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Israël (Société - mentalités)

Discours du Premier ministre pour le 10e anniversaire de l’assassinat de Y. Rabin
18/11/2005

Un discours remarquable, qui reconnaît loyalement les déficiences de la société israélienne, tout en les remettant dans le contexte d’une société complexe et encore en voie de formation. Il exprime, de manière remarquable, les contradictions et les querelles internes du peuple juif, à la lumière d’un des rites liturgiques de la fête de Soukkot - celui des "Quatre espèces" (arba’ah minim) -, dans lequel il voit le symbole de la diversité, voire de l’antagonisme des diverses composantes du peuple juif, qu’il faut tenir ensemble en un bouquet. A lire et faire lire. (Menahem Macina).
Sur le site de l’Ambassade d’Israël en France
 
Traduction française par l’Ambassade d’Israël en France, suivie de la version anglaise.
 
La Knesset, 14 novembre 2005
 
Famille Rabin,
Monsieur le porte-parole,
Messieurs les députés,
 
 
Il n’y a pas d’adulte dans ce pays, homme ou  femme, qui ne se souvienne où il était, ou ce qu’il faisait, la nuit de l’assassinat. Nous sommes tous restés figés à l’écoute de la nouvelle amère, refusant, dans un premier temps, qu’un tel crime puisse avoir lieu ici.
 
Et tout comme Job, nous souhaitions aussi « que cette nuit devienne stérile » [1], mais nous n’avons pas le droit. Au contraire, nous devons nous souvenir de cette nuit. Nous devons nous souvenir que la haine, le fanatisme et l’intolérance peuvent se développer.
 
La société israélienne, malgré les réussites spectaculaires qu’elle a accomplies durant ses 58 années d’existence, est encore une société en formation. Il n’y a pas de raccourcis possibles dans le processus de maturation d’une société qui, dans une large mesure, est une société d’immigrants. La démocratie israélienne est une véritable source de fierté, mais elle doit encore faire face à des menaces résultant du processus d’intégration, toujours en cours, entre les cultures, les valeurs, les factions – et toutes leurs diverses traditions.
 
Amos Oz écrit : « La démocratie, par la force des choses, implique le droit des gens à être différents les uns des autres. La différence entre les gens n’est pas un mal passager, mais une source de bienfaits – nous sommes différents les uns des autres non pas parce que certains d’entre nous n’ont pas encore vu la lumière, mais parce que, dans ce monde, il y a des lumières et non pas une lumière : des fois et des convictions, et non une foi ou une conviction ».
 
La tradition juive a toujours valorisé la diversité. A Souccot, on n’a pas rempli ses obligations tant que l’on n’a pas réuni en un seul bouquet les Quatre Espèces [2]. Les Quatre Espèces sont toutes différentes, et il nous incombe de les lier toutes ensemble, non pas en dépit de leurs diversités, mais à cause d’elles. Parce que la diversité crée un enrichissement mutuel, et parce que ce n’est que dans le « vivre ensemble » qu’il peut y avoir une pleine représentation de tous les secteurs de la nation.
 
En dépit de la grande diversité de la société israélienne, cette dernière a résisté avec succès, l’année dernière [3], à l’un des tests les plus importants et les plus difficiles de son histoire. Certains ont tenté de remettre en question l’autorité de nos institutions élues – le Gouvernement et la Knesset -, puis de prendre des décisions et de les mettre en œuvre. Ces tentatives ont échoué.
 
Les prophéties apocalyptiques à propos d’une guerre civile qui aurait fait des victimes ont toutes été démenties. Et la désobéissance – un fléau qui menaçait de miner les bases de notre démocratie et de mettre en danger notre unité – s’est révélée finalement être marginale.
 
Cependant, comme dans toutes les campagnes, la réussite d’hier ne garantit pas le succès de demain, et la route vers une société mature qui résout ses querelles internes de manière démocratique est encore longue et pleine de défis.
 
Je cite souvent une déclaration, faite par Yitzhak Rabin en 1993, alors qu’il tentait de parvenir à son but : « Même si nous ne voyons pas les choses du même œil, même s’il y a des désaccords, même s’il y a des différences et des nuances, il est bon et important de discuter, mais aussi de serrer les dents, de se mordre les lèvres et de continuer ensemble, de façon à atteindre notre but commun, celui pour lequel le bien de la nation prend le pas sur toute considération personnelle ou politique ».
 
Le terrible assassinat de Yitzhak Rabin est un signal d’alarme pour nous tous, montrant ce qu’il peut advenir si nous préférons ce qui nous divise et nous sépare à ce qui nous unit et nous rassemble.
 
Au-delà des désaccords politiques, au-delà des divers points de vue dans la société israélienne, au-delà des différences de tradition et des variétés d’opinions, la grande majorité du peuple d’Israël est unie dans son amour pour cette terre et sa loyauté à l’égard de l’Etat.
 
