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Israël (Société - mentalités)
Israël (diabolisation d')

Pourquoi ils aiment nous haïr, Yair Lapid
03/11/2006

"Près de 1500 ans d’antisémitisme nous ont appris qu’il y a quelque chose en nous qui agace le monde."
Sur le site de Ynet, 23 juillet 2006.
 
Original anglais : "Why they love to hate us". 
 
Traduction française : Menahem Macina
 
 
Un siècle de conflit, six ans et demi de guerre, des milliards de dollars gaspillés, des dizaines de milliers de tués, sans parler du gamin gisant près de moi, sur la plage rocheuse du Lac Karon, en ‘82, avec les entrailles qui lui sortaient du ventre. Lui et moi regardions fixement la plaie jusqu’à ce qu’il soit évacué par hélicoptère. A ce jour, j’ignore encore s’il est vivant ou mort. Tout cela, c’est encore impossible à comprendre.
 
Il n’y a pas seulement ce qui s’est passé. Il y a aussi ce qui n’a pas existé : les hôpitaux qui n’ont jamais été construits, les universités qui n’ont jamais ouvert, les routes qui n’ont jamais été pavées, trois ans de leur vie, volés à des millions de jeunes gens en uniforme. Malgré tout, nous n’avons aucune idée de ce qu’est le coeur de l’énigme.
 

Pourquoi nous haïssent-ils tant ?
 
Cette fois, je ne parle pas des Palestiniens. Le conflit entre eux et nous est une affaire privée, circonscrite, et il a un impact direct sur leur vie au jour le jour. Sans entrer dans la question de savoir qui a raison ou tort, il est clair que leurs raisons de ne pas vouloir que nous soyons ici sont très personnelles. Nous savons tous qu’en fin de compte, ce conflit se réglera, entre nous, dans le sang, la sueur et les larmes qui imbiberont l’accord signé. Jusque-là, c’est une guerre que nous pouvons comprendre, même si aucune personne raisonnable ne peut comprendre la manière dont elle se déroule.
 
Mais les autres. Il est impossible de les comprendre. Pourquoi Hassan Nasrallah - avec ses dizaines de milliers de partisans – consacre-t-il sa vie et son grand talent, ainsi que le destin de son pays, à faire la guerre à un pays qu’il n’a jamais vu, à des gens qu’il n’a jamais rencontrés, et à une armée qu’il n’a aucune raison de combattre ?
 
Pourquoi des enfants iraniens, qui ne peuvent même pas montrer du doigt Israël sur une carte (en particulier parce qu’il est tellement petit), brûlent-ils son drapeau sur la place de la ville, et se portent-ils volontaires au suicide pour le détruire ? Pourquoi des intellectuels égyptiens et jordaniens incitent-ils les naïfs et les faibles à s’opposer à des accords de paix, alors qu’ils savent pertinemment qu’en les refusant, ils ramèneront leurs pays des années en arrière ?
 

"Il y a tant de manières d’aider votre frère"
 
Pourquoi les Syriens veulent-ils rester un pays du tiers-monde, pitoyable et tyrannique, en échange du douteux privilège de patronner des organisations terroristes qui, en fin de compte, les menaceront aussi ? Pourquoi sommes-nous haïs en Arabie Saoudite ? En Iraq ? Au Soudan ? Que leur avons-nous fait ? Et d’ailleurs, quelle signification avons-nous pour leur existence ? Que savent-ils donc de nous ? Et pourquoi sommes-nous tellement haïs en Afghanistan, dont la population est affamée ? Où trouvent-ils seulement la force de haïr ?
 
Il y a tant de réponses à ces questions, et pourtant, c’est une énigme. Il y a le problème religieux, mais ceux qui sont religieux font leur propre choix. Le Coran, conjointement à la Charia – comme la Halakhah, ou code des observances juives -, a des milliers de lois. Pourquoi constituons-nous une aussi grande préoccupation pour eux ?
 
Après tout, il y a nombre d’autres pays qui leur ont donné plus d’une raison d’être en colère. Nous n’avons pas déclenché les Croisades, nous ne les avons pas dominés durant l’époque coloniale, et nous ne les avons jamais forcés à se convertir. Les Mongols, les Séleucides, les Grecs, les Romains, les Croisés, les Ottomans et les Britanniques les ont occupés, détruisant et pillant toute la région. Nous n’avons pas même tenté de le faire. Alors, comment se fait-il que nous soyons l’ennemi pour eux ?
 
