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Menahem Macina

Plaider la cause d’Israël, oui, mais avec un dossier solide, Menahem Macina
08/06/2006

Un article, paru dans le "Jerusalem Post" en français, et malencontreusement intitulé "L’Eglise accuse", a soulevé des protestations et des mises au point de la part de l’un ou l’autre membres de l’Eglise réformée. Il s’agit d’une réaction à la déclaration récente du Conseil Mondial des Eglises, imputant à Israël l’entière responsabilité de la détérioration de la situation des Palestiniens. Cette importante organisation oecuménique de la gauche chrétienne affirme que les actes d’Israël à l’égard des Palestiniens n’ont pas de justification morale, légale ou même politique, et qu’en ne se "conformant pas à la loi internationale", Israël a amené la situation sur le terrain à un point de non-retour. Le problème est que le titre de l’article du "Jerusalem Post" en français attribue à "l’Eglise" tout entière ce qui est le fait d’une organisation œcuménique protestante, certes imposante, mais non universelle. Ayant lu sur notre site la traduction d’un article du "Jerusalem Post" en anglais, dont le titre est sans ambiguïté et correspond à la réalité des faits (1), l’un de nos internautes nous rappelle « que le point de vue de ce qu’il est convenu d’appeler l’Eglise n’est pas univoque à propos d’Israël ». Et il ajoute : « Vous devriez vous en faire l’écho ». Ce que nous faisons, ci-après, en profitant de l’occasion pour canaliser et orienter, autant qu’il est possible, dans la bonne direction, le courant de protestation légitime qui se dessine, en réaction à un dénigrement d’Israël, aussi partial que systématique. (Menahem Macina).
Quand des Presbytériens portent un faux témoignage, Diana Appelbaum
Justice ou partialité ? Lectures chrétiennes du conflit palestino-israélien (I)  
Justice ou partialité ? Lectures chrétiennes du conflit palestino-israélien (II)
Justice ou partialité ? Lectures chrétiennes du conflit palestino-israélien (III)
Le Conseil Mondial des Eglises critique sévèrement Israël, George Conger
 
 
07/06/06
 
Le 28 mai, le Pasteur Henri Lefebvre, membre de l’Eglise réformée Evangélique d’Alès, et président de l’association CŒUR (Comité Œcuménique d’Unité chrétienne pour la Repentance envers le peuple juif), nous adressait un message contenant le texte d’un article du Jerusalem Post en français qui résumait drastiquement une déclaration, particulièrement négative et accusatrice de l’Etat d’Israël, du Conseil Mondial des Eglises. Malheureusement, son titre-choc - "L’église accuse" -, donnait involontairement à penser que ce texte exprimait la position de l’ensemble de la chrétienté ou de sa hiérarchie.
 
Nous reproduisons, ci-dessous, le texte de ce bref article, suivi du commentaire du Pasteur Lefebvre, ainsi que la copie de la lettre de protestation, que ce dernier a adressée au président de la Fédération protestante de France.
 
S’y ajouteront mon propre commentaire et la suggestion que j’émets pour promouvoir une réaction constructive et, si possible, efficace.
 
M. Macina
 
 
1. Article du Jerusalem Post Edition Française
 
23 mai 2006 
L’église accuse


Israël porte la responsabilité de la crise actuelle au Moyen Orient : ainsi en a décidé le Conseil mondial des églises (CME) à la réunion de son comité exécutif à Genève du 16 au 19 mai. Le CME réunit 340 églises membres dans 100 pays, et représente 550 millions de chrétiens orthodoxes, anglicans, et protestants.

L’organisation a déclaré que les actions d’Israël envers les Palestiniens "ne pouvaient être justifiées ni moralement, ni légalement, ni politiquement". L’échec "à se conformer à la législation internationale" a conduit la "situation à un point de non retour".

Le CME a condamné l’assassinat de civils innocents "des deux côtés", et appelé les Palestiniens à respecter leur cessez-le feu unilatéral, et les Israéliens à négocier.

Le CME a affirmé que la communauté internationale favorisait Israël, et a demandé à l’Europe et aux USA de lever les sanctions prises à l’encontre du Hamas.
 
2. Réaction du Pasteur Lefebvre
Bien sûr, ce titre est volontairement excessif, et la référence au « J’accuse » de Zola, qui a lancé l’affaire Dreyfus, est évidente.
 
Mais ne peut-on comprendre cette réaction israélienne ?
 
