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Menahem Macina

A propos de l’article de Joseph Farah : "Je désespère d’Israël"
22/05/2006

Un de nos fidèles internautes a tenu à exprimer son point de vue, suite à ce texte [*]. C’est bien volontiers que nous lui donnons tribune, d’autant que sa réflexion est de qualité. (Menahem Macina).
19/05/06
 
 
[*] L’article est consultable sur notre site. On peut lire des propos qui vont dans le même sens et qui sont dus à un fin connaisseur en la matière, puisqu’il s’agit du général israélien Moshe Ya’alon, ancien chef-d’état-major de Tsahal. Voir : "Ya’alon : il nous faut des Churchill, pas des Chamberlain !".
 
 
Nombreux sont les Juifs et non-Juifs qui adhèrent à l’analyse de Farah et partagent le même étonnement douloureux. On ne peut s’empêcher d’interpréter l’attitude du gouvernement israélien comme étant, pour le moins, laxiste et irresponsable. Certains vont jusqu’à parler de capitulation, voire de prime au terrorisme. Le problème le plus alarmant est que, parmi les commentateurs qui tiennent ces propos désabusés, on peut distinguer deux catégories : ceux qui réfléchissent avec leurs tripes et ceux qui, hélas, sont souvent des analystes de grand talent.
 
Pourquoi cet acharnement à privilégier ce qui dépite le bon sens, comme si une puissance maléfique avait pris le pouvoir en Israël pour jeter le judaïsme en pâture à la majorité des chancelleries dont l’hostilité vis-à-vis du... sionisme va de pair avec l’incontournable militantisme pro-palestinien ?
 
A l’incompréhension viennent s’ajouter l’amertume et le désespoir des Juifs, pratiquants ou non, croyants ou non, qui ont préféré passer leur existence à combattre pour l’honneur et la fierté de leur peuple, plutôt qu’à se faire pardonner leur origine en occultant leurs spécificités culturelle et cultuelle.
 
Il est primordial de rappeler que nier la dette morale de l’humanité à l’égard du Juif, et prendre un air offensé au nom d’un soi-disant ras-le-bol d’avoir les oreilles rebattues pour un crime qu’on n’a pas commis, n’est presque jamais innocent. La malhonnêteté est d’autant plus malveillante qu’elle ouvre des avenues au révisionnisme, dont le jeu consiste exclusivement à faire de la victime un bourreau. Faire d’une pierre deux coups en accusant le Juif d’être coupable de la haine qu’on lui porte, c’est toute l’intelligence qu’on peut reconnaître à l’antisémitisme - dont la longévité nous renvoie à l’art le plus malfaisant, en raison de sa longévité : l’enseignement du mépris.
 
Il y a de bonnes raisons de penser qu’une partie non négligeable de l’élite israélienne est tombée dans ce piège, si l’on en juge par l’anxiété avec laquelle elle entend donner des gages de sa modernité en faisant retentir ses reniements en matière de sionisme et de religion. Beaucoup, parmi les Juifs diasporiques, ont, de la même façon, opté pour la facilité en s’associant à cette croisade pour préserver leur confort intellectuel et, cela va sans dire, économique.
 
L’heure est grave.
 
Brandi avec si peu de conviction, le flambeau du peuple juif - dont je fais partie -, voit sa flamme vaciller entre la fidélité aux nobles valeurs inscrites dans notre mémoire et, l’athéisme aidant, le refus de les transmettre aux enfants.
 
 
Les territoires contre la paix.
 
C’est cet axiome d’inspiration européenne - prestement adopté, pour des raisons évidentes, par l’administration américaine - qui est en train de sonner le glas du judaïsme.
 
Les généraux israéliens savent évidemment mieux que personne ce qu’il en coûte de se battre sans répit contre un ennemi qui ne s’avouera vaincu que lorsque l’antisémitisme planétaire sera éradiqué, c’est-à-dire, dans le meilleur des cas, lorsque les effets du dernier choc pétrolier s’évanouiront. Être à la tête d’une armée qui a obligation de demander la permission de gagner chaque guerre qu’on lui impose finit fatalement par provoquer des états d’âme. Il ne suffit plus à une cause d’être juste depuis que les Juifs ont la capacité de se défendre, d’autant que ces effrontés se débrouillent plutôt bien. Circonstance aggravante, l’invention du pipe-line avec robinet intégré a fait le reste : ils ne croient plus aux miracles !
 
