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Antisémitisme
Antisémitisme arabo-musulman

Evolution dans le discours antisémite du monde arabe, MEMRI

MEMRI

THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE


Enquête et Analyse / Koweït / Syrie - N° 135, 23 avril 2003.



Autrefois, les manifestations antisémites ne soulevaient aucune critique réelle dans le monde arabe. Qui plus est, les critiques formulées en Occident ne faisaient qu'accentuer la virulence des propos antisémites de la presse arabe, ne suscitant aucune remise en question. Par exemple, la condamnation, en février 1998, du négationniste français Roger Garaudy et celle, en mars 2000, du négationniste britannique David Irving, ont enflammé la colère du monde arabe, intensifié les réfutations de l'Holocauste et les accusations d'hégémonie juive dans le monde(1).
Ces deux dernières années, les médias arabes ont, en revanche, publié de nombreuses critiques et manifesté une certaine réserve face au discours antisémite arabe. Voici quelques exemples notables de ce type de réactions et une réflexion sur leur origine.



I - Invitation à annuler la conférence des négationnistes à Beyrouth


Une conférence internationale devait réunir des négationnistes du monde entier, fin mars 2001, à Beyrouth. L'Institute for Historical Review, siégeant à Los-Angeles, et l'organisation suisse Vérité et Justice s'étaient chargés de l'organiser. Des intellectuels arabes opposés à la conférence ont demandé son annulation. Un communiqué signé par 14 intellectuels arabes de renom établissait que « les intellectuels arabes sont choqués par cette entreprise antisémite. Nous souhaitons mettre en garde l'opinion publique libanaise et arabe contre celle-ci et appeler les autorités libanaises à interdire cette conférence inadmissible(2). »
Ce communiqué était signé par le poète libanais Adonis, le poète palestinien Mahmoud Darwish, l'historien algérien Mohammed Harabi, l'écrivain algérien Jamal Al-Din ibn Sheikh, l'écrivain marocain Mohammed Baradeh, les écrivains libanais Dominique Awdeh, Elias Khouri, Gérard Khouri et Salah Sathithiyyeh, les écrivains syriens Fayez Mallas et Farouq Mardam-Bey, les auteurs palestiniens Khalda Saïd et Elias Sanbar, et l'universitaire américano-palestinien Edouard Saïd(3).

Dans un article intitulé Le protocole des Sages de Beyrouth, le chroniqueur Joseph Samaha écrit [dans le quotidien londonien Al-Hayat, édité en arabe, à Londres] :
« Tenir cette conférence à Beyrouth n'est pas à la gloire de la capitale libanaise. Peut-être les dommages conceptuels, politiques et économiques [qu'elle engendrera] seront-ils infiniment plus importants que les profits, dont il a toujours été clair qu'ils seraient quasiment inexistants. Cette conférence réunira des falsificateurs de l'histoire auxquels des procès ont été intentés chez eux. Il s'agit là, en réalité, d'une conférence contre la vérité (…) Ceci est une conférence contre la conscience.
« Cette conférence défend le bourreau nazi et son crime contre les Juifs et d'autres encore, au nom des victimes palestiniennes et arabes. Il s'agit d'un règlement de comptes entre occidentaux et occidentaux, où le problème palestinien joue le rôle de faux témoin (…)
« Il est indispensable de se montrer précis quand on en arrive à l'utilisation sioniste de l'holocauste. Des avis déterminants sur le sujet ont été émis par des personnes qui refusent de voir leurs noms rattachés à ceux de Faurisson [négationniste français] et ses semblables (…) Le Liban possède trop de faux pour que le
Protocole des Sages de Beyrouth vienne s'ajouter à la liste(4). »


Egalement dans Al-Hayat, le chroniqueur Abd el-Wahhab Badrikhan a rédigé un article ne cherchant pas à nier l'Holocauste mais à décrire les effets néfastes de sa réfutation sur l'image du Liban :
« Certains intellectuels arabes ont condamné, à juste titre, le projet discutable d'une conférence à Beyrouth visant à jeter le doute sur l'holocauste juif [perpétré] par les nazis […] Outre qu'une telle conférence n'aurait aucun effet sur la question de l'holocauste, le tort causé au Liban serait tangible. Le Liban aspire aujourd'hui à régler sa crise économique et a besoin, pour cela, d'institutions économiques internationales. Mais cette conférence clandestine […] contrecarrera les efforts libanais, même si tel n'est pas le but de ses participants…(5) »


Début mars 2001, le Département d'Etat américain a demandé au gouvernement libanais d'annuler la conférence. Ce dernier a d'abord nié avoir été mis au courant, mais, face à une pression américaine accrue, le Premier ministre libanais, Rafiq Hariri, a, le 23 mars, annoncé qu'elle était annulée(6).

