Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)
Israël (défense - apologie d')

La Charta Œcumenica et les Juifs, Abbé A. R. Arbez
24/02/2005

Chrétiens d'Europe appelés à se ressourcer «en communion avec le judaïsme»

Cette déclaration œcuménique inédite, promulguée en 2001 à Strasbourg au nom des protestants, orthodoxes et catholiques d'Europe, est le fruit des rassemblements œcuméniques de Bâle (1989), et de Graz (1997) [1].

La charte œcuménique, officialisée lors d'une célébration commune regroupant près de 200 représentants du CCEE (conseil des conférences épiscopales européennes) et de la KEK (conférence des Eglises européennes, regroupant protestants, anglicans et orthodoxes) vient d'être confirmée solennellement ce dimanche 23 janvier 2005 à St Ursanne (Suisse) en présence des représentants des Eglises chrétiennes en Suisse.

S'efforcer de vaincre les divisions pour développer la communion: cette recommandation s'appuyant sur l'épître aux Ephésiens recrée l'ambiance du 1er siècle, lorsque les divers courants du christianisme s'organisaient depuis Jérusalem vers la diaspora…

En ce début du 3ème millénaire, un engagement œcuménique aussi prometteur concerne d'immenses régions allant de l'Atlantique à l'Oural, du Cap Nord à la Méditerranée; un ensemble géographique et historique riche de diversités culturelles.
Dans une Europe qui se cherche et qui risque d'oublier ses racines judéo-chrétiennes, les Eglises prennent donc l'initiative d'être ensemble le moteur de multiples partenariats spirituels et éthiques.

Il est vrai que l'histoire de cette Europe a ses pages glorieuses et ses pages sombres. Berceau de la civilisation occidentale et de ses réussites, elle a aussi été marquée par des conflits et des divisions ; mais les Eglises sont aujourd'hui motivées pour engager leurs communautés sur la voie d'une complète réconciliation. Elles estiment que leur témoignage est plus que jamais vital, étant donné la crise des valeurs qui déstabilise les sociétés démocratiques et l'attente spirituelle qui se manifeste chez les jeunes de l'ouest comme de l'est.

Mieux collaborer tous ensemble pour avancer vers une unité qui puisse devenir visible, tel est donc le défi lancé par la charta œcumenica.

Certes, les Eglises ont déjà en commun l'essentiel: la Bible hébraïque et les Evangiles, le Credo, le Notre Père, et beaucoup d'autres éléments de foi qui, incontestablement, rapprochent au lieu d'éloigner. L'histoire de l'œcuménisme européen présente des acquis incontournables, mais il reste encore des sujets de divergences: les sacrements, les ministères, certaines prises de position éthiques.

Avec cet élan renouvelé, les chrétiens d'Europe entendent assumer leur responsabilité dans leur contribution à l'unité du continent. Alors que l'indifférence religieuse gagne du terrain un peu partout, y compris sur les terres chrétiennes traditionnelles, les Eglises s'encouragent ainsi mutuellement à recentrer et à revigorer leur témoignage spirituel.

La charte a aussi le mérite d'aborder la pluralité des religions et des idéologies, qui fait maintenant partie de la culture européenne.

Dans ce contexte, il est bon de voir les Eglises exprimer d'une même voix leur désir d'ouverture, tout en donnant des critères de discernement. Car le dialogue ne s'improvise pas au rabais, et la mode actuelle de la tolérance est trop souvent l'alibi de l'indifférence et de l'ignorance. Dans ce climat actuel un peu approximatif, s'ils ne veulent pas être en fin de compte victimes de leur généreuse ouverture à tout, les chrétiens ont intérêt à clarifier leur identité et leurs positions.

C'est pourquoi deux paragraphes importants du document recadrent ces questions fondamentales et invitent à un recentrage vital.

Le point prioritaire s'intitule: approfondir la communion avec le judaïsme. Les termes choisis sont très forts: si le christianisme est affirmé en communion avec le judaïsme, un travail d'approfondissement doit effectivement être poursuivi pour faire apparaître toute la dynamique de cette parenté entre les deux voies (juive et chrétienne) d'un salut issu des mêmes sources. S'il y a parenté, c'est d'abord parce qu'elle est fondée sur l'Alliance.

