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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Ensemble à Jérusalem: Distinguer l’aspect politique de l’aspect religieux
27/06/2006

Par Maulana Wahiddudin Khan [1]
 
Voir aussi : Déclaration du Cheikh Palazzi sur Jérusalem
 

Jérusalem, lieu de culte et non pas possession politique

Selon le Prophète Mohammed (que la paix soit sur lui!) le croyant est celui à qui chacun peut confier sa propre vie et ses propres biens, parce que l’Islam est une religion de paix. La voie du Coran est appelée « le sentier de la paix » (sourate 5:16); elle indique la réconciliation comme le meilleur principe à suivre (4:128) et elle affirme clairement que nuire à la paix est odieux aux yeux de Dieu (2:205). Et pourtant, quelle qu’en soit la raison, la paix est actuellement impossible à atteindre dans le monde: le conflit qui renaît sans cesse à propos de Jérusalem n’en est pas la preuve la moins frappante.
 
Jérusalem est une ville antique, historique, unique et précieuse pour les millions d’adeptes de divers Credo religieux, qui la considèrent comme leur lieu saint propre. Jérusalem est un symbole et une source d’inspiration pour les trois grandes religions sémitiques: le judaïsme, le christianisme et l’Islam. Pour les juifs, elle est une preuve de la splendeur du passé et le centre de leur histoire nationale; pour les chrétiens, elle est le cadre de la Passion et du triomphe; pour les musulmans, elle est le lieu où le Prophète effectua la première étape de son voyage mystique, ainsi que l’un des temples sacrés les plus importants de l’Islam. Aussi Jérusalem est-elle un but de pèlerinage pour les adeptes de ces trois professions de foi et, pour les musulmans en particulier, elle est le lieu saint vénéré par excellence.
 
Alors se pose la question: Etant un lieu de culte pour ces trois religions, comment toutes peuvent-elles y avoir libre accès? Comment les croyants peuvent-ils s’y rendre afin d’accomplir ce qu’ils considèrent comme leur devoir religieux? Les juifs, tout comme les chrétiens et les musulmans, pensent ne pas pouvoir adorer leur Dieu au vrai sens du mot en un lieu qui ne leur appartienne pas aussi politiquement, mais si la citoyenneté politique était la condition nécessaire pour visiter la ville, Jérusalem cesserait d’être un lieu de culte et se transformerait en un champ de bataille.


La position de l’Islam

Naturellement, l’aspect pratique et l’extrême importance de la question exigent une réflexion attentive. Ce que je désire faire ici, c’est exposer la position de l’Islam à ce sujet.
 
La première référence indirecte à Jérusalem apparaît dans la 17e Sourate du Coran qui dit : « Que gloire soit rendue à Celui qui a permis à son serviteur de se rendre de nuit de la Mosquée Sacrée à la Mosquée très Eloignée (que ses confins soient bénis!), afin que nous puissions lui faire voir quelques-uns de nos signes » (17:1). Avant l’Hégire [fuite de Mohammed à Médine. Date de départ du comput chronologique des musulmans. NDLR de CJE], dans les premiers mois de 622, le prophète Mohammed fit un pèlerinage appelé Mi’raj (Ascension), très important dans l’histoire de l’Islam et commémoré avec vénération par les musulmans. Selon un dessein secret de Dieu, le Prophète fut conduit de la Mecque à Jérusalem et, arrivé là, il pria, avec tous les Prophètes qui l’avaient précédé, dans le lieu sacré du al Masjid al-Aqsa (al-Bayt al Maqdis) [en hébreu : Beit ha-Miqdash = Sanctuaire  - Le Temple. NDLR de CJE].
 
Une autre référence à Jérusalem apparaît dans une sentence du Prophète, rapportée dans chacun des six livres du Hadith [la Tradition musulmane, distinguée du Coran, Ecriture Sainte de l’islam. NDLR de CJE], même si les paroles sont parfois légèrement différentes.
 
La tradition ne reconnaît la validité que de trois mosquées pour effectuer un pèlerinage dont le but est la prière: al-Masjid al-Haram, à la Mecque, al-Masjid al-Nabi à Médine et al-Masjid al-Aqsa à Jérusalem.
 