II – Un directeur de journal saoudien présente ses excuses pour la publication d'un article diffamatoire sur les coutumes juives


En mars 2002, le quotidien saoudien officiel Ar-Riyadh publie un article diffamatoire du Dr Umayma Ahmed Al-Jalahma, de l'université du roi Fayçal à Ad-Damman, en Arabie Saoudite, incluant une description très précise de la façon dont les Juifs procèdent au meurtre de jeunes gentils pour incorporer leur sang aux pâtisseries de la fête juive de Pourim(7). L'article, qui a été traduit et publié dans les médias occidentaux, a suscité de vives réactions aux Etats-Unis. Suite à une condamnation du Congrès, du Département d'Etat américain et du président Bush lui-même, le directeur du journal, Turki As-Sudeiri, membre de la famille royale saoudienne, a publié des excuses et congédié l'auteur de l'article diffamatoire(8). Il a notamment déclaré dans un article :
« J'ai vérifié l'article et ne l'ai pas jugé bon pour publication, en ce qu'il ne se fonde pas sur des faits scientifiques et historiques et contredit les rituels de toutes les religions connues, y compris l'hindouisme et le Bouddhisme. L'information incluse dans cet article ne diffère en rien des ragots relatés dans la presse à scandales, dont on peut mettre en doute l'authenticité. Mme Al-Jalahma n'a pas saisi la grossièreté de son erreur, ni de celle de l'amalgame entre les Juifs dans le monde, d'une part, et les Juifs sionistes s'efforçant d'annihiler les Palestiniens, de l'autre. En Israël même, il existe des Juifs modérés tels Israël Shahak, qui a combattu le racisme sioniste en le dénonçant dans un grand nombre de ses études. Il y en a d'autres comme lui, et la querelle qui nous oppose à des phénomènes comme Sharon ne doit en aucun cas nous conduire à haïr les Juifs en bloc. En outre, un article stupide faisant état de la consommation de sang humain par des êtres humains, quels qu'ils soient, ne devrait pas être publié, vu que ces choses n'existent nulle part dans le monde […](9) »



III – Critiques du feuilleton antisémite diffusé sur la télévision égyptienne


Pendant le mois de Ramadan (novembre-décembre) 2002, des chaînes de télévision arabes, notamment égyptiennes, ont diffusé le feuilleton en 41 épisodes, de production égyptienne, Le Cavalier sans monture, lequel se fonde sur le célèbre faux Protocoles des Sages de Sion(10). La diffusion de la série a suscité un débat au sein des médias arabes, causé par les protestations émises en Occident. La plupart des Egyptiens ayant donné leur opinion sur le sujet ont fait l'éloge de son producteur pour sa contribution artistique "nationale". Face à la poursuite de la diffusion du feuilleton, la pression occidentale s'est accrue. Le Département d'Etat américain est notamment intervenu pour demander au gouvernement égyptien de faire cesser la programmation de la série. Ce faisant, un nombre croissant d'intellectuels arabes ont entrepris de condamner les références aux Protocoles dans le feuilleton, déclarant qu'il s'agissait là d'un faux.

L'organisation égyptienne des droits de l'homme s'est, elle aussi, élevée contre la diffusion du feuilleton, déclarant que« si la liberté d'expression et la liberté artistique devaient être respectées, celles-ci ne devaient pas être exploitées dans le but 'd'encourager la haine basée sur la religion, la race, la couleur ou le genre. L'organisation a souligné que la plupart des historiens ont clairement établi que les Protocoles étaientt un faux, exigeant que le réseau télévisé arabe chargé de la diffusion du feuilleton en informe les spectateurs, respectant ainsi le droit du citoyen arabe à une information juste(11). »Le secrétaire général de l'organisation, Hafez Abou Saadeh, a déclaré à l'Associated Press : « On n'a pas besoin des faux Protocoles pour soutenir la cause palestinienne. Les événements sur le terrain [dans les territoires palestiniens] sont plus répréhensibles que tout le reste(12). »

