Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Israël (Société - mentalités)

Les parents du soldat tué au meurtrier [involontaire] de leur enfant : « Tu es notre 7ème fils »
23/10/2006

« Histoire incroyable d’une famille qui décide d’adopter comme leur enfant le soldat qui, par erreur, a tué leur propre fils. Les parents, pendant la période des 7 jours de deuil, ont demandé à rencontrer le garçon qui avait tué leur fils lors d’une opération qui fut menée dans la Bande de Gaza suite à l’enlèvement de Guilad Shalit. Depuis, ce soldat est devenu un membre de leur famille. Quand l’amour est plus fort que la mort... »

20/10/06

 

 

Article paru en hébreu dans Maariv, Moussaf LaHag [Supplément pour les Fêtes], le  6 octobre 06.

 

Traduction française : Jean Marie Allafort, « Un écho d’Israël ».

 

 

Yehouda (Oudi) Basser

 

Cinq jours après la mort du caporal Yehouda (Oudi) Bassel, ses parents, Zacharie et Shoshana, ont rencontré le soldat qui a tué leur fils, le fils né dans leur vieillesse. Oudi a été tué « par nos propres Forces » - selon l’expression requise dans ce cas-là - leur avaient dit les officiers de Tsahal. Oudi était l’un des combattants de la compagnie 113 du corps des Golani. Son compagnon d’armes lui a tiré dessus par erreur lors d’une des opérations menées dans la Bande de Gaza après l’enlèvement, au mois de juillet dernier, du caporal Guilad Shalit. Oudi a été atteint à la tête et tué sur le coup.

 

La décision de rencontrer le garçon qui avait tué leur fils, fut prise pendant la période des 7 jours de deuil qui suit l’enterrement, par Shoshana, la mère de Oudi. Le deuil de son fils mort était mêlé d’une sourde inquiétude pour le « garçon ». C’est ainsi qu’elle appelle celui qui a tué son enfant, le « garçon », et non pas « le meurtrier ». « J’ai mal au ventre » avait-elle dit en secret au colonel Tami Yadaï, commandant de la brigade, venu lui présenter ses condoléances. « J’ai entendu que le garçon ne mangeait plus depuis l’événement. Je dois le rencontrer. »

 

Oudi a été tué un jeudi. Dans la nuit du mardi au mercredi suivant, la famille s’est trouvée en présence du garçon qui l’avait tué. La rencontre avait été préparée dans le secret, de la même manière qu’une opération militaire. Le soldat qui avait tiré était encore à Gaza ; il était sous le choc, brisé. Quand il apprit que la famille Bassel voulait le rencontrer, il hésita. Il avait peur de leur réaction. « Peut-être, est-ce trop tôt » pensa-t-il. En fin de compte, quand il comprit que la famille n’était pas en colère contre lui, il répondit à l’invitation. Une voiture vint le chercher depuis la base du commandement de son régiment.

 

A une heure du matin, Shoshana procéda à l’extinction des feux. La maison familiale se trouve dans la localité de Inon, et elle était encore pleine de personnes venues présenter leurs condoléances et soutenir la famille dans ce moment d’épreuve. Dans la cour, une grande tente avait été dressée pour recevoir les visiteurs. Shoshana informa ses hôtes : «nous voulons aller dormir». Les invités se dispersèrent et elle, Zacharie et leurs cinq enfants (trois garçons et deux filles) rentrèrent à la maison. Shoshana raconte :

 

« J’ai dit à mon mari : ‘lève-toi’ - en effet son mari était déjà couché - ‘nous allons rencontrer le garçon’. C’est moi qui ai pris la décision, mais Zacharie, mon mari, le voulait aussi. Après quoi, nous en avons informé nos enfants, qui nous ont reproché de ne pas le leur avoir annoncé auparavant. Je leur ai dit : « Ecoutez, maintenant c’est comme ça. Venez, allons. »

 

Shoshana craignait que le garçon ne soit trop affecté par les signes extérieurs de deuil dans la maison familiale. Elle préféra donc que la rencontre ait lieu dans une maison de proches de la famille qui habitent la même localité.

