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Judaïsme

Tsahal et l’éducation : yeshivot hesder, Cecile Pilverdier
02/12/2006

Voici un dossier concis, remarquablement bien réalisé et facile à assimiler, sur une institution religieuse mal connue, voire calomniée, qui permet à des soldats israéliens aux fortes convictions religieuses de concilier les exigences de leur foi et de leurs observances avec le service national de défense de la nation. Nous en recommandons chaleureusement la lecture et la diffusion. Il convient de souligner que cet article est dû à l’un des membres du site chrétien "Un écho d’Israël", que nous présentons ailleurs sur notre site. (Menahem Macina)

02/12/06

  

 

Texte repris du site "Un écho d’Israël".

 

Cliquer pour lire une présentation succincte de ce site.

 

La "yeshivat hesder" est une école talmudique qui combine les études religieuses et un service militaire raccourci, dans un cadre religieux. Ces yeshivot appartiennent au mouvement religieux national, qui allie les obligations religieuses, l’étude de la Tora, le développement spirituel, et la compréhension de l’obligation de servir dans Tsahal et de participer à la société israélienne. Les élèves viennent, pour la plupart, du mouvement sioniste religieux, après leurs études secondaires dans une école religieuse.

 

La base légale de cet arrangement

 

Yeshivat hesder

 

Le fondement légal de ces yeshivot a été établi, durant des années, par le ministre de la Défense. L’origine de ces yeshivot hesder est l’idée de la fondation d’un « Nahal » (unité combattante religieuse). Cependant, suite à une décision de la Cour Suprême, en 1999, il avait été décidé de repousser le service militaire pour les très religieux, et on a aussi décidé d’un service militaire raccourci pour les autres.

Quand ils terminent leurs études secondaires, on demande à ceux qui vont faire ce service dans Tsahal, de présenter un certificat de l’école où ils ont étudié et passé le baccalauréat avec spécialité Talmud. Dans certains collèges religieux, on leur donne des jours de congé, après avoir reçu l’acceptation d’entrer dans Tsahal, pour qu’ils puissent étudier quelques jours dans les différentes yeshivot hesder - cette semaine s’appelle la « semaine de la yeshiva » - et qu’ils puissent ainsi choisir parmi elles. L’admission à la yéshiva comme "hesder" se fait sur la recommandation de l’Association des yeshivot hesder. Cette organisation représente aussi les responsables de ces yeshivot dans les contacts, les discussions et les demandes adressées à Tsahal en ce qui concerne le service militaire et les droits des soldats qui y servent.

 

Les Yeshivot Hesder

 

La première école talmudique où a été¸ pour la première fois, institué cet arrangement [c’est le sens du terme "hesder" (Note de la Rédaction d’upjf.org)], est l’école talmudique supérieure de la « vigne de Yavné », fondée au début des années cinquante, et qui représentait son fondateur, le rabbin Haïm Goldwitch, lors de la cérémonie de remise du Prix d’Israël, décerné, en 1991, aux yeshivot hesder.

Aujourd’hui, le nombre des soldats [dans les yeshivot hesder] est de plus de 1300 par an, ce qui représente plus d’un cinquième de ceux qui terminent leurs études dans les écoles religieuses sionistes. La majorité des autres vont dans les grandes yeshivot, les universités, ou font le service militaire normal.

 

L’organisation et les études

 

Cette organisation ressemble à celle des autres yeshivot, qui suivent le modèle lituanien : la majeure partie du temps est employée à l’étude approfondie du Talmud, appelée "étude de réflexion » ; dans certaines, on étudie aussi la Bible et la pensée juive. Dans les yeshivot hesder, la journée se divise généralement en trois parties, appelées « ordres » : l’ordre du matin, du midi et du soir. A partir du soir, et jusque dans la nuit, en général, il y a un cadre d’étude personnel ou en groupe. Le cycle d’études met l’accent sur le service envers la société israélienne. De nombreux élèves sont volontaires pour le service de sécurité civile, le Maguen David, (l’équivalent de la Croix-Rouge) les services sociaux dépendant des mairies, ou autres. Ce n’est pas un hasard si de nombreuses yeshivot hesder sont situées dans les villes de développement, ou de régions frontalières. Leur emplacement est important sur le plan idéologique.

D’autres se trouvent dans des villes importantes, pour renforcer le côté spirituel du lieu. Ainsi de nombreuses Yeshivot sont situées en Judée-Samarie, pour renforcer la présence juive dans cette région.

 

Les différentes sortes de yeshivot hesder

 

Au début de 2006, il y avait 40 yeshivot hesder, et leur nombre ne cesse d’augmenter. Il est difficile de caractériser chacune d’elles, mais on peut en donner une description générale.

On distingue quatre groupes principaux :

 

·         Le Centre du Rav [merkaz haRav (Note de la Rédaction d’upjf.org)], au mont Mor, et les yeshivot qui en dépendent.

·         La yeshiva du mont Etsion et celles qui en dépendent.

·         Les yeshivot du "nouveau hassidisme".

·         Celles qui ne sont pas définies.