Le secrétaire-général du ministère palestinien de l'Information, Ahmed Dahbour, écrit : « […] Les Protocoles des Sages de Sion sont un tissu d'inepties ; il décrit une conférence internationale [des forces] du mal, dirigée par des êtres au teint jaune capables de contenir le monde dans leurs mains […], tel un œuf dur, pour le broyer. Le conflit qui nous oppose à l'entreprise sioniste est plus grave et plus dangereux que [ne le laissent entendre] ces sornettes. En ne présentant pas le sionisme sous son vrai visage – un mouvement européen nationaliste et raciste né en marge de l'ancien colonialisme et de l'impérialisme -, nous devenons une proie facile(13) […] »

Dans un article de la rubrique cinéma du quotidien Al-Hayat, Ibrahim Al-Arabi s'insurge contre la diffusion du feuilleton :
« […] Avec cette série, la télévision arabe artistique a réussi à se placer au cœur d'un débat interminable, à nous ramener 150 ans en arrière, avec un livre dont on sait aujourd'hui qu'il est un faux de la police secrète du Tsar, laquelle cherchait à justifier les attaques perpétrées contre les Juifs russes. Ce livre a toujours servi aux régimes fascistes, racistes et antisémites, à intensifier la persécution des Juifs – avec un résultat plus catastrophique pour les Arabes que pour les Juifs(14). »


L'argument des responsables égyptiens, qui prétendent ne rien pouvoir contre la diffusion de la série, par respect de la liberté d'expression en Egypte, a également été rejeté par les intellectuels arabes(15).

Suite à des pressions d'origines diverses, la Télévision égyptienne a décidé de remplacer la phrase d'ouverture : « Certains événements [retracés ici] ont réellement existé, tandis que d'autres sont imaginaires ; certains ont déjà eu lieu, d'autres pas encore par une autre phrase qui, tout en n'excluant pas la possibilité de l'authenticité des Protocoles, explique que le but de la série n'est pas de prouver l'authenticité des Protocoles des Sages de Sion, que l'histoire n'a pas vérifiée(16)[…] » En outre, l'avant-propos d'une nouvelle édition des Protocoles des Sages de Sion, publiée en Egypte, en 2002, en conséquence du fort taux d'audimat de la série, énonce la possibilité que les Protocoles soient un faux. L'avant-propos présente les Protocoles comme un plan juif pour contrôler le monde, établissant toutefois l'existence « d'une autre approche, présente surtout en Occident et dans le milieu intellectuel juif, selon laquelle les Protocoles sont un ouvrage raciste et haineux(17). »

La réaction des membres du Congrès américain à la diffusion du feuilleton a entraîné une réponse au plus haut niveau diplomatique : en décembre 2002, le conseiller politique du président Moubarak, Oussama Al-Baz, a publié une série d'articles dans le quotidien officieux Al-Ahram(18), où il analyse en profondeur les manifestations antisémites, démontant certains des plus illustres mythes antisémites, dont les Protocoles, les écrits diffamatoires sur la consommation de sang humain par les Juifs, la réfutation de l'holocauste ; il déclare en outre que l'antisémitisme est d'origine européenne, non arabe ou musulmane(19).

