Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Judaïsme

Moshe Katsav : Le judaïsme marocain, un apport fondamental
03/11/2005

Le quotidien marocain "L’Economiste" publie un entretien exclusif avec le President Moshe Katsav.
2 novembre 2005
 
Un arbitre suprême
 
En Israël comme en Italie ou en Autriche, le président a un pouvoir exécutif limité. « Je suis le chef de l’Etat et je représente le consensus national, au-dessus de l’arène politique. La responsabilité du chef de l’Etat est une responsabilité morale », souligne Katsav. C’est lui qui, comme un arbitre suprême, décide qui sera Premier ministre et donc qui formera le nouveau gouvernement. Le président, avant cette nomination, entreprend une série de consultations avec tous les chefs de partis. Il apprécie, jauge et donne les directives en cas de conflit parlementaire. Il peut aussi décider, dans une situation de crise, de dissoudre le Parlement, et donc de renvoyer les partis devant les électeurs. « Si le gouvernement est mis en minorité, le président arbitre comme un juge suprême. Il est le garant des institutions et du bon fonctionnement de l’exécutif ». Le président nomme aussi les ambassadeurs et les hauts magistrats.
 
 
• Une invitation his­torique adressée au Souverain
 
Moshé Katsav est un homme souriant, ouvert, qui s’intéresse particulièrement au dialogue interreligieux. La cordialité de ses rapports avec les dignitaires religieux musulmans en témoigne. Il a réagi aux propos du pré­sident iranien en indiquant qu’Israël n’a pas de conflit particulier avec l’Iran et a rendu hommage au peuple iranien dont l’histoire le place au rang des grandes civilisations. Confirmant les propos de l’ensemble des leaders, aussi bien israéliens que palestiniens, il espère voir rapidement émerger une période de calme.
 
- L’Economiste: Vous êtes issu du Parti du Likoud ?
 
- Moshé Katsav: Oui, mais je ne suis plus membre du Likoud. Dès ma nomination, j’ai démissionné du parti. J’ai effectivement été membre du Likoud et j’ai occupé diverses fonctions dans divers gouver­nements dont celle de vice-Premier ministre. Aujourd’hui, mon indépendance est une garantie de neutralité pour tous les partis qui viennent me consulter pour exprimer leurs opinions. Il est intéressant de noter que les différences entre les partis ont tendance à s’estomper et  je crois qu’elles n’ont jamais été aussi réduites, tous horizons confondus.    
 
D’ailleurs, le point de vue du président et celui du peuple israélien se confondent sur la question de l’avènement  d’un Etat palestinien dont le prin­cipe est acquis. Nous n’avons jamais été aussi proches et les différences peuvent être apla­nies.
 
- Vous recevez, à l’occasion de l’Aïd el Fitr [1], les dignitaires arabes israéliens ?
 
- J’ai été l’invité, en la même occasion, du regretté roi Hussein de Jordanie, Dieu bé­nisse sa mémoire. Lorsque j’ai été nommé président, j’ai sou­haité, à mon tour, partager avec les  leaders qui représentent les citoyens arabes de notre pays ce moment empreint d’une spiritualité exceptionnelle. Le ministre palestinien Nasser Youssef est aussi parmi nous et malgré quelques soucis sur le terrain, sa présence dans la résidence du chef de l’Etat est un signe amical et un sym­bole fort. Nous accueillons avec plaisir les ambassadeurs d’Egypte, de Mauritanie et Jor­danie et j’espère que l’année prochaine nous aurons parmi  nous l’ambassadeur du Maroc en Israël. D’ailleurs, j’ai eu le plaisir de visiter le Maroc pen­dant le mois du Ramadan et de constater la ferveur religieuse de tout le peuple marocain, qui me touche personnellement, en tant que juif, comme l’expres­sion d’une spiritualité forte.
C’est dans cet enrichisse­ment mutuel entre le judaïsme et l’islam que se trouvent les véritables ferments du progrès et de la modernité.
 
- Parallèlement vous ac­cueillez une conférence sur le judaïsme marocain?
 
- Oui, c’est un volet de la réflexion globale de l’apport des diverses communautés à ­­­la construction de l’identité juive moderne, dans le con­texte d’un travail universitaire qui essaye de faire la synthèse des diversités dans leur contri­bution spécifique et dans leur capacité à se fondre dans le même creuset. La conférence organisée par la présidence sur le judaïsme marocain est un événement majeur qui s’inscrit dans un cycle auquel ont déjà participé les communautés issues du judaïsme français, irakien, russe, américain, aus­tralien, sud-africain et iranien, dont je suis moi-même issu. La contribution du judaïsme marocain est fondamentale dans la construction du monde juif contemporain en Israël et dans le monde entier. En tant que président de l’Etat, permettez-moi de rendre hommage à cette communauté dont l’apport philosophique, talmudique et historique est fondamental. La conséquence logique de l’en­semble de ces analyses nous conduit à les intégrer dans une réflexion sur leur place dans le monde moderne, celui de la globalisation de l’assimilation ou de la permanence de cette spécificité dans divers pays d’accueil comme le Canada, la France ou les Etats-Unis. Le passé est important pour autant qu’il nous éclaire sur l’avenir et le futur de la communauté des Juifs-Marocains. Cette communauté reste très importante, peut-être pas en nombre au Maroc, mais dans sa symbolique de paix et de communion spirituelle avec le peuple maro­cain et avec l’islam.
 
- Pouvez-vous dire en re­tour que la ville de Jérusalem, sacrée pour les trois religions, est un lieu de communion spirituelle?
 
- Je peux le dire sans la moindre ambiguïté: les Lieux Saints de l’islam, de la chré­tienté et du judaïsme sont ouverts à tous les peuples, et je voudrais ici adresser, en ce jour sacré de Aïd el Fitr, une invita­tion officielle du président de l’Etat d’Israël à Sa Majesté le Roi Mohammed VI à venir prier à la Mosquée Al Aqsa.
Sa venue avec le président de l’Autorité palestinienne sur l’Esplanade des Mosquées, dans un esprit  de réconcilia­tion, pourrait faire faire un bond à l’Histoire de cette région en direction de la paix. Il serait naturel que le fils du Roi Hassan II, que Dieu bénisse sa mémoire, soit aussi l’héritier du combat que son re­gretté père a mené pour la paix. Nous ne l’oublierons jamais.
 
Propos recueillis par Claude Senouf
 
© L’Economiste
 
[Texte aimablement communiqué par Yigal Palmor, Israël.]
 
 
Note de la Rédaction d’upjf.org
 
[1] "En arabe, Aid signifie Fête et Fitr la rupture. L’Aid el Fitr est donc la fête de la rupture du jeûne (siam) du mois de Ramadan par les musulmans. C’est une fête importante et heureuse qui se célèbre en famille ou en communauté." (Portail-Religion.com) http://www.portail-religion.com/FR/encyclopedie/a/Aid_el_Fitr/index.php
 
 
Mis en ligne le 02 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org