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Judaïsme

Yom Kippour : chacun devient Jonas, Antoinette Brémond
12/10/2005

"Durant ces quinze derniers siècles, presque tous les rabbins marquants ont composé des selihot. Des milliers de prières, véritables poèmes, ont été écrites, dont quelques centaines ont été incorporées au rituel actuel, sépharade et ashkénaze."
12/10/05
 
Extrait du site "Un écho d’Israël
 
Yom Kippour : le jour le plus saint de l’année. Le jour où le peuple se tient devant le Saint – Béni soit-Il - pour confesser ses fautes et recevoir le pardon.
 
 
Ce jour est précédé de plusieurs semaines de préparation. Chez les Sépharades, tout le mois d’Ellul est consacré à la prière de repentance : les selihot. Tous les matins, de 4 à 6 h, cette liturgie est récitée dans les synagogues, très fréquentées en cette période. Durant la prière, on proclame les 13 attributs du Tout-Puissant, révélés à Moïse après le péché du veau d’or. Cette repentance est supplication au « Dieu miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté. » Chez les Ashkénazes, cette prière de repentance matinale n’a lieu que les 10 jours précédant Yom Kippour.
 
Cette tradition des selihot est ancienne, elle date du VIe siècle en Babylonie juive. Durant ces quinze derniers siècles, presque tous les rabbins marquants ont composé des selihot. Des milliers de prières, véritables poèmes, ont été écrites, dont quelques centaines ont été incorporées au rituel actuel, sépharade et ashkénaze.

Les Sépharades favorisent les prières-poèmes de leurs poètes tels Yehouda Halevi, Abraham Ibn Ezra, Shlomo Ibn Gabirol et d’autres. Parmi les poètes ashkénazes auteurs de selihot, on trouve Rachi (Rabbi Shlomo ben Izhak) et ses deux petits-fils : le Rav Yaakov ben Meir et le Rav Shmuel ben Meir. Ces grands maîtres d’Israël ont donc été très impliqués dans l’élaboration de la poésie et des prières de Selihot.

Dans ces poèmes-prières de selihot, les auteurs utilisent souvent des acrostiches, les citations bibliques étant, par ailleurs, au cœur du poème. Parfois, le nom de l’auteur est caché dans le texte lui-même. (Cf. l’article de Berel Wein, dans le Jerusalem Post du 07.10.05)
 
Dans ce même journal, le Rabbi Shlomo Riskin livre quelques réflexions sur Yom Kippour, dont en voici le résumé.
 
 
L’eau de la vie
 
L’un des points forts de la liturgie de Yom Kippour est la lecture du livre de Jonas. Le message de ce livre est donc à recevoir comme le message de Kippour.

Dieu parle à Jonas, fils d’Amitaï et l’envoie proclamer la repentance aux habitants de Ninive. Jonas refuse et, pour échapper au Dieu du ciel et de la terre, fuit par la mer.
 
Mais pourquoi Jonas refuse-t-il sa mission ? Nous devons nous souvenir que Ninive était la capitale de l’Assyrie, l’ennemi numéro un d’Israël. Au VIIIe siècle avant notre ère, l’Assyrie avait vaincu les dix tribus du Nord et les avait envoyées en exil. Pourquoi Dieu s’intéressait-Il à la repentance de nos ennemis ? Jonas, israélite nationaliste, veut fuir d’Israël, espérant que Dieu va le laisser tranquille.
 
Arrive la tempête. Jonas en est le responsable. Il est jeté à l’eau. L’eau joue un rôle capital dans ce livre, ainsi que dans les fêtes du mois de Tichri (fêtes d’automne). L’eau est le symbole de la vie, mais aussi de la destruction, de la mort. Rien ne peut vivre sans eau : « L’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux », comme nous le précise le livre de la Genèse. Mais, à l’opposé, dans le cas du déluge, l’eau tue.
 
La Michna nous dit que, à Souccot, Dieu donne la pluie selon nos mérites pour faire germer les produits de la terre, afin qu’elle nous donne la nourriture pour l’année. La pluie est signe de la bonté de Dieu, de son pardon et de la purification de ses enfants. Comme nous le lisons pendant la prière de Kippour en citant le verset d’Ezéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure et je vous purifierai de toutes vos souillures. »

Ainsi, à la fin de la fête de Souccot, en remerciant Dieu pour la pluie, nous le remercions pour l’eau nécessaire à notre vie physique, mais aussi pour l’eau de purification. La vie et la purification mènent à la rédemption. « Béni soit Dieu qui fait souffler le vent et tomber la pluie », et « Béni soit Dieu qui ressuscite des morts ». Dieu, qui purifie les eaux, peut nous faire passer de la mort à la vie, et nous donner la vie éternelle.
 
Jonas est jeté à la mer. Ayant refusé la mission de Dieu il est coupable de mort. Dieu, dans sa bonté, met un poisson à sa disposition, - une créature vivant dans l’eau - pour le ramener à la vie, selon les paroles de Jonas : « J’ai crié vers Dieu dans ma détresse et il m’a répondu » (Jon 2, 3-7).
 
En sauvant Jonas de l’eau mortelle par l’intermédiaire d’un animal marin, Dieu veut faire comprendre au prophète que l’Assyrie peut et doit changer radicalement, pour que le monde soit sauvé. Dieu est prêt à oublier le péché de l’Assyrie, si elle se repent. Jonas refuse d’accepter cela. Jonas est fils d’Amitaï, nom qui veut dire « vérité ». La vérité exige que le mal ne soit jamais oublié, le mal doit être puni : « Je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté... » (Jon 4, 2). Ce n’est pas le Dieu en Qui Jonas veut croire. Celui qui, déjà, s’était révélé à Moïse comme « plein d’amour, de bonté et de vérité » (Ex 34, 6).
 
Mais Jonas a oublié que son nom signifie « colombe ». Et, comme la colombe a été sauvée des eaux, ainsi, Jonas, sans l’avoir mérité, a été, lui aussi, sauvé des eaux profondes. Dieu, dans sa compassion, veut purifier et donner ainsi la vie même à ceux qui sont perdus.
 
A Yom Kippour, chacun de nous descend dans « l’eau de la mort ». Nous nous habillons de blanc, couleur du linceul. Nous nous détachons de toutes les nécessités physiques habituelles, et des plaisirs matériels, tels que la nourriture, la boisson, la vie sexuelle, et nous portons des chaussures qui ne sont pas de cuir, en signe de deuil. De qui sommes-nous en deuil ? De nous-mêmes, en deuil de chacun de nous qui est mort (peut-être ce jour même) à cause de nos péchés. Pourtant, Dieu, dans sa miséricorde, nous rend la vie avant la fin du Yom Kippour, nous fait renaître et nous purifie. Il nous asperge de l’eau qui donne la vie : « Car, en ce jour, vous serez pardonnés pour tous vos péchés. Devant Dieu vous vous tiendrez purs » (Livre de prière du Kippour).
 
Chacun de nous devient Jonas, à Yom Kippour. Tous nous expérimentons la mort et la résurrection de Jonas, en ce jour. Et, comme dit la Michna : « Comme tu es heureux, Ô Israël ! Devant qui es-tu purifié, et qui te purifie ? Notre Père [qui est] dans les cieux. » (Michna Yoma).
 
Antoinette Brémond
 
© Un écho d’Israël
 
Mis en ligne le 12 octobre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org