« En ce qui concerne les faux Protocoles, explique Al-Baz dans son analyse, de nombreux points révèlent qu'il s'agit là d'une invention. » Il énumère ensuite les résultats de recherches historiques sur l'origine de l'ouvrage, assurant :
« Quiconque se penche sérieusement sur les Protocoles se rend compte sans grande difficulté de deux points importants : premièrement, les sujets qui y sont traités n'intéressent que la Russie […], ce qui montre que l'auteur de ce faux document était russe par ses idées et ses intérêts, et qu'il a exprimé l'opinion de la classe dirigeante russe, les dernières années de son règne. Deuxièmement, les Protocoles rend les Juifs responsables de tout et de son contraire : ils sont responsables du bien et du mal, de la révolution et de la contre-révolution, du capitalisme et du communisme […] De plus, poursuit-il, Hitler a fait usage de ces faux Protocoles pour monter les Allemands contre les Juifs et prétendre que ces derniers complotaient contre le pays, détruisaient l'économie allemande et s'efforçaient de démolir les fondations de l'Etat en s'alliant à des éléments étrangers, en raison de leur soi-disant déloyauté envers l'Etat qui les accueille. Tout cela dans l'objectif de débarrasser l'Allemagne et les pays conquis des Juifs. Cela a abouti à la destruction physique d'un grand nombre de Juifs d'Europe.
« En ce qui concerne l'histoire de la matza au sang, fréquemment mentionnée encore aujourd'hui
, écrit Al-Baz, tout a commencé par des accusations dirigées contre les Juifs, affirmant que ces derniers ont coutume d'assassiner un chrétien, de préférence un enfant, au moment de Pâques, pour se moquer du Messie le jour de la cérémonie commémorant Sa crucifixion […] Cette accusation était réitérée à chaque fois qu'un enfant chrétien disparaissait. Il suffisait que quelqu'un affirme avoir vu l'enfant à proximité d'un quartier juif pour que certains Juifs du quartier soient accusés d'avoir assassiné l'enfant, d'avoir extrait son sang pour l'offrir en sacrifice, ou pour s'en servir comme traitement médical. Le châtiment consécutif à cette accusation était extrêmement cruel, aboutissant en règle générale à la pendaison de l'accusé. » Al-Baz ajoute que « personne n'a dit qu'un incident de ce type avait déjà eu lieu dans un pays musulman, sauf peut-être dans le cas de l'Affaire de Damas, en 1840 […] mais aucune preuve ne permet d'affirmer que ces événements ont bien eu lieu(20)[…] »


Al-Baz évoque également certains slogans anti-juifs d'origine musulmane et leurs répercussions négatives : « Ce n'est pas dans l'intérêt de la cause palestinienne et des Palestiniens de répéter des slogans qui menacent les Juifs, tels que "Khaybar, Khaybar, ya yahud, jaysh Muhammad saya‘ud" [Khaybar, Khaybar(21), ô Juifs, l'armée de Mahomet va revenir]. L'armée de l'islam au temps du Prophète, et au temps des justes califes et des dirigeants qui ont suivi, n'a pas menacé les Juifs ni effrayé les êtres pacifiques. Elle a, par contre, réagi à l'agression, évitant que du tort ne soit causé [à l'islam], et défendu la terre et les droits musulmans […] Notre religion nous interdit l'agression et l'injustice et nous enseigne à vivre dans la fraternité avec les autres quand ces derniers le souhaitent aussi […]

« Chacun d'entre nous [en référence aux Arabes] doit comprendre que quand il s'attaque aux Juifs en tant que race ou peuple – se faisant ainsi l'avocat d'une approche inhumaine et raciste démodée -, il porte atteinte à l'intérêt de sa nation. »


Dans ses articles, Al-Baz a aussi distingué entre critiques d'Israël et antisémitisme, assurant que « ceux qui critiquent Israël n'ont pas besoin d'avoir recours à des propos antisémites pour dénoncer sa politique(22). »

Parmi les conseils prodigués à la partie arabe pour améliorer les relations avec Israël et les Juifs, Al-Baz souligne que « l'erreur consiste à dire que tous les Juifs sont soit bons, soit mauvais, et que leur appartenance à la religion juive suffit à les rendre coupables de certains méfaits où à leur attribuer un comportement différent. » Parallèlement, Al-Baz explique que les Arabes doivent pouvoir distinguer entre Juifs et sionistes, et comprendre que tous les Juifs ne sont pas sionistes ou israéliens, qu'il existe même des désaccords entre Israéliens, qui ne sont pas tous extrémistes.

Il a appelé les Arabes à cesser d'interpréter toutes les actions des Juifs en termes de complots, à cesser de se solidariser d'Hitler et du nazisme et à ne plus utiliser le symbole de l'étoile de David dans les dessins et caricatures critiques de la politique et des responsables israéliens. Cela, explique-t-il, en raisons du fait qu'Israël est très sensible à l'usage de ce symbole, « qui réveille des souvenirs douloureux chez les Juifs [souvenirs de l'étoile jaune des nazis] et symbolise le summum de la répression, de la terreur et du racisme(23). »

Al-Baz s'oppose également à l'utilisation de l'insulte "singes et porcs" en référence aux Juifs, précisant « qu'il n'est pas approprié de faire un mauvais usage du Coran en décrivant les Juifs comme les fils de singes et de porcs, vu que les paroles du Coran au sujet de cette métamorphose n'établissent pas que tous les enfants d'Israël ou tous les Juifs aient reçu ce châtiment […] En outre, nous ne sommes pas certains qu'il s'agisse là d'une transformation physique, plutôt que métaphorique […](24) »



IV – Nouvelle recommandation d'Al-Azhar : « Cessez d'appeler les Juifs des "singes et des porcs". »



En mars 2003, l'Institut de recherche islamique de l'université Al-Azhar a publié la recommandation de ne pas qualifier les Juifs d'aujourd'hui de "singes et porcs" . La réunion au cours de laquelle cette recommandation a été rédigée était présidée par le dignitaire de la plus haute instance de l'islam sunnite, le cheik d'Al-Azhar, M. Mohammed Sayyed Tantawi.

