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Antisionisme chrétien

Justice ou partialité ? Lectures chrétiennes du conflit palestino-israélien (II)
08/06/2006

Suite du dossier. Texte de la Déclaration du Comité exécutif du Conseil Mondial des Eglises sur Israël et la Palestine.
Voir aussi :
Quand des Presbytériens portent un faux témoignage, Diana Appelbaum
Plaider la cause d’Israël, oui, mais avec un dossier solide, Menahem Macina
Justice ou partialité ? Lectures chrétiennes du conflit palestino-israélien (I)   
Justice ou partialité ? Lectures chrétiennes du conflit palestino-israélien (III)
Le Conseil Mondial des Eglises critique sévèrement Israël, George Conger
 
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Texte original anglais : "Executive committee statement on Israel-Palestine, The time is ripe to do what is right".
 
Traduction française : V. Moulin
 
[Voir aussi la Première Partie : "Justice ou partialité ? Lectures chrétiennes du conflit palestino-israélien (I)"]
 
 
19 mai 2006
 
« Il est temps de faire ce qui est juste »
 
 
Puisque les autorités offrent peu de perspectives viables pour l’avenir d’Israël et de la Palestine, que le conflit fait monter la tension dans le monde entier et que les différents plans de paix demeurent sans effet, le Comité exécutif du Conseil Mondial des Eglises, réuni du 16 au 19 mai 2006, parvient à une conclusion lucide : la paix doit venir bientôt, sinon elle ne viendra pas avant longtemps pour les deux peuples.
 
Faute d’être conforme au droit international, avec les conséquences qui en découlent, la situation sur le terrain a atteint un point de non-retour. Les inégalités sont criantes. Une partie est en train de définir unilatéralement ses frontières définitives sur le territoire qui appartient à l’autre partie, laquelle se trouve de plus en plus confinée dans les enclaves éparpillées qui lui restent. Une partie contrôle de plus en plus de terre et d’eau ; l’autre compte de plus en plus de familles privées de terre et d’eau. D’un côté, on loge de plus en plus de monde sur des territoires occupés, de l’autre, le nombre des réfugiés sans toit ni terre ne cesse d’augmenter. Une partie contrôle Jérusalem, ville partagée entre deux peuples et trois religions ; l’autre – musulmane et chrétienne – regarde, impuissante, sa présence démographique, économique et religieuse diminuer dans Jérusalem. Des deux côtés, des forces militaires ou des groupes armés échangent des tirs par dessus les frontières de 1967, tuant des civils innocents. Des deux côtés, les autorités admettent ces attaques.
 
Enfin, la partie déterminée à conserver ses gains illicites gagne de plus en plus le soutien de la communauté internationale. L’autre partie, désespérée par ces gains illicites, a recouru à des élections légitimes pour choisir de nouveaux dirigeants et est isolée et punie de ce fait. Les parties au conflit et les puissances étrangères qui s’y impliquent font face maintenant à un monde dangereusement divisé sur ce sujet, un monde de plus en plus convaincu que l’objectif de paix pour tous a fait l’objet d’un marchandage au profit d’une seule des parties.
 
A ce point critique, la contribution des églises peut être de parler du point de vue de l’éthique. Les actes ci-dessus mentionnés et d’autres faits semblables ne peuvent aucunement se justifier, ni moralement, ni légalement, ni politiquement.
 
Au bout de sa longue lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis, le Dr Martin Luther King écrivait : « Le temps […] peut être utilisé de façon constructive ou destructrice. Je sens de plus en plus que les gens de mauvaise volonté utilisent le temps de façon bien plus efficace que les gens de bonne volonté. Nous aurons à nous repentir, dans cette génération, non seulement des mots et des actes de haine de la part des mauvais, mais aussi, du silence navrant des bons. Nous devons utiliser le temps de manière créative, sachant que c’est toujours le bon moment de faire ce qui est juste. » (Extrait de la ’lettre écrite de la prison de Birmingham’, 1965 [en fait, 1963])
 
Ce même diagnostic exigeant s’applique à la lutte pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. L’impunité malgré les infractions au droit international, à la Charte des Nations Unies, aux résolutions du Conseil de Sécurité et aux jugements des tribunaux internationaux, a longtemps caractérisé les actions sur le terrain. Maintenant, le même phénomène apparaît également sur la scène des politiques internationales à l’égard du conflit. Les normes légales qui pèsent tant dans ce conflit – intégrité territoriale, résolution pacifique, droit à l’autodétermination et à l’autodéfense, entre autres – sont largement ignorées.
 
Des appels à appliquer ces normes jalonnent six décennies de la politique de l’église à l’égard du conflit, et incluent les déclarations intitulées "Le Mur dans les Territoires Palestiniens Occupés et l’Annexation israélienne des Territoires Palestiniens" (2004). "La Réponse Œcuménique au Conflit Israélo-Palestinien » (2002 et 2001), "Le Statut de Jérusalem" (1998), "Le Moyen-Orient" (1993, 1983, 1974, 1969, 1968 et 1967), "Jérusalem" (1980, 1975 et 1974), et "L’Emergence d’Israël en tant qu’Etat" (1948). Un thème en émerge : « Ce que nous désirons, c’est une justice équitable entre Palestiniens et Israéliens » (déclaration du Conseil Mondial des Eglises (ci-après : CME), à Bad Sarrow, en ex-RDA). Mais le droit international n’a jamais été appliqué de manière convaincante pour le bien collectif.
 
Tout récemment, le CME a demandé au Quartet pour le Moyen-Orient de laisser à l’Autorité Palestinienne le temps nécessaire pour développer et démontrer sa politique. Le CME a également appelé les membres du Quartet – Etats-Unis, Union Européenne, Russie et Nations Unies - à intervenir avec impartialité dans le conflit et à être la tierce partie, déterminée et objective, nécessaire pour amener Israéliens et Palestiniens à des négociations équitables.
 