Et doit-on prendre pour argent comptant cette décision du CME (ex COE ?) et l’accepter sans rien dire, comme si cette instance avait la faculté de nous dire ce que nous devons penser ?
 
Tel n’est pas mon avis : je suggère donc que tous les chrétiens qui ne se reconnaissent pas dans cette « décision » expriment leur opposition aux différents échelons de leurs hiérarchies ecclésiales sous forme de « lettre ouverte » et en fassent copie pour information aux consulats et ambassades d’Israël.
 
Il n’est pas admissible qu’un organisme, au demeurant respectable, prenne de telles positions publiques et, en s’immisçant sans vergogne dans le domaine politique pour lequel il n’est pas normalement mandaté, donne à croire à l’opinion publique mondiale que les chrétiens que nous sommes s’érigent, à la légère, en juges d’une situation internationale éminemment complexe et discutée.
 
J’estime qu’une telle déclaration ne peut être que douloureusement ressentie par le peuple israélien et, par voie de conséquence, par l’ensemble du judaïsme, avec lesquels nous avons bien plutôt le désir d’établir et d’approfondir des liens de confiance et d’amitié.
 
Nous devons donc faire connaître que nous jugeons cette déclaration complètement irresponsable et que les instances qui en sont responsables devraient recevoir notre désaveu public et solennel.
 
3. Lettre du pasteur Henri Lefebvre au pasteur Arnold de Clermont, Président de la Fédération protestante de France
 
28 mai 2006
Monsieur le président,
 
Dans sa livraison du 23 mai 2006 dont je vous donne copie ci-joint, le périodique Jerusalem Post donne une information relative à une déclaration du Conseil Mondial des Eglises.
 
Je me permets d’élever ici, par cette lettre ouverte, une protestation solennelle à ce sujet et vous serais reconnaissant de faire connaître au public que le protestantisme français se désolidarise totalement de cette initiative, que l’on peut qualifier de malencontreuse compte tenu de la situation actuelle, et de déplacée, puisque ne pouvant en aucun cas prétendre être l’expression du protestantisme français dans son ensemble.
 
Il est évident qu’en choisissant le titre, « L’Eglise accuse », ce journal a employé volontairement une expression forte, et une référence au désormais célèbre « J’accuse » de Zola qui a fait éclater l’affaire Dreyfus. Ce choix montre combien l’information donnée peut douloureusement choquer l’opinion publique israélienne, l’amenant, une fois de plus, à considérer que les chrétiens, et ici il s’agit surtout des chrétiens protestants, se sont rangés dans le camp de leurs adversaires.
 
Certes, je ne prétends pas ici que quiconque critique la politique suivie actuellement par le gouvernement israélien est, de ce fait, à ranger dans la catégorie antisémite. Mais j’affirme ne pas reconnaître au Conseil Mondial des Eglises le droit de prendre de telles positions publiques pour lesquelles, à ma connaissance, il n’est aucunement mandaté par les églises-membres.
 
D’autant plus que cette position est notoirement opposée à celle d’une large fraction des membres du protestantisme, et que la publication de cette déclaration ne peut qu’être douloureusement ressentie par le peuple israélien et, par voie de conséquence, par l’ensemble du judaïsme avec lesquels nous avons bien plutôt le désir d’établir et d’approfondir des liens de confiance et d’amitié. 
 
J’en témoigne ici, non seulement en tant que protestant  membre d’une église faisant partie de la Fédération Protestante de France, mais aussi en tant que président d’une association œcuménique engagée dans une recherche d’un nouveau regard chrétien vers le judaïsme.
 
Je demande donc publiquement que la dite déclaration fasse, le plus rapidement possible et de la façon la plus claire, l’objet d’un désaveu public et solennel de la part de la Fédération Protestante de France.
 
En vous remerciant de votre attention, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments respectueux,
 
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4. Ma réaction à ces trois textes
 
Je comprends l’émotion du Pasteur Henri Lefebvre. Je l’estime pleinement justifiée et elle me semble de nature à relativiser la portée de ce très mauvais coup que vient de porter le Conseil Mondial des Eglises au peuple israélien et, indirectement, aux membres du peuple juif de par le monde, qui considèrent Eretz Israel comme "leur Etat", conformément au titre allemand du livre du visionnaire de l’Etat Juif, Théodore Herzl, Die Judenstaat, l’Etat des Juifs. Nul doute qu’elle fera chaud au cœur de certain(e)s d’entre nous, en leur rappelant que de nombreux chrétiens non seulement ne partagent pas les jugements partiaux de cette grande organisation chrétienne, mais sont littéralement horrifiés par son parti pris.
 
