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La ’Gauche coranique’ inaugurée au Forum Social Européen, A. Feigenbaum
16/12/2003

Titre complet : "La ’Gauche coranique’ inaugurée au Forum Social Européen : la justification de l’antisémitisme et du terrorisme.

15/12/03

Peu de commentateurs ont relevé des propos racistes qui ont été tenus au Forum Social Européen (FSE). Certains intervenants ont minimisé les actes racistes anti-juifs, pour déplacer l’accent sur les actes racistes anti-maghrébins. Selon Michel Warschawski «le prétendu "nouvel antisémitisme" n’existe pas, ce n’est qu’un contre-feu marketing du cabinet Sharon». En mai 2003, ce « journaliste israélien» avait déjà justifié l’agression de la synagogue de Strasbourg : «Quand ils [les Juifs] appellent à manifester leur soutien à Sharon sur le parvis d’une synagogue, comment s’étonner alors que la synagogue soit prise comme cible dans les manifestations contre la politique israélienne?» (1). En d’autres termes, il n’y aurait pas d’antisémitisme, tout cela ne serait qu’une invention des Juifs eux-mêmes, et l’antisémitisme qui leur tombe dessus ne serait que leur juste punition ! Cette rhétorique incohérente suffit à déculpabiliser les auteurs d’actes antisémites, et à encourager le passage à de nouveaux actes. Ce message a été d’ailleurs reçu cinq sur cinq et quelques heures plus tard, une école juive était en flammes. Dans la semaine, un assassinat raciste avait lieu –dans une indifférence d’ailleurs inquiétante (2).


L’incendie de l’école juive ? C’est la faute aux Juifs !

De nombreux alter-mondialistes, venus chercher au FSE la piste d’un monde plus solidaire, rejettent l’antisémitisme. Aussi est-il intéressant d’analyser la réaction d’organisations de la mouvance alter-mondialiste aux attentats anti-juifs d’Istanbul et de Gagny, qui ont eu lieu au même moment que le Forum. Ainsi la Ligue Communiste Révolutionnaire : «Guerre, racisme, un autre monde est possible. Communiqué de la LCR : La guerre impérialiste contre l’Irak, tout comme la politique criminelle du gouvernement Sharon en Palestine n’en finissent plus de causer des drames. Le double attentat antisémite d’Istamboul en est la dernière illustration. En France, la montée des communautarismes a conduit, samedi dernier, à l’incendie du collège-lycée Merkaz-Hatorah de Gagny. Le Forum social européen qui vient de s’achever a montré qu’une autre voie, celle de la fraternité et de la solidarité, était possible entre les peuples. Cette autre voie passe par la lutte contre toutes les formes de racisme, contre l’occupation de l’Irak et pour la justice en Palestine.»

Tout d’abord, en condamnant «toutes les formes de racisme», la LCR désigne plusieurs coupables : «la montée DES communautarismes», partage ainsi les torts, et renvoie dos à dos la communauté juive martyrisée et ses agresseurs ! Comme si des Juifs attaquaient des mosquées ! Rien ne peut davantage encourager le véritable auteur d’un crime que de lui dire qu’en fait, il n’est qu’à moitié responsable. Mais ce texte pousse encore plus loin : il va jusqu’à innocenter complètement les auteurs des attentats terroristes anti-juifs, et à en désigner le véritable responsable : «la politique criminelle du gouvernement Sharon». Ainsi les délinquants racistes des banlieues peuvent incendier, insulter ou frapper des Juifs, ils ne seront ni responsables ni coupables, ce sera la faute de «Sharon». Ce sont les Juifs («les partisans de Sharon») qui sont les vrais responsables des attentats. C’est la même démarche que celle de Michel Warschawski: on nie les actes antisémites, et en même temps, on en accuse les Juifs.

Pourquoi la LCR peine-t-elle donc tant à affirmer que des Juifs sont victimes ? Pourquoi un argumentaire aussi tortueux ? Pourquoi hésiter à nommer le communautarisme musulman, et parler pudiquement de «montée DES communautarismes» ? Pourquoi ne pas vouloir dénoncer certains musulmans qui, alors qu’ils ont subi des discriminations, sombrent aujourd’hui dans un islamisme raciste et fascisant ? Pourquoi cette étrange complaisance pour des islamistes ? S’agit-il de démagogie pour pêcher des voix dans les banlieues ? Dénoncer «tous les racismes» évite à la LCR de nommer l’antisémitisme, et, de fait, le minimise et le cautionne.