De toutes façons, le Coran nous suggère que, en aucune partie du monde, le pouvoir politique ne peut être indéfiniment détenu par une même nation ou ethnie: « Nous faisons alterner ces jours (heureux et malheureux) pour les hommes » (3:140). Selon le Coran le pouvoir politique, par simple loi de nature, ne peut toujours rester entre les mains d’une seule nation. Dans le cas en question, si l’acte de la prière est lié au présupposé qu’un musulman ne peut recevoir la bénédiction de Dieu que sur une terre gouvernée par les lois islamiques, des millions de musulmans seraient obligés d’enterrer l’aspiration religieuse en leurs coeurs et de mourir sans avoir accompli la volonté divine.


Comment résoudre le dilemme selon la Sunna ?

Le prophète Mohammed nous a donné la solution de ce dilemme dans une sunna, ou règle de vie: il est nécessaire de séparer l’aspect religieux du problème de l’aspect politique, afin que le fidèle puisse éluder le problème en appliquant ce qu’on appelle une « sagesse pratique », c’est-à-dire en évitant les problèmes actuels et profitant des opportunités qui se présentent.
 
1 ) Le prophète Mohammed effectua sa migration de la Mecque à Médine en juillet de l’année 622. Durant la première année et demie (c’est-à-dire jusqu’à la fin de 623) passée à Médine, lui et ses compagnons prièrent dans la direction du al-Bayt al-Maqdis [en hébreu, Beit ha-Miqdash = Sanctuaire. NDLR de CJE] à Jérusalem, et c’est seulement au début de 624 que le Coran révéla aux fidèles la nouvelle direction à observer: la Kaaba Sacrée qui se trouve à la Mecque (2 :144).
 
Au moment où était révélé ce précepte concernant la direction de la prière, ou qiblah, il y avait encore 360 idoles à l’intérieur de la Kaaba [Pierre noire autour de laquelle les pèlerins tournent, dans le lieu saint de La Mecque. NDLR de CJE] qui, depuis déjà longtemps, était consacrée au culte polythéiste. La présence de ces idoles doit avoir éveillé chez les musulmans pas mal de répugnance à se tourner dans cette direction pour leurs prières. Comment pouvaient-ils, eux qui croyaient en un Dieu unique, tourner leur regard vers ce qui était le symbole même du polythéisme? Remarquons que le précepte religieux, outre l’observance d’une nouvelle qiblah. ordonnait de considérer le problème avec patience et de ne pas hésiter à se tourner en direction de la Kaaba: « Ô fidèles, cherchez un soutien dans la prière. Dieu est avec ceux qui sont patients » (2 :153).
 
L’histoire nous enseigne que cet état de chose dura six longues années, jusqu’à la conquête de la Mecque en 630, moment où la Kaaba fut finalement débarrassée des idoles païennes. De là l’établissement d’un principe important de l’islam qu’on peut appeler: Al-fasl bayn al-qaziyatayan (la séparation des deux facettes différentes d’un problème), principe selon lequel la Kaaba était distinguée de ses idoles. En acceptant la présence des idoles, les fidèles pouvaient accepter la Kaaba comme nouvelle direction de la prière.
 
2) On trouve un exemple semblable dans le pèlerinage sacré cité plus haut (Isra ou Mir’aj), entrepris par le Prophète avant l’Hégire. Jérusalem était alors sous la domination des Iraniens, peuple qui n’était pas de religion musulmane et dont le roi, Kosroès Parvez, avait, en 614, arraché aux Romains la ville où ceux-ci s’étaient installés depuis 63 [de l’ère chrétienne]. La domination iranienne ne prit fin qu’en 629, quand l’empereur romain Héraclius battit les Iraniens et plaça de nouveau Jérusalem sous la domination romaine. Cela signifie que le prophète Mohammed se rendit à Jérusalem lors de son pèlerinage Mi’raj afin de prier dans le Masjid al-Aqsa à un moment où la ville se trouvait sous la domination d’un roi non musulman, c’est le motif pour lequel le Prophète établit l’importante sunna selon laquelle le culte et la politique appartiennent à des sphères différentes et, en tant que tels, ne doivent jamais être confondus.
 
A la lumière de cette Sunna, la solution du conflit actuel à propos de Jérusalem réside dans la séparation entre la sainteté de la ville et sa condition politique. Les musulmans palestiniens, comme ceux du monde entier, devraient pouvoir s’y rendre librement pour prier Dieu dans la Mosquée El-Aqsa. Religion et politique ne devraient jamais être juxtaposées.
 
