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Menahem Macina

Une association iranienne… explosive : "Les filles de l’olivier" M. Macina
19/05/2006

19/05/06
 
 
Tout le monde, ou presque, s’accorde sur la connotation de paix qui s’attache à l’olivier. N’est-ce pas un rameau d’olivier que la colombe ramena vers l’Arche de Noé pour témoigner de la fin du déluge ? (Genèse 8, 11). Mais, dans l’Iran des mollahs, ce symbolisme ne semble pas avoir cours. Du moins, si l’on en croit un reportage effectué à Téhéran, que diffusait  ce jeudi 18 mai, la Radio Télévision Belge en français (*).
 

Le clip du reportage
 
Ecoutons le présentateur :
…En Iran, une association appelée "les Filles de l’Olivier" recrute et prépare les candidats pour mener des opérations kamikazes. C’est une ONG tout à fait légale qui clame ses liens d’amitié avec le Hamas et le Jihad islamique en Palestine.
Nous apprenons qu’une équipe de la chaîne nationale belge a rencontré la présidente de la dite association. « Ces propos n’engagent, bien sûr, que la personne interviewée », nous prévient le présentateur. Ce qui ne l’empêche pas de préciser, avec un détachement presque convaincant : « Reportage exclusif ».
 
 
Et la caméra nous fait entrer de plain-pied dans un monde surréaliste, où une dame d’âge mûr, fagotée dans le style mère supérieure d’un couvent à l’ancienne, mais au visage jeune et amène, expose calmement, avec conviction mais sans la moindre exaltation, la "philosophie" de l’association qu’elle préside.
 
Le décor : un bureau de l’association. Au mur des posters, dont on ne distingue pas les motifs, de prime abord, jusqu’à ce qu’un balayage rapide de la caméra, révèle qu’il s’agit de posters à la gloire des "martyrs" (entendez : terroristes-suicide).
 
Et c’est le début de la visite guidée, ou plutôt du cours "magistral" sur les motivations et les stratégies des futurs terroristes, tandis que défilent les images dantesques du clip intitulé "Les filles de l’olivier".
 
Dantesque est bien le mot. On y voit d’abord le cadavérique imam Khomeiny, au regard de mort, mains levées au-dessous d’une foule immense et extasiée, magma humain houleux, agitée d’un mouvement brownien… Puis, ce sont des explosions télécommandées à distance. Ici, un camion flambe, après avoir craché des morceaux de cadavres. Là, des scènes d’émeutes. Ailleurs, des déclarations de terroristes-suicide avant leur départ pour leur sinistre mission. Plus avant, des bribes de discours de prédicateurs de haine. Et, saupoudrant le tout, des hurlements, des invocations – Allah wakbar !… Les "crimes de l’entité sioniste", sont exposés de manière dramatique, en une séquence accusatrice d’images des principaux dirigeants terroristes éliminés par Israël - entre autres, le cheikh Yassine - et de charges de policiers lourdement armés sur des foules palestiniennes, et ainsi de suite.
 
En voix off, le commentaire de la journaliste :
Ce clip de propagande a été monté ici [la caméra balaie la pièce : travelling sur un bureau d’angle, sur lequel trônent quelques ordinateurs devant lesquels s’affairent deux techniciens] dans la cave [plutôt : le sous-sol] d’un immeuble des quartiers chics de Téhéran, là où vit la présidente de l’association [que l’on voit entrer dans une pièce]. Mère de famille, polytechnicienne et anglophone, elle a vécu aux Etats-Unis, puis participé à la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran. Fervente partisane de la révolution islamique, en Iran et dans le monde, aujourd’hui, comme vous le voyez sur ces images, elle recrute des kamikazes. [On nous montre un groupe de jeunes gens qui se pressent autour de la présidente, assise à une table couverte de formulaires.] Ils sont déjà 55.000 inscrits, dont près d’un tiers de femmes. Sur le formulaire, trois cases à cocher, au choix.
[On entend la voix de la présidente, qui lit un passage du formulaire] :
Je me porte volontaire pour être martyr et mener une opération contre les occupants de la Palestine. Deuxième case : Je suis prêt à exécuter Salman Rushdie. Dernière option : faire une opération contre les occupants dans d’autres pays islamiques.
A nouveau, la journaliste, en voix  off :
Autrement dit, les kamikazes iraniens se tiennent prêts face à une éventuelle attaque américaine. [Projection d’images d’attentats, d’explosions, sur quelques mesures de Fata Morgana]
La présidente des "Filles de l’olivier" :
Sans doute que des intérêts américains partout dans le monde, si on peut et si on y a accès, seraient attaqués. Oui, c’est ce que l’on ferait, car nous avons beaucoup de candidats dans le monde entier.
La journaliste en voix off :
Sur ce tableau, un cours d’hébreu : cela fait partie des préparatifs en vue d’éventuelles opérations en Israël, pour aider leurs amis du Hamas et du Jihad islamique.
La présidente de l’association:
Tous les civils en Palestine, en Israël, l’Etat sioniste, tous sont membres de l’armée, vous ne savez pas ça ?
La journaliste :
Mais les enfants, non !
La présidente :
C’est le devoir des parents d’emmener leurs enfants dans un endroit sûr. Ils peuvent retourner dans leur pays, leur pays d’origine, là où ils sont en sécurité.
[Gros plan sur une affiche de propagande kamikaze.] Voix off de la journaliste :
Sur cette affiche, une mère de famille kamikaze. Ici, c’est une héroïne.
 
