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Ce n’est pas le moment de dormir, John McCain
29/12/2003

Le texte que nous reproduisons ici n’est évidemment plus d’actualité. Si nous croyons utile de le mettre en ligne, pourtant, c’est qu’a posteriori au moins, il a valeur d’enseignement. Il rend le même son que les textes qui figurent dans notre rubrique "Pacifisme", parmi lesquels nous vous recommandons au moins la lecture des 3 suivants :

Calmer Hitler et Saddam, par Alistair Cooke
Le syndrome de Stockhom, maléfice de la terreur, N. Doidge
Nous, les traîtres de l’Europe, Adam Michnick


(L’article ci-après du sénateur républicain de l’Arizona John McCain a paru pour la première fois dans l’édition du 24 octobre 2002 du Washington Post. Il appartient au domaine public.) usinfo.state.gov/francais/irak/f2102403.htm

«C’est la paix pour notre époque (...) Rentrez chez vous et dormez bien.»
Neville Chamberlain, premier ministre britannique, le 30 septembre 1938.


Alors que nous envisageons une action préventive afin d’empêcher Saddam Hussein de se doter des pires armes du monde, il vaut la peine de comprendre comment la tentation de rentrer chez nous et de dormir d’un bon sommeil nous a conduits directement à une crise inévitable dans la péninsule Coréenne - où l’aveu par la Corée du Nord qu’elle développe un programme secret d’armement nucléaire démontre le péril que l’on encourt en faisant reposer la sécurité des États-Unis sur des accords dangereusement défectueux conclus avec des régimes malfaisants.

Cette crise avait d’abord émergé en 1994, lorsque la Corée du Nord avait menacé de produire du plutonium destiné à des usages militaires dans son usine nucléaire de Yongbyon. Après des mois de concessions américaines, le gouvernement Clinton avait accepté de fabriquer, pour la Corée du Nord, deux réacteurs nucléaires à usage civil et de lui fournir un demi-million de tonnes de pétrole annuellement en attendant que ces réacteurs soient construits. C’est ainsi que l’État totalitaire de Corée du Nord était devenu le premier bénéficiaire de l’aide américaine en Asie, et que nous maintenions en vie un régime qui, sinon, se serait peut-être effondré.

Des gens sérieux peuvent honorablement avoir des divergences de vues sur la moralité d’une action consistant, afin de l’empêcher de se doter d’armes nucléaires, à nourrir et à financer un régime qui affame, opprime, torture et tue son peuple, en même temps qu’il menace d’anéantir son voisin au sud. Mais peut-on accorder la moindre justification morale aux partisans de la compromission, qui pensent, encore aujourd’hui, que nous pouvons résoudre cette crise par l’accommodement ? Dix ans de concessions et d’assistance à l’un des pires régimes du monde ont donné à ce dernier le temps et les moyens nécessaires pour mettre au point des armes qui, à présent, menacent l’Amérique et ses amis.

En 1994, nous avions le choix. Celui-ci est plus ardu aujourd’hui, du fait de notre impuissance à assumer notre responsabilité de relever le défi que posait le programme nucléaire nord-coréen pour la sécurité américaine et asiatique. De même, un choix difficile s’offre à nous actuellement à propos de l’Irak. Mais si nous n’agissons pas bientôt, ce choix deviendra plus difficile encore par la suite, avec des coûts qui pourraient être catastrophiques.

La poursuite irréfléchie de la compromission avec des régimes qui méprisent notre modération et vilipendent nos intentions, ne saurait se substituer à une politique qui oppose à la menace pesant contre nous les moyens et la volonté de l’affronter.

L’Irak fournit la preuve que la détermination américaine suscite une réaction différente. Bien qu’il s’agisse d’un pur stratagème, l’acceptation professée par Bagdad aujourd’hui de la reprise des inspections d’armes, après des années de défi, n’a été rendue possible que par la menace crédible du recours à la force militaire. Notre volonté résolue de nous opposer ouvertement à Saddam Hussein, en employant tous les moyens nécessaires, illustre notre liberté d’action contre un ennemi qui ne possède pas - encore - l’arme nucléaire.

Plutôt que de se demander pourquoi nous n’appliquons pas, envers l’Irak, la même stratégie qu’envers la Corée du Nord, le public américain comprend que nous tenons tête à Saddam Hussein aujourd’hui parce que nous ne pouvons pas atermoyer, comme l’a fait le gouvernement Clinton à l’égard de la Corée du Nord, en attendant que ce pays se dote d’armes nucléaires, telles que celles que possède aujourd’hui la Corée du Nord, limitant ainsi nos moyens d’action contre un danger grandissant. Nous ne pouvons pas laisser l’Irak devenir la Corée du Nord du Proche-Orient.

S’agissant de la Corée du Nord, les options des États-Unis sont limitées parce que nous n’avons pas agi, il y a dix ans, pour mettre fin, une fois pour toutes, au programme nucléaire de Pyongyang. Certaines options, jadis viables, nous sont à présent interdites parce que nous nous sommes assoupis alors que le danger montait.

Nos difficultés actuelles avec la Corée du Nord pourraient augurer de notre avenir avec l’Irak, si nous n’utilisons pas tous les moyens à notre disposition afin de mettre fin à la menace que constitue ce pays, tant que nous sommes encore en mesure d’agir.

La crédibilité est l’atout principal de tout pays dans les affaires internationales. C’est l’atout le plus difficile à acquérir et à conserver, mais, dès lors qu’on l’a en mains, il permet d’induire des changements de comportement. La crédibilité n’a de valeur qu’aux yeux de celui qu’elle touche.

L’absence de crédibilité du gouvernement Clinton, aux yeux de la Corée du Nord, a enhardi cette dernière à défier l’Amérique. En revanche, la sérieuse menace du gouvernement Bush de recourir à la force à l’égard de l’Irak est en train de rallier l’opinion publique en notre faveur, tant aux États-Unis qu’à l’étranger, et, pour Bagdad, elle a valeur de mise en demeure.

Les dangers que constituent l’Irak et la Corée du Nord sont différents mais, comme l’attestera tout membre survivant du régime taliban - et comme Saddam Hussein risque bientôt de l’apprendre -, en cette ère nouvelle, les régimes malfaisants qui défient ouvertement et menacent gravement les États-Unis se mettent eux-mêmes en péril lorsqu’ils doutent de notre volonté sans faille d’éliminer les défis lancés à notre sécurité. Si, il y a dix ans, nous avions répondu au péril nucléaire nord-coréen par la détermination au lieu de la compromission, nous jouirions maintenant d’une sécurité plus grande. Le cas de la Corée du Nord nous enseigne que, si nous nous assoupissons aujourd’hui face à la menace irakienne, nous risquons des lendemains d’insomnie.

John McCain *


© Washington Post



* M. John McCain est sénateur républicain de l’Arizona.

Mis en ligne le 29 décembre 2003 sur le site www.upjf.org