Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

Le peuple choisi par Dieu, Jostein Gaarder
25/08/2006

Mieux vaut avertir d’avance nos internautes : beaucoup seront révulsés de lire l’horrible article du célèbre romancier norvégien, traduit ici en français. Personnellement, ce qui m’a été le plus pénible, c’est l’usage massif que fait Gaarder de la personne de Jésus et de passages des Evangiles pour blasphémer le peuple juif, pour la religion et les coutumes duquel il ne cherche même pas à dissimuler son mépris. Cet homme appartient à l’espèce la plus dangereuse des haïsseurs de notre peuple : celle des humanistes de culture chrétienne qui n’ont jamais pu surmonter leur aversion viscérale pour la spécificité (segulah) religieuse, culturelle et historique du peuple juif, dont le destin déroutant et irrationnel les rend fous. Israël est leur alibi pour donner libre cours à leur désir exterminateur. Les derniers paragraphes de ce monument de haine et d’ignorance mêlées sont réellement effrayants. En les lisant on se demande si les divagations meurtrières de l’auteur ne sont pas diaboliquement prophétiques. Ce qu’il entrevoit est, en effet, le sort que rêvent de nous infliger ceux qui ont juré notre perte. Et je ne puis m’empêcher de me dire, en frémissant, qu’à vue humaine, la probabilité que se réalise ce scénario délirant est de plus en plus grande, à la lumière de la colère qui va grandissant dans le monde contre notre malheureux peuple. (Menahem Macina).
Original norvégien : "Guds utvalgte folk", paru sur le site de Aftenposten, le 5 août 2006
 
 
Traduction française : Menahem Macina.
(Sur base de la traduction anglaise de l’original, par Sirocco.).
 
 
Introduction de Sirocco 
 
"Jostein Gaarder, auteur du phénomène littéraire de dimensions mondiales, Sophie’s World (Le monde de Sophie), traduit en 53 langues, 26 millions d’exemplaires, lance une brûlante attaque contre Israël dans Aftenposten, journal norvégien de référence. Gaarder, historien des idées, se décrit comme un ami du peuple juif mais a des doutes sur le fait qu’Israël soit le même. Qu’il suffise de dire que ce propos n’est pas près de paraître dans le New York Times. La forme de la condamnation de Gaarder s’inspire d’Amos, le premier prophète juif dont le message ait été préservé en manuscrit (vers 750 avant notre ère). Selon Wikipedia : "L’idée centrale du livre d’Amos est que Yahweh a mis son peuple au même rang que les nations qui l’entourent – Yahweh attend que tous aient la même moralité."
 
 
L’article de Jostein Gaarder
"Garden est un bon romancier qui, à l’instar d’autres excellents esprits artistiques, est un ignorant en matière politique et un formidable anti-diplomate. Pour un Européen, dire qu’Israël a abusé du but pour lequel il a été créé et ne doit plus être reconnu, de ce fait, et illustrer cela par des mots de la bible, c’est PIRE que si un Suédois disait : « La Norvège a été créée pour que les Norvégiens s’occupent de leurs propres affaires, ce dont ils ont massivement abusé en se posant, au contraire, en juges des affaires des autres ; en conséquence, nous ne devons donc plus reconnaître l’existence de la Norvège » […] La meilleure chose que puisse faire Gaarder est de présenter ses excuses… et de faire une pause." (Traduction du commentaire d’un lecteur du nom de Lazars, 12 août 2006).
 
C’est un point de non-retour. Il est temps d’apprendre une leçon nouvelle : Nous n’acceptons plus l’Etat d’Israël. Nous ne pouvions accepter le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud, ni n’avons accepté le régime des Taliban afghans. Par la suite, beaucoup n’ont pas accepté l’Iraq de Saddam Hussein, ni le nettoyage ethnique des Serbes. Nous devons maintenant nous habituer à cette idée : L’Etat d’Israël dans sa forme actuelle, c’est de l’histoire ancienne.
 
Nous ne croyons pas à la conception d’un peuple élu par Dieu. Nous nous moquons des billevesées de ce peuple et pleurons sur ses méfaits. Agir en tant que peuple choisi par Dieu est non seulement stupide, mais c’est un crime contre l’humanité. On appelle cela du racisme.
 