 

Ces différents groupes ont des liens entre eux, et leur responsable a lui même été formé dans une yeshivat hesder. Cela ne veut pas dire qu’elles auront toutes les mêmes idées.

 

·         Le "Centre du Rav", qui n’est pas d’abord une yeshivat hesder, a été créé par le rabbin Avraham Itzhak Ha-Cohen Kook, en 1924. Du vivant de ce dernier, elle a bénéficié d’un moment de célébrité, parce qu’elle fut la première à participer au mouvement religieux sioniste. Par la suite, chaque rabbin imprimera sa marque, plus ou moins ouverte à la société laïque, plus ou moins prête à des actions extrêmes pour le « grand Israël », sacralisant parfois l’Etat d’Israël.

·         La yeshiva du mont Etsion et ses filiales.

La yeshiva du mont Etsion - appelée « HaGoush » (le bloc) à cause de sa situation dans le bloc Etsion des implantations, près d’Hébron -, a été érigée par le rabbin Yehuda Amital. Elle est ouverte aux études de la pensée religieuse du rav Kook, ainsi qu’à d’autres, mais l’influence du rabbin Soloveitchik est la plus marquée, en raison de sa façon lituanienne d’étudier. A cause de sa tendance politique modérée, cette yeshiva s’oppose aux yeshivot « haKav », comme symbole sioniste et religieux de gauche. Cette yeshiva n’impose pas que l’on s’identifie entièrement avec sa ligne propre, et ainsi, ses « filles » sont en bons rapports avec elle et ne sont pas sa simple « reproduction ».

Les Yeshivot les plus proches de son esprit - même si elles n’adoptent pas toujours ses idées - sont celles de Petach Tikva, Otniel, et Yeruham.

 

Comment sont dirigées les yeshivot hesder ?

 

Parallèlement à ce qu’apportent les yeshivot hesder, il y a ce qu’elles apportent au « commandement ». De nombreux élèves ont été nommés à la direction de ces écoles et beaucoup d’entre eux sont devenus officiers pendant leur service militaire. Pendant leurs périodes de réserve, ils ont été nommés à différents niveaux de direction, et parfois à de très hauts niveaux. Les yeshivot hesder ont formé de nouveaux rabbins qui, dans l’armée, sont chefs et officiers. Parmi eux, citons le rabbin Eliézer Shenwold, le rabbin Yuval Sherlo, le rabbin Yehoshua Ben Meir, et d’autres.

 

Les yeshivot hesder communautaires

 

Ces dernières années, il faut souligner l’influence des religieux sur la population générale des grandes villes. On peut évoquer les yeshivot hesder de Petach Tikva, de Ramat Gan, de Rishon le Tsion, Holon, Raanana, Modiin.

 

Le parcours

Il dure cinq ans, et chaque année est appelée par les élèves « unité » comme dans les écoles.

·         L’unité A - L’année après le collège, les élèves repoussent le service militaire d’un an et se consacrent à l’étude.

·         L’unité B - La plupart en début d’année s’engagent partiellement, mais continuent à étudier jusqu’en mars ou août (selon la décision de l’école). Dans ce cas, ce temps est compté comme service militaire sans solde. Après celà, les élèves se joignent au cadre militaire normal.

·         L’unité C - Cette année-là est consacrée au service militaire ordinaire.

·         L’unité D - Cette première année après le service militaire ils étudient et elle leur est comptée comme service militaire sans solde.

·         L’unité E - Les études continuent, et le service sans solde se termine en milieu d’année.

 

Les soldats mariés ont le droit, en général, d’effectuer un trajet plus bref et de rester une année de moins en yeshiva. Beaucoup d’élèves restent de nombreuses années supplémentaires pour étudier en vue de devenir rabbins.

 

Le caractère du service militaire concret dans les yeshivot hesder

 

Le soldat qui s’engage dans les yeshivot hesder doit faire un service d’un an et quatre mois, et parfois davantage (pour ceux qui participent à des cours d’infirmiers, d’officiers, ou autres) ; la longueur du service n’est pas fixe et dépend des besoins de l’armée, et de ce que peut faire le soldat. Les soldats qui sont dans le service civil servent durant une période plus brève, et les officiers, durant une période plus longue. Pendant leur service, les soldats des yeshivot hesder servent dans des unités qui leur sont propres et qui, à la fin, sont réparties parmi les combattants. Les non-combattants, une minorité, ne font que la période d’entraînement avec les autres.

 

Le rapport Ben Bassat

 

A la mi-février 2006, le comité dirigé par le professeur Ben Bassat a présenté un rapport estimant qu’il fallait diminuer le service militaire obligatoire dans Tsahal. L’un des points préconisait de supprimer les parcours particuliers, et parmi eux les yeshivot hesder. C’est le gouvernement qui devra trancher. Au début de la réunion du gouvernement du 26 février 2006, le chef du gouvernement provisoire, Ehud Olmert, a annoncé que la décision serait prise en fonction des avantages que représentent les soldats de ces yeshivot, et qu’en conséquence, on ne supprimerait pas cette institution.

