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Conflits, terrorisme, oppression, etc.
Terrorisme

Est-ce le moment d’établir le profil des passagers sur les lignes aériennes? D. Pipes
30/08/2006

The New York Sun

 

22 août 2006
 

Version originale anglaise: Time to Profile Airline Passengers?

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

 

 

Le débat sur la détermination du profil des passagers des avions de ligne est revenu sur le devant de la scène suite à la découverte d’un complot visant à faire exploser dix avions, à Londres, le 10 août dernier. Hélas, en raison d’un mélange d’inertie, de déni, de lâcheté et de "correction politique", les aéroports occidentaux – à l’exception notable d’Israël – continuent de chercher avant tout les instruments du terrorisme et d’ignorer largement les passagers.

 

Quelques progrès ont été accomplis depuis les attentats du 11 septembre, mais ils concernent en majorité la surveillance de l’ensemble des voyageurs. Par exemple, en 2003, l’Administration américaine pour la Sécurité des Transports a introduit un système d’établissement du profil des passagers, connu sous la désignation de Screening of Passengers by Observation Techniques (contrôle des passagers au moyen de techniques d’observation), ou SPOT, qui est en service dans douze aéroports américains.

 

Reprenant des techniques mises en œuvre par les services douaniers américains et les agents de sécurité des aéroports, SPOT serait, à en croire la porte-parole de TSA, Ann Davis, «l’antidote de la détermination du profil racial». Ce système, basé sur la «reconnaissance de schémas comportementaux», permet, affirme-t-elle, de détecter «de très hauts niveaux de stress, de crainte et de dissimulation». Les agents SPOT de TSA observent les passagers qui déambulent dans l’aéroport en cherchant des symptômes physiques tels que la transpiration, une attitude rigide et des poings crispés. Un surveillant entame ensuite la conversation avec les «personnes sélectionnées» et leur pose des questions inattendues, cherchant, dans leur langage corporel, des signes de réactions anormales. La plupart des personnes sélectionnées sont libérées immédiatement après, mais un cinquième d’entre elles sont interrogées par la police.

 

Après le complot de Londres, les autorités britanniques ont organisé un cours SPOT accéléré qui permet à leurs employés d’en apprendre les techniques directement avec leurs homologues américains.

 

Un dispositif israélien fondé sur cette approche – Cogito – fait usage d’algorithmes, de logiciels d’intelligence artificielle et des principes de la polygraphie [détection de mensonges, ndlr d’upjf.org] pour détecter les passagers aux «intentions hostiles». Lors d’essais sur des groupes de contrôle, l’appareil a désigné des voyageurs innocents comme des menaces potentielles dans 8% des cas, et a laissé passer 15% des comédiens jouant le rôle de terroristes.

 

Les méthodes visant le public dans son ensemble ont certainement leurs avantages – SPOT a permis de découvrir des passagers utilisant de faux visas, de faux papiers, des billets d’avion volés et divers types de contrebandes –, mais son utilité en matière de contre-terrorisme est douteuse. Les terroristes entraînés à répondre aux questions de manière convaincante, à éviter de transpirer, et à contrôler leur stress, peuvent aisément échapper à de tels systèmes.

 

Les perturbations qui ont affecté les aéroports suite à la découverte du complot de Londres ont suscité de nombreuses discussions sur la nécessité de se concentrer sur la source du terrorisme islamiste et d’établir le profil des musulmans. Pour reprendre les termes d’un éditorial du Wall Street Journal, «un retour à une normalité des déplacements ne pourra s’instaurer que si les services de sécurité des aéroports séparent mieux les passagers à haut risque de ceux qui ne constituent pas une menace vraisemblable».

 

Cet argument prend de l’ampleur. Un récent sondage révèle que 55% des Britanniques approuvent un profilage des passagers qui tiendrait compte du «milieu socioculturel, ou de l’apparence», alors que seuls 29% s’y opposent. Lord Stevens, ex-chef de Scotland Yard, soutient l’idée d’une concentration sur les jeunes hommes musulmans. Le Guardian indique que «certains pays européens, notamment la France et les Pays-Bas, souhaitent […] introduire des contrôles spéciaux pour les voyageurs musulmans».

 

Un politicien du Wisconsin et deux de l’État de New York se déclarent en faveur d’une technique similaire d’établisement de profil. Le présentateur de Fox News, Bill O’Reilly, suggère que l’«on parle sérieusement avec tous» les passagers musulmans âgés de 16 à 45 ans. Mike Gallagher, l’un des animateurs d’émissions radiophoniques les plus populaires des États-Unis, souhaite une «file réservée aux [passagers] musulmans» dans les aéroports. Dans un article de l’Evening Bulletin, Robert Sandler propose même de placer «les musulmans dans un avion et les autres passagers dans un avion différent».

 

Le Département britannique des transports chercherait à mettre en place un système d’établissement de profil des passagers, qui tienne compte de leur milieu religieux. Des informations émanant des aéroports indiquent que cela a déjà commencé – et que ce sont parfois d’autres passagers qui s’en chargent.

 

Trois conclusions émergent de ce débat.

 

Premièrement, comme tous les terroristes islamistes sont des musulmans, il faut se concentrer sur les musulmans.

 

Deuxièmement, des idées, telles que des «files réservées aux musulmans» dans les aéroports, sont irréalisables ; il est préférable qu’une gestion intelligente des renseignements vienne orienter les efforts permettant d’écarter les musulmans qui ont des objectifs islamiques.

 

Troisièmement, les chances de mise en œuvre d’un établissement de profil ciblant les musulmans restent négligeables. Comme le relève le même éditorial du Wall Street Journal cité ci-dessus, «le fait que nous soyons passés à deux doigts de perdre 3000 vies au-dessus de l’Atlantique ne suffit toujours pas à empêcher le politiquement correct de s’habituer à des mesures de sécurité plus sophistiquées».

 

En observant l’impact limité de la mort de 3000 personnes en 2001 et en me fondant sur mon hypothèse dite de l’éducation par le meurtre, selon laquelle les gens ne prennent conscience du problème de l’islam radical que lorsque le sang coule à flots dans leurs rues, je prévois qu’une détermination efficace de profil ne pourra être mise en oeuvre qu’après qu’un nombre beaucoup plus élevé de vies humaines - disons 100 000 - auront été perdues.

 

Daniel Pipes

 
© The New York Sun
 
Mis en ligne le 29 août 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org