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Christianisme

’Un homme bon, humble, qui aime les Juifs, un vrai saint !’, J.-M. Allafort
05/04/2005

www.afiq.net/echo/article.php3?id_article=1017

Le Pape Jean-Paul II vient de s’éteindre au Vatican. Dans le monde comme en Israël, depuis jeudi soir, on suivait avec attention l’évolution de la santé du Pape. L’émotion est grande et pas seulement pour les chrétiens. Le site israélien Ynet a consacré un long article à Jean-Paul II et à sa maladie. Des lecteurs israéliens ont réagi. Toutes les réactions ne sont pas positives mais certaines méritent d’être relevées. Un lecteur a écrit les premiers mots du Qaddish (prière de sanctification du nom de Dieu que l’on récite [entre autres] pour un défunt). Un autre a écrit : «Vous êtes un homme bon, humble, qui aime les Juifs, unique dans votre genre, un vrai saint». Ou encore quelqu’un, qui signe «Un Juif d’Israël» : « Il fut le pape le plus normal qui fut. Il a qualifié les Juifs de frères aînés, il est venu en Israël en 2000, c’est un saint qui a prêché contre la guerre. Il est dommage que le christianisme soit corrompu comme toutes les religions. » Un certain Tamir d’ajouter : «Cet homme mérite un grand hommage». Et encore : «Bien que je ne le connaisse pas et que je n’aie aucun lien avec le christianisme, je prie pour lui. Il y a quelque chose de profondément humain en lui.» (Signé : Roï).

Jean Paul II avait une bienveillance naturelle pour les Juifs, qui lui venait sans doute des nombreuses amitiés qu’il avait tissées, au cours de son enfance et de sa jeunesse en Pologne. Les historiens qui ont épluché ses homélies et discours, à l’époque où il était prêtre, puis archevêque de Cracovie, n’y ont pas trouvé trace de l’antijudaïsme théologique pourtant bien présent en Pologne : rien, aucun passage ambigu sur les Juifs. On sait que durant la Deuxième guerre mondiale, il avait sauvé des Juifs et, plus encore, désobéi à sa hiérarchie en refusant de baptiser un enfant juif caché dans un couvent.

Contrairement à beaucoup de prélats catholiques, y compris ceux qui œuvrent dans les relations judéo-chrétiennes, Jean Paul II avait de véritables relations humaines avec les Juifs. Pour lui, le Juif n’était pas une abstraction théologique ni une réalité spirituelle, mais un frère concret qu’il faut aimer et respecter pour ce qu’il est. Cette approche humaine me semble être la clé pour comprendre Jean-Paul II sur cette question. Beaucoup d’Israéliens avaient été très touchés, lors de son voyage en Israël, non pas parce qu’ils voyaient un pape, mais parce qu’ils découvraient un vieillard plein d’humanité et de tendresse pour ses interlocuteurs.

En Israël, dans les mémoires de tous, il restera surtout ce geste symbolique qu’il accomplit, en mars 2000, lorsque, marchant avec peine devant le Mur occidental, il sortit de sa poche un papier et lut une prière demandant pardon à Dieu, au nom de l’Église, pour l’antisémitisme chrétien :

«Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton Nom soit apporté aux peuples. Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l’histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils, et, en te demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une fraternité authentique avec le peuple de l’alliance.»

Ce fut une surprise totale. Même ses plus proches collaborateurs ne savaient pas que le Pape allait accomplir ce geste.

Avec la disparition du pape Jean Paul II, s’achève l’époque la plus fructueuse en matière de relations entre le peuple juif et l’Eglise catholique. Aucun pape avant lui n’avait autant parlé des Juifs, ni rencontré autant de rabbins.

Souhaitons que les gestes qu’il a accomplis et les paroles qu’il a prononcées aient fait franchir à l’Église un seuil en deçà duquel il ne sera plus possible de revenir.

Jean-Marie Allafort

© www.afiq.net


Mis en ligne le 05 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.