Toutefois, sans minimiser aucunement la valeur de la protestation du Pasteur Lefebvre, j’espère ne pas le blesser en émettant l’avis qu’elle a très peu de chances d’influer sur le cours des choses. Certes, elle constitue un geste symbolique et amical significatif et, à ce titre, nous ne l’oublierons pas, mais, disons-le tout net : ni "Cœur", ni les différents groupes et groupuscules de chrétiens amis d’Israël ne font, pour l’instant, le poids face au mastodonte qu’est le Conseil Mondial des Eglises, qui se targue de près de 50 millions de membres. En outre, la mauvaise réputation qu’elle inflige à l’Etat d’Israël est, en quelque, sorte confirmée et justifiée par la branche américaine de l’Eglise Presbytérienne américaine (30 millions de fidèles dans le monde), qui vient d’entériner la décision, longuement débattue, de cesser d’investir en Israël et dans les sociétés internationales qui font des affaires avec l’Etat juif.
 
J’éprouve le même scepticisme quant à la lettre que le Pasteur Lefebvre adresse au Président de la Fédération Protestante de France. Outre que ce dernier n’a pas, pour autant que je sache, une sympathie particulière pour les chrétiens pro-israéliens, il me semble qu’il ne soit pas en position d’intervenir efficacement auprès du Conseil de cet immense organisme, américain de surcroît.
 
J’ai une suggestion plus pragmatique. Mais auparavant, voici quelques réflexions pour éclairer l’arrière-fond de la démarche proposée.
 
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5. Ma proposition
 
On sait peut-être que l’un des plus grands dangers qui menacent Israël dans le monde, c’est la détérioration – qui semble inexorable – de son image et de sa réputation. La diaspora palestinienne, extrêmement bien implantée, tant dans le monde anglo-saxon que dans les pays européens, compte en son sein, surtout sur les campus universitaires, une intelligentsia militante particulièrement douée, qui, en moins de deux décennies, a réussi - ce que la politique américaine peine à réaliser, bien qu’elle s’y efforce avec la conviction de l’actuelle administration et les moyens financiers colossaux qui sont les siens – à "gagner les cœurs et les esprits".
 
La cause palestinienne est immensément populaire, non seulement dans les populations issues de l’immigration, mais dans de très vastes secteurs de l’opinion publique. Elle est l’enfant gâtée de la quasi-totalité de tout ce que la gauche européenne compte de "belles âmes", pour lesquelles le "faible et l’opprimé" ont toujours raison, ont tous les droits, même celui de tuer. Et si les plus délicates de ces "belles âmes" n’osent approuver les massacres terroristes, ils ne se gênent pas pour leur trouver toutes les excuses du monde, et surtout pour abattre leur joker incontournable, qui met en échec les meilleures stratégies pro-israéliennes, dans les ’tournois’ médiatiques où s’affrontent pro-palestiniens et défenseurs d’Israël. Et ce joker, c’est l’"OCS" - Occupant, Colon, Sioniste. Ce sigle, forgé par moi pour les besoins de la cause, résume les trois termes les plus haïs, en Europe, par beaucoup d’intellectuels de cet acabit. Pour eux, l’Etat d’Israël n’est ni plus ni moins qu’un précipité de ces trois "tumeurs malignes".
 
L’indignation que déclenche la seule évocation de l’"OCS" israélien constitue une arme d’autant plus redoutable, que cette souche maudite, dûment répertoriée et vitupérée, figure en très bonne place dans l’argumentaire idéologique du politiquement correct. Si bien que, même si quelqu’un n’y croit pas trop, il se gardera de le dire pour ne pas être ostracisé par ses collègues de travail, ses relations, voire par des inconnus dont il n’a, a priori, rien à faire ni à craindre. Le politiquement correct engendre la honte sociale, épreuve que fort peu de gens sont capables de supporter.
 
Tel est - sans les nuances qu’il conviendrait d’apporter à ce sombre portrait - le "mal qui répand la terreur" et dont l’impact est tel, qu’il pourrait, sans problème, se forger un slogan, calqué sur le célèbre « Touche pas à mon pote !» anti-raciste, dans le genre : « Touche pas à mon Palestinien ! ».
 