 
 
Des limites à la tolérance
 
Il y a des limites à notre patience, et il y a des limites à notre tolérance. Nous ne croyons pas que les promesses divines justifient l’occupation et la ségrégation. Le Moyen-Âge est derrière nous. Nous rions avec gêne de ceux qui croient encore que le Dieu de la flore, de la faune et des galaxies a choisi un peuple particulier comme son favori et lui a donné ces drôles de Tables [de la Loi], des buissons ardents, et la permission de tuer.
 
Nous appelons les tueurs d’enfants ’tueurs d’enfants’, et nous n’accepterons jamais que de telles gens aient un mandat divin ou historique pour excuser leurs crimes. Nous disons seulement ceci : Honte à toute discrimination, honte au nettoyage ethnique, honte à toute attaque terroriste contre des civils, qu’elle soit perpétrée par le Hamas, par le Hezbollah, ou par l’Etat d’Israël !
 
 
L’art sans scrupule de la guerre
 
Nous reconnaissons et acceptons l’immense responsabilité de l’Europe dans le malheur des Juifs, dans les honteuses persécutions, les pogromes et l’Holocauste. Il était historiquement et moralement nécessaire que les Juifs aient un foyer à eux. Mais l’Etat d’Israël, par son art sans scrupule de la guerre et ses armes répugnantes, a détruit sa propre légitimité. Il a systématiquement dédaigné le Droit international, les accords internationaux, et un nombre infini de résolutions de l’ONU, il ne peut donc s’attendre à la protection de cette organisation. Il a déversé des tapis de bombes sur la reconnaissance dont il avait bénéficié de la part du monde. Mais, n’ayez crainte ! Cette époque difficile prendra vite fin. L’Etat d’Israël a connu son Soweto [allusion à l’Intifada. NDLR d’upjf.org].
 
Nous sommes maintenant à un tournant. Il n’y a pas de possibilité de retour. L’Etat d’Israël a violé la reconnaissance du monde et il ne connaîtra pas la paix tant qu’il n’aura pas déposé les armes.
 
 
Sans défense, sans peau
 
Puissent l’esprit et l’épée balayer les murs d’apartheid d’Israël. L’Etat d’Israël n’existe pas. Il est maintenant sans défense, sans peau. Puisse donc le monde avoir pitié de la population civile. Car ce n’est pas aux individus civils que s’adresse notre harangue de malheur.
 
Nous souhaitons le bien d’Israël, rien que son bien, mais nous nous réservons le droit de ne pas manger d’oranges de Jaffa tant qu’elles empestent et sont empoisonnées. Nous avons bien pu supporter de vivre quelques années sans les raisins bleus de l’apartheid.
 
 
Ils célèbrent leurs triomphes
 
Nous ne croyons pas qu’Israël se désole davantage pour les quarante enfants libanais tués que pour les quarante années passées dans le désert sur lesquelles il s’est lamenté depuis plus de trois mille ans. Nous remarquons que certains Israéliens célèbrent de tels triomphes comme ils ont jadis applaudi, tel "un châtiment mérité", aux fléaux que le Seigneur infligeait aux Egyptiens. (Dans ce récit, le Seigneur, Dieu d’Israël, s’avère un sadique insatiable.) On peut se demander si la plupart des Israéliens pensent qu’une seule vie israélienne vaut plus que les vies de quarante Palestiniens ou Libanais.
 
Car nous avons vu des photos de petites filles israéliennes écrivant des souhaits de haine sur les bombes qui allaient être lancées contre la population civile du Liban et de Palestine. Les petites filles israéliennes n’ont rien de mignon quand elles se pavanent avec allégresse pour la mort et les tourments de ceux qui sont de l’autre côté de la ligne de front.
 
 
Le châtiment de la vengeance par le sang
 
Nous n’acceptons pas la rhétorique de l’Etat d’Israël. Nous n’acceptons pas la spirale du châtiment de la vengeance par le sang, selon le "œil pour œil, dent pour dent". Nous n’acceptons pas l’usage des punitions collectives ni la mise à la diète de grandes parties de populations, comme armes politiques. Deux mille ans ont passé depuis qu’un rabbi juif [Jésus] a critiqué le "œil pour œil, dent pour dent".
 
Il disait : "Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent" [Cf. Matthieu 7, 12]. Nous n’acceptons pas un Etat fondé sur des principes antihumanistes et sur les ruines d’une religion archaïque et guerrière. Ou, comme l’a exprimé Albert Schweitzer : "L’humanisme consiste à ne jamais sacrifier un être humain pour atteindre un but".
 
