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Ambigus anti-Bush, Ivan Rioufol
10/11/2006

10/11/06

Sur le site du Figaro.

 
Les anti-Bush jubilent : la stratégie irakienne du président américain vient d’être désavouée par ses compatriotes, qui ont retiré leur confiance aux parlementaires républicains. Il paye, légitimement, ses fautes politiques (le faux prétexte des armes de destruction massive), ses erreurs de jugement (son « Mission accomplished ! », du 2 mai 2003), ses promesses non tenues de stabiliser le pays. Alors, les antiguerre avaient-ils raison d’annoncer le pire ?
 
L’hôte de la Maison-Blanche aurait dû écouter ceux qui mettaient en garde contre l’Orient compliqué et l’irrationalité des fanatiques, qui s’enivrent de sang. L’inventaire des maladresses militaires reste aussi à dresser. C’est cette succession d’incompétences que les électeurs ont sanctionnée. Mais, en Europe, les anti-Bush étaient plus ambigus : beaucoup ne voulaient pas provoquer la fureur islamiste et son antiaméricanisme, révélés le 11 septembre 2001.
 
C’est aussi ce défaitisme qui pavoise en France, devant les revers du monde libre. Les deux pays les plus critiqués - les États-Unis et Israël - sont ceux qui refusent de se soumettre au terrorisme coranique. Nos droits-de-l’hommistes en sont à laisser entendre que seule la tyrannie peut répondre à la mentalité arabo-musulmane. Pour avoir souligné, mardi, la « réussite » du « gouvernement démocratique » en Irak, Ségolène Royal a essuyé les indignations des vertueux.
 
Les critiques européennes de la condamnation à mort pour crimes contre l’humanité, dimanche, de Saddam Hussein - faux laïc qui appelait au djihad et martyrisait son peuple - illustrent cette démobilisation. En mars 2003, 33 % des Français souhaitaient déjà le succès du dictateur. Pour les islamistes, la victoire serait de voir les Européens pacifistes rompre avec les États-Unis batailleurs. On y vient : Emmanuel Todd, choyé par l’élite, estime l’Iran plus fréquentable que l’Amérique.
 
Il est aisé de reprocher à Bush sa guerre contre une nébuleuse. Mais il garde le mérite d’avoir su désigner l’« islamo-fascisme » comme l’ennemi des démocraties, de leurs valeurs, de leur mode de vie. C’est ce combat que la France s’honorerait de rejoindre, plutôt que de décevoir, par sa pusillanimité, les démocrates musulmans. La Géorgie, l’Ukraine et le Kirghistan, émancipés de l’ex-URSS, font plus confiance à Bush qu’à l’Europe molle. Pas de quoi pérorer.
 
 
« Sortir ses griffes »
 
Comprendre ceci : le vieil antiaméricanisme français - celui de Baudelaire et de Stendhal, de Bernanos et d’Aragon - est devenu l’allié involontaire de l’islamisme, avec qui il partage de semblables griefs contre les Yankees. Et il ne faudra compter sur aucun des trois prétendants socialistes pour faire barrage à son entreprise de subversion (bloc-notes du 3-11) [*] : en affichant, mardi soir à la télévision, leur distance face aux États-Unis tout en vantant le rapprochement avec le monde méditerranéen (DSK : « Les racines de notre culture sont chrétiennes, juives et musulmanes »), ils ont montré leur tentation d’accélérer la mutation identitaire de l’Europe, oublieuse du socle commun sur lequel, par-delà l’Atlantique, l’Occident s’est construit.
 
Est-ce ce choix d’une nouvelle nation à inventer que désirent les Français ? Leur opposition à l’entrée de la Turquie en Europe devrait inciter le PS a modérer son goût pour la table rase et les concessions. La gauche devrait lire Élie Barnavi (Les Religions meurtrières, Flammarion), ancien ambassadeur d’Israël en France, qui met l’Europe en garde contre l’envie de se désolidariser des États-Unis. Même si l’auteur reprend l’antienne sur « l’esprit borné » de Bush, c’est un appel à « la reconstitution de l’unité de l’Occident » qu’il lance.
 
Mais Barnavi va plus loin, en mettant en garde la France pacifiste contre le multiculturalisme qui a affaibli son identité. « La République est bonne fille, elle doit réapprendre à sortir ses griffes », écrit-il, en l’invitant à « réhabiliter l’héritage des Lumières ». « Elle ne doit pas seulement interdire qu’on enfreigne ses lois, elle doit exiger qu’on embrasse son éthique [...] L’octroi de la citoyenneté doit s’accompagner d’un serment d’allégeance aux principes fondamentaux de la démocratie ». Écoutons cet ami de la France : il dit avoir peur pour elle.
 
 
Dire la vérité
 
Élie Barnavi cite, sans le nommer, un « homme de pensée et d’action, fin connaisseur du monde musulman », qui écrit ceci : « Selon nos projections les plus fiables, si les tendances actuelles persistent, dans les cinquante prochaines années, peut-être moins, la plupart des citoyens d’un certain nombre de pays européens, dont la France, seront musulmans ou du moins originaires d’un pays de culture musulmane ». Ce fait est ­connu et admis par nombre de démographes, et dénoncé par Philippe de Villiers. Mais qu’attend-on pour tenter de préserver l’âme de la France ?
 
Quand Nicolas Hulot déclare au Monde, mercredi : « Je supplie les politiques de dire la vérité » concernant les périls écologiques, son interpellation a des effets immédiats à droite comme à gauche. Aussi est-il consternant de constater l’indifférence à l’égard de l’identité française menacée. Jean-Pierre Chevènement, qui veut entrer dans la course présidentielle, tiendra-t-il ce langage de vérité ? Ses reculades sur l’immigration, lorsqu’il était à l’Intérieur, n’ont pas montré de prédispositions à la résistance.
 
 
Inacceptables
 
L’inacceptable : à Beit Hanoun (Gaza), dix-huit Palestiniens dont huit enfants et cinq femmes, ont été tués, par erreur, mercredi, lors d’un bombardement israélien visant des sites de lancement de roquettes. Mais plus inacceptable est la stratégie du Hamas qui, à l’instar du Hezbollah libanais, veut la guerre et utilise femmes et enfants en boucliers humains.
 
Ivan Rioufol
 
© Le Figaro 
 
[*] Voir aussi son Bloc-notes du 2o octobre.
 
Mis en ligne le 10 novembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org