Est-ce par solidarité avec leurs frères et sœurs palestiniens ? Si c’est le cas, où sont les tracteurs en provenance d’Arabie Saoudite, pour reconstruire Goush Katif ? Où est l’équipe indonésienne, censée venir construire une école à Gaza ? Où sont les médecins du Koweit à l’équipement chirurgical dernier cri ? Il y a tant de manières d’aimer son frère : pourquoi préfèrent-ils l’aider à haïr ?
 
Avons-nous fait quelque chose ? 1500 ans d’antisémitisme nous ont administré une leçon affreusement douloureuse : il y a, en nous, quelque chose qui agace le monde. C’est pourquoi nous avons fait ce que tous désiraient – nous sommes partis. Nous avons fondé notre minuscule pays à nous, en un lieu où nous pourrions nous agacer mutuellement sans déranger qui que ce soit d’autre. Nous n’avons pas exigé beaucoup pour ce faire. Israël occupe une zone à peu près équivalente à un pour cent de la superficie totale de l’Arabie Saoudite. Nous n’avons pas de pétrole, pas de ressources naturelles. Nous n’occupons pas le territoire d’un autre pays souverain.
 
 
"Les Iraniens sont responsables"
 
La plupart des villes et bourgades bombardées cette semaine n’ont été prises à personne. Naharia, Afoula et Carmiel n’existaient pas avant que nous les fondions. D’autres Katiouchas sont tombées dans des lieux dont personne n’a jamais mis en doute notre droit de propriété sur eux. Haïfa a un passé de présence juive qui remonte au troisième siècle avant l’ère commune. Tibériade a hébergé le dernier Sanhédrin. Aussi, personne ne peut-il prétendre que nous avons volé ces lieux à quelqu’un d’autre.
 
Pourtant, la haine continue comme si nous n’avions pas un destin commun. La haine est influente, toxique et insatiable. La semaine dernière, le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a appelé à "l’élimination" de l’Etat d’Israël, comme si nous étions une espèce de bactérie. Nous avons tellement l’habitude de ses déclarations, que nous ne protestons même pas.
 
Israël n’a jamais voulu voir l’Iran disparaître. Il y a même eu des relations diplomatiques, tant que l’Iran les a voulues. Nous n’avons pas de frontières communes, ni même de mauvais souvenirs. Mais eux sont toujours disposés et résolus à affronter tout le monde occidental, à s’exposer à des sanctions internationales, à mettre leur niveau de vie en danger, à détruire ce qui subsiste de leur économie - tout cela pour avoir le privilège de nous haïr fanatiquement.
 
J’essaie en vain de me souvenir de ce que nous avons bien pu leur faire. Quand ? Comment ? Pourquoi le président iranien affirme-t-il que "le principal problème du monde musulman, c’est Israël" ?
 
Il y a plus d’un milliard de musulmans dans le monde. La plupart vivent dans des conditions inférieures au standard minimum. Ils souffrent de la faim, de la pauvreté, de l’ignorance, de conflits sanglants qui font rage du Darfour au Bangladesh. Et nous sommes leur principal problème ! En quoi les inquiétons-nous exactement ?
 
Je refuse d’accepter l’argument que "c’est leur manière d’être". "Ils" ont toujours dit cela à notre propos et nous avons fini par douter de cette affirmation. Il doit y avoir une autre raison, un secret ténébreux qui a convaincu les habitants du sud-Liban d’enflammer la situation le long d’une frontière tranquille, de kidnapper des soldats d’une armée qui s’était retirée de leur territoire, de transformer leur pays en îlots de décombres, au moment précis où ils étaient enfin sortis de 20 années de destruction complète.
 
Nous avons pris l’habitude de nous dire des phrases telles que : "Les Iraniens sont responsables", ou : "La Syrie attise les choses en coulisses". Mais c’est vraiment trop réducteur.
 
Qu’en est-il des gens ? Que pensent-ils ? Quelles sont leurs espérances, leurs amours, leurs aspirations et leurs rêves ? Qu’en est-il de leurs enfants ? Croient-ils vraiment que le fait de nous haïr est une raison suffisante pour envoyer leurs enfants à la mort ?
 
Yair Lapid *
 
© Ynet
 
 
* Brève biographie (en anglais) sur Wikipedia. Lapid est également l’auteur du célèbre texte intitulé "Être Israélien".
 
 
Mis en ligne le 02 novembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org