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En 1796, les États-Unis avaient promis leur amitié aux musulmans, Daniel Pipes
10/11/2006

Une fois de plus, Pipes démontre sa maîtrise de l’analyse des sources et de leur utilité pour comprendre la politique actuelle. Le document dont il rappelle l’existence en en exposant, de manière vulgarisée, l’origine et la nature réelle, éclaire, en effet, un aspect fort peu connu de la politique étrangère des Etats-Unis. Le fait qu’il appartienne à un passé révolu n’empêche pas qu’on puisse en apprendre quelque chose, comme le démontre Pipes, de manière très convaincante. (Menahem Macina).

New York Sun

 

7 novembre 2006

Version originale : In 1796, U.S. Vowed Friendliness With islam

Adaptation française : Alain Jean-Mairet

 

 

Les États-Unis ont-ils lancé une croisade contre l’islam ? Jamais. Mieux, l’un des premiers documents diplomatiques du pays en rejette même l’idée.

 

Il y a exactement 210 ans, cette semaine, vers la fin du deuxième mandat présidentiel de George Washington, un document était signé avec le premier des deux "États barbaresques". Intitulé maladroitement «Traité de paix et d’amitié, signé à Tripoli le 4 novembre 1796 (3 Ramadan 1211), et à Alger, le 3 janvier 1797 (4 Rajab 1211)», il contient une extraordinaire déclaration d’intention pacifique envers l’islam.

 

Dans son 11e article (sur un total de 12) on peut lire : «Considérant que le gouvernement des États-Unis n’est d’aucune manière fondé sur la religion chrétienne,  -outre qu’il n’a intrinsèquement aucun caractère hostile aux lois, à la religion, ou à la tranquillité des musulmans, – et que les dits États [-Unis] n’ont jamais participé à aucune guerre ni à aucun acte d’hostilité contre quelque nation mahométane que ce soit, les parties déclarent qu’aucun prétexte relevant d’opinions religieuses ne devra jamais causer une rupture de l’harmonie régnant entre les deux pays.»

 

En juin 1797, le Sénat ratifia à l’unanimité ce traité, que le président John Adams signa immédiatement, lui donnant force de loi et en faisant l’expression officielle de la politique des États-Unis.

 

En 2006, alors que des voix s’élèvent pour présenter la «guerre contre le terrorisme» comme l’équivalent d’une guerre contre l’islam, ou contre les musulmans, il est intéressant de relever que plusieurs Pères fondateurs [des Etats-Unis] avaient déclaré publiquement qu’ils n’avaient aucune animosité contre «les lois, [la] religion ou [la] tranquillité» des musulmans. Cet antique traité corrobore implicitement ma position, selon laquelle les États-Unis ne luttent pas contre l’islam en tant que religion, mais contre l’islam radical, une idéologie totalitaire qui n’existait pas en 1796.

 

Au-delà de la mise au point concernant les relations avec les musulmans, l’affirmation selon laquelle «le gouvernement des États-Unis n’est, en aucune manière, fondé sur la religion chrétienne», a été utilisée, durant 210 ans, comme une preuve écrite, par ceux qui prétendent, pour reprendre les termes d’un article de Steven Morris, publié en 1995, que «les Pères fondateurs n’étaient pas chrétiens».

 

Le diplomate américain, Joel Barlow (1754-1812), avait promis l’"harmonie" entre son pays et les musulmans.

 

Mais cet étonnant article 11 a une histoire bien étrange. Le texte officiel du traité signé a été rédigé en arabe, pas en anglais ; le texte anglais cité ci-dessus a été fourni par le fameux diplomate qui en négocia les termes, Joel Barlow (1754-1812), alors consul général américain à Alger. Le gouvernement des États-Unis a toujours considéré cette traduction comme le texte officiel et l’a réimprimée à d’innombrables reprises.

 

Reste que ce document soulève deux problèmes.

 

D’abord, comme l’a relevé David Hunter Miller (1875-1961), expert en traités américains, «la traduction de Barlow n’est, au mieux, qu’une piètre tentative de paraphrase, ou de résumé du sens du texte arabe». Deuxièmement, le grand orientaliste hollandais, Christiaan Snouck Hurgronje (1857-1936), a examiné le texte arabe en 1930 et l’a retraduit, sans y trouver aucun article 11. «Le onzième article de la traduction de Barlow n’a pas le moindre équivalent dans la version arabe», écrit-il. Par contre, à cet endroit, le texte arabe reproduit une lettre grandiloquente adressée par le pacha d’Alger au pacha de Tripoli.

 

Snouck Hurgronje discrédite cette lettre comme étant «inepte». Elle «prend acte du traité de paix conclu avec les Américains et recommande de l’observer. Les trois-quarts de la lettre consistent en une introduction, élaborée par un secrétaire stupide qui ne connaissait qu’un certain nombre de formules et d’expressions pompeuses apparaissant dans des documents solennels, mais qui était totalement incapable d’en saisir le sens réel.»

 

Après tant d’années, reste la question de savoir comment une divergence aussi capitale en est venue à demeurer dans l’ombre et «le restera vraisemblablement», écrivait Hunter Miller, en 1931. «Rien, dans la correspondance diplomatique de l’époque, ne permet de jeter quelque lumière sur ce point.»

 

Mais cette anomalie textuelle a une valeur symbolique. Pendant 210 longues années, le gouvernement américain s’est attaché à adopter une attitude amicale envers l’islam, sans que les musulmans aient signé un engagement réciproque, ni même qu’ils aient eu connaissance de cette promesse. Il s’avère que ce semblant d’accord entre les deux parties de ne pas permettre au moindre «prétexte relevant d’opinions religieuses» de mettre un terme à des relations harmonieuses, est un engagement américain purement unilatéral.

 

Et ce legs unilatéral se perpétue jusqu’à présent. L’administration Bush n’a pas réagi à des actes gratuits d’agression musulmane par de l’hostilité envers l’islam, mais par des offres d’aide financière et des tentatives d’établir la démocratie dans le monde musulman.

 

Daniel Pipes

 

© New York Sun

Mis en ligne le 10 novembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org