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Menahem Macina

A Gaza, comme à Jénine, des journalistes en quête de cadavres palestiniens, M. Macina
02/07/2006

L’incursion de Tsahal dans la bande de Gaza génère chez les correspondants de presse présents sur place une intense frustration. Il faut les comprendre : ce déploiement de forces, relativement considérable, ponctué de tirs ciblés d’obus de chars et de missiles air-sol, a, jusqu’ici, fait très peu de victimes. On lira ci,-après, une petite illustration de cette frustration journalistique qui n’est pas sans rappeler celle que généra l’opération israélienne contre le réduit de Jénine (1), il y a quelques années. Echaudée par les abus de la propagande palestinienne (2), la corporation des journalistes tente de regagner la crédibilité qu’elle a perdue alors en se faisant l’écho servile des pires divagations palestiniennes. Y parviendra-t-elle? A lire ce qui suit, on peut légitimement en douter. (Menahem Macina).
02/07/06
 
 
Il est 1h du matin environ, ce 2 juillet 2006. Comme d’habitude, avant d’aller me coucher, je zappe vers les deux seules chaînes de mon "bouquet" de services télévisés, qui couvrent l’actualité de manière quasi ininterrompue – Euronews et CNN. Euronews repasse des reportages déjà diffusés dans la journée. Visiblement, ils n’ont pas mis à jour leur bulletin d’information.
 
Ce n’est pas le cas de CNN, dont le correspondant est à l’antenne quasiment non-stop, depuis 1h 15 environ, et peut-être avant. En voyant s’afficher l’avertissement "Breaking news" (que l’on peut traduire à peu près par "dernières nouvelles"), je comprends qu’il se passe quelque chose. Le correspondant de CNN est interrogé en direct par la présentatrice des informations de la chaîne. Des images s’affichent, puis des séquences vidéo sans suite, qu’il est difficile d’interpréter. On y voit deux ou trois maisons partiellement détruites, des vues d’un quartier de Gaza plongé dans l’obscurité, des Palestiniens qui courent dans tous les sens, et surtout la photo d’un immeuble, prise de loin, et qui revient en boucle. Curieusement, toutes ses fenêtres sont allumées a giorno. On nous précise, toutefois, que la majeure partie de Gaza est privée d’électricité.
 
Le correspondant nous aide à comprendre. Dès le début de la nuit, explique-t-il, l’armée israélienne a repris les frappes – « trois au moins, dont une majeure » contre le bureau du Premier ministre [Hamas] palestinien, Ismail Haniyeh.
 
Cliché fixe d’un petit immeuble dont le premier étage est éventré. Visiblement, il ne peut s’agir du bureau de Haniyeh, mais on ne nous le dit pas. Enfin arrivent quelques séquences prises du bas d’un grand immeuble moderne, apparemment celui dont la vue à distance n’a pas cessé d’apparaître à l’écran jusque-là.
 
Je comprends que nous avons enfin l’illustration visuelle de l’annonce faite, à plusieurs reprises, depuis quelques minutes, à savoir celle de la destruction du bureau du PM palestinien Hamas. En effet, grâce au travelling de la caméra d’un vidéaste, on distingue un incendie limité dans une portion limitée d’un étage supérieur de l’immeuble en question, les autres étages, pour autant qu’on puisse distinguer - car le balayage de la caméra est très rapide - sont intacts. C’est ce qu’on appelle une frappe chirurgicale, ou je ne m’y connais pas. Le correspondant de CNN ne commente pas.
 
Il ne dit pas ce qu’il sait, à savoir que l’aviation israélienne, sur ordre de l’échelon politique, ne procède à des attaques de ce genre qu’après s’être assurée que le personnel a dûment évacué les lieux.
Il ne dit pas que l’aviation israélienne a inondé Gaza de tracts avertissant du danger qu’il y a, pour tout citoyen, à se trouver sur des objectifs stratégiques.
Il ne dit pas que l’échelon politique palestinien est prévenu à l’avance, par téléphone, de frappes de ce type, précisément pour éviter les victimes.
 
Des victimes, c’est pourtant ce que cherchent désespérément les correspondants de chaînes internationales, en général, et celui de la CNN, en particulier, pour l’heure en panne sèche de cadavres – si je puis oser l’expression.
 