Les hommes politiques israéliens au pouvoir savent, quant à eux, qu’ils ne font pas le poids face au diktat des Etats-Unis. Ce qui les rend suspects, c’est leur promptitude à s’exécuter, ce pragmatisme volontariste avec lequel ils ouvrent des portes dont leurs encombrants alliés s’empressent de faire la cible de leur courroux. En guise de marge de manoeuvre, l’intérêt supérieur de la nation américaine ne laisse d’autre option au gouvernement israélien que de prendre en marche le train du désengagement, et tant pis si c’est le patrimoine juif qui en fait les frais. Très peu concernés par D-ieu, le messianisme, ou tous les autres ingrédients qui ont cimenté la cohésion du peuple du Livre - dont l’existence aujourd’hui tient encore du prodige -, les Olmert, Peres, Barak, Netanyahou, Sharon et consorts se sont tous inclinés, sans avoir le courage de protester haut et fort contre le fait que l’Etat d’Israël a dorénavant le rôle de l’employé-modèle. On ne leur reprochera jamais assez de n’avoir même pas cherché à résister pour sauver quelques meubles. Ils n’ont jamais cru aux vrais miracles !
 
On peut admettre, même si c’est à contre-cœur, que, la thune - le dollar, en l’occurrence -, étant le nerf de la guerre, cet assujettissement hiérarchique était quasiment inévitable. En revanche, dire que ce qui advient est bien, juste et honnête relève de la supercherie et de l’opportunisme politicien le plus dégradant. Aligné sur le pro-palestinisme, le politiquement correct a fait bien des émules au sein des majorités silencieuses occidentales, dont on sait à quel point l’idée d’être terrorisées leur insupporte. Le renfort des sympathisants juifs et israéliens transfuges, qui se prévalent d’un humanisme calqué sur le modèle socialiste, ô combien éculé, ajoute à la confusion des esprits soucieux d’être dans les normes. C’est un océan d’hypocrisie qui submerge les rives du monde réel, sans masquer l’objectif de nos ennemis : légitimer un peuple inventé, au détriment d’un autre, auquel il est expressément demandé de céder sa part d’histoire et même sa terre natale, pour faire bonne mesure.
 
Le film de tout ce qui s’est passé en Israël, depuis le fameux retournement stratégique opéré par Sharon, en passant par les séquences ’expulsions’, nous a projetés dans le surréalisme. Ne sachant plus à quel saint se vouer, les Israéliens ont offert la victoire à Kadima, probablement par un réflexe pro-Sharon. Si la Providence décidait de ne pas intervenir pour défaire l’imbroglio qui en a résulté, le profane gagnerait sur toute la ligne, mais le peuple juif risquerait de perdre définitivement son âme.
 
Et tout cela en échange de quoi ? De rien ? Pas sûr ! Les choses n’ont fait qu’empirer depuis que les gestes de bonne volonté israélienne se sont multipliés, sous le pressant parrainage des joueurs d’échecs de la CIA. Pendant ce temps, les palabreurs - qui nous expliquent ce qu’on a toujours prédit à l’exception de l’émergence de Kadima - s’en donnent à coeur joie, et les romantiques, habitués à se délecter des tableaux qui font défiler les petits mannequins kamikazes, ne comprennent pas que l’argent, celui qui a déjà été détourné et celui qui le sera en temps voulu, est au centre de tous les débats, dans la lutte héroïque du peuple palestinien pour conserver son statut d’assisté.
 
Sommes-nous condamnés à intégrer le catalogue de tous les extrémismes, au motif qu’il devient de plus en plus difficile de simuler la compassion sur le mode sélectif ? Y voir clair, ne pas être dupe, constater les ravages occasionnés par la peur des uns et le chantage des autres, est-ce un crime ? En quoi le fait de dénoncer le mensonge des uns et la cruauté des autres est-il préjudiciable à la cause ’palestinienne’ ? Cette exploitation éhontée d’un bégaiement de l’histoire, cette ration ’journalièristique’ d’un misérabilisme attiseur de haines, cet unilatéralisme qui fait progresser les actions de Kleenex à chaque opération de représailles israéliennes, cette inégalité de traitement des enfants, selon qu’ils sont colons ou kamikazes, le deux poids deux mesures qui a prévalu tout au long de cette interminable saga, pourquoi ? Cela a-t-il fait évoluer les conditions de vie du Palestinien lambda ? Quel obstacle le priverait de mon amitié ou de ma solidarité, dès lors que la morale serait respectée ? Est-ce manquer de coeur que de se refuser au suicide ?
 
A tous ceux qui hochent la tête, partagés entre la pitié et l’agacement, on peut dire que
  • c’est en vain qu’ils endossent le costume du professeur ’Pfff…’ ;
  • que hurler avec les loups ne protège pas du danger quand on est Juif ;
  • que la raison du plus fort n’est pas forcément la meilleure ;
  • que, si l’on tient compte du facteur hasard, ils ont autant de chances de retomber sur leurs pieds que sur leur tête ;
  • et que, last but not least, il se peut fort bien que, dans le mot de la fin, ils n’aient aucun mal à rejoindre le point de vue des ignorants, car… faut-il être si bien armé pour prononcer le sempiternel verdict qui suit ?
La paix n’est pas possible pour deux raisons :
 
1. L’islamisme met le camp arabe en décalage avec la réalité.
2. Les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.
 

Winidoo
 
© upjf.org
 
Mis en ligne le 21 mai 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org