Bref échange entre la journaliste et la présidente des "Filles de l’olivier" :
- Vous êtes fière d’elle ?
 
- Oui, bien sûr. Nous avons fait une cérémonie pour elle, l’année passée.
 
- C’est dur pour les enfants, non ?
 
- Non, leur mère aurait pu aussi être tuée dans un accident de voiture, ou souffrir d’une maladie et mourir, par exemple, du cancer.
 
[Commentaire de la journaliste, en voix off]
Convaincue qu’il ne s’agit pas de terrorisme, mais de résistance face à une guerre qu’ils [les Iraniens] n’ont pas commencée, la présidente, est prête, elle aussi, à mourir et à sacrifier ses trois enfants.
 
La journaliste, s’adressant à la présidente : 
- Et vous ne seriez pas triste ?
- Non.
 
Fin de l’interview.
 

C’est alors seulement que nous est donnée une information, essentielle celle-là, et de nature à dédramatiser quelque peu cette présentation des incitations et de l’enrôlement au meurtre de cette étrange association qui – comble d’ironie - porte le doux nom bucolique de "Filles de l’olivier" :
Le régime iranien entretient une relation ambiguë avec cette ONG de kamikazes. Leur site Internet a récemment été interdit, mais l’organisation reste légale. En fait, leur discours correspond à la politique étrangère défendue par le Président Ahmadinejad.
 
Question pour finir. A quoi avons-nous affaire ?
 
Difficile d’échapper à l’impression qu’il s’agit d’un document de propagande, habilement "fuité" en direction de l’Occident, avec ou sans la connivence des autorités de l’Iran, dans le but d’impressionner les gouvernements qui auraient des intentions belliqueuses.
 
En effet, la présidente a brandi explicitement la menace d’« attaques terroristes contre des intérêts américains partout dans le monde », tout en précisant, pour faire bonne mesure, sans doute : « nous avons beaucoup de candidats [à l’attentat-suicide] dans le monde entier ».
 
Mais si le jeu iranien est assez explicite, celui de la chaîne nationale belge l’est beaucoup moins. Que cherche-t-elle ? Si c’est le scoop, elle l’a eu. Mais on peut légitimement s’interroger sur l’opportunité de diffuser un tel document, et même sur la moralité de l’initiative.
 
Il est vrai que c’est le rôle des journalistes d’informer le public, surtout quand les autorités politiques lui cachent la réalité. Mais est-ce le cas, en l’occurrence ? On peut en douter. Tous les services de renseignements occidentaux sont parfaitement au courant des menaces terroristes proférées par le président iranien lui-même, qui en a fait largement état, et ce en plusieurs occasions. C’est donc un secret de polichinelle.
 
Ce qui est moins connu, en revanche, c’est la part du bluff et celle de la vérité, dans ces menaces. Le reportage de la RTBF ne contribue absolument pas à éclairer le public à ce propos.
 
Alors, pourquoi le JT du soir - seule source d’information (très suivie) pour l’immense majorité des téléspectateurs - a-t-il cru bon de faire une telle publicité à cette secte iranienne, confidentielle et marginale, au risque d’affoler la population ? Pourquoi, tout au long du reportage, avoir donné l’impression que l’association mal nommée "Filles de l’olivier" était une espèce de bras terroriste armé du pouvoir, et n’avoir révélé qu’en fin de reportage que son « site Internet a récemment été interdit » ?
 
Il semble, en l’espèce, que le sensationnalisme et l’audimat aient inhibé le réflexe immunitaire de la déontologie.
 

Menahem Macina
 
 
 
(*) On peut voir la vidéo en cliquant:  mms://wm.streampower.be/adsl.be/tv/rtbf/jmSYEJXXkYUS9sqv.wmv. Attention, pour ne pas être obligé de visionner tout le journal, on notera que le sujet est en 12ème position et se trouve, sur la vidéo, entre les 23ème et 27ème minutes. Nous ne pouvons garantir que ce lien sera encore actif dans quelque temps, la direction de la chaîne étant seule juge en la matière.
 
 
© upjf.org
 
Mis en ligne le 19 mai 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org