Qu’à cela ne tienne : on ratisse soigneusement les séquences vidéo (palestiniennes, excusez ce ’pléonasme’) pour y découvrir le moindre indice de "fatality" (mort). Mais rien.
 
Et soudain, ça y est, le journaliste tient son scoop. Il y a eu un blessé. Quelques secondes plus tard : un blessé grave. Puis, affiché sans confirmation orale. Un mort.
 
Il faut bien pourtant, illustrer "la nouvelle", le scoop. Je suppose qu’on s’agite à la Rédaction de CNN et que le correspondant sur place est harcelé au téléphone. J’imagine la teneur de la semonce en provenance du siège : Enfin, personne n’a filmé cela. Le mort en question doit bien être quelque part. Envoyez votre caméraman à l’hôpital le plus proche. Faites quelque chose, quoi !…
 
Et voici qu’apparaissent quelques images qui semblent constituer une réponse à cette détresse médiatique. La caméra filme les premiers soins administrés à un blessé que l’on vient d’amener aux urgences d’un hôpital. Lequel ? On ne nous le dit pas. Aucun commentaire. On distingue à peine l’hospitalisé. Rien sur l’origine, les circonstances, ou la nature de ses blessures. Et d’ailleurs, qui sait si ce reportage n’est pas le résultat d’une insertion frauduleuse, dans la séquence, d’images prises antérieurement dans un autre contexte.
 
J’exagère ? Pas du tout. Au contraire, on sort d’en prendre. En effet, c’est ce que n’a pas hésité à faire la propagande palestienne, lors du carnage de la plage de Gaza, il y a une quinzaine de jours. Des images antérieures – diffusées par Tsahal - d’un navire de guerre israélien tirant un obus, avaient été intercalées dans la bande vidéo originale du carnage, de manière à créer l’illusion d’un enchaînement filmé sur le vif : un navire de ces assassins d’Israéliens fait feu vers la plage où d’innocents civils se dorent au soleil, et c’est le massacre…
 
Revenons à notre correspondant américain, en mal de cadavres. Il réitère la projection des images antérieures et ressasse les mêmes commentaires.
 
Insistance sur une séquence entr’aperçue précédemment – celle d’un petit immeuble, dont une partie du premier étage est éventrée (visiblement depuis longtemps, car, il n’y a ni fumée, ni agitation de badauds alentour). On y distinguait déjà l’image furtive d’une petite flaque de sang. La suite avait été exclue de la projection, sans doute en raison de sa médiocrité dramatique. Mais, quand le héron-journaliste n’a rien à se mettre dans le bec, il réagit comme son confrère de la fable, "trop heureux de rencontrer un limaçon", et c’est la séquence SANG…
 
Le passage de la petite flaque de sang est projeté à nouveau, mais cette fois avec la suite – spectaculaire à souhait, mais pas sur le plan dramatique, vous allez le voir.
 
N’ayant que cette flaque pour aguicher les appétits morbides de son public de voyeurs, le caméraman l’a filmée, de loin, de près, de loin, de près… Bref il a tenté de l’élargir aux dimensions de l’horreur fantasmée. Sans succès. C’est resté une petite trace de sang. Témoignage non négligeable, certes, car il y a eu une victime, mais témoignage misérable, indigne de cette corporation, toujours prompte à s’indigner des dommages causés par un Israël en état de légitime défense, alors qu’elle s’avère étrangement aveugle aux horreurs véritables qui prolifèrent dans l’actualité mondiale, mais qui – allez savoir pourquoi – ne font pas recette.
 
CNN, ils sont ignobles, vos travellings pornographiques sur cette trace d’une souffrance humaine…
 
Si petite que soit cette flaque de sang, votre honneur journalistique y a sombré.
 
Menahem Macina
 
© upjf.org
 
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Notes :
 
(1) Voir : M. Macina, "Cela va finir par sentir mauvais… à Jénine" ; M. Macina, "Jénine: Combien y a-t-il de charognards de la presse sur 100 m par 100 m ?". 
 
(2) Voir, entre autres : Fiamma Nirenstein, "Les journalistes et les Palestiniens"; Judith Balint, "Les médias s’autocensurent sous le coup de la peur"; "Le parti pris pro-palestinien n’est plus du journalisme".
 
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Mis en ligne le 02 juillet 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org