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Menahem Macina

Aux organisateurs de la manifestation en faveur des otages, M. Macina
01/12/2006

Je vais sans doute me faire mal voir (une fois de plus), mais je ne peux joindre ma voix à celle des thuriféraires. C'était une manifestation indispensable et indéniablement utile, mais j'estime qu'elle a été insuffisamment pensée, et qu'on a trop tenu compte des états-majors, et pas assez de la "troupe". Je parlerai donc ici d'abord du positif, voire de l'édifiant – qui n'était pas négligeable – ensuite, du déficient - qui ne l'était pas non plus, hélas ! (Menahem Macina).
1er décembre 2006

 

Nous étions quelques milliers, trop peu, mais nous étions là.

 

Côté public, rien à dire. L'émotion, la ferveur, la colère, bref, tous les sentiments qui nous agitent depuis l'enlèvement de nos soldats, étaient au rendez-vous.

 

Côté parents et orateurs, la presque perfection. Les parents, dignes, émouvants, intelligents (voire cultivés), exprimant de manière mesurée, sans pathos, sans larmes même, leur détermination de voir leurs enfants libérés. Les orateurs, convaincants, passionnés, souvent pugnaces, interpellant en termes parfois vifs, voire agressifs, l'inaction et l'indifférence des pouvoirs public et des hommes et des femmes politiques, face à la honte internationale que constituent ces prises d'otages, l'absence totale de nouvelles les concernant et l'apathie, pour ne pas dire la lâcheté des institutions, dont c'est la vocation de se soucier du sort des prisonniers, et en tête de liste, la Croix-Rouge internationale.

 

Maintenant, avant d'aborder un sujet qui fâche, je tiens à ce qu'on me comprenne bien. Je sais qu'une manifestation de ce type n'a pas seulement pour but de galvaniser les convaincus, mais de montrer à ceux dont nous voulons attirer l'attention - amis, indifférents, voire ennemis – notre colère et notre détermination à obtenir un résultat.

 

Mais, ceci étant dit, force m'est de montrer du doigt une déficience dont il faut bien parler, puisqu'elle s'est traduite par une superbe occasion manquée (ce n'est d'ailleurs pas la première fois). Je m'explique.

 

Les nombreux manifestants n'étaient pas venus en ce lieu pour être informés, ou convaincus : ils l'étaient déjà. Même s'ils ne l'ont pas exprimé (comment l'auraient-ils pu, d'ailleurs ?), ils aspiraient confusément à "faire quelque chose", comme on dit. Malheureusement, il est patent que les organisateurs n'y ont pensé, ni avant ni pendant.

 

Qu'on réfléchisse un instant. Il y avait là plusieurs milliers de bonnes volontés potentielles, des centaines de militants remontés à bloc, et personne n'a pensé à les inviter à signer une pétition, à laisser éventuellement leurs coordonnées, au moins leur e-mail, pour celles et ceux qui en ont un.

 

Force est de constater l'absence d'une stratégie de communication, de canalisation, de fidélisation de ces précieuses énergies et motivations humaines, qui ne demandaient qu'à s'investir dans une action commune d'envergure.

 

Et qu'on n'objecte pas, comme me l'a dit quelqu'un, auquel je faisais part de ma déception, qu'il fallait, pour cela, « toute une organisation ». Certainement pas. Quelques dizaines de volontaires motivés (il y en avait sans nul doute des centaines dans cette foule) eussent suffi. Equipés d'une quantité suffisante de blocs-notes et armés d'un stylo à bille, ils se seraient chargés de recueillir signatures et inscriptions en vue d'une future action de suivi.

 

Il était facile de prévoir des points de ralliement, près de la tribune, ou ailleurs (la place ne manquait pas), où auraient pu se poster ces volontaires, pour accomplir cette tâche humble, mais ô combien utile.

 

Au lieu de cela, après ce momentum de communion fervente avec les otages et leurs parents, nous sommes repartis, bien seulets, chacun de notre côté, sans autre directive que (je cite de mémoire ce qui fut hurlé dans la sono... prodigieusement sonore) :

 

« Une fois rentrés chez vous, n'hésitez pas à écrire aux députés, aux hommes politiques, aux journaux… A leur téléphoner, à leur envoyer des e-mails, des faxes… » Etc. Etc.

 

Fort bien. Mais peut-on me dire combien, parmi les manifestants présents ce jour-là, sont rompus au mailing de masse, à l'expédition de centaines de faxes, et surtout connaissent, ou sont capables de trouver les coordonnées des personnalités qu'on leur demande de sensibiliser et d'interpeller, comme s'ils étaient tous des lobbyistes aguerris, ou des spécialistes des relations publiques ?

 

N'ayez aucun doute: la majeure partie – si pas la quasi-totalité - de ces gens, venus là, souvent de loin, pleins de bonne volonté et incontestablement prêts à agir, sont rentrés chez eux sans qu'on leur ait fourni ou indiqué un minimum de moyens d'action. Pendant quelques jours, quelques semaines peut-être, ils repenseront, avec émotion et nostalgie, à ces instants, aussi fervents que fugaces, puis, tout cela retombera dans le néant.

 

Et pour finir. N'allez pas croire que je prends mes coreligionnaires pour des débiles. Je sais qu'un certain nombre d'entre eux feront leur possible pour contacter, ici, quelque journaliste, là, quelque député de leur connaissance. Les plus expérimentés sauront trouver, sur les sites qu'ils fréquentent, les mails, téléphones, ou adresses de "cibles" potentielles de leur lobbying amateur. Mais tout cela sera fait en ordre dispersé, sans professionnalisme, et donc avec une efficacité douteuse, voire nulle.

 

Alors, messieurs les organisateurs, malgré tout le travail et l'énergie que vous avez courageusement investis pour concevoir, planifier et réaliser cette manifestation (avec tout ce que cela implique de réunions, de contacts, de voyages, de dépenses, et de sensibilisation d'autorités et de VIP), permettez à l'obscur et sans grade responsable de site Web, que je suis, de vous recommander humblement d'avoir soin, à l'avenir, d'impliquer dans vos actions les sites militants (je ne cite pas de noms, de craindre d'en oublier) et leurs webmestres. Ils feront un travail de sensibilisation et de suivi, dont vous avez peut-être sous-estimé l'efficacité, voire l'opportunité.

 

Vous faites dans le "beau linge" et le Gotha religieux, politique et financier, c'est normal et nécessaire aussi : je ne vous le reproche pas. Mais souvenez-vous que les guerres ne se gagnent pas dans les réunions d'état-major, mais sur le terrain, et ce terrain-là nous le connaissons mieux que vous. Dites-le à vos "officiers", qui ont sans doute fait les grandes écoles, mais qui semblent peu ou mal connaître le potentiel de générosité et d'inventivité de millions de Juifs de par le monde, que personne ne consulte ni n'écoute, alors qu'ils sont pleins, eux aussi, d'amour pour leur peuple et pour leur Etat juif, qu'ils débordent d'idées, et qu'ils ne demandent qu'à agir. Ne négligez pas ce potentiel énorme, que vous semblez ignorer, ou auquel, en tout état de cause, vous ne faites guère appel.

 

J'espère que vous ne vous offusquerez pas de mon interpellation. Elle n'a pas pour but de vous dénigrer, mais seulement de vous inviter à consulter davantage la base (grass roots, comme on dit en anglais).

 

L'esprit des dirigeants du peuple doit tenir compte du corps et des membres de ce peuple, sous peine de périr de leur dépérissement.

 

Avec ma considération et mon fraternel Shalom.

 

Menahem Macina

 

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