Mais, trêve de plaisanterie, car c’est tout sauf une plaisanterie.
 
Vous me direz peut-être : alors, que faut-il faire ?
 
Je l’ai dit plus haut et le titre de la présente chronique y fait allusion : pour commencer à inverser la tendance, il faut un dossier solide.
 
Certes, même un dossier solide ne convainc pas les fanatiques, ni les gens de mauvaise foi. Mais précisément ce n’est pas à cette "clientèle"-là qu’il faudra présenter notre dossier, mais aux hommes et aux femmes à l’esprit droit et sain (si, si, cela existe encore !).
 
En voici un exemple remarquable et qui vaut le détour. Je le résume en quelques phrases, pour ne pas allonger démesurément cet article.
 
Il y a une quinzaine de jours, l’Eglise Presbytérienne des Etats-Unis a décidé de retirer ses avoirs financiers de l’économie israélienne. En anglais, on appelle cela "divestment", souvent transcrit en français par le disgracieux substantif "désinvestissement", faute d’alternative.
 
Bien entendu, tous les Presbytériens n’ont pas approuvé cette décision. Mais, qu’y faire ? Elle a été votée en Assemblée générale. Peu de gens, sans doute, croyaient qu’elle serait adoptée, et, faute d’avoir pas milité contre l’initiative quand c’était encore possible, ils se sont trouvés mis devant le fait accompli. Les partisans presbytériens de l’Etat d’Israël, conscients de l’injustice de cet ostracisme, se sentaient impuissants, et la plupart ont estimé qu’il n’y avait rien à faire.
 
Telle n’a pas été l’attitude d’un laïc presbytérien, du nom de Will Spotts. Cet homme intègre et courageux s’est dressé, seul, contre ce qu’il estime être une mesure inique. Mais au lieu de proférer des « J’accuse », ou des « Ô temps, ô mœurs ! », et de vitupérer ses opposants, il a réalisé un dossier impressionnant (2), dans lequel il a consigné des citations pertinentes, extraites de documents incontestables qui figurent sur les sites presbytériens, sur lesquels les membres de la Commission exécutive de l’Eglise Presbytérienne se sont fondés pour mettre Israël au pilori, sous le chef d’"OCS" (voir plus haut), emportant finalement la décision de désinvestissement (3).
 
Le génie de Will Spotts a été de mettre à nu, méthodiquement, les sources du document de boycott des investissements presbytériens en Israël, et d’en montrer le caractère le plus souvent extravagant, calomniateur et insultant, voire carrément mensonger.
 
Et c’est là que se nouent les fils du présent exposé.
 
Ce qui se lit, dans le rapport remarquable (en cours de traduction) de Spotts, est le résultat de plusieurs années de ce qu’il faut bien appeler un lobbying palestinien, d’autant plus efficace que le témoignage d’un membre de ce peuple, considéré comme opprimé par les Israéliens, est "parole d’Evangile". On écoute religieusement ses plaintes, même lorsqu’elles suintent la haine et frôlent l’invraisemblance, et ce en vertu de l’idée reçue, considérée comme indiscutable dans les sphères ’droit-de-l’hommistes’, selon laquelle le pauvre et l’opprimé sont naturellement bons, puisqu’ils sont malheureux. Certes, reconnaissent-ils, il arrive que les ’témoins’ exagèrent, que leurs affirmations soient excessives, voire erronées. Les dépositaires de leurs déclarations, le savent mais les absolvent généreusement, "parce qu’ils souffrent". Et d’ailleurs, que pèse une entorse à la réalité des faits, en face des exactions quotidiennes d’une armée israélienne, "brutale et impitoyable", dont "la soldatesque" n’hésite pas à tirer sur des enfants ? Et puis, il y a les chars, le "Mur de la honte", les démolitions de maisons de terroristes, les exécutions ciblées de semeurs de mort, et surtout l’appui du diable (les Américains), etc., etc. Avec un tel pedigree, Israël et ses avocats, qu’ils soient Juifs ou chrétiens, devraient avoir la pudeur de se taire, pensent - et disent même, parfois - les "défenseurs du faible et de l’opprimé"... palestinien. Exprimés ou non, ces états d’âme, tissent inexorablement la trame, solide et imperméable à toute autre considération, du tissu d’accusations que l’on fait endosser à Israël - comme la "robe d’apparat" dont, par dérision, Hérode fit revêtir Jésus après qu’il eut été tourmenté par sa garde (cf. Luc, 23, 11) -, et dont la seule évocation intimide celles et ceux qui seraient tentés d’élever la voix en faveur de l’Etat des Juifs, dénigré, vilipendé et diabolisé à longueur de temps et en toute occasion.
 
