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Christianisme

Amsterdam 1948 attitude chrétienne en face des Juifs
01/01/1970

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L'attitude chrétienne en face des Juifs

 

Assembléedu Conseil Œcuménique des Églises - Amsterdam, 1948 [1]

 

 

Laquestion de l'attitude chrétienne à l'égard du peuple juif se pose à nousinévitablement en ce moment où nous sommes rassemblés pour reconnaître avechumilité l'état de désordre de l'homme et pour redécouvrir ensemble le desseinéternel de Dieu pour son Église. Cette préoccupation est nôtre en premier lieuparce que Dieu nous pose cette question en Christ. Aucun peuple, dansl'ensemble de ce monde qui appartient à Dieu, n'a souffert aussi cruellement dudésordre de l'homme que le peuple juif. Nous ne pouvons pas oublier que nousnous trouvons réunis ici dans un pays où 110 000 Juifs ont été saisis pour êtreenvoyés à la mort, et nous ne pouvons pas davantage oublier que cinq ansseulement se sont écoulés depuis l'extermination de six millions de Juifs.Notre Dieu nous a attachés au peuple juif par une solidarité toute spéciale, enunissant nos destinées à la trame de son dessein pour Israël. Nous demandons àtoutes nos Églises de s'associer à cette préoccupation, et nous voulonspartager avec elles les résultats de la trop brève réflexion que nous avons pufaire ici.

 

 

1. Toutes nos Églises sont appelées par notre communSeigneur « à aller dans le monde et à prêcher l'Évangile à toutes lescréatures ». Si nous voulons obéir à cet ordre, nous devons inclure lepeuple juif dans notre action d'évangélisation.

 

2. Israël occupe une position unique dans le desseinde Dieu. C'est avec Israël que Dieu a fait alliance, par la vocation d'Abraham.C'est à Israël qu'Il a révélé son Nom et donné sa Loi. C'est à Israël qu'Il aenvoyé ses prophètes avec leur message de jugement et de grâce. C'est à Israëlqu'Il a promis la venue de son messie. C'est par l'histoire d'Israël que Dieu apréparé la crèche où, lorsque les temps furent accomplis, il fit naître leSauveur de toute l'humanité. L'Église a reçu cet héritage spirituel d'Israël etelle doit l'interpréter à la lumière de la Croix. C'est pourquoi nous devons,humbles mais convaincus, annoncer aux Juifs que le messie qu'ils attendaientest venu. La promesse a été accomplie par la venue de Jésus-Christ.

Nombreux sont ceux pour qui le fait que le peuple juifcontinue d'exister sans reconnaître le Christ est un mystère divin, qui ne peuts'expliquer que parce que Dieu, dans sa fidélité et sa miséricordeinaltérables, poursuit un but.

 

3. Afin que les Églises puissent accomplir la tâchequi leur a été confiée par notre Seigneur dans ce domaine, il faut que tombentcertaines barrières. Nous pensons ici spécialement à celles que nous avons tropsouvent contribué à élever nous-mêmes et que nous sommes seuls à pouvoir fairetomber.

Nous devons confesser en toute humilité que nous avonstrop souvent négligé les devoirs de l'amour chrétien, et même ceux de la simplejustice sociale à l'égard des Juifs. Nous avons négligé de combattre de toutesnos forces le désordre séculaire que constitue l'antisémitisme. Dans le passé,les Églises ont contribué à présenter les Juifs comme les seuls ennemis duChrist, ce qui a renforcé l'hostilité de la société séculière à leur égard.Dans bien des pays, l'antisémitisme reste une force virulente, tandisqu'ailleurs les Juifs sont l'objet de traitements indignes.

Nous demandons à toutes les Églises représentées ici dedénoncer l'antisémitisme, quelles que soient ses origines, comme une attitudeabsolument inconciliable avec la profession et la pratique de la foichrétienne. L'antisémitisme est un péché à la fois contre Dieu et contrel'homme.

C'est seulement lorsque nous aurons montré clairement ànos compatriotes israélites que nous désirons les faire bénéficier des droitset des privilèges que Dieu confère à tous ses enfants, que nous pourronsparvenir à les rencontrer de telle sorte qu'il devienne possible de leur fairepart de la grâce excellente que Dieu nous a accordée en Christ.

 

4. En dépit de l'universalité de la tâche que nousavons reçue de notre Seigneur, et bien que la première mission de l'Église fûttournée vers les Juifs, nos Églises ont la plupart du temps été incapables demaintenir pratiquement ce devoir missionnaire. Cette responsabilité ne doit pasêtre entièrement abandonnée à des organisations indépendantes. En laissantcette mission s'accomplir par des organisations spéciales, on a souvent aboutià mettre les Juifs à part dans l'ensemble de l'action missionnaire, au lieud'inclure cette mission dans le cadre du ministère normal de l'Église. Ceci aeu, entre autres, pour résultat en bien des cas de placer les nouveauxconvertis dans une sorte de communauté spirituelle séparée, au lieu de lesinclure dans les rangs des membres réguliers de l'Église.

