Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Les Juifs et Jérusalem – quel rapport ? Daniel Pipes
26/06/2006

Si bref que soit cet article, il dit l’essentiel sur cette question. Mais on ne peut faire l’économie de consulter d’autres documents, dont nous donnons les liens, ci-après. (Menahem Macina).
Pour mieux comprendre la problématique résumée succinctement dans cet article, on se reportera avantageusement à une étude beaucoup plus approfondie de Pipes, qui remonte à 2001, mais n’a rien perdu de son actualité, au contraire : "Les revendications des musulmans concernant Jérusalem". Voir aussi, entre autres, les articles suivants: Nadav Shragai : "Au commencement était Al-Aqsa";
Etgar Lefkovits, " Un musulman: ’les liens entre le Mont du Temple et les Juifs sont indiscutables’ "; etc.

New York Sun

20 juin 2006

Version originale anglaise: What Jewish Ties to Jerusalem?
 
Adaptation française : Alain Jean-Mairet
 
 
Historiquement, la valeur religieuse de Jérusalem pour les Musulmans a varié en fonction des circonstances politiques. Selon un cycle cohérent et prévisible, qu’ils ont répété à six reprises au cours de 14 siècles, les Musulmans se sont attachés à la ville lorsqu’elle servait leurs intérêts et l’ont ignorée quand ce n’était plus le cas.
 
Ce contraste a été particulièrement manifeste au cours du siècle passé. L’autorité britannique sur la ville, de 1917 à 1948, suscita une passion pour Jérusalem qui ne s’était pas manifestée durant les 400 ans de la domination ottomane. Pourtant, tout au long de l’époque où les Jordaniens avaient le contrôle de la ville intra-muros, entre 1948 et 1967, les Arabes s’en désintéressèrent largement. Par exemple, la radio jordanienne diffusait les prières du vendredi non pas depuis la mosquée Al-Aqsa, mais depuis une mosquée de moindre importance, à Amman. Le document fondateur de l’Organisation de libération de la Palestine, la Charte nationale palestinienne, datant de 1964, ne fait pas mention de Jérusalem.
 
L’intérêt musulman pour la ville n’a repris qu’avec la conquête israélienne de Jérusalem, en 1967. Jérusalem est alors devenue le point focal de la politique arabe, et a servi à en unifier les éléments factieux. En 1968, l’OLP a amendé sa charte pour appeler Jérusalem «le siège de l’Organisation de Libération de la Palestine». Le roi d’Arabie Saoudite lui-même déclara que la ville était «tout à fait l’égale» de la Mecque au plan religieux – une idée novatrice, sinon blasphématoire.
 
En 1990, la focalisation islamique sur Jérusalem atteignait une intensité à ce point surréaliste, que les Arabes palestiniens passèrent de la célébration de Jérusalem à la négation de son importance sacrée et historique pour les Juifs. L’intelligentsia arabo-palestinienne – universitaires, religieux et politiciens – étaya alors cette affirmation invraisemblable en construisant un édifice révisionniste composé à parts égales d’invention, de falsification, de fiction et de fraude. Ce système efface tout lien juif avec la terre d’Israël, et lui substitue un lien arabo-palestinien spécieux.
 
Les Arabes palestiniens affirment aujourd’hui que le Temple de Salomon a été bâti par les Cananéens, que les anciens Hébreux étaient les membres de tribus bédouines, que la Bible provient d’Arabie, que le Temple juif "se trouvait à Naplouse ou peut-être à Bethléem", que la présence juive en Palestine a pris fin en 70 de notre ère, et que les Juifs actuels sont les descendants des Turcs Khazars. Yasser Arafat lui-même inventa un roi cananéen inexistant, Salem, dont il parlait, en termes émouvants, comme d’un "ancêtre" arabe palestinien - imaginaire.
 
Palestinian Media Watch résume bien ce procédé : en transformant les Cananéens et les Israélites en Arabes, et le judaïsme de l’Israël antique en Islam, l’Autorité palestinienne "s’empare de l’histoire juive authentique, attestée par des milliers d’années d’une littérature ininterrompue, et en efface le mot "Juif" pour le remplacer par le mot "Arabe".
 
L’implication politique est claire: les Juifs n’ont aucun droit sur Jérusalem. Comme l’exprime un panneau public : "Jérusalem est arabe". Les Juifs ne sont pas les bienvenus.
 
Selon Yitzhak Reiter, de l’Université Hébraïque, trois événements-clé ont transformé cette mythologie auto-complaisante en une idéologie officielle:

  • L’incident des Fidèles du Mont du Temple, en octobre 1990, a vu l’échec des efforts d’un groupe juif pour poser la première pierre du Troisième Temple, ce qui déclencha une émeute musulmane qui coûta la vie à 17 émeutiers. Cet épisode a accru les craintes des Arabes palestiniens d’une démolition des lieux saints islamiques et les a incités à démontrer que Jérusalem avait toujours été une ville musulmane et arabo-palestinienne.
  • L’accord d’Oslo de septembre 1993 a, pour la première fois, mis Jérusalem sur la table des négociations. Les Arabes palestiniens ont répliqué en tentant de discréditer la relation juive à la ville.
  • Le sommet de Camp David, en juillet 2000, a vu le gouvernement israélien mettre en avant, à nouveau pour la première fois, ses propres revendications quant à sa souveraineté sur certaines parties du Mont du Temple. Comme le faisait remarquer péremptoirement Dennis Ross, un diplomate américain présent au sommet, Arafat "ne fit, à aucun moment, la moindre proposition substantielle", lors des pourparlers. Cependant, "il apporta une idée neuve, à savoir : que le Temple ne se trouvait pas à Jérusalem, mais à Naplouse". Dès lors, la pseudo-histoire de Jérusalem est devenue un élément formel de la politique de l’Autorité palestinienne.
La négation arabo-palestinienne de la relation entre les Juifs et Jérusalem a deux implications probables à long terme. Premièrement, elle indique que la focalisation arabo-palestinienne sur Jérusalem a atteint un tel niveau de ferveur, qu’elle pourrait désormais se maintenir indépendamment de la situation politique, rompant ainsi avec un schéma qui a persisté durant 14 siècles. Il apparaît que Jérusalem est devenue l’objet d’un intérêt musulman permanent, générateur de sentiments - désormais sans lien avec des considérations utilitaires - d’avoir un droit sur ce lieu.
 
Deuxièmement, cette négation réduit sérieusement l’éventualité d’une solution diplomatique. L’histoire des Arabes palestiniens - dont la fausseté saute aux yeux - a pour effet d’aliéner leur interlocuteur israélien en faisant valoir leurs droits à eux sur la ville entière. Ainsi, les futures négociations sur la question de Jérusalem seront-elles certainement encore plus émotionnelles, faussées et pénibles, que les discussions précédentes.
 
Daniel Pipes
 
© The New York Sun
 
Mis en ligne le 26 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org