Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Islam

Les penseurs de Mahomet, P-F. Paoli
18/12/2006

« Dans une somme exhaustive, l’essayiste retrace dans toute sa complexité la généalogie des courants constituant la pensée arabo-islamique. »

14 décembre 2006

 

Paru dans Le Figaro Littéraire.

 

 

Eh oui, les « Arabes » ont une pensée ! Il faudra s’y faire, même si cela contrevient à l’imagerie du barbu fanatisé, éructant des slogans devant les ambassades occidentales. Louis Massignon, Henri Corbin et d’autres avaient déjà mis en évidence le foisonnement intellectuel qui a nourri ce que nous appelons souvent la « pensée arabo-musulmane ». Le dessein de Dominique Urvoy, universitaire spécialiste de l’islam à l’université de Toulouse-Le Mirail, qui a écrit plusieurs livres consacrés à cette religion, est de retracer l’évolution des principaux courants issus de la révélation coranique depuis ses prémices jusqu’aux mouvements modernistes du XXe siècle, en passant par l’apogée de cette civilisation, que l’on peut situer entre le IXe et le XIIe siècle. Un peu comme si un Européen tentait, en un livre, de dresser le tableau de la pensée occidentale depuis l’Iliade et la Bible ! Autant le dire d’emblée : le travail de Dominique Urvoy est inaccessible à qui n’est pas familiarisé avec l’islam. L’auteur nous pardonnera une simplification extrême de son propos si nous affirmons que l’on peut diviser l’immense corpus musulman en trois principales tendances qui recouvrent des formes d’esprit distinctes.

 

Limites du dialogue islamo-chrétien

 

D’abord, la pensée de la Loi, où l’islam est d’abord défini comme un ensemble de préceptes qui structurent la vie du croyant, notamment à travers les cinq principes que sont la profession de foi, la prière, le ramadan, le voyage à La Mecque et l’aumône. Au-delà de cet islam exotérique qui régit le quotidien et proclame le caractère positif du monde et des richesses matérielles, un autre islam, plus ésotérique, qui s’épanouira notamment à travers le chiisme et la spiritualité soufie, est porteur d’une forme de renoncement qui doit favoriser la rencontre du croyant avec le Créateur. Une sensibilité mystique qu’exprimeront de grands poètes, tels al-Ghazali, ou Ibn Arabi, mais aussi Hallaj, ou Rumi.

 

Enfin, il y a l’islam rationaliste des philosophes, celui d’Ibn Farabi, Avicenne et Averroès, qui, influencé par Aristote, proclame la convergence de la raison et de la foi, tradition que nous connaissons bien en Occident, puisqu’elle a joué un grand rôle en transmettant la pensée grecque. Aussi riche et divers que soit l’Islam, il n’en est pas moins fondé sur un principe qui rend caduques les autres « religions du Livre ». Ici, le propos d’Urvoy, sans être polémique, se veut critique. Sceptique quant aux capacités de réforme internes de l’islam ; il marque les limites du dialogue islamo-chrétien. « La figure du dhimmi promis à l’enfer reste très largement dominante. Même chez des penseurs modernistes, le Chrétien ne vaut que pour son aptitude à se soumettre à l’autorité d’une autre religion », écrit Urvoy, pour qui l’islam ne transigera pas sur l’essentiel : se considérer comme le détenteur de l’unique et ultime vérité. On ne pourra pas dire, en lisant ce livre, que cette appréciation est liée à l’ignorance, ou à la mauvaise foi.

 

© Paul-François Paoli

 

[Texte aimablement signalé par Lachaus.]

 

Mis en ligne le 17 décembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org