 
Compassion et pardon
 
Nous n’acceptons pas l’ancien Royaume de David comme modèle pour établir la carte du Moyen-Orient du XXIe siècle. Le rabbi juif [Jésus] affirmait, il y a deux mille ans, que le Royaume de Dieu n’était pas une restauration guerrière du Royaume de David, mais que le Royaume de Dieu est au-dedans de nous [cf. Luc 17, 21]. Le Royaume de Dieu est compassion et pardon.
 
Deux mille ans ont passé depuis que le rabbi juif a désarmé et humanisé l’ancienne rhétorique de guerre. De son temps déjà, sévissaient les premiers terroristes sionistes.
 
 
Israël n’écoute pas
 
Il y a deux mille ans que nous répétons le syllabus de l’humanisme, mais Israël n’écoute pas. Ce n’est pas le pharisien qui a porté secours à l’homme victime des voleurs, qui gisait sur le bas côté de la route, mais un Samaritain [cf. Lc 10, 30 ss.] – aujourd’hui nous dirions : un Palestinien. Car nous sommes avant tout des êtres humains – ensuite seulement des chrétiens, des musulmans, ou des Juifs. Ou encore, comme disait le rabbi juif : "Si vous saluez seulement vos frères, en quoi faites vous mieux que les autres ? [Cf. Matthieu 5, 47]. Nous n’acceptons pas l’enlèvement de soldats. Mais nous n’acceptons pas non plus la déportation de populations entières, ni l’enlèvement de parlementaires et de ministres d’un gouvernement, légalement élus.
 
Nous reconnaissons l’Etat d’Israël de 1948, mais pas celui de 1967. C’est l’Etat d’Israël qui ne reconnaît ni ne respecte l’Etat d’Israël de 1948, dont la légalité est admise internationalement. Israël veut davantage ; davantage d’eau et davantage de villages. Pour obtenir cela, certains veulent, avec l’aide de Dieu, une solution finale au problème palestinien. Les Palestiniens ont tellement d’autres pays, ont argué certains politiciens israéliens ; nous, nous n’en avons qu’un.
 
 
Les Etats-Unis ou le monde ?
 
Ou encore, comme le dit le plus puissant protecteur d’Israël : "Puisse Dieu continuer à bénir l’Amérique". Une petite fille avait remarqué cela. Elle se tourna vers sa mère et lui dit : "Pourquoi le Président termine-t-il toujours ses discours par ’Dieu bénisse l’Amérique’ ? Pourquoi pas : ’Dieu bénisse le monde’ ?"
 
Et puis, il y a eu un poète norvégien qui a laissé échapper ce soupir enfantin : "Pourquoi l’humanité progresse-t-elle si lentement ?" C’est lui qui a écrit de si jolies choses à propos du Juif et de la Juive. Mais il rejetait la notion d’un peuple élu par Dieu. Il aimait se désigner comme musulman.
 
 
Calme et pitié
 
Nous n’acceptons pas l’Etat d’Israël. Ni aujourd’hui, ni à l’heure où ces lignes sont écrites, ni en cette heure de chagrin et de colère. Si l’entièreté de la nation israélienne devait succomber sous ses propres intrigues et que des parties de sa population devaient fuir les régions occupées pour une autre diaspora, alors nous disons : Que leurs voisins restent calmes et leur témoignent de la pitié. C’est un crime éternel sans rémission que de porter la main sur un peuple de réfugiés et d’apatrides.
 
Paix et libre passage pour l’évacuation de la population civile qui n’est plus protégée par un Etat. Ne tirez pas sur ses fugitifs ! Ne les prenez pas pour cibles ! [cf. Abdias, 14]. Ils sont maintenant vulnérables comme des escargots sans coquille, vulnérables comme les convois de réfugiés palestiniens et libanais, sans défense comme les femmes, les enfants et les vieillards de Qana, Gaza, Sabra et Chatilla. Donnez un abri aux réfugiés israéliens, donnez-leur du lait et du miel !
 
Ne laissez pas un seul enfant israélien perdre la vie. Beaucoup trop d’enfants et de civils ont déjà été assassinés.
 
Jostein Gaarder
 
© Aftenposten
 
-------------------
 
Note du traducteur en langue anglaise :
 
Voir : une analyse partielle de cet article controversé, et une réfutation de mauvaises interprétations.
 
Un commentaire sur la lettre au peuple norvégien, par Shimon Samuels, du Centre Simon Wiesenthal. 
 
Traduction du nouvel éditorial de Gaarder, où il explique sa position concernant Israël et les Juifs. 
 
-------------------
 
 
Mis en ligne le 25 août 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org