Catholiques et protestants ont, depuis Seelisberg et Vatican II, balisé la route de ces retrouvailles tardives, et Jean Paul II en Terre Sainte a permis d'imprimer dans les esprits de fortes images de cet événement devant le Mur du Temple de Jérusalem.

Dans cette optique, la charte prend l'engagement de faire disparaître toute forme d'antijudaïsme dans l'Eglise et la société. Si un chemin décisif a été accompli depuis la Shoah, ne nous cachons pas le fait qu'il y a encore beaucoup à faire. L'enjeu est de taille et ne concerne pas que les relations avec les «frères aînés»: quel rapprochement serait possible entre chrétiens séparés sans faire référence aux origines communes ?

Le deuxième paragraphe de la charte s'intitule: cultiver des relations avec l'islam. Même si l'islam n'est pas, coraniquement parlant, sur le même terrain théologique que celui des juifs et des chrétiens, le respect dû aux personnes appartenant à cette religion doit être réel sans rester passif, quels que soient les débats en cours et les controverses autour des différents courants de l'islam.

Les Eglises s'affirment conscientes de la présence grandissante des musulmans sur les territoires européens, où dans de nombreux pays, l'islam est rapidement devenu la deuxième religion après le christianisme.

Il est donc indispensable de développer avec les musulmans des relations qui prennent en compte les identités respectives, avec des exigences de dialogue vrai, et entre autres, la réciprocité. Des objectifs constructifs communs peuvent être définis dans le domaine social ou humanitaire, même si des désaccords importants subsistent sur les droits de l'homme.

Lorsque des pays membres de l'Union européenne ont récemment refusé d'inscrire toute référence aux valeurs judéo-chrétiennes dans la charte commune, on a ainsi jeté aux oubliettes ce qui fut pourtant le ressort historique de la civilisation du vieux continent et reste le soubassement de la démocratie.

A l'inverse de cette conception réductrice de la laïcité, les Eglises ont pris l'initiative d'exprimer la présence de leur foi commune au cœur de la vie des peuples européens comme un réel gage d'espérance pour l'avenir.

Cette charta œcumenica, avec ses recommandations bien articulées, doit maintenant prendre corps sans tarder, en éclairant la vie et les engagements des communautés chrétiennes sur le terrain.


Alain René Arbez *

© upjf.org


* Prêtre - Relations avec le judaïsme, Genève (Suisse).


Mis en ligne le 24 février 2005 sur le site www.upjf.org.

----------------------

[1]Annexe de la Rédaction d'upjf.org

Dans un document récent intitulé "Charta Œcumenica - Lignes directrices en vue d'une collaboration croissante entre les Églises en Europe", le Conseil des Conférences Épiscopales d'Europe (CCEE), à St. Gallen, a consacré quelques lignes du point 10 intitulé "Approfondir la communion avec le judaïsme", au rappel des liens particuliers qui unissent les chrétiens au peuple juif, et à la condamnation de l'antisémitisme.

"Une communion d'un genre unique nous lie au peuple d'Israël, avec lequel Dieu a conclu une Alliance éternelle. Dans la foi, nous savons nos frères et sœurs juifs : "aimés (de Dieu) et c'est à cause des Pères. Car les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables" (Rm 11,28-29). Ils ont : "l'adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses et les pères, eux enfin de qui, selon la chair, est issu le Christ…" (Rm 9,4-5).

Nous regrettons et nous condamnons toutes les manifestations d'antisémitisme, telles que les explosions de haine, et les persécutions. Pour l'antijudaïsme chrétien, nous demandons pardon à Dieu et nous demandons à nos frères et sœurs juifs, de pouvoir nous réconcilier avec eux.

Il est d'une urgente nécessité, dans le culte et la catéchèse, dans l'enseignement et la vie de nos Églises, de faire apparaître le lien profond de la foi chrétienne avec le judaïsme et de soutenir la coopération judéo-chrétienne.

Nous nous engageons:

- à combattre toutes les formes d'antisémitisme et d'anti-judaïsme dans l'Eglise et la société;
- à rechercher et intensifier, à tous les niveaux, le dialogue avec nos frères et sœurs juifs."