 

« Nous sommes entrés dans cette maison » raconte-t-elle ; « nous avons éteint les lumières extérieures, baissé les rideaux. Mon mari et moi nous nous sommes assis sur un canapé dans le salon. Nous nous étions mis d’accord avec les enfants pour qu’ils ne rentrent qu’après. » Cinq minutes plus tard, le garçon est arrivé. Je l’ai embrassé et je lui ai dit : ‘Ecoute bien, tu dois être fort, tu dois aller voir le psychologue de l’armée, veiller sur toi-même et redevenir ce que tu as été auparavant. Avec Oudi, nous avons six enfants. A partir d’aujourd’hui, tu es notre 7ème fils. Ne fais rien contre toi-même’. Après quoi, je lui ai dit que cela aurait pu être le contraire. Notre fils aurait pu être celui qui aurait tiré. Nous avons plaisanté et parlé de différentes choses. Je ne lui ai pas demandé ce qui s’était passé et ce, jusqu’à aujourd’hui. Il est suffisamment meurtri et blessé. Cela, je l’ai compris de suite par la bouche de ses supérieurs. ‘tué par nos propres Forces’, que faut-il de plus ?


Alors, les enfants sont venus et l’ont embrassé, chacun à son tour, du plus grand au plus petit. A la fin, il était un peu plus paisible. Il a même accepté de manger. »

 

Zacharie Bassel

 

Zacharie raconte :

 

« J’étais curieux de voir de quoi il avait l’air. Je me suis dit : ‘Sûrement ce garçon est brisé, détruit’. Et c’était bien ça. Il était courbé. Quand je dis courbé, je veux dire comme un arc. Je me suis assis auprès de lui et lui ai cité la parole du livre du Deutéronome : ‘Tu choisiras la vie’ [Deutéronome 30, 19. Note de la Rédaction d’upjf.org]. Puis je lui ai dit : ’Nous ne pourrons pas t’aider à te reconstruire si tu ne t’aides pas toi-même. Relève-toi’ [...] ».

 

Shoshana poursuit le récit :

 

« Nous l’avons embrassé, pris par les épaules pour lui donner de la force. Après quoi, nous sommes revenus à la maison et nous sommes allés dormir. Nous nous sommes dit : ‘Comme il est malheureux !’ Nous n’avons pas pensé à Oudi. Nous avons vu combien il était malheureux, et ce qui nous a traversé l’esprit fut : ‘Comment va-t-il réussir à s’en sortir ?’ Et nous nous sommes interrogés pour savoir si nous l’avions un peu aidé. »

 

Zacharie ajoute :

 

« Au fond de moi, j’ai pensé : ‘Si nous avons réussi dans cette mission, nous sommes gagnants. Nous avons fait en sorte qu’il n’y ait pas un autre drame dans une famille. Nous avons tenté de sauver quelqu’un. Vraiment. »

 

A la question « Est-ce que vous l’aimez ? » Shoshana répond :

 

« Oui, il est entré dans notre cœur, même si c’est lui qui a tiré sur notre fils. »

 

Et Zacharie d’ajouter :

 

« Il a tiré, mais je suis sûr qu’il ne l’a pas fait exprès, et cela excuse tout. »


Shoshana :

 

« Oudi n’aurait pas voulu que nous pensions autrement. Il nous aurait dit : ‘Maman qu’est-ce qui vous prend ? Vous ne comprenez pas, il a tiré, mais il ne l’a pas fait exprès’ (...)

 

« Est-ce que cela aurait été plus facile si votre fils avait été tué dans d’autres circonstances ? »

 

   Shoshana : « Quoi par exemple ? »


   Zacharie : « Elle pose la question parce que c’est une balle ‘bleue et blanche’ ? » [C’est une balle israélienne. Note de la Rédaction d’upjf.org].