 

Le projet de faire passer ces étudiants dans les cadres ordinaires

 

En janvier 2005, le général Eléazar Stern, responsable des ressources humaines à Tsahal, a annoncé que les sections combattantes spéciales des soldats des yeshivot seraient supprimées, et que les soldats seraient intégrés aux unités ordinaires pendant leurs mois de service. Cette décision a été acceptée avec colère par les chefs des yeshivot, bien qu’une minorité l’ait acceptée. Stern voulait renforcer le caractère de Tsahal en tant qu’"armée du peuple", pour permettre aux soldats des différentes classes [sociales] de se rencontrer. Certains journalistes ont prétendu que ce plan visait à diminuer l’influence des chefs des yeshivot, qui incitent au "refus de servir", surtout depuis le désengagement de la Bande de Gaza. Le général Stern a récusé cette accusation.

Dernièrement les yeshivot hesder sont parvenues à un consensus, le général ayant promis de répartir les élèves en groupes d’au moins dix dans chaque section, ce qui leur permettait d’être en nombre suffisant [minian] pour la prière communautaire.

 

Service sans solde

 

Cette phase représente la plus grande partie du service des élèves des yeshivot hesder. Dans la plupart, les élèves repoussent le service militaire d’une année, et ainsi leur première année d’étude talmudique est un volontariat. C’est seulement à la fin de cette année, ou au milieu de la seconde, (selon les yeshivot) qu’ils sont incorporés dans l’armée. A la différence du service normal, les étudiants des yeshivot ne portent pas l’uniforme et servent sans solde. Cela dure, avant et après, durant deux ans et demi. Le temps de service normal pour eux est d’un an et demi. Pendant cette période, les soldats doivent, comme tous les autres, porter l’uniforme, y compris dans leurs déplacements.

 

L’intégration

 

Deux yeshivot participent au programme de "l’intégration", dans lequel les étudiants font leur période militaire sans réduction du temps de service, mais en deux périodes séparées par un temps d’étude. Ces deux yeshivot sont celles de Maale Gilboa et Ein Tsurim, proches du caractère des kibboutsim religieux, mais qui sont très libéraux et se rapprochent de la yeshiva du mont Etsion.

 

Ce que pense le public israélien de ces yeshivot

 

Bien que, parfois, s’élèvent des critiques d’une partie du public (qui ne comprend pas l’importance de l’étude de la Tora), en général, les yeshivot hesder sont très appréciées par Tsahal et par la population, surtout parce que leur attitude contraste avec le refus des orthodoxes d’envoyer leurs fils à l’armée, et en raison de la grande motivation des soldats des yeshivot hesder et de leur valeur humaine. Cette approche a changé après l’assassinat d’Itzhak Rabin par Ygal Amir, qui venait d’une yeshivat hesder, ce qui avait provoqué une déchirure entre la gauche et la droite, à cette époque. Des voix se sont élevées pour demander le démantèlement des cadres militaires avec les yeshivot, que l’on soupçonnait d’encourager le "refus d’obéissance" et d’être liées à la droite fondamentaliste. C’est le sujet du film "HaHesder" (Israël, 2002), qui met en scène des étudiants [religieux] se préparant à faire sauter les mosquées de l’esplanade du Temple.

 

Le "Refus d’obéissance"

 

Avec le début de la préparation du plan de désengagement, en juillet 2005, plusieurs cas de désobéissance ont été signalés parmi les soldats des yeshivot hesder. L’armée a prévenu que le refus d’un de ces soldats causerait son renvoi de sa section et de sa yeshiva, prolongeant son service d’une année et demie. Dans un cas précis, on a démantelé la section de ces étudiants après que neuf de ses soldats aient refusé d’obéir.

Après le désengagement, le général Stern a réclamé la démission de deux chefs de yeshivot qui avaient encouragé publiquement le "refus" mais cette menace n’a pas été mise à exécution.

 

 

Le corps d’armée chargé de l’éducation

 

Ce corps d’armée fait partie des ressources humaines de Tsahal.

Ses fonctions sont les suivantes :

·         Renforcer le sens de l’appartenance et de la responsabilité des officiers et des soldats envers l’Etat d’Israël, le pays, le peuple et son héritage.

·         Faire que les rencontres, à l’armée, entre les diverses cultures des soldats soient un moyen de connaissance et de sensibilisation à la complexité de la société israélienne, et servent à en renforcer l’unité.

·         Aider à l’écoute, au dialogue et au respect de la dignité de la personne à l’intérieur du groupe.

·         Aider à la formation de l’esprit de Tsahal, entre les officiers et les soldats, à l’armée, et comme citoyens de l’Etat d’Israël.

·         Armée du peuple d’un pays démocratique, elle doit renforcer et améliorer la conscience de la valeur et de l’importance de Tsahal, parmi les officiers, les soldats, la jeunesse et la société.

·         Favoriser et réaliser l’intégration des immigrants dans Tsahal.

·         Développer, chez les jeunes, le désir de servir, de façon générale, et, en particulier, au combat.

·         Centraliser et effectuer des actions nationales avec, pour priorités, l’éducation et l’action sociale, particulièrement au sein des populations défavorisées.

 

Cecile Pilverdier

 

© "Un écho d’Israël"

 

 

Mis en ligne le 02 décembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org