Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme
Antisémitisme arabo-musulman

Mortel déni [de l'antisémitisme musulman], D. Pipes
15/02/2005

New York Post

26 octobre 2003

En raison de son importance, je mets en ligne ce texte qui remonte à 2003 et qui m'avait échappé alors. Menahem Macina.

Version originale anglaise: Deadly Denial [of Muslim Anti-Semitism]

fr.danielpipes.org/article/1298



Le premier ministre de Malaisie, Mahathir Mohamad a informé le monde, ce mois-ci, du fait, entre autres, que "les Juifs gouvernent le monde par intermédiaires interposés. Ils font que d'autres se battent et meurent pour eux". Condoleeza Rice, la conseillère nationale à la sécurité américaine, a affirmé que les propos de Mahathir étaient "haineux et scandaleux". Mais, a-t-elle ajouté, "Je ne pense pas qu'ils sont emblématiques du monde musulman". Si seulement elle avait raison.

En réalité - l'ovation que lui a réservée un auditoire constitué de représentants de 57 pays musulmans l'a bien montré -, les propos de Mahathir sont on ne peut plus emblématiques du discours tenu aujourd'hui par les musulmans concernant les juifs. Et, comme l'a écrit un journal saoudien, quand les dirigeants occidentaux ont critiqué Mahathir, les "dirigeants musulmans ont serré les rangs" autour de lui et l'ont couvert de louanges ("très exact", une "évaluation très lucide", ont-ils dit).
Bien que les sentiments anti-juifs existent chez les musulmans depuis des siècles, l'hostilité d'aujourd'hui résulte de deux faits essentiels: le succès des Juifs dans les temps modernes, et la création d'Israël. Jusqu'aux années 1970, la judéophobie musulmane s'est relativement peu manifestée.

Puis, dans les années 1970, la radicalisation politique combinée au choc pétrolier a donné à des Etats tels que l'Iran, l'Irak, l'Arabie Saoudite et la Lybie, la volonté et les moyens de soutenir et d'affirmer les idées anti-juives. En l'absence d'une voix musulmane à même de contrer un glissement vers l'extrême, ces idées ont proliféré et se sont renforcées. Et le monde musulman a fini par devenir le foyer principal de la judéophobie mondiale.

Aujourd'hui, note Morton Klein, de l'Organisation Sioniste d'Amérique, la "haine des juifs est très répandue dans l'ensemble du monde musulman. Elle est enseignée dans les écoles et prêchée dans les mosquées. Des dessins humoristiques publiés dans les journaux musulmans dépeignent les juifs sur un mode ouvertement antisémite".

Et Mahathir est loin d'être le seul dirigeant musulman à tenir des propos anti-juifs. Le Président Bashar El Assad a dit, en 2001, que les Israéliens essaient d'"anéantir les principes fondamentaux de toutes les religions dans l'état d'esprit qui était le leur quand ils ont trahi Jésus-Christ". Les ayatollas iraniens et les princes saoudiens ont une histoire riche en poison antisémite, comme, bien sûr, la télévision égyptienne et les livres de classe palestiniens. Parmi les nombreux exemples disponibles, il en est un qui me semble plus frappant que les autres: une interview, diffusée en juin 2002, à la télévision saoudienne, d'une petite fille de trois ans appelée Basmallah, et traduite par le MEMRI (Middle East Media Research Institute).

La présentatrice: Basmallah, connais-tu les juifs?
Basmallah: Oui
La présentatrice: Est-ce que tu les aimes?
Basmallah: Non.
La présentatrice: Pourquoi est-ce que tu ne les aimes pas?
Basmallah: Parce que...
La présentatrice: Parce qu'ils sont quoi?
Basmallah: Ce sont des singes et des porcs.
La présentatrice: Parce que ce sont des singes et des porcs. Qui a dit cela d'eux?
Basmallah: Notre Dieu
La présentatrice: Où l'a-t-il dit?
Basmallah: Dans le Coran.

La petite fille se trompe pour ce qui concerne le Coran, mais ses paroles montrent que, contrairement à l'analyse de Rice, l'antisémitisme musulman est répandu au point de toucher même les très jeunes enfants. Le fait que Mahathir lui-même ne soit pas un simple musulman mais (selon les termes de l'éditorialiste Paul Krugman, du New York Times) "soit le dirigeant musulman le plus lucide du temps présent", souligne l'immensité des préjugés antisémites.

Par son attitude vis-à-vis des juifs, le monde musulman ressemble aujourd'hui à l'Allemagne des années 1930, où les insultes financées par l'Etat, les caricatures, les théories de conspiration et la violence sporadique préparaient les Allemands au meurtre de masse qui allait suivre. Il pourrait se passer la même chose aujourd'hui. Des commentaires accusateurs tels ceux de Mahathir sont devenus banals. La violence contre les Israéliens a déjà atteint un niveau tel, que l'on compte environ un mort par jour depuis trois ans. En dehors d'Israël, la violence contre les Juifs est tout aussi constante: explosion d'un immeuble juif en Argentine, meurtre de Daniel Pearl au Pakistan, tueries du Brooklyn Bridge et de l'aéroport de Los Angeles, aux Etats-Unis.

Ces actes, tout comme le fait de traiter régulièrement les juifs de singes et de porcs, pourraient contribuer à une mise en condition psychologique qui un jour serait à même de permettre l'attaque d'Israël par des armes de destruction massive. Les armes chimiques, biologiques et nucléaires seraient alors les successeurs d'Auschwitz, Buchenwald et Dachau. Des millions de juifs périraient en un nouvel holocauste.

Comme dans les années 1930, le monde, dans son ensemble, Etats-Unis inclus, semble ne pas voir ce que pourraient être les conséquences des processus en cours. La rhétorique et la violence antijuives font l'objet de critiques, bien sûr, mais personne ne semble mesurer leur impact cumulatif, ni discerner que nous sommes en état d'urgence.

Condoleeza Rice et d'autres membres du gouvernement doivent discerner le pouvoir et l'influence des idées anti-juives inculquées aujourd'hui aux musulmans, et agir pour combattre ces idées. Le mal a déjà coûté la vie à de nombreux innocents ; si nul ne s'oppose à lui, il pourra faire bien pire.

Daniel Pipes


© DanielPipes.org


Mis en ligne le 15 février 2005 sur le site www.upjf.org.