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Shoah

« La terreur dans l’âme » : Témoignage sur Auschwitz, Tom Luke
30/01/2006

Il y a soixante ans, en janvier 1945, Auschwitz était « libéré ». La commémoration de cet événement a eu lieu en présence de survivants dont le nombre décroît régulièrement et sera bientôt réduit à zéro.
 
Sur le site de l’ONU.
 
 
Le Secrétaire général Kofi Annan inaugure l’exposition intitulée « Auschwitz : la profondeur de l’abysse », au siège de l’ONU, en commémoration du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration nazis en Europe. Photo ONU/Eskinder Debebe
 
 
Pour certains, Auschwitz est déjà un fait historique, un symbole de l’horreur; pour d’autres, c’est un sujet impersonnel qui relève de la spéculation (universitaire). Il existe aussi des écoles de « pensée » en plein essor qui contestent le nombre de victimes et même l’existence des chambres à gaz, laissant entendre qu’Auschwitz était un camp de travail normal où les prisonniers sont morts de causes naturelles. Ces questions, et d’autres, sont aujourd’hui débattues, alors qu’il y a encore des témoins.

Auschwitz était un complexe de camps de concentration et de camps annexes. C’est dans le camp central qu’avaient lieu les tortures, les expériences pseudo-médicales et les exécutions, mais la plupart des détenus étaient assignés au travail forcé dans des complexes industriels internationaux voisins jusqu’à ce qu’ils meurent d’épuisement. C’est à Auschwitz-Birkenau, situé à quelques kilomètres du camp central, qu’ont eu lieu les exterminations massives. Y arrivaient des trains transportant des millions de personnes venant de toute l’Europe, qui étaient immédiatement mises en rang sur le quai et avançaient le long de la rampe de sélection où, en quelques secondes, leur destin était scellé d’un geste de la main. Les victimes, envoyées du « mauvais côté » ne savaient pas ce qui les attendait. Chaque nuit, des milliers de personnes mouraient dans les chambres à gaz, flanquées de fours crématoires, ne laissant d’eux que fumée et cendres. Des fantômes déguisés en êtres humains, regardaient l’agonie des damnés par des trous.

Mais même ceux qui, dès leur arrivée, étaient dirigés vers l’enceinte du camp de Birkenau n’obtenaient qu’un sursis. Ils étaient immédiatement déshumanisés, déshabillés, rasés de la tête aux pieds, vêtus de pyjamas, battus, torturés, affamés, comptés et recomptés. C’était l’humiliation à son paroxysme. Il leur fallait généralement peu de temps pour comprendre d’où venait la fumée qui s’élevait vers le ciel. Les statistiques sur le nombre de morts peuvent être quantifiées, pas la terreur. D’autres sélections suivaient, les adultes jugés valides étaient rassemblés en groupes, tatoués, et marchaient, ou étaient transportés vers des camps de concentration, répartis dans le royaume nazi, où ils étaient assignés au travail forcé. Ceux qui restaient savaient, alors qu’ils devenaient de plus en plus faibles, qu’il n’y avait pour eux qu’une issue : Auschwitz-Birkenau, un produit du cerveau humain.

Alors que la fin de la Deuxième Guerre mondiale était en vue, les installations d’extermination d’Auschwitz-Birkenau ont été détruites par les nazis eux-mêmes. Il est intéressant de noter que la « race des seigneurs », réalisant la monstruosité de leurs actions, a tenté de dissimuler [la magnitude de] ses crimes. En janvier 1945, les prisonniers qui étaient en état de marcher ont été évacués lors de « marches de la mort », ceux qui restaient devant être exécutés. Mais le front de l’est approchait inexorablement et il ne restait plus suffisamment de temps aux nazis pour accomplir le dernier acte contre les damnés. Et c’est ainsi que les prisonniers les plus mal en point qui n’étaient pas morts de froid ou de faim ont pu voir entrer l’Armée rouge.

Mais Il n’y a pas de quoi se réjouir. Personne ne s’est empressé de libérer Auschwitz ou les autres camps de concentration. Les Soviétiques n’avaient d’autre choix que se battre et détruire la machine nazie, ou être détruits. Dans leur marche en avant, ils ont redessiné les frontières, occupé et mis sous leur tutelle les pays de l’Europe de l’est, imposé des dictatures communistes et emprisonné les citoyens qui n’étaient pas dans le rang. Ils ont reproduit le modèle prouvé du goulag soviétique, où des millions de personnes ont aussi péri. La libération des prisonniers d’Auschwitz n’était qu’une pure coïncidence.

