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Antisionisme chrétien

Ô petit ghetto de Bethléem, Mary Ann Weston
29/12/2006

Moins violent et diffamateur que l’article de l’Independent, traduit et mis en ligne sur notre site (voir plus bas), ce petit morceau de dénigrement politique anti-israélien n’en surfe pas moins sur la même vague, très en vogue depuis quelque temps, qui consiste à plaquer sur "l’occupant" juif une thématique chrétienne se référant aux récits évangéliques, au prix d’une distorsion grossière de la réalité des situations et de leur contexte historique respectif. En l’occurrence, il s’agit de montrer à un public frotté de foi, ou du moins de culture, chrétiennes, comment les Juifs d’aujourd’hui réitèrent, comme d’instinct, aux dépens des Palestiniens, le comportement qui fut le leur à l’égard de Jésus et de sa mère. Façon de dire que l’histoire se répète, parce que les Juifs seront toujours les Juifs : c’est-à-dire nuisibles par nature ! (Menahem Macina).

Voir : HonestReporting, "La thématique du récit chrétien de Noël au service de la diabolisation d’Israël" ; J. Hari, "Appel de "The Independent": Qu’arriverait-il à la Vierge Marie à Bethléem, aujourd’hui ?". 

 

Un prêtre catholique - honnête, lui - décrit un tout autre tableau. Voir : M. Remaud, "Nuit de Noël à Bethléem".

 

24 décembre 2006

 

Chicago Tribune

 

Texte original anglais : "’O little ghetto of Bethlehem".

 

Traduction française : Menahem Macina

 

 

"Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité… Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem - parce qu’il était de la maison et de la lignée de David -, afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’ils manquaient de place dans l’hôtellerie." (Evangile de Luc 2, 1-7).

 

Ces paroles précieuses du récit de la Nativité causent révérence et vénération. Mais une visite récente à Bethléem m’a amenée à me demander : Si Marie et Joseph se rendaient à Bethléem aujourd’hui, pourraient-ils y entrer ? Arriveraient-ils à temps à la crèche, ou l’enfant Jésus viendrait-il au monde à un point de contrôle ?

 

La ville natale du Christ est maintenant partiellement entourée d’un mur de près de 8 mètres de haut, une surface ininterrompue de béton brut et gris, un mur de cité médiévale modernisé par des caméras et des fils de fer barbelé. Le mur serpente dans Bethléem et dans la campagne environnante, séparant les fermiers de leurs champs, les travailleurs de leur lieu de travail et les familles de leurs voisins.

 

Le mur qui entoure Bethléem fait partie d’une barrière israélienne de sécurité qui a pour but de séparer la Palestine occupée d’Israël. Le gouvernement dit qu’elle a été construite pour renforcer la sécurité israélienne et empêcher les attentats-suicide.

 

Mais au lieu d’épouser le tracé de la Ligne Verte – ligne d’armistice entre Israël et les Territoires palestiniens occupés –, son cours sinueux s’enfonce profondément dans la Cisjordanie palestinienne. Les Palestiniens appellent cela un accaparement de terre.

 

Le mur englobe effectivement les implantations israéliennes de Cisjordanie, bien qu’elles soient considérées comme illégales au regard du droit international. Les implantations sont des enclaves israéliennes agressives bâties sur des territoires palestiniens ; telles des cubes de Lego monochrome, leurs unités compactes de logements escaladent des collines, jadis boisées. Selon Open Bethléem (Bethléem ouverte), un groupe local de défense juridique, Bethléem est entourée de 27 implantations qui comptent 27.000 habitants. Ces implantations sont reliées par des routes de contournement, qui sont hors d’atteinte des Palestiniens.

 

Le mur et d’autres restrictions israéliennes de mouvement ont transformé des zones chrétiennes et musulmanes de la Cisjordanie, telle la ville de Bethléem, en ghettos virtuels.

 

Il fut un temps où Bethléem était facilement accessible à partir de Jérusalem. A présent, pour les Palestiniens, c’est une dure épreuve de points de contrôle, avec leurs passages, style prison, couverts de filets, leurs multiples tourniquets, leurs appareils à rayons X pour l’inspection des bagages, leurs détecteurs de métaux, et leurs vérifications de papiers. Quel que soit le jour, personne ne peut prédire quand et même s’il sera autorisé à passer. C’est un cruel jeu de roulette, dans lequel les Palestiniens doivent chaque jour compter sur la chance pour arriver à temps au travail ou à l’école, ou amener un enfant malade à l’hôpital.

 

Les touristes étrangers ne voient pas grand-chose de tout cela, de leurs bus qui roulent vers la Place de la Crèche. Ces visiteurs ne font qu’apercevoir furtivement la ville qui se flétrit sous occupation israélienne. Le tourisme, pilier traditionnel de l’économie de Bethléem, a chuté dramatiquement. La population chrétienne, qui était de 80% en 1948, est à présent inférieure à 20%. Traditionnellement les chrétiens faisaient partie des citoyens les plus prospères, qui ont les moyens d’aller ailleurs.

 

Les habitants du camp de réfugiés de Aida à Bethléem sont moins fortunés. Au cours d’une visite récente dans ce camp, mes compagnons et moi sommes montés sur le toit d’une maison d’habitation. Nous pouvions voir, par-dessus le mur [de sécurité] un bosquet luxuriant d’oliviers qui se trouvait de l’autre côté. « C’était un jardin public pour les enfants du camp », dit Ayed Alazzeh, qui s’occupe du Centre Lajee d’éducation et de divertissement du camp. Maintenant, le mur rend inaccessible aux enfants le bosquet d’oliviers, qui appartient à une église locale.

 

En décembre, le neveu de Alazzeh, un garçon de 12 ans a été gravement blessé par balles, alors qu’il jouait sur le balcon de son domicile. Les tirs provenaient des soldats israéliens en poste dans un mirador du mur [de séparation] voisin, a dit Alazzeh.

 

La réalité de la vie à Bethléem aujourd’hui conduit à confondre les perspectives traditionnelles du récit de Noël :

  • Comment les bergers, confinés dans leurs champs au-delà du mur, pourraient-ils rendre visite au Christ-enfant ?
  • Et qu’en serait-il des Mages ?
  • Auraient-ils leurs papiers en règle pour entrer à Bethléem ?
  • Leur or, leur encens et leur myrrhe seraient-ils confisqués à un poste de contrôle ?

 

Dans la "petite ville" perturbée "de Bethléem" [*], le choeur des anges qui chantent "Paix sur la Terre" s’avère vraiment bien faible.

 

Mary Ann Weston

 

© Chicago Tribune

 

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Note de la Rédaction d’upjf.org

 

[*] Allusion au titre d’une célèbre chanson, "Oh little town of Bethlehem" (Ô petite ville de Bethléem), composée en 1865 par un prêtre du nom de Philippe Brooks, 3 ans après un voyage qu’il fit à Bethléem. Il en écrivit le texte et Lewis Redner, l’organiste de son église en composa la musique.

 

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Mis en ligne le 29 décembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org