgique, Espagne, France et Pays-Bas. On pense que cette organisation a quelques centaines de membres en Europe et en Afrique du Nord, et environ 1 000 à 2 000 sympathisants.
 
Quelques fonctionnaires des services de renseignements décrivent le G.I.C.M. comme un réseau de cellules fonctionnant indépendamment les unes des autres, mais d’autres pensent au contraire que les réseaux dormants attendent le moment où elles recevront l’ordre d’agir.
 
En avril 2004, la police française a arrêté six membres présumés du G.I.C.M. à Paris, les accusant de soutenir une entreprise terroriste, mais sans aucune preuve formelle de complot en gestation. Mustapha Baouchi, le chef présumé, révéla aux enquêteurs français que la cellule avait collecté une certaine somme d’argent et gardé des contacts sporadiques en Italie, Espagne, Belgique et Grande-Bretagne. Mais que, de toutes façons, il pouvait attendre, sachant qu’un appel viendrait éventuellement par la suite.
 
"En effet, nous étions un groupe uni dans le djihad", dit Baouchi, selon la transcription de son interrogatoire. "Ce djihad pourrait avoir lieu au Maroc, ou dans toute autre contrée que nous choisirions de déstabiliser. Notre groupe est prêt, car nous avons subi une formation militaire."
 
 
L’incrédulité des gens du pays.
 
La cellule de Maaseik a commencé à se disloquer en janvier 2004. Khalid Bouloudo, un chef-pâtissier né dans la ville, a été arrêté à la frontière des Pays-Bas pour avoir conduit avec un feu arrière cassé. Après un contrôle de routine, les fonctionnaires ont découvert qu’il était recherché pour terrorisme au Maroc, et l’ont arrêté.
 
L’arrestation a compromis l’opération de surveillance en cours, conduite par la Belgique, qui n’avait pas informé Maaseik de ses investigations. Après avoir éludé les questions des responsables de Maaseik qui se demandaient comment des terroristes pouvaient avoir vécu parmi eux, la police fédérale belge a arrêté quatre autres suspects du GICM, à la mi-mars. Mais le dommage causé aux membres du réseau était faible.
 
En juin 2004, ils ont été filés par la police italienne anti-terroriste, qui recherchait un suspect marocain à Bruxelles.
 
Dans les conversations sur écoute, enregistrées par les Italiens, on entend l’homme dire à son correspondant de Milan que lui et trois amis sont prêts pour un attentat-suicide en Belgique. La police belge a opéré plusieurs incursions et procédé à 15 arrestations, au cours d’une opération nommée "asperges 2".
 
Beaucoup d’arrestations ont suivi. En juillet 2004, la police belge a arrêté à Maaseik, après son retour de Syrie et de Turquie, Lahoussine Haski, le suspect le plus recherché en Arabie Saoudite. Deux mois plus tard, elle a appréhendé un autre homme de Maaseik, accusé de recruter pour le G.I.C.M. En décembre, la police espagnole a arrêté un frère de Haski, Hassan Haski, aux îles Canaries ; il fut accusé de créer une autre cellule du G.I.C.M. en vue de perpétrer des attentats en Espagne. Plus tard, les enquêteurs ont établi que Hassan Haski s’était rendu à Maaseik à six ou sept occasions. Les documents du tribunal le décrivent comme l’un des plus importants responsables du réseau.
 
A Maaseik, les habitants n’arrivent pas à croire que leur ville ait servi de base à un réseau international de terrorisme. Afin de contenir l’extrémisme, la ville a fait voter, l’année dernière, une loi interdisant le port de la burka. L’amende est de 125 euros. Cinq des six femmes de Maaseik ont accepté d’obéir. La sixième, Samira Haski, épouse d’un militant du G.I.C.M. et sœur de plusieurs autres, continue la provocation en portant encore la burka.
 
Craig Whitlock
 
© Washington Post
 
Mis en ligne le 29 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org