Ce qui est en jeu dans ce type de discours, c’est la désignation de la victime et de l’agresseur. Le procédé est typiquement stalinien : au-delà des évidences, le responsable «objectif» est celui à qui «le crime profite». Et comme une victime d’attentat attire forcément sur elle la compassion, elle se trouve accusée de tirer bénéfice de cette compassion, et d’être le véritable coupable ! On condamne l’acte, mais pas son auteur, on accuse, au contraire, la victime. Plus on est victime, plus on est coupable. C’est exactement le même raisonnement que les négationnistes, qui contestent la shoah, et accusent les Juifs de l’avoir inventée. Est-ce une coïncidence ? L’islamisme, pour lequel la LCR fait preuve d’indulgence, a absorbé et intégré les théories négationnistes. Il est vrai que les négationnistes ne sont jamais loin dans l’environnement de la LCR, puisqu’il arrive souvent qu’ils appellent ensemble à manifester pour «la paix» au Proche-Orient. Etrange «paix», qui convient aux islamistes et aux négationnistes… Mais c’est un autre débat.


Le triple langage de Tariq Ramadan. Un appel à quoi contre Taguieff ?

Qui a relevé qu’au Forum Social Européen (FSE), Tariq Ramadan a repris ses propos - qui avaient fait scandale en octobre 2003 sur oumma.com -, dénonçant Alexandre Adler, Alain Finkielkraut et Pierre André Taguieff ? Eric Conan, dans L’Express, fait remarquer que Le Pen avait été condamné pour moins que cela (3).

Qui a relevé qu’à la tribune du FSE, Ramadan s’en est pris essentiellement à Pierre-André Taguieff, en citant une phrase qu’il lui a attribuée: «trois millions de musulmans, c’est trois millions d’extrémistes potentiels», et qu’il a ensuite longuement commentée et critiquée ? Lancée depuis la Tribune du FSE, cette accusation ne peut qu’inciter les incendiaires des banlieues à régler son compte à ce Taguieff, dont ils ne savent sans doute rien, et surtout pas qu’il a coordonné un ouvrage dénonçant le racisme de l’extrême droite vis-à-vis des Musulmans de France (4). Comment donc Taguieff aurait-il pu, en effet, prononcer une telle phrase, proche du discours d’extrême droite, lui qui, précisément, dénonçait de tels amalgames ? La réalité est en effet tout autre : dans un débat sur France Inter, en 1997, Taguieff avait décrit, de façon critique, le discours «sécuritaire» de l’extrême droite : pour l’extrême droite, disait-il, «deux millions de musulmans, c’est deux millions d’intégristes potentiels». Il avait ajouté que c’était sans doute aussi la base de la stratégie de recrutement des islamistes dans les milieux musulmans des banlieues. Voilà donc la phrase de Taguieff tronquée, sortie de son contexte et retournée contre lui, en guise d’accusation ! Ce n’est plus du double, mais du triple langage.


L’avènement de la gauche coranique

La fameuse accolade de José Bové à Tariq Ramadan, au FSE, marque la convergence entre islamistes et certains leaders gauchistes. C’est l’officialisation de ce qu’il faut nommer désormais la «gauche coranique». Les islamistes sont anti-Américains et anti-Israéliens parce qu’ils s’inspirent des passages racistes, antisémites et antichrétiens du Coran. Les anti-mondialistes sont anti-Américains, parce que les Etats-Unis sont le symbole du capitalisme et de l’impérialisme. La jonction de ces deux anti-américanismes (les ennemis de mes ennemis sont mes amis) est un terrible malentendu, puisque l’extrême gauche n’a que faire du Coran, et que les islamistes s’accommodent fort bien de l’impérialisme et du capitalisme. Ce malentendu est entretenu par la manipulation, par les islamistes, du vocabulaire et des mots-clé de l’extrême gauche (5-6).

Les Bernard Henry Lévy, les Finkielkraut, sont qualifiés de «communautaristes» à la solde des instances communautaires juives (pourtant plutôt frileuses), voire de «valets de Sharon». C’est oublier que les violences antisémites ont commencé bien avant Sharon : Barak était encore premier ministre en Israël, et recherchait un compromis avec Arafat lorsque l’on a crié pour la première fois «mort aux Juifs !» dans les rues de Paris, au cours d’une manifestation co-organisée par le MRAP et l’extrême gauche (avec le soutien d’organisations fascistes islamistes). Et du temps de Rabin, aujourd’hui porté aux nues, l’extrême gauche avait déjà le même ton. Il y a chez certains leaders d’extrême gauche un anti-israélisme systématique, qui reprend, sans critique ni nuance, les thèmes de la propagande palestinienne. L’extrême gauche manifeste régulièrement aux côtés d’islamistes et de négationnistes. Après chaque manifestation soi-disant pro-palestinienne (en fait de soutien aux seigneurs de la guerre palestiniens, qui sont parmi les plus meurtriers, les plus corrompus et les plus racistes de la planète), des actes antisémites sont commis. Cela n’empêche pas l’extrême gauche de recommencer régulièrement, avec les mêmes co-organisateurs. Où est la recherche d’une société véritablement plus juste et plus solidaire ? (7)