Qualifier les Juifs de "singes et porcs" est chose courante dans le discours antisémite du monde arabe, et plus particulièrement dans les cercles islamistes. La plupart du temps, cette expression est utilisée comme synonyme de "Juifs" ; elle trouve son origine dans le Coran et les enseignements islamiques se rapportant aux Juifs(25). Le cheik Tantawi lui-même, dans un sermon d'avril 2002, a appelé les Juifs « les ennemis d'Allah, les fils des singes et des porcs(26). »

D'après certains rapports du site Al-Bawaba(27) et du journal Al-Watan(28), le débat tenu à Al-Azhar sur l‘appellation "singes et porcs" faisait suite à une requête adressée à l'Institut de recherche islamique par le ministère égyptien des Affaires étrangères, pour inviter ce dernier à se pencher sur la question. Cette demande a été émise après que l'ambassade égyptienne à Washington eut fait état du mécontentement de la société américaine à l'encontre des dignitaires et prédicateurs musulmans qui se référent aux Juifs de cette manière.
D'autre part, et comme mentionné plus haut, trois mois plus tôt, Ossama Al-Baz s'était lui aussi élevé contre l'utilisation outrancière de cette expression.


Conclusion


Ces deux dernières années ont amené un changement positif dans l'attitude de certains façonneurs d'opinion, concernant les déclarations antisémites. Ce changement reflète peut-être l'impact de traductions en langues européennes des propos tenus par les médias arabes. Révéler ces propos aux médias occidentaux et susciter ainsi des réactions en Occident, et plus particulièrement aux Etats-Unis - dans les médias, au niveau gouvernemental, au Congrès - incite les façonneurs de l'opinion publique arabe à abandonner leurs positions antisémites – ou tout au moins à ne pas les afficher.

Il semble également que la recrudescence des propos antisémites dans les médias arabes depuis le début de l'Intifada Al-Aqsa, il y a deux ans et demi, ait conduit certains intellectuels arabes à revoir leur attitude et à rejeter les manifestations antisémites. Certains ont exprimé un rejet total de ces idées, expliquant qu'elles se basent sur de fausses imputations. D'autres rejettent la propagande antisémite pour des raisons pratiques, s'apercevant qu'être accusé d'antisémitisme, ou pire, de mener une propagande antisémite, nuit à l'image des Arabes et aux chances de bénéficier de l'appui de l'opinion publique internationale.

Il est encore trop tôt pour dire s'il s'agit là d'une tendance durable et enracinée des intellectuels arabes, ou de simples déclarations sans effet à long terme, et si, oui ou non, ces positions - encore marginales - affecteront le discours anti-juif dans le monde arabe.

Un exemple parlant du refus de reconsidérer son attitude antisémite est celui du directeur du quotidien égyptien officiel Al-Ahram, M. Ibrahim Nafie, qui a publié un article diffamatoire sur les coutumes juives(29). Quand le numéro de ce journal est sorti en France, la LICRA en a lu une traduction avant de déposer une plainte, laquelle a donné lieu à une enquête criminelle sur M. Nafie pour incitation à l'antisémitisme.

Après que M. Nafie eut lancé une campagne pour défendre son droit à publier ce genre d'articles, des intellectuels arabes et européens ont volé à son secours. Depuis août 2002, mois où M. Nafie a été assigné à comparaître à Paris, son journal, Al-Ahram, a été inondé de déclarations de soutien en provenance d'organisations et de personnalités politiques égyptiennes et arabes. De nombreuses associations, comme l'Association des avocats arabes en Grande-Bretagne, ont exprimé le désir d'aider à sa défense, tandis que des dignitaires musulmans, politiciens, diplomates, directeurs de journaux, journalistes, juristes, intellectuels, hommes d'affaires, financiers ainsi que de nombreuses organisations arabes ont publié des déclarations de solidarité.

