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Menahem Macina

Comment négocier avec des terroristes? Demandez au journaliste: il sait, lui! Macina
30/06/2006

Ce n’est pas la première fois que je dénonce, en pure perte - mais j’aurais honte de me taire sous ce seul prétexte – les journalistes donneurs de leçon, et d’autant plus péremptoires qu’ils ignorent totalement de quoi ils parlent (1). Si je récidive aujourd’hui, c’est davantage par devoir que par goût, car il ne faut pas se taire. (Menahem Macina).
30/06/06
 
 
A lire les affirmations péremptoires qui constituent la trame de l’éditorial de Pierre Rousselin, paru ce jour dans Le Figaro, sous le titre "Le mauvais calcul d’Ehoud Olmert", on pourrait croire que le directeur-adjoint de la Rédaction de ce quotidien est un géopoliticien chevronné, ou, à tout le moins, un spécialiste renommé du Proche-Orient, qui lit l’arabe et l’hébreu et consulte autre chose que les dépêches et les analyses palestiniennes, ou pro-palestiniennes.
 
Cela semble peu probable. Pour Rousselin, en effet,
"l’escalade engagée par Israël à Gaza est… excessive et contreproductive".
On peut se demander sur quoi se base le journaliste pour proférer un jugement aussi tranché. Il ne le dira pas. Mais, à l’évidence, il sait, lui, ce que le gouvernement israélien et Tsahal ne savent pas.
 
Après cette condamnation liminaire et la fibre démocratique le démangeant, Rousselin exprime sa réprobation de l’arrestation de députés élus "démocratiquement" :
"Capturer un tiers des membres d’un gouvernement et des dizaines de députés désignés par les urnes est un acte dont il est difficile de trouver un précédent de la part d’un État démocratique", s’insurge-t-il.
Il ne se demande pas, un seul instant, si ce n’est pas "un acte sans précédent", de la part d’un gouvernement "démocratiquement élu", que de 
  • refuser d’admettre le droit à l’existence et à la souveraineté nationale d’un Etat de droit, dûment reconnu par les nations et qui siège à l’ONU, condamné par l’histoire à vivre aux côtés d’un peuple qui ne rêve que de l’effacer de la carte ;
  • faire tirer par ses milices des centaines de missiles Qassam sur des populations civiles en territoire israélien ;
  • justifier l’enlèvement (en territoire israélien) d’un soldat de Tsahal, et de poser des conditions à sa libération ;
  • mener, depuis des années, par milices interposées, une guérilla incessante ;
  • commanditer des assassinats-suicide de civils innocents…
Et j’en passe.
 
Mais notre "spécialiste" ne s’en tient pas là :
"Tout indique que le gouvernent [sic] israélien poursuit d’autres buts que celui de sauver le soldat Shalit. La capture des ministres et des élus du Hamas révèle de façon un peu trop criante ses réelles intentions… Il se trouve que la finalité réelle de l’opération militaire en cours semble plutôt être d’amener l’effondrement de l’Autorité palestinienne en tant que telle."
Rousselin ne se demande pas un seul instant pourquoi, si telle était l’intention "réelle" du gouvernement israélien, il ne l’a pas mise à exécution plus tôt. Il y a plus de 5 ans que la population civile israélienne vit sous la menace et la terreur, que les gouvernements palestiniens jouent au chat et à la souris avec Israël et pratiquent le double langage. Ce ne sont ni les prétextes ni les occasions qui ont manqué à l’Etat hébreu de "régler son compte" à l’Autorité Palestinienne. Pourtant, il ne l’a jamais fait.
 
La réalité est diamétralement inverse. Israël, que ce soit sous Sharon ou sous Olmert, a tout fait pour désarmer l’ire de ses adversaires intraitables et pour satisfaire les "bons conseilleurs" américains et autres. Il a déplacé, manu militari, plus de six mille résidents israéliens de la bande de Gaza et s’apprête à en faire autant pour près de 200.000 autres en cédant aux Palestiniens la quasi-totalité de la Cisjordanie - territoire qui, malgré les mensonges internationaux, n’est pas occupé, mais "disputé" (2), car il n’a jamais appartenu aux Palestiniens, mais avait été conquis illégalement par les Egyptiens et les Jordaniens, après l’échec de la guerre arabe de 1948 pour tuer dans l’œuf l’Etat israélien nouvellement créé.
 
Contrairement donc à ce qu’affirme M. Rousselin, tant Sharon qu’Olmert ont su résister fermement à leur opinion publique, très réticente à l’égard de ces énormes et dangereuses concessions, d’autant que la situation sécuritaire est de plus en plus précaire depuis la cession de la bande de Gaza, et que le Hamas ne fait pas mystère de son intention bien arrêtée d’en finir, politiquement, démographiquement, voire violemment, avec "l’entité sioniste".
 
Ceci étant dit, Rousselin est loin d’être le seul journaliste à penser de la sorte. Il y a belle lurette que la réputation de l’Etat d’Israël fait "l’objet du bavardage et des commérages des gens" (3) et que chacun peut impunément le vilipender et l’accuser de tous les maux qu’il est censé infliger à ses voisins, et de la menace que ses actes – que dis-je, ses actes ! – sa seule existence ! – sont censés constituer pour la paix mondiale.  
 
"A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire", a fort justement dit Corneille (Le Cid)… En effet, ces journalistes ne risquent rien. Les Juifs, qu’ils soient Israéliens ou vivent à l’étranger, ne menacent la vie d’aucun de leurs détracteurs, comme, comme…
 
… Je n’ai rien dit, mais suivez mon regard…
 
Menahem Macina
 
 
(1) Voir M. Macina, "Presse française, prends garde de ne pas perdre ton âme !"
(2) "Les porte-parole palestiniens ont utilisé le grief de la vie sous occupation israélienne, comme argument décisif contre les politiques d’Israël en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, alors qu’en fait, le statut légal de ces territoires est controversé depuis 1967, lorsqu’ils furent conquis par l’Armée de Défense d’Israël [Tsahal] sur la Jordanie et l’Egypte. La seule puissance souveraine antérieure sur ces territoires fut celle de l’empire ottoman, de 1517 à 1917 ; en 1923, les Turcs renoncèrent à leurs revendications territoriales quand l’empire ottoman fut démembré. La puissance mandataire britannique en Palestine envisageait l’attribution des territoires en question au foyer national juif [prévu par la Déclaration Balfour de 1917] ; l’Assemblée Générale des Nations unies recommanda, en 1947, que les régions qui étaient devenues la Cisjordanie et Gaza fassent partie d’un futur Etat arabe, mais cette proposition se heurta à l’opposition des Etats arabes, à l’époque. Par conséquent, le statut juridique exact de ces territoires est resté sans solution." (Extrait de l’analyse compétente du spécialiste incontesté qu’est Dore Gold, dans son étude intitulée Palestinian Claim that Gaza is Still ’occupied’ Even After Israel Withdraws". Voir notre traduction, sous le titre : "Acrobaties juridiques : Gaza toujours occupée, même après le retrait israélien". Voir aussi, du même auteur : "Des territoires ’occupés’ aux territoires ’disputés’").
(3) Allusion à Ezéchiel 36, 3.
 
© upjf.org
 
Mis en ligne le 30 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org