Le respect des accords existants est requis des deux côtés. La démocratie doit être protégée là où elle est en train de prendre racine. La violence empêche les autorités, tant israéliennes que palestiniennes, d’avoir des relations bilatérales normales .
 
Cesser la pratique des « deux poids deux mesures » est un préalable à la paix. L’impasse actuelle doit être brisée. Toutes les parties doivent voir la nécessité d’un réalignement des décisions politiques actuelles avec les convictions à long terme et les obligations morales indéniables, et le bénéfice humain qui en découlerait. Cette opportunité, précieuse, qui sauvera des vies, c’est maintenant.
 
 
Le Comité Exécutif du Conseil Mondial des Eglises, réuni à Bossey, en Suisse, du 16 au 19 mai 2006 :
 
Insiste pour que la communauté internationale établisse le contact et s’engage avec les responsables politiques légitimement élus par le peuple palestinien en vue de trouver la solution aux différends, au lieu de les isoler et de causer ainsi plus de souffrance parmi le peuple ;
 
Soutient fermement, et appelle la communauté internationale à soutenir des négociations bilatérales et équitables comme étant la voie vers la reconnaissance mutuelle entre Israël et la Palestine, et vers la solution des autres contentieux et obstacles tangibles à la paix, comme le préconisent les résolutions successives du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée générale des Nations Unies.
 
Recommande, dans l’intérêt du traitement équitable et comme un nouveau fondement pour la paix, que les deux parties au conflit soient tenues de cesser la violence, sans qu’il y ait deux poids deux mesures, en honorant les accords existants et en reconnaissant l’existence de chaque partie, y compris les frontières de 1967.
 
Insiste pour que toutes les Hautes Parties Contractantes de la Quatrième Convention de Genève (y compris Israël, les Etats-Unis, les Etats de l’Union Européenne, la Russie et la Suisse), assurent le bien-être de la population occupée. Voici les mesures urgentes :
  • Lever les mesures punitives imposées à la population palestinienne, en violation de la Quatrième Convention de Genève et de sa prohibition des punitions collectives – englobant les restrictions de déplacement, d’aide et de collecte d’impôts qui ont été imposées après les élections démocratiques.
  • Exiger de la force d’occupation qu’elle remplisse ses responsabilités du bien-être de la population dans tous les lieux qu’elle contrôle, y compris la bande de Gaza.
Rappelle aux Nations Unies et à ses membres la responsabilité des Nations Unies de faire de Jérusalem une ville ouverte et accueillante pour les deux peuples et les trois religions, avec une souveraineté et une citoyenneté partagées.
 
Encourage le gouvernement d’Israël à fonder sa sécurité sur la paix avec tous ses voisins, et sur des négociations équitables concernant les frontières définitives avec ces voisins en excluant de leur imposer des frontières unilatéralement décidées.
 
Encourage l’Autorité Palestinienne à impliquer toutes les parties - d’un bord à l’autre de l’échiquier politique - dans le processus démocratique et la recherche d’une solution pacifique au conflit, à protéger les droits démocratiques de son peuple des pressions extérieures, en vertu de ses prérogatives légitimes au regard du droit international, à maintenir le cessez-le-feu existant avec Israël et à l’étendre à toutes les parties, à démontrer que les deux parties doivent cesser toutes les formes de violence et d’attentats contre des civils innocents, au-delà des frontières de 1967 entre Israël et les Territoires Palestiniens.
 
Appelle les églises-membres et le Conseil Mondial des Eglises à faire preuve de solidarité avec les deux parties au conflit en témoignage de paix :
  • Qu’elles plaident en faveur des mesures ci-dessus mentionnées, reflétant l’inquiétude qu’éprouvent les églises du monde entier au sujet du conflit israélo-palestinien et de ses implications dans différentes régions, et du besoin urgent de gestes de réparation, de la part des autorités concernées ; qu’elles recourent à des formes légitimes de pression pour promouvoir une paix juste et pour mettre fin aux activités illégales des Israéliens ou des Palestiniens.
  • Qu’elles trouvent des moyens constructifs pour répondre aux menaces que subit le peuple juif, en raison de la nature, de l’expansion et de l’impact du racisme dans les contextes locaux, nationaux ou internationaux.
  • Qu’elles soient attentives aux appels à l’aide des églises de Jérusalem dans ce temps d’épreuve, qu’elles les assistent dans leur service envers la société et soutiennent les œuvres en faveur des nécessiteux ; qu’elles demandent aux églises du Moyen-Orient de les aider à former leurs membres dans la région à la connaissance de la nature du conflit, et à la manière de parvenir à la paix. Qu’elles prient pour la paix.
  • Qu’elles envoient des membres en Israël et en Palestine, dans le cadre du Programme Œcuménique d’Accompagnement, jusqu’à ce que l’occupation prenne fin.
  • Qu’elles engagent le dialogue avec les églises qui établissent un lien entre les événements actuels au Moyen-Orient et certaines prophéties bibliques. Un tel dialogue devrait inclure des perspectives politiques concrètes et légitimes sur la justice, l’impact d’une telle démarche sur la présence et le témoignage des églises chrétiennes de la région, et des discussions sur la nature du témoignage chrétien pour la paix au Moyen-Orient.
  • Qu’elles oeuvrent à accroître la sécurité de tous les peuples de la région, en accord avec les Minutes de la Neuvième Assemblée, en demandant aux gouvernements concernés de soutenir l’établissement, au Moyen-Orient, d’une zone sans armes nucléaires, ceci étant valable pour Israël et pour l’Iran.
 
Mis en ligne le 07 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org