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Antisionisme chrétien

Appel de "The Independent": qu’arriverait-il à la Vierge Marie à Bethléem, aujourd’hui ? J. Hari
29/12/2006

Ce texte a déjà été dénoncé brièvement par HonestReporting. Nous avons cru utile de le traduire intégralement. En effet, il s’agit, à notre avis, d’une version soft, mais non moins pernicieuse, du classique "blood libel", ou récit accusant les Juifs de vider des non-Juifs de leur sang pour l’utiliser à des fins rituelles. La principale originalité de ce prétendu reportage est d’exploiter la thématique du récit de l’accouchement de Marie, qui, selon les évangiles, donna naissance à son fils Jésus dans une étable, faute de place dans les hôtelleries de Bethléem. Autre particularité : alors qu’habituellement, l’utilisation de motifs chrétiens (par exemple, la crucifixion de Jésus, censée typifier celle du peuple palestinien), est le fait des Palestiniens eux-mêmes, ici, c’est une chrétienne qui développe complaisamment et avec une insistance du plus mauvais goût, cette thématique. On aimerait que des instances chrétiennes officielles s’élèvent contre cet enseignement de la haine, qui prend prétexte de la situation sécuritaire imposée par les activités terroristes de factions palestiniennes irrédentistes, pour accuser les soldats israéliens de prendre un plaisir sadique à faire périr des nouveau-nés palestiniens et à humilier et faire souffrir les femmes enceintes de ce peuple. Ce tissu de calomnies devrait sombrer dans le ridicule en raison de ses invraisemblances. Sera-ce le cas ? A la lumière de certains précédents, on peut en douter. (Menahem Macina).

Voir aussi : "La thématique du récit chrétien de Noël au service de la diabolisation d’Israël".

 

Un prêtre catholique - honnête, lui - décrit un tout autre tableau. Voir : M. Remaud, "Nuit de Noël à Bethléem".

 

23 décembre 2006

 

The Independent

 

Texte original anglais : "Independent Appeal: ’What would happen if the Virgin Mary came to Bethlehem today?’"

 

Traduction française : Menahem Macina.

 

[On a mis en rouge les passages les plus significatifs et les plus choquants. On notera les mantras : Marie (4 fois); point de contrôle (4 fois); peur (4 fois); anémie (4 fois) etc. On remarquera également que les soldats israéliens sont des monstres, qui rient de voir des femmes enceintes perdre du sang et prennent un malin plaisir à les retenir arbitrairement aux barrages, avec, pour résultat, que les pauvres femmes sont terrorisées. Une mention spéciale pour la description de "la région de Salfit  balafrée par les implantations israéliennes, dont les égouts déversent leurs eaux usées sur la terre palestinienne", où l’auteur de l’article prétend avoir "vu des femmes et des enfants qui s’assemblaient autour de ces implantations, avec désespoir, pour obtenir de l’aide." Bizarre, cette description ressemble à s’y méprendre à celle d’un camp de réfugiés d’Afrique ou du Darfour ?...]

 

 

Johann Hari raconte la souffrance de femmes enceintes en Cisjordanie, où des bébés meurent sans explication valable. 

 

Dans deux jours, un tiers de l’humanité s’assemblera pour célébrer les douleurs de l’enfantement d’une réfugiée palestinienne à Bethléem [Marie, mère de Jésus… la Palestinienne ! Note de la Rédaction d’upjf.org] – mais deux millénaires plus tard, dans une autre célèbre étable jonchée de décombres et sous blocus, une autre mère se retient de crier.

 

Fadia Jemal est une femme de 27 ans aux dents espacées, arborant un sourire las et faible. « Qu’arriverait-il à la Vierge Marie si elle venait à Bethléem aujourd’hui ? Elle endurerait ce que j’endure », dit-elle.

 

Fadia serre convulsivement un trousseau de clés, fouillant dans la profondeur de sa chair tandis qu’elle décrit, en des phrases brisées et hachées, ce qui est arrivé. « Il était cinq heures de l’après-midi, quand j’ai commencé à sentir venir les contractions », dit-elle. Elle a toujours été nerveuse au moment d’accoucher – comme ce fut le cas pour son premier enfant et pour les jumeaux -, aussi demanda-t-elle à son mari de prendre ses affaires pour l’hôpital et de l’emmener directement en voiture.