Eh bien, le pasteur Will Spotts, ne s’est pas laissé intimider, lui. Il y a beau temps qu’il a su discerner le bon grain de l’ivraie dans les accusations, qui s’expriment, au sein de l’Eglise Presbytérienne, d’atteintes – réelles ou supposées – aux droits de l’homme et à la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui, selon les détracteurs chrétiens d’Israël, seraient monnaie courante dans l’Etat des Juifs. Il sait faire la différence entre plaintes fondées et propagande. Il est allé sur place, en Israël et dans les Territoires. Il n’a pas fait acception de personnes en se limitant, comme l’ont fait les membres de la Commission de son Eglise, à enquêter en milieu palestinien. Il a recueilli quantité de témoignages, à charge et à décharge, de l’une et l’autre parties; il a comparé ce qu’il a entendu avec ce qui figure dans le rapport de la Commission de l’Eglise Presbytérienne qui a voté le boycott des investissements en Israël, et son verdict est sans appel : les membres du Comité d’enquête qui a préparé le matériau (en fait, le dossier d’accusation) ont fait fond, presqu’exclusivement sur les accusations les plus virulentes des intervenants et témoins chrétiens palestiniens, les uns Presbytériens, les autres non.
 
Ce dossier accablant se lit comme un livre noir. Il en ressort - même si rien de tel n’y est dit - qu’Israël a repris, dans l’imaginaire d’un nombre non négligeable (et croissant) de chrétiens d’aujourd’hui, le rôle de "Juif des nations", qui fut durant de longs siècles, celui que jouèrent, avec brio, les Juifs de la diaspora, avant la création de l’Etat d’Israël.
 
 
Après ce tour d’horizon – trop bref, hélas, et très incomplet – il est temps d’émettre la suggestion, promise plus haut, sur ce qu’il convient de faire pour rétablir l’image d’Israël dans sa vérité.
 
Il faudrait que se lèvent des dizaines de Will Spotts chrétiens et juifs (4), qui pratiqueraient systématiquement une veille médiatique des sites des organisations chrétiennes majeures et des organisations caritatives de même obédience ayant le statut d’ONG - souvent sursaturés d’une propagande anti-israélienne qui n’est, au mieux, qu’un décalque servile de la pire littérature d’incitation à la haine d’Israël, que l’on trouve couramment sur les sites palestiniens ou pro-palestiniens (5) -, pour mettre au jour la stratégie de propagande qui s’y exprime, plus ou moins explicitement, plus ou moins brutalement.
 
Ils découvriront, avec stupeur, que le discours palestinien, victimaire et accusateur du peuple juif qui vit en Israël, voire des Juifs du monde entier, y est régulièrement importé par des belles âmes qui reviennent d’Israël avec des certitudes exterminatrices et des idées meurtrières toutes faites. Pour eux, la cause est entendue : Israël n’a pas le droit à l’existence politique. Ils ne disent pas "à l’existence" tout court, car ce ne serait pas politiquement correct. Peut-être même ne se rendent-ils pas compte des conséquences - qui, à la longue, pourraient s’avérer fatales pour l’existence même des Israéliens -, de ce qu’ils disent et de ce qu’ils font, mais ils le disent et ils le font, avec une inconscience coupable, sans se soucier des conséquences, précisément.
 
Il faut réagir. Pour cela, il faut un ordre du jour. Nous l’empruntons symboliquement au premier paragraphe du texte même de la "Déclaration du Comité exécutif de l’Eglise Presbytérienne sur Israël et la Palestine", modifié et paraphrasé comme suit, pour les besoins de la cause (6), et en concluons le texte par le titre même de la dite Déclaration:
 
« Puisque des Eglises et des organisations chrétiennes s’érigent en juges du conflit palestino-israélien, qui fait monter la tension dans le monde entier, et imputent presque exclusivement à Israël la responsabilité de ce que les différents plans de paix demeurent sans effet, des hommes et des femmes de bonne volonté, soucieux de vérité et d’objectivité, parviennent à une conclusion lucide : la vérité doit se faire jour au plus vite, sinon, la paix ne viendra pas avant longtemps pour les deux peuples. »
 
« Il est temps de faire ce qui est juste »
 
Menahem Macina
 
© upjf.org
 
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Notes
 
 
(1) Voir George Conger, "Le Conseil Mondial des Eglises critique sévèrement Israël". Le phénomène n’est pas nouveau. Déjà en 2002, Melanie Phillips publiait, dans The Spectator, un véritable cri d’alarme, dont la traduction française est en ligne sur notre site, sous le titre "Des chrétiens qui haïssent les Juifs".
 
