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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

Dessin antisémite du "Monde": l’Israélien crucificateur d’un Christ libanais, M. Macina

Après la mise en ligne de la lettre ouverte de Luc Rosenzweig, au médiateur du "Monde", suite à la publication, en page 2 de son édition du 28 juillet 2006, du dessin ignoble de Serguei, voici ma réaction. (Menahem Macina).
20/08/06
 
  • Le 27 septembre 1940, le journal antisémite Au Pilori publiait cette caricature abjecte de Soupaut, signalée par Clément Weill-Raynal à propos d’une caricature de Willem, parue dans Libération, représentant Sharon devant son échoppe à l’enseigne du "boucher de Jénine", avec, à l’étal, un porc en keffieh, à l’effigie d’Arafat (1).


       (Dessin de Willem dans Libé) "Viande kasher qui rapporte gros et ne coûte pas cher"
               7 février 2001            Dessin de Soupaut, Au Pilori, 27 septembre 1940

C’était en France occupée, au début de la Collaboration du maréchal Pétain. L’antisémitisme était à la mode. Il avait même un statut quasi officiel… « Ces horreurs appartiennent à un passé révolu. Hitler et Pétain et l’antisémitisme d’Etat sont morts et bien morts », a-t-on assuré depuis aux Juifs, qui ne demandaient pas mieux que d’y croire.
  • Le 11 décembre 2000, paraissait, dans un nouveau quotidien palestinien intitulé Intifada, la caricature suivante (2):

Soudain, à soixante ans de distance, les Juifs découvraient avec inquiétude que la trajectoire de l’antisémitisme à thématique christique avait atteint le monde arabo-musulman et qu’il s’y épanouissait, telle une fleur vénéneuse. Mais une fois de plus, les gens de bien y sont allés de leur explication rassurante : « Il faut comprendre les Palestiniens ; ils sont exaspérés par l’occupation israélienne, alors ils prennent tout ce qui leur tombe sous la main pour le lancer à la figure d’Israël. Mais, de grâce, ne généralisez pas sur base de ce phénomène local. D’ailleurs, vous ne trouverez rien de tel sous nos latitudes ». Voire…
  • Le 26 décembre 2001, Libération publiait un dessin immonde de Willem, représentant Ariel Sharon en crucificateur d’Arafat (3) :

« C’est maladroit, en effet » ont reconnu les gens de bien, non sans ajouter aussitôt : « mais ce n’est qu’un excès de zèle stupide et regrettable, de la part de partisans de la paix, choqués par la politique brutale d’Israël à l’égard des Palestiniens. N’y voyez surtout pas de l’antisémitisme, ce serait ridicule. »
  • Le 2 mai 2002, la revue de presse de la page "Kiosque", du Monde, reproduisait un dessin du Daily Nation, un quotidien kenyan, établissant un parallèle odieux entre la destruction de Varsovie par les troupes allemandes, en 1943, et celle que les soldats de Tsahal causèrent, en 2002, à une petite partie d’un quartier de Jénine infesté de terroristes en armes (4).

Cette comparaison odieuse avait déclenché une vive critique, contraignant Robert Solé - le modérateur du Monde, que Luc Rosenzweig interpelle aujourd’hui , à présenter à ses lecteurs les excuses du journal (5). Les gens de bien ont alors dit aux Juifs : « Vous voyez, Le Monde s’est excusé. N’en faites pas une maladie. Et puis tout cela, a toujours la même cause : la politique coercitive d’Israël envers les Palestiniens. »
  • Le 28 juillet 2006, soit quatre ans après, le quotidien français récidive avec une caricature infiniment plus scandaleuse, et, cette fois, carrément antisémite, que Luc Rosenzweig décrit avec une précision toute chirurgicale en ces termes : « Un brodequin sanglant, dont le laçage forme l’étoile de David, semble se soulever, après avoir écrasé un homme en position de crucifié christique sur un cèdre libanais… »

Comment ne pas souscrire à ce jugement pertinent, exprimé par Luc Rosenzweig dans sa lettre ouverte au même Robert Solé ? (6).
 
Avec une dignité et une magnanimité qui l’honorent, l’ancien journaliste du Monde met sur le compte de l’inattention et de la tension médiatique extrêmes, liées aux événements de la guerre au Liban, le fait qu’une telle ignominie ait pu être imprimée dans le quotidien, et invite fermement R. Solé à « faire amende honorable ».  
 
Les jours à venir montreront si la noblesse de ton de cette démarche produit les fruits qu’elle mérite. En ce qui me concerne, je serai moins magnanime que Rosenzweig, en raison de la récidive que constitue cette nouvelle insulte du Monde envers le peuple juif, en général, et l’Etat Israélien et son armée, en particulier. En outre, son caractère antisémite indiscutable la rend d’autant plus impardonnable que la Rédaction du journal ne peut ignorer les précédents analogues qui ont défrayé la chronique. 
 
 
Le point commun entre les dessins à thématique christique, évoqués ci-dessus, est le message venimeux qu’ils véhiculent, à savoir : l’Israélien d’aujourd’hui réitère le crime de ses ancêtres "crucificateurs" et "déicides", à cette différence près que les "crucifiés" sont des Arabes.
 
Mais le dessin de Serguei est, de loin, le plus pervers. Il récapitule la quintessence de l’antisémitisme à thématique christique, en détournant l’un des signes les plus sacrés du christianisme pour en faire une arme de haine à l’encontre d’Israël et du peuple juif.
 
Le Christ recrucifié, encadré d’une femme et d’un enfant, qu’écrase la grosse chaussure du cruel guerrier israélien, représente la population du Liban. Cette représentation picturesque, crue et violente, incite, de manière simpliste et redoutable, à la diabolisation d’Israël.
  • A terre : la souffrance et le martyre d’un peuple innocent.
  • Au-dessus d’eux, la brutalité et la cruauté israélo-juives.

Le message de haine est clair : le Juif restera toujours un être cruel et diabolique, qui ne respecte rien ni personne. Jadis, il a fait crucifier Jésus, aujourd’hui, il le recrucifie en la personne du Libanais, du Palestinien, bref, de l’arabo-musulman.

On ne peut imaginer une inversion plus perverse que celle-là. Les descendants du peuple le plus persécuté de l’histoire, sont devenus les persécuteurs de la nation arabe dans toutes ses composantes, y compris la chrétienne, dans le cas du Liban.
 
 
Mon avis est que, si la chose est possible au plan du droit, il faut engager des poursuites contre ce journal, même s’il vient à résipiscence dans les prochains jours, car le mal est fait et on ne saurait en tenir quitte, une fois de plus, le responsable.
 

Menahem Macina
 

© upjf.org
 
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Notes
 
(1) Voir : l’article intitulé "Sur un dessin scandaleux", mis en ligne par le site de CJE.
(2) Voir mon article : "Une récupération palestinienne blasphématoire de la crucifixion de Jésus". 
(3) Il avait indigné Elie Barnavi, alors ambassadeur d’Israël en France, qui y avait réagi par un article, paru dans Libération du samedi 29 décembre 2001, sous le titre "Antisémitisme ? Eh oui, chers Philistins. Mais la croix, messieurs, la croix...".
(4) Voir : "Jénine 2002 = Varsovie 1943: nouvelle ignominie du Monde".
(5] Voir : "Jénine = Varsovie, vos protestations ont porté !".
(6) Voir : "Lettre ouverte à Robert Solé, médiateur au journal « Le Monde »", publiée par le site Menapress.
 
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Mis en ligne le 20 août 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org