Parmi ces dernières, selon les sources médiatiques arabes, des dignitaires religieux comme le cheik d'Al-Azhar, Mohammed Sayyed Tantawi et l'assistant du patriarche copte égyptien, le père Yohanna Walta ; des politiciens comme le président du Conseil d'Etat égyptien, Abd er-Rahman Azouz, le président de l'Assemblée du peuple égyptien, Ahmed Fathi Srour, le président du Conseil égyptien de la Shura, Mustafa Kamal Hilmi, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, l'ambassadeur jordanien au Caire, Hani Al-Mullqi, des juristes comme l'avocat du négationniste français Roger Garaudy, le Dr Ali Al-Ghatit, et le président de l'Association des avocats arabes, Sameh Ashur, des directeurs de journaux égyptiens affiliés à l'opposition: Al-Wafd, Al-Ahali, Al-Midan, Al-Usbu, Al-Arabi et Az-Zaman, ainsi que l'Association des journalistes palestiniens; des hommes d'affaires et des financiers comme le président de l'union des Chambres de commerce, de l'industrie et de l'agriculture dans les pays arabes, Khaled Abu Ismaïl, le président de l'Association des hommes d'affaires égyptiens, Jamal Al-Nader, le président de l'Union des banquiers égyptiens, Bahaa Al-Din Hilmi, des associations et des organisations arabes ainsi que leurs membres, comme l'Association des industries pharmaceutiques arabes, ou encore le président de l'Association des médecins égyptiens, le Dr Hamdi Al-Sayyid, l'Organisation égyptienne des droits de l'homme, le président de l'Association des artistes arabes, Dr Fawzi Fahmi, des personnalités étrangères comme le président de l'Union des journalistes de Finlande, M. Tekka Laine, des avocats et des professeurs français de droit international (pas de détails) ainsi que le rabbin Yaakov Koenig, guide du mouvement juif international Netouré Karta(30).