   Shoshana : « Je vous dirai ce que l’armée nous a dit : ‘La situation dans laquelle se trouvaient les forces était difficile et cela peut arriver.’ »

 

Une semaine après, éclatait la guerre du Liban. Le soldat qui avait tiré est parti combattre là-bas comme officier. Il n’a pas été jugé pour ce qui s’était passé. Shoshana avait demandé qu’il ne soit pas traduit devant un tribunal.


« Nous n’avons pas jugé bon de le traduire devant un tribunal », confirme son officier supérieur. « Toute chose ne doit pas être mesurée suivant le résultat. Il faut tenir compte des circonstances. Le poids qu’il devra porter toute sa vie est bien suffisant. »

Le moral du soldat qui a tiré a changé. « Il est triste », disent ses amis. « Depuis l’accident, nous ne l’avons jamais vu rire. »


Depuis la première rencontre avec la famille Bassel, le garçon garde le contact. Il leur téléphone chaque jour et vient chez eux pendant ses congés. Des liens se sont tissés également entre les parents des deux soldats. « Cela est dur pour nous », dit le père du soldat qui a tiré. « On ne peut pas expliquer par des mots ce que nous ressentons envers cette famille, surtout après qu’elle nous ait accueillis d’une façon que l’on peut qualifier de ‘non naturelle’, sans colère et sans revendication. Je ne sais pas ce que nous aurions fait si cela avait été l’inverse. J’espère beaucoup que nous aurions agi de la même manière. »

 

Shoshana :

 

« Nous voyons aujourd’hui comment le garçon réussit un tout petit peu à surmonter l’épreuve. Je ne dirais pas qu’il entre à la maison en riant, mais son visage est différent.

Lors des premières rencontres, cela lui fut difficile. La dernière fois, il a ouvert le frigidaire et a préparé lui-même un café : « Ne te lève pas, je fais le café » (...)

 

Oudi aurait dû finir son cours d’officier. Quelques jours avant sa mort, il avait demandé à son père de lui construire un logement dans la cour. Il rêvait d’acheter une voiture. Aujourd’hui, il ne reste plus que la douleur de ce qui ne sera jamais plus.

 

Cette semaine, le jour de Kippour, Zacharie a dédié à sa femme le cantique « Chant immortel pour un fils », chanté à la synagogue. En réponse à ceux qui l’interrogent sur la manière dont il soutient celui qui a tué son fils, Zacharie répond : « On raconte que lorsque le fils du roi David était en train de mourir, le roi ne mangea pas, ne but pas et prit le deuil. Mais lorsque son fils fut mort, David se lava, s’habilla, mangea et but [Cf. 2 Samuel 12, 18-23. Note de la Rédaction d’upjf.org].

 

‘Jusqu’à maintenant, j’ai essayé de prier’ a-t-il dit, ‘quand j’ai vu la décision du Créateur du monde, j’ai compris que c’était fini. Il ne me reste plus qu’à m’inquiéter de moi-même, de ma vie. Mon fils, je ne peux le faire revenir à la vie».



 

Et Zacharie d’ajouter : « Mon fils n’est plus. C’est un fait. Mais si ce garçon se rétablit, cela me procurera de la joie au cœur. »

 

© "Un écho d’Israël".

 

 


 

Répondre à cet article

 

  • > Les parents du soldat tué au meurtrier de leur enfant : « Tu es notre 7ème fils »

 

12 octobre 2006, par marie-josé GUEGUEN


C’est vraiment l’amour (agapè) qui vient de Dieu, incompréhensible pour l’être humain, mais qui permet non pas de se venger, mais de s’inquiéter de l’autre qui souffre malgré et au-delà de nos propres souffrances. Que ces deux familles trouvent l’apaisement dans ce dépassement de soi-même permis par la grâce et les compassions de notre Dieu.

 

  • > Les parents du soldat tué au meurtrier de leur enfant : « Tu es notre 7ème fils »

 

13 octobre 2006, par Françoise

 

C’est un message d’amour inconditionnel tel qu’on voudrait pouvoir le vivre au quotidien. Merci à ce couple exemplaire et à ce soldat que l’amour guérit. Merci d’avoir partagé votre intimité avec d’autres.

 

 

Mis en ligne le 20 octobre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org