 

Ils se sont arrêtés pour prendre, au passage, sa sœur et sa mère, et se sont mis en route pour l’hôpital Hussein, à 20 minutes de là. Mais la route était bloquée par des soldats israéliens, qui déclarèrent que personne n’avait l’autorisation de passer, et ce jusqu’au matin. « Naturellement, nous lui dîmes que nous ne pouvions pas attendre jusqu’au matin. Je saignais beaucoup sur la banquette arrière. L’un des soldats jeta un coup d’oeil sur le sang et se mit à rire. Il m’arrive encore de me réveiller en sursaut la nuit et d’entendre ce rire. C’était un tel choc pour moi. Je ne pouvais comprendre ça. »

 

Sa famille implora les soldats de les laisser passer, mais ils ne se laissèrent pas fléchir. Alors, à 1 heure du matin, sur la banquette arrière, près d’un point de contrôle glacé, sans docteur ni infirmière, Fadia accoucha d’un minuscule garçon nommé Mahmoud et d’une minuscule fille appelée Mariam. « Je ne me souviens de rien d’autre, jusqu’à ce que je me réveille à l’hôpital », dit-elle maintenant. Durant deux jours, sa famille lui cacha que Mahmoud était mort, et les médecins affirmèrent qu’ils auraient « certainement » [souligné dans le texte] pu lui sauver la vie en le mettant dans un incubateur.

 

« Aujourd’hui, Mariam est à un âge où elle me demande où est son frère », dit Fadia. « Elle veut savoir ce qui lui est arrivé. Mais comment lui expliquer ça ? » Elle baisse les yeux. « Parfois, la nuit, je crie et crie ». Au cours des années écoulées, elle a été enceinte quatre fois, mais elle avorte sans cesse. « Je ne pouvais plus supporter l’idée de faire un autre enfant. J’étais convaincue que la même chose m’arriverait à nouveau », explique-t-elle. « Quand je vois les soldats [israéliens], je pense toujours : qu’est-ce que mon bébé a fait à Israël ? »

 

Depuis l’accouchement de Fadia, en 2002, les Nations unies confirment qu’au total, 36 bébés sont morts, parce que leurs mères ont été bloquées à des points de contrôle israéliens, durant l’accouchement. Sur tout le territoire de Bethléem, dans toute la Cisjordanie, il y a des femmes dont la grossesse a été perturbée ou pire, par l’occupation israélienne de leur terre.

 

A Salfit, de l’autre côté de la Cisjordanie, Jamilla Alahad Naim, 29 ans, qui est au cinquième mois de sa grossesse, attend la première visite médicale. « J’ai tout le temps peur », dit-elle. « J’ai peur pour mon bébé, parce que j’ai eu très peu de suivi médical et que je n’ai pas les moyens de me payer de la bonne nourriture… Je sais que j’accoucherai chez moi sans aucune aide, comme ç’a été le cas pour Mohammed [son dernier enfant]. J’ai trop peur pour aller à l’hôpital, parce qu’il y a deux points de contrôle entre notre domicile et [l’hôpital], et je sais que si on est retenu par les soldats, la mère ou le bébé peuvent mourir dehors dans le froid. Mais accoucher à la maison peut aussi être dangereux. »

 

Selon Hindia Abu Nabah – une solide infirmière de 31 ans, qui travaille à la clinique Al Zawiya, dans le district de Salfit -, c’est un « cauchemar » d’être enceinte en Cisjordanie, aujourd’hui. « Récemment, deux de nos patientes enceintes, ici, ont été asphyxiées chez elles par une grenade lacrymogène. Les femmes ne pouvaient pas respirer et ont accouché prématurément. Le temps que nous arrivions, les bébés étaient venus au monde mort-nés. »

 

Beaucoup de problèmes médicaux dont souffrent les femmes enceintes ici sont plus ordinaires que les plus sombres frayeurs de Jamilla : 30% des Palestiniennes enceintes soufrent d’anémie – un manque de globules rouges. L’extrême pauvreté causée par le siège et maintenant par le boycott international semble être le facteur majeur [de cette affection]. Ici, les médecins avertissent avec colère que du fait que les revenus des Palestiniens ordinaires s’évaporent, ils mangent plus de produits ordinaires et moins de protéines – une recette de l’anémie. Nous avons des preuves, ajoutent-ils, que des femmes donnent les meilleures nourritures à leur mari et à leurs enfants, et se contentent de cartilages et de restes. L’anémie expose les femmes à des risques accrus de saignement massif et à contracter une infection durant l’accouchement.

