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Shoah

Un petit-fils de nazi, demande pardon à une déportée juive qui l’a eu pour gardien, A. Brémond
24/11/2006

24/11/06

 
Sur le site "Un écho d’Israël".
 
 
L’antisémitisme, la haine du peuple Juif, les persécutions, les pogromes, les camps d’extermination, la Shoa... une réalité du passé et du présent qui nous colle à la peau, à nous les non-Juifs, à nous les chrétiens. Devant l’indicible et l’impardonnable, plusieurs ont pourtant voulu demander pardon. Se repentir, demander pardon, oui, mais à qui ? A Dieu d’abord, bien sûr, et à son peuple. Mais qui va pardonner ? Combien de fois n’ai-je pas entendu ce verdict si vrai : « Ceux qui pourraient pardonner sont... cendres, et personne ne peut pardonner à leur place » !
 
Pourtant, des démarches de pardon ont été faites par des gouvernements, des églises, des sociétés, des évêques, le pape Jean-Paul II, et d’autres, moins connus. Restait ce mystère d’un pardon qui ne peut être accordé par ceux qui, ayant été assassinés, ne sont plus là. Alors, lorsque dans le journal Yediot Aharonot du 13 novembre, j’ai lu le récit qui va suivre, j’ai pu comme m’arrêter un instant dans cette quête de pardon.
 
Roubin Farkirker, jeune allemand de 27 ans, originaire de la région de Frankfort, découvre, il y a quelques années une photo de son grand-père, en uniforme nazi, en SS. Il ne le connaissait pas, celui-ci étant décédé lorsque Roubin avait 2 ou 3 ans. Interrogeant sa grand-mère, il apprend, qu’en effet, son grand-père avait été « gardien » dans le camp d’extermination de Obernheide, prés de Brême, un camp de femmes : 500 juives de Hongrie et 300 de Pologne. Bouleversé, ce jeune ouvrier d’usine, célibataire, n’a plus qu’un désir : retrouver les rescapées de ce camp, celles qui sont encore vivantes, s’il y en a, et leur demander pardon, au nom de son grand-père. Par Internet, il essaye de localiser les survivantes de ce camp, sans succès. Va-t-il se décourager, abandonner son projet ?
 
C’est alors qu’il reçoit un courrier électronique d’un professeur qui avait lu le livre d’une israélienne, Lili Kartis, racontant sa vie dans le camp de Obernheide. Lili, âgée aujourd’hui de 82 ans, avait été internée dans ce camp de femmes d’août 1944 à mars 1945. Transférée à Bergen-Belsen, elle fut libérée le 5 avril 1945.

Originaire de Hongrie, elle vint en Israël en 1957 et habita Haïfa, où elle écrivit, il y a 40 ans, sa biographie en hongrois. Depuis quelques années, elle habite dans un village de retraités à Nordia.
 
Sachant cela, Roubin, arrivé en Israël le 10 novembre, se présente au secrétariat du village de retraités. Il explique à la directrice du centre la raison de sa visite. Celle-ci l’introduit auprès de Lili.

« Quelle émotion, dit-elle, lorsque j’ai vu arriver ce jeune allemand. Je ne compris pas tout de suite la raison de sa visite, je ne savais que faire, que dire ; mais peu à peu j’ai compris ses motivations et, alors nous nous sommes sentis très proches l’un de l’autre ».
 
Lorsque Roubin lui demanda si elle se souvenait de son grand-père [celui de Roubin], la réponse fut rapide « Comment voulez-vous que nous le connaissions, nous, les prisonnières juives ? Si nous avions osé jeter un seul coup d’œil sur eux, ils nous auraient battues ».
 
Au repas, Roubin parlera aussi avec d’autres retraités du centre dont plusieurs étaient également des rescapés. Encore une occasion pour lui de demander pardon au nom de tous les « grands-pères », ceux qui furent des criminels de guerre. Grand moment d’émotion pour chacun.
Roubin va continuer à parcourir le pays pour retrouver d’autres rescapées de ce camp de femmes, demander pardon au nom de son grand-père, et de tous les SS de l’époque. Les rencontrer, l’un après l’autre, et passer du temps ensemble, parler et se taire ensemble.
 
Antoinette Brémond
 
© Un écho d’Israël
 
Mis en ligne le 24 novembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org