Aussi, suis-je confiant dans le fait que tous les éléments de la société israélienne pourront identifier le but commun à tous, au-delà de l’océan de désaccords et de la mosaïque qui compose notre société.
 
Merci.
 
 
Notes de la version française du discours
 
[1] Livre de Job, chap. 3 v. 7.
[2] Le « rituel des Quatre Espèces » [arba‘ah minim] (le « Loulav ») de la fête de Souccot consiste à prendre en main quatre végétaux – une branche de palmier (sans parfum, mais aux fruits savoureux), du myrte (odorant, mais sans fruit), du saule (sans odeur, ni fruit) et du cédrat (fruit savoureux au parfum délicieux). Les quatre espèces représentent les quatre caractères de l’ensemble des membres du peuple d’Israël : « Les quatre espèces symbolisent quatre types d’individu : le cédrat, qui possède goût et parfum évoque le juste qui possède la Torah et les bonnes actions ; le palmier, qui possède uniquement le goût rappelle le juif qui connaît la Torah, mais n’applique pas son enseignement ; le myrte, qui ne possède que le parfum est une allusion à l’homme d’action qui est ignorant du savoir ; quant au saule, sans fruit et sans parfum, il est l’archétype de l’ignorant qui n’accomplit pas le bien (signalons cependant que le saule est à l’origine de l’aspirine). Ainsi a proclamé le Saint, béni soit-Il : Que ces quatre espèces d’homme se rassemblent et que chacun fasse expiation pour l’autre. » (Midrash Rabba Vayikra, XXX).
[3] L’année hébraïque s’est terminée en septembre 2005.
 
 
© Ambassade d’Israël en France
 
Mis en ligne le 18 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org
 
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Address by PM Ariel Sharon on the 10th Commemoration of the Assassination of Yitzhak Rabin
 
The Knesset, 14 November 2005
 
Rabin Family,
Mr. Speaker,
Distinguished Knesset,
 
There is no grown man or woman in this country who does not remember where they were or what they did on the night of the murder. We all stood frozen, stunned, at the bitter news - refusing at first to believe that such a crime could take place here.
 
And just like Job, we too wished that "that night be desolate", but we do not have the right. On the contrary, that night must be remembered. We must remember what hatred, fanaticism and intolerance can breed.
 
Israeli society, despite the magnificent achievements it has made in its 58 years of existence - is still a society in formation. There are no shortcuts in the maturation process of a society which is, to a large extent, an immigrant society. The Israeli democracy is a genuine source of pride, but still it must confront threats emanating from the ongoing process of integration between cultures, denominations, factions and sectors - on all their diverse traditions.
 
Amos Oz wrote, "Democracy, of necessity, involves people’s right to be different from one another. The difference between people is not a fleeting evil, but a source of blessing - we are different from one another not because some of us have not yet seen the light, but because in this world there are lights and not one light: faiths and convictions, and not one faith or one conviction".
 
Jewish tradition has always valued diversity. In Succoth a person does not fulfil his/her obligation until all Four Varieties are in his/her hand as a single bundle. In the Four Varieties each one is different - and the commandment is to bind them all together, not despite their diverseness, but because of it. Because of the mutual enrichment which diversity creates and because only in the "togetherness" can there be full representation to all segments of the nation.
 
Despite the great diversity in Israeli society, it has, in the past year, successfully withstood one of the most important and difficult tests in its history. Various forces tried to question the authority of our elected institutes - the Government and the Knesset - to make decisions and carry them out. These attempts did not succeed.
The apocalyptic prophecies regarding a civil war which would involve casualties - have all been refuted. And disobedience - an affliction which threatened to undermine the foundations of our democracy and endanger our unity - ultimately turned out to be marginal.
 
However, as in any campaign, yesterday’s achievement does not guarantee tomorrow’s victory, and the road to a mature society which resolves its internal disputes democratically is still long and challenging.
 
I often quote a statement made by Yitzhak Rabin in 1993 on the way to reaching this goal, and I quote: "even if we do not see eye to eye, even if there are disagreements - even if there are differences and nuances, it is good and important to argue, but also to grit our teeth, bite our lips and continue together, in order to reach our common goal, when the good of the country takes precedence over any personal or political consideration".
 
The terrible murder of Yitzhak Rabin is a warning sign to us all, showing what might happen if we prefer that which divides and separates us over that which unites us and brings us together.
 
Beyond political disagreements, beyond the various viewpoints in Israeli society, beyond the differences of tradition and the variety of opinions - the decisive majority of the people of Israel is united in its love for this land and its loyalty to the State.
 
Therefore, I am confident that all components of Israeli society will be able to identify the goal, which is common to us all, beyond the sea of disagreements and the mosaic which comprises our society.
 
Thank you.
 
© Ambassade d’Israël en France
 
Mis en ligne le 18 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org