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Christianisme

Les évêques de France favorables au voile islamique ?
13/11/2003

[Une de nos fidèles Internautes nous fait remarquer que la Presse a mal interprété les propos du Pdt de la Conférence épiscopale catholique. Pour clarifier la situation, elle nous adresse les extraits suivants, dans lesquels elle insère ses remarques (en vert). Les miennes sont en bleu. M. Macina.]

Dans son discours de clôture de la Conférence des évêques de France, dont il est le Président, Mgr Jean-Pierre Ricard, Archevêque de Bordeaux a consacré une longue analyse aux rapports de l’Eglise et de l’Etat. Nous en citons, ci-dessous la partie qui a retenu l’attention de la presse (la totalité de ce discours se trouve sur le site Web de la Conférence des Evêques de France :

www.cef.fr/catho/assplen2003/cloture2003.php).

La majorité des commentateurs en ont tiré des conclusions erronées.
Certains ont cru en comprendre, en effet, que l’Eglise s’opposait au vote d’une loi interdisant le port de signes religieux distinctifs, de crainte que ses fidèles ne puissent plus porter de témoignage extérieur de leur foi. D’autres y ont vu une connivence – voire une union sacrée - avec l’Islam. La réalité, nous le verrons, est toute différente.



(Extraits du discours de Mgr Ricard)

Nous souhaitons la pratique d’une laïcité vigilante et accueillante

« La laïcité n’est pas seulement un cadre institutionnel. Elle est aussi, de la part de l’Etat, une pratique et un esprit. Deux mots me semblent les caractériser : vigilance et accueil.

Vigilance. Il est de la responsabilité de l’Etat de défendre la liberté de conscience et de veiller à une coexistence sociale pacifique entre toutes les composantes de la société. Il doit faire respecter l’ordre public. Il est de son devoir de s’opposer à toute forme de violence utilisée pour faire valoir ses idées, pour promouvoir ses convictions religieuses ou encore pour imposer autoritairement à l’ensemble de la société sa loi religieuse. Il doit veiller également à lutter contre toutes les formes de marginalité sociale qui ne peuvent que favoriser le repli communautariste. La laïcité renvoie à ces valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité. Ces valeurs sont profondément nôtres, même si nous-mêmes, nous les chargeons du poids de l’expérience évangélique.

Accueil. Cette vigilance ne doit pas conduire à la défiance. Elle doit s’accompagner, au contraire, d’un accueil des différentes familles spirituelles et religieuses présentes dans notre société. Celles-ci apportent leur contribution à un vivre ensemble des Français. Car si l’Etat est laïc, la société civile, elle, ne l’est pas. Catholiques, nous témoignons combien une pratique administrative, réglementaire et jurisprudentielle favorable à l’exercice du culte a été, au cours du siècle écoulé, un facteur très important d’intégration apaisée dans la vie démocratique française. La rencontre, le dialogue, la pratique de l’ajustement mutuel sont autant de composantes de cette intégration. »

(Note de Cora: En clair, jusqu’à présent, nous n’avions pas de problème, un équilibre avait été trouvé.)

« Nous nous demandons si, aujourd’hui, cet équilibre entre vigilance et accueil n’est pas rompu au détriment de celui-ci. La peur du débordement de certaines formes d’expressions islamistes ou sectaires risque de se traduire par une défiance vis-à-vis de toute forme d’expression religieuse. La proposition d’interdire aux élèves le port de tout signe religieux dans le cadre scolaire, quand il ne trouble pas l’ordre public nous semble une régression de la liberté religieuse. Nous sommes inquiets quand la demande d’une loi l’emporte sur l’éducation des consciences et sur une pédagogie qui s’inscrit dans la durée. Des mesures senties comme répressives, loin d’endiguer le communautarisme, ne peuvent que le renforcer. Nous attirons l’attention sur ce point. La vraie laïcité est celle qui contribue à faciliter un meilleur vivre ensemble de toutes les composantes d’une société. »

(Note de Cora: A présent que cet équilibre est rompu – par la peur du débordement des islamistes, nous n’avons pas à en faire les frais, et l’Etat ne fait pas son travail d’éducation, préférant s’accommoder d’une loi, liberticide pour les religions qui n’ont pas de problème.

Conclusion de Cora : les islamistes auront objectivement gagné en faisant voter une loi qui débarrassera la société - ou plutôt les Français apeurés - des deux religions concurrentes de l’islam, lequel considère, lui, les Chrétiens et les Juifs comme ses adversaires.)



Cette déclaration, malgré les apparences, n’est pas tendre pour une certaine conception de l’Islam. A preuve, ces deux remarques – passées inaperçues :

- "Il est [du] devoir [de l’Etat] de s’opposer à toute forme de violence utilisée pour faire valoir ses idées, pour promouvoir ses convictions religieuses ou encore
pour imposer autoritairement à l’ensemble de la société sa loi religieuse."
- "La peur du débordement de certaines formes d’expressions islamistes ou sectaires risque de se traduire par une défiance vis-à-vis de toute forme d’expression religieuse."

C’est, à ma connaissance, la première fois qu’une assemblée d’évêques (le discours du Président constituant – rappelons-le - la synthèse des débats et des décisions de la dite assemblée) souligne explicitement la tendance hégémonique de certaines formes islamiques de religiosité, ressenties comme agressives par des non-Musulmans, voire par des Musulmans mêmes.
L’allusion la plus lourde et la plus significative est celle qui met en garde contre [quelque groupe que ce soit] qui emploierait la violence "pour imposer autoritairement à l’ensemble de la société sa loi religieuse".
Il ne faut guère chercher loin pour deviner quelle confession de foi est visée. En effet, jamais, depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ni les Chrétiens, ni les Juifs n’ont cherché à imposer "leur loi religieuse à l’ensemble de la société".
Il me paraît clair qu’en usant d’une expression aussi extrême, les évêques ont voulu, en quelque sorte, anticiper le danger, et peut-être adresser, tant aux autorités religieuses musulmanes qu’au pouvoir civil responsable, un signal fort avertissant que ni l’Eglise, ni ses fidèles ne toléreront une telle hégémonie.

Je me permettrai une seule critique. Je trouve bien naïf le caveat épiscopal concernant "le port de tout signe religieux dans le cadre scolaire, quand il ne trouble pas l’ordre public. Quand on connaît les méthodes subversives des agitateurs politiques et des fanatiques religieux, on réalise l’inanité de cette clause. Il suffira, en effet, que des centaines, voire des milliers de manifestants bien déterminés à parvenir à leurs fins, pour que ceux qui troublent l’ordre public ne soient plus les tenants du port du voile ou du foulard islamiques, mais celles et ceux qui, attachés au valeur de la laïcité, s’y opposent fermement. Les reculs antérieurs, tant de la magistrature que d’un premier ministre socialiste, ont sans aucun doute été interprétés par les extrémistes musulmans comme des marques de faiblesse et les signes d’une confusion, qui peuvent leur laisser espérer que, finalement, les pouvoirs publics cèderont à leur chantage, par crainte d’une lassitude de l’opinion publique molle, cette dernière ayant une tendance très marquée au «Syndrome de Stockholm» [1].

M. Macina



[1] Sur ce phénomène psychologique perturbant, lire l’excellent article de Norman Doidge, "Le syndrome de Stockhom, maléfice de la terreur".


© upjf.org

Mis en ligne le 13 novembre 2003 sur le site www.upjf.org