Pour résumer je dirais que, de nos jours, l’unique solution pratique au problème de Jérusalem est d’appliquer le principe rappelé ci-dessus du Al-fasl bayn al qaziyatayan, c’est-à-dire de la séparation des deux aspects d’une controverse. Nous devons arriver à distinguer l’aspect politique de l’aspect religieux, afin que ne se créent pas des barrières idéologiques et que les fidèles puissent se rendre à Jérusalem pour y prier, Il n’y a pas d’autre solution possible.
 
______________________________________
 
 

« Fadâ‘il al-Quds » - Les mérites attachés à la ville de Jérusalem
selon l’historien musulman ’Imad al-Dîn al-Isfahâni [2]

 
 Jérusalem a des mérites et des vertus innombrables; c’est d’elle que partit le saint voyage nocturne, c’est sur sa terre que s’ouvrit le ciel, c’est à partir d’elle que se transmettent les actes des prophètes, les grâces des saints, les tombeaux des martyrs, les miracles des généreux. les signes des docteurs. C’est la station des œuvres pies et le théâtre des joies. Son long Rocher est la première qibla d’où se leva le pied du prophète qui nous obtint la bénédiction d’en haut. C’est près de lui que notre prophète pria avec les autres prophètes, qu’il fut accompagné de l’esprit de foi; c’est de là qu’il partit pour monter aux cieux. Là est l’oratoire de Marie, dont Dieu a dit : « Chaque fois que Zacharie venait auprès d’elle… » (Coran 3 :32).
 Que son jour soit adoré, que sa nuit soit bénie! Jérusalem est la ville que David fonda et qu’il recommanda à Salomon de bâtir : pour l’honorer, Dieu a révélé le verset « Louanges à elle! ». C’est elle que conquit al-Fârûq, ouvrant un nouveau chapitre de la Révélation.
Comme elle est illustre et noble, grande et superbe, haute et brillante, sublime et glorieuse! Oh! bénédiction sur elle et sur ses heureux présages! Que sa condition est noble et que ses beautés sont douces! Que ses splendeurs sont éclatantes et splendides ses ornements! Dieu a manifesté sa hauteur et sa puissance avec les paroles du Coran. « Nous avons béni cette enceinte » (Coran 17 :1).
 
Texte paru dans SIDIC Vol.. XXIX N° 2-3 – 1996, pp. 24-26.
 
 


[1] Maulana Wahiduddin Khan est Président du Centre islamique de la Nouvelle Delhi. La conférence que nous reproduisons ici (traduite de l’italien) a été donnée au cours de la Rencontre organisée à Jérusalem, les 29 et 30 août 1995, par la communauté Sant’Egidio, de Rome, sur le thème : « Ensemble à Jérusalem : juifs, chrétiens et musulmans ». Quelques-unes des conférences données au cours de cette rencontre ont été publiées dans la Technology Review n. 84-85, oct.- nov, 1995.
 
[2] L’auteur de la conférence reproduite ici n’a pas précisé de quel Isfâhani il s’agit. L’encyclopédie de l’Islam en dénombre au moins deux : un mathématicien et un historien. Il semble qu’il s’agisse de Hamza al-Hassan ben Hussein (al-Isfahani : c’est-à-dire d’Ispahan, en Perse). Persan d’origine, érudit dans les langues perse et arabe, il rédigea des livres d’histoire, des récits littéraires et des poésies, il est mort en 961, ou un peu plus tard. Nous devons ces précisions au Dr Moti Kedar, arabisant de l’Université de Bar Ilan, en Israël. Ce dernier estime – et nous sommes de son avis – que si Maulana Wahiddudin Khan, Président du Centre islamique de New Delhi a cité cet al-Isfahani  pour illustrer ses dires, c’est que cet auteur est considéré comme classique et donc fiable pour des musulmans observants. Son témoignage n’en est que plus précieux pour établir que, contrairement aux propos du Mufti actuel de Jérusalem et d’autres personnalités musulmanes violemment hostiles à Israël, l’islam traditionnel n’a jamais nié, ni même mis en doute l’origine juive de Jérusalem et la réalité de l’existence du Temple sur l’esplanade actuelle où ont été érigés, dans les premiers siècles de l’Islam, le Dôme du Rocher et la mosquée de El-Aqsa. NDLR de CJE.]
 
Texte initialement mis en ligne, le 2 février 2001, sur le site chretiens-et-juifs.org.
 
Mis en ligne le 26 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org