(2) Le texte original de Will Spotts figure sur le site Bearing-Witness – Divestment and the Presbyterian Church (voir note 4, ci-après), sous le titre "Pride and Prejudice : The Presbyterian Divestment Story" (Orgueil et préjugé : histoire du retrait et de la cessation des investissements des Presbytériens en Israël). Ce rapport est en cours de traduction, mais on peut, d’ores et déjà, en lire, sur notre site, le résumé introductif traduit en français ; voir "Justice ou partialité ? Lectures chrétiennes du conflit palestino-israélien (III)".
 
(3) On peut lire le texte de cette décision, sur notre site. Voir "Justice ou partialité ? Lectures chrétiennes du conflit palestino-israélien (I)". Voir aussi l’article de Conger, cité dans la note 1, ci-dessus. Rappelons qu’en son temps, l’Eglise anglicane avait failli adopter la même mesure ; ce qui avait inspiré au Centre Simon Wiesenthal un pamphlet retentissant, dont la lecture est instructive. Voir, sur notre site,  «Retirez les fonds investis en Israël» = «Kaufen nicht bei Juden». Voir aussi "Campagne de boycott des investissements en Israël".
 
(4) Il faut savoir que le site Bearing-Witness – Divestment and the Presbyterian Church, évoqué ci-dessus (note 2), est animé par le Presbytérien, Will Spotts (voir ses articles), conjointement avec Jon Haber, qui, lui, est Juif (voir ses articles). A cet égard, il est intéressant de lire leur commune déclaration d’intention, intitulée humoristiquement : "Ce que nous ne sommes pas" : "Ce site résulte d’une collaboration entre deux auteurs, l’un, chrétien, et l’autre, Juif, qui se sont connus sur Internet et se sont découvert un intérêt commun pour la formation des gens de bonne volonté au problème litigieux de la cessation des investissements dans l’Etat d’Israël. Aucun d’entre nous ne représente quelque organisation officielle que ce soit, ni ne se fait l’avocat d’une doctrine officielle, d’un mouvement religieux ou politique spécifique, ni d’un point de vue particulier concernant le processus de paix au Moyen-Orient. Nous souhaitons plutôt utiliser l’Internet pour faire partager nos écrits, recherches et expériences pour aider une institution importante, l’Eglise Presbytérienne, à éviter le piège que lui tendent les partisans du désinvestissement."
 
(5) Concernant ce phénomène alarmant, outre la brève présentation de l’Observatoire des ONG, qui figure sur notre site, il est recommandé de  lire l’article séminal de G.M. Steinberg, "Les ONG sont en guerre avec Israël". Voir aussi l’excellente analyse de Jacky Mamou et Bertrand Lebeau, "Amis et ennemis au temps du terrorisme". Et "Israël cible des ONG à la Commission ONU des Droits Humains". La référence obligée est le think tank NGO-Monitor, dont le site est une mine d’informations et d’analyses de premier ordre. Précisons également que certaines de ces ONG pro-palestiniennes sont particulièrement virulentes ; c’est le cas, en particulier, de Christian Aid (voir, sur notre site : "’Christian Aid’: ONG caritative ou pro-palestinienne ?"). Voir aussi : "Les ONG palestiniennes et leurs sites: un défi".
 
(6) Voici le texte original qui a servi de base à ce pastiche (il figure dans la traduction française mise en ligne sur notre site:"Puisque les autorités offrent peu de perspectives viables pour l’avenir d’Israël et de la Palestine, que le conflit fait monter la tension dans le monde entier et que les différents plans de paix demeurent sans effet, le Comité exécutif du Conseil Mondial des Eglises, réuni du 16 au 19 mai 2006, parvient à une conclusion lucide : la paix doit venir bientôt, sinon elle ne viendra pas avant longtemps pour les deux peuples."
 
 
Mis en ligne le 07 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org