Bové non plus, il ne dit pas que des conneries

On peut se demander pourquoi Le Pen n’est pas sur la photo, puisqu’au fond, il a, lui aussi, les mêmes ennemis. Mais ce sera peut-être pour bientôt. De manière révélatrice, au Forum Social Européen, Tariq Ramadan n’a pas eu une seule attaque contre l’extrême droite. Les jeunes alter-mondialistes savent-ils ce qui se cache réellement derrière les discours soi-disant «anti-impérialistes» et «anti-racistes» ? Bientôt, lorsqu’on parlera de José Bové, on ajoutera : «il ne dit pas que des conneries», comme le font les sympathisants de Le Pen, qui tentent de minimiser la partie intolérable de son discours. La ligne de démarcation, dans l’histoire des idées politiques, est, aujourd’hui encore, l’antisémitisme. Quelles que soient les belles idées de façade, l’antisémitisme sert à masquer des formes de fascisme.

Le plus dur à vivre, pour des Juifs des cités et des banlieues, ce n’est pas seulement l’agression raciste, c’est ce qui vient après : l’absence de solidarité de la société, et surtout de certaines organisations, supposées porteuses de valeurs de solidarité et de fraternité. C’est la manipulation froide de leur malheur, à des fins démagogiques ou électoralistes. Nombreuses sont ces familles juives, victimes tant du racisme que de ce refus de solidarité, qui n’ont pas les moyens de se réinstaller dans d’autres quartiers, et qui choisissent, aujourd’hui, de recommencer leur vie à zéro en Israël, dans un pays plus solidaire.

Alexandre Feigenbaum *


* Coauteur de Nouveaux visages de l’antisémitisme, Paris NM7, 2000.

© upjf.org


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Notes

(1) Voir le site de l’Association France Palestine Solidarité www.nord-palestine.org/actualite_warschawski.htm
(2) Un disc-jockey juif était assassiné par un voisin et «ami». Une ambiance raciste islamiste, dans laquelle baignait l’assassin, semble avoir largement contribué à ses motivations meurtrières.
(3) Eric Conan, «Qui parle d’islamophobie ?» L’Express, 4 décembre 2003.
(4) Pierre André Taguieff Face au racisme, Le Seuil, Paris, 1993, vol 1, p. 190.
(5) Les villages juifs de Judée-Samarie sont qualifiés de «colonies» ; les opérations israéliennes contre des assassins de civils sont présentées comme le «génocide des Palestiniens», alors que le massacre de centaines de civils israéliens est escamoté, voire justifié. L’«humiliation des Musulmans» dans le monde, cheval de bataille des islamistes, est attribuée au «colonialisme», alors qu’elle est d’essence coranique. La présence juive en Israël est qualifiée par la gauche de «colonialisme». Il y a confusion complète entre analyse politique et essentialisme religieux.
(6) Dans Libération du 21-11-03, E. Baer, un ancien responsable de la CIA préconise, en guise de mesure de lutte contre le terrorisme, que l’on se débarrasse de Bush et de Sharon. Comme si le terrorisme s’attaquait à la politique des Etats, et non à leur essence même. Comme si faire une concession au terrorisme pouvait l’arrêter. On comprend rétrospectivement qu’avec de tels cadres, la CIA n’ait pas su prévoir le 11 septembre.
(7) Déjà, il y a 30 ans, l’officine d’extrême gauche «La Vieille Taupe» avait basculé dans le négationnisme. Pour eux, l’antiracisme faisait dévier la classe ouvrière de son véritable objectif, qui devait rester la lutte des classes. Le discours de Faurisson les avait séduits, car il leur donnait une raison de combattre l’antiracisme. L’antisémitisme est le ciment de cette bouillie idéologique.

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Cet article a été réalisé à partir de transcriptions, par des militants du B’nai B’rith France, des conférences du FSE.

Mis en ligne le 16 décembre 2003 sur le site www.upjf.org