Cette grave lacune de nos Églises doit les inciter àenvisager la responsabilité de la mission auprès des Juifs comme une partieintégrante du travail paroissial, particulièrement dans les pays où les Juifssont présents dans la communauté civile. Là où il n'existe pas d'Église locale,et là où la paroisse n'est pas assez forte pour accomplir cette tâche, il fautenvisager la création d'une action missionnaire de l'extérieur.

Le fait que l'Église doive vivre d'un héritage uniquedevrait inciter les Églises à prévoir la formation de ministres capablesd'accomplir cette tâche missionnaire. Il faudrait aussi prévoir toute unelittérature appropriée.

De même, les fidèles de l'Église devraient comprendre quel'argument le plus fort pour gagner les autres au Christ vient du rayonnementd'une vie marquée au signe de sa victoire et de l'amour de Dieu s'exprimant àtravers les contacts personnels. Lorsque cet amour est vécu et s'exprime ausein d'une communauté authentique, la puissance de l'Évangile se fait sentir.Il n'y a plus désormais de différence entre un Juif converti et les autresChrétiens, tous appartiennent alors à la même Église par la grâce deJésus-Christ. Mais le Juif converti réclame une sollicitude et un accueilparticulièrement attentifs, précisément parce que son adhésion à l'Égliseentraîne souvent pour lui certaines ruptures douloureuses dans l'ordre de lafamille et de l'amitié. Enfin, dans leurs oeuvres de reconstruction etd'entraide, les Églises ne doivent pas oublier la misère des Chrétiensd'origine juive qui ont spécialement souffert ces dernières années. Il faut lesaider de telle manière qu'ils puissent se rendre compte qu'ils font partie dela grande fraternité des Chrétiens.

 

5. Nous constatons que l'établissement de l'Étatd'Israël complique d'une question politique le problème de l'attitudechrétienne à l'égard des Juifs et menace de doubler l'antisémitisme d'un complexede crainte et d'hostilité politiques.

Sur les aspects politiques du problème palestinien et surle conflit des droits respectifs des parties, nous n'entreprendrons pasd'émettre un jugement.

Quelle que soit la position adoptée à l'égard de laformation d'un État Juif ou des « droits » et des « torts » des Juifs et desArabes, ainsi que des Juifs chrétiens et des Arabes chrétiens impliqués dans leconflit, les Églises sont obligées en conscience :

     - de prier et de lutter pourl'établissement en Palestine d'un ordre aussi juste que possible dans ledésordre humain ;

     - de contribuer, selon leurpouvoir, à secourir sans distinction les victimes de la guerre ;

     - de s'efforcer d'amener les nations àorganiser un refuge pour les « personnes déplacées » et à agir dans cesens avec plus de générosité qu'elles ne l'ont fait jusqu'ici.

 

Recommandations :

 

Nous indiquons pour conclure les recommandations qui se dégagent dupremier examen que nous avons tenté de cette responsabilité des Églises.

 

Aux Églises-membres du conseil oecuménique, nous recommandons :

 

Qu'elles s'efforcent de recouvrer la plénitude de leur mission enincluant le peuple Juif dans leur évangélisation ; qu'elles s'efforcentd'extirper les racines d'antisémitisme qui plongent dans la vie de leursmembres et de leurs communautés ; qu'elles encouragent le fidèle à établirdes rapports fraternels avec son prochain juif, à le comprendre et à lutter auxcôtés des organisations qui combattent les malentendus et les préjugés ;que, dans leur travail missionnaire parmi les Juifs, elles évitentscrupuleusement d'exercer des pressions et de faire appel à des mobilesintéressés ; qu'elles veillent à la préparation de ministres qualifiéspour livrer la juste interprétation de l'Évangile qui s'adresse aux Juifs et àla publication des documents qui pourront faciliter leur ministère.

 

Au conseil œcuménique des Églises, nous recommandons :

 

Qu'il étudie avec soin la meilleure manière de stimuler et d'aider lesÉglises-membres dans l'accomplissement de cet aspect de leur mission ;qu'il tienne le plus grand compte de la suggestion que lui a faite le Conseilinternational des missions de partager avec lui la responsabilité qu'il a dansl'évangélisation des Juifs.



[1] Texte paru dans Foi et Vie, septembre-octobre 1949.