Notes



(1) Certains événements comme le forum international de Stockholm sur l'Holocauste (janvier 2000) ont également contribué à encourager l'expression antisémite dans les médias arabes.
(2) AFP, 15 mars 2001.
(3) Le Monde, 16 mars 2001. Les auteurs du communiqué ont été accusés d'accepter inconditionnellement le récit sioniste et de faire pression sur les dirigeants arabes pour les pousser à adopter leur approche, ignorant les répercussions négatives de leurs actions, qui empiètent sur la liberté d'expression. Ces attaques ont encouragé Edouard Saïd à renoncer à appuyer le communiqué. Le 2 avril 2001, il a expliqué avoir apposé sa signature au communiqué « à condition qu'aucune demande ne soit faite à aucun gouvernement pour interdire la conférence » le gouvernement libanais ayant, en effet reçu, une telle requête. Trois mois plus tard, Mahmoud Darwish a déclaré que l'annulation de la conférence représentait une « violation des droits de l'homme et un coup au droit de recherche scientifique des historiens révisionnistes. »
(4) Al-Hayat (Londres), 13 mars 2001.
(5) Al-Hayat (Londres), 19 mars 2001.
(6) Le communiqué et l'annulation de la conférence ont été vivement critiqués par d'autres intellectuels arabes, aboutissant à la décision de tenir une autre conférence. Le 13 mai 2001, quelques 200 journalistes arabes et membres d'associations opposés à la normalisation des relations avec Israël se sont rencontrés à Amman, en Jordanie, pour débattre de l'annulation de la conférence. Les deux principaux porte-parole présents étaient Hayat 'Attiyeh, journaliste libanais résidant à Amman, et le journaliste jordanien Arafat Hajazi ; tous deux se sont employés à tracer un parallèle entre sionisme et nazisme et à réfuter l'Holocauste.
(7) Voir la Dépêche Spéciale n° 354 de MEMRI.
(8) Voir la Dépêche Spéciale n° 357 de MEMRI. Bien que démise de son poste de journaliste au journal Ar-Riyadh, le Dr Al-Jalahma a continué d'émettre des vues similaires, affirmant, au Centre Zayyed pour la Coordination et le Suivi, le 9 avril 2003, que la guerre en Irak avait été prévue pour coïncider avec le début de la fête juive de Pourim. Voir la Dépêche Spéciale n° 494 de MEMRI. Le Dr Al-Jalahma est actuellement journaliste à Al-Watan, un autre quotidien saoudien.
(9) Al-Riyadh (Arabie Saoudite), 19 mars 2002. server1.alriyadh.com.sa/leqa/leqa.asp.
(10) Voir les extraits vidéo de la série, sur le site de MEMRI (sous-titrés en anglais).
(11) Al-Qods (Autorité palestinienne), 19 novembre 2002.
(12) The Jerusalem Post (Israël), 19 novembre 2002.
(13) Al-Hayat Al-Jadida (Autorité palestinienne), 14 novembre 2002.
(14) Al-Hayat (Londres), 1er novembre 2002.
(15) Par exemple, Daoud Shiryan, chroniqueur saoudien au quotidien Al-Hayat, édité en arabe à Londres, 6 novembre 2002, et l'intellectuel égyptien Mamoun Fendi, résidant aux Etats-Unis, dans le quotidien Ash-Sharq Al-Awsat, édité en arabe à Londres, 11 novembre 2002. Il convient de noter que, tout en se déclarant dans l'impossibilité de censurer la série, des membres du gouvernement égyptien sont intervenus au sujet de la diffusion d'émissions portant sur Jamal Moubarak, fils du président égyptien.
(16) Al-Watan (Qatar), 29 novembre 2002.
(17) Suite aux explications de ces deux approches, une note de l'écrivain Hassin Abd al-Wahad précise que « le sionisme et les Juifs portent la responsabilité de la validation des Protocoles à cause des crimes commis par Israël contre le peuple palestinien et les Arabes et à cause du contrôle indéniable des Etats-Unis par les Juifs. ». Il se prétend surpris qu'en dépit de la réfutation de l'authenticité des Protocoles, tous les bouleversements et les événements intervenus dans le monde y soient annoncés. Voir les Protocoles des sages de Sion, Akhbar al-Yaum Press, juillet 2002, pp. 5-15
(18) Al-Ahram (Egypte), des 23, 24, et 25 décembre 2002. Voir la Dépêche Spéciale n° 454 de MEMRI.
(19) Quelques mois après la parution des articles d'Al-Baz, le diplomate égyptien Alaa Roushdy a défendu la diffusion égyptienne de la série, lors d'une réunion de la commission des droits de l'hommes de l'ONU, à Genève : « Nous savons que les Protocoles se fondent sur la vérité historique », a-t-il dit. Voir le rapport du centre Wiesenthal du 25 mars 2003.
(20) Pour en savoir plus sur ce récit diffamatoire, voir l'Enquête et analyse n° 99 de MEMRI sur l'ouvrage du ministre syrien de la Défense, M. Mustafa Tlass.
(21) Khaybar était la ville juive la plus riche et la plus puissante de la Péninsule arabique. En 628, elle a été conquise par le prophète Mahomet, lequel a permis aux Juifs de continuer de travailler la terre à condition de remettre la moitié des récoltes aux musulmans de Médine. A l'époque du second calife, Omar bin Al-Khattab, les Juifs furent expulsés de Khyber et leurs terres distribuées aux musulmans.
(22) Al-Ahram (Egypte), le 24 décembre 2002.
(23) Al-Ahram (Egypte), le 25 décembre 2002.
(24) Al-Ahram (Egypte), le 25 décembre 2002.
(25) Pour en savoir plus sur les Juifs "fils de singes et de porcs", voir le Rapport Spécial n° 11 de MEMRI.
(26) www.palestine-info/arabic/palestoday/readers/mashhoor/22_04_01.htm.
(27) http://www.albawaba.com, 6 mars 2003.
(28) Al-Watan (Arabie Saoudite), le 14 mars 2003.
(29) Ces propos diffamatoires sur les coutumes juives apparaissent dans l'article La matza juive est faite de sang arabe. L'article trace un parallèle entre l'affaire de Damas de 1840 et les actions israéliennes actuelles. Voir la Dépêche Spéciale n° 150 de MEMRI.
(30) Pour plus de renseignements sur l'assignation de Nafie et les individus ou organisations l'ayant soutenu, voir l'Enquête et Analyse n° 107 de MEMRI.


Pour consulter les précédentes publications de Memri en français: www.memri.org/french
© MEMRI

Mis en ligne le 24 avril 2003, par M. Macina, sur le site upjf.org