D’ailleurs, les Alliés n’ont ni changé la planification de leurs opérations militaires et leur stratégie, pour libérer les camps de concentration, ni contribué à ralentir les opérations d’extermination. Chacun sait que les Alliés et les Soviétiques étaient en possession d’informations sur les atrocités commises par les nazis, et pourtant, ils n’ont même pas jugé qu’il valait la peine de bombarder les voies ferrées qui conduisaient des êtres humains à la mort.

On aurait pu penser qu’après l’expérience de la Deuxième Guerre mondiale, l’humanité aurait retrouvé son bon sens. Et pourtant, depuis 1945, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants innocents ont été soumis - et continuent de l’être - au travail forcé, ont été torturés et assassinés par des membres de la communauté internationale. Leurs raisons pour ce faire : conserver ou acquérir le pouvoir au nom de l’État, de leurs privilèges, de leur idéologie ou de leur doctrine, quel que soit son bien fondé. Il semble aussi qu’il y ait de plus en plus de fanatiques dans la société pour prêcher ouvertement la mort aux infidèles. Pendant ce temps, dans des lieux de délibération confortables, loin des scènes de massacres, des femmes et des hommes éminents débattent de la question de savoir si l’on peut qualifier de génocide tel cas ou tel autre.

Lorsqu’on évoque Auschwitz, il ne faut pas oublier que, pour la grande majorité des victimes, la libération est venue trop tard.
 
 
Tom Luke *
 
* Tom Luke, membre retraité du personnel de l’ONU, est né en République tchèque et est maintenant citoyen australien. Prisonnier dans les camps de concentration, de 1942 à 1944, il a été témoin des événements décrits dans cet article.
 
 
’Afterwards, It’s Just a Part of You’
 
Pour commémorer le soixantième anniversaire de la libération d’Auschwitz, une exposition intitulée «Afterwards, It’s Just a Part of You» [Après tout, ce qu’est qu’une part de vous-même], a été organisée, le 18 janvier 2005, au siège de l’ONU, à New York.

Cette exposition montre les effets positifs, à long terme, des visites des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz et de Birkenau par des groupes de jeunes venant d’Afrique du Sud, d’Allemagne, d’Autriche, de Belgique, des États-Unis, de France, du Luxembourg, des Pays-Bas et de Pologne.
 

Tableau faisant partie de l’exposition « Auschwitz — la profondeur de l’abysse », organisée au siège de l’ONU, du 24 janvier au 11 mars 2005, qui présente la seule preuve visuelle existante du processus d’extermination à Auschwitz-Birkenau. La manifestation a été parrainée par le ministère des Affaires étrangères d’Israël et organisée par le musée de Yad Vashem, à la mémoire des martyrs et des héros de l’Holocauste, à Jérusalem. Photo ONU/Eskinder Debebe

 
 
Accompagnés de survivants et munis d’appareils photographiques jetables, les jeunes se sont fait photographier tout au long de la visite et ont fait part de leurs sentiments. Pour eux, cette expérience a changé leurs points de vue sur la vie en général et sur les questions politiques et morales, tels le racisme et, en particulier, l’antisémitisme.

Le travail photographique du Néerlandais, Pieter Boersma, connu pour ses constructions en bambou, qui a créé une mémoire visuelle des camps d’Auschwitz-Birkenau au cours de ces 15 dernières années, a également fait partie de l’exposition. L’idée a été conçue par Varry van Lakerveld, historien et organisateur d’exposition (Amsterdam), et Christoph Heubner (Berlin), du Comité international d’Auschwitz, qui ont organisé l’exposition avec le soutien de Volkswagen Coaching GmbH (Allemagne), LOT Polish Airlines, Lufthansa et le Centre international des jeunes, d’Oswiecim (Pologne).

Le directeur général adjoint, Shashi Tharoor, du Département de l’information de l’ONU, qui a co-parrainé l’exposition, ainsi que Roman Kent et Kurt Goldstein, survivants d’Auschwitz, ont fait des déclarations. Une rencontre médiatique et une projection ont eu lieu en conjonction avec l’inauguration de l’exposition. Pour en savoir plus, visitez le site www.un.org/events/UNART.
 
© ONU
 
Mis en ligne le 30 janvier 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org