 

En Cisjordanie, au début de cette année, la condition des femmes enceintes, qui était déjà misérable, s’est aggravée de manière brutale. Suite à l’élection du Hamas, le monde a bloqué les fonds attribués à l’Autorité palestinienne, qui s’est trouvée dans l’impossibilité de payer ses médecins et ses infirmières. Après plusieurs mois, le personnel médical s’est mis en grève, n’acceptant plus que les cas urgents. Pendant plus de trois mois, les maternités de Cisjordanie sont restées vides. Les lits, impeccablement faits, restaient là, attendant des patientes qui ne pouvaient pas venir.

 

Durant tout ce temps, on ne distribuait pas de vitamines, on ne procédait pas à des échographies, on ne détectait pas les anomalies congénitales. Imaginez que les services de la santé nationale soient en panne et cessent soudain de fonctionner durant 12 semaines, et vous aurez une idée de l’échelle du désastre sanitaire.

 

Quelques femmes avaient les moyens d’aller dans les quelques hôpitaux privés disséminés en Cisjordanie. Mais la plupart n’étaient pas dans ce cas. Aussi, en raison du boycott international des Palestiniens, tous les hôpitaux avertissent qu’il y a eu un accroissement inouï et sans précédent de naissances à domicile en Cisjordanie.

 

J’ai trouvé le Dr Hamdan Hamdan, directeur des services de la maternité de l’hôpital Hussein, de Bethléem, en train de tourner en rond dans une salle vide, fumant cigarette sur cigarette. « D’habitude, cette salle est pleine », dit-il. « Les femmes qui devraient être à l’hôpital, qu’est-ce qui leur arrive ? »

 

Elles ont accouché dans des conditions étonnamment similaires à celles qu’a endurées Marie, il y a 2000 ans. Elles ont mis au monde leur bébé sans médecin, sans équipement de stérilisation, sans aide en cas de complications. Elles ont été boycottées et ramenées à l’Âge de la pierre. La grève s’est achevée ce mois-ci, après que l’Autorité palestinienne ait recueilli des fonds de pays musulmans, mais ce n’est qu’à présent que les effets de l’arrêt des services de maternité apparaissent clairement, dit Hindia Abu Nabah : « Il y a un lien net entre la détérioration de la situation sanitaire et le boycott international ».

 

Au milieu de cette horreur, une association de bienfaisance a aidé les femmes palestiniennes enceintes, alors même que leurs services médicaux s’effondraient.

 

Merlin, l’une des trois associations de bienfaisance, financées par l’Independent Christian Appeal, a créé deux équipes volantes, avec un gynécologue et un pédiatre à plein temps pour dispenser des services médicaux aux régions de Cisjordanie séparées les unes des autres par l’occupation israélienne. Ces équipes fournissent des techniciens de laboratoire et des machines à ultrasons – fruits du XXIe siècle.

 

J’ai voyagé avec l’équipe de la région de Salfit – balafrée par les implantations israéliennes, dont les égouts déversent leurs eaux usées sur la terre palestinienne -, et j’ai vu des femmes et des enfants qui s’assemblaient autour de ces implantations, avec désespoir, pour obtenir de l’aide. Parmi les dizaines de femmes nerveuses et des essaims d’enfants souffreteux, Rahme Jima, 29 ans, est assise, les mains soigneusement croisées autour de son ventre. Elle est au dernier mois de sa grossesse, et c’est la première fois qu’elle pourra consulter un médecin depuis qu’elle est enceinte.

 

« L’hôpital le plus proche est à Naplouse, et nous ne pouvons pas nous payer le transport pour y aller en franchissant les points de contrôle, dit-elle, révélant qu’elle envisage – en désespoir de cause – d’accoucher chez elle. Même si elle avait l’argent, dit-elle, elle « a trop peur d’être retenue au point de contrôle et d’être forcée d’accoucher là ». Elle soupire et ajoute : « je serai tellement soulagée d’être examinée par un médecin, j’étais si inquiète ». Mais quand elle revient de la visite médicale, elle dit : « j’ai de l’anémie, et ils m’ont donné des adjuvants ferreux », fournis par Merlin. Elle n’a pas les moyens de bien manger ; elle vit avec son mari et quatre enfants dans une pièce de la maison de sa belle-mère, et son mari, Joseph, est en chômage depuis que la validité de son permis lui permettant de passer les points de contrôle a expiré. « Le médecin dit que j’aurais dû consulter beaucoup plus tôt. Mon bébé sera probablement trop petit. »

 

Tous les problèmes qui affectent ces Marie du XXIe siècle défilent dans la clinique de Merlin. L’une après l’autre, des mères terrorisées se présentent aux spécialistes, ici, et s’en vont en étreignant des sachets d’acide folique, de calcium, de fer et de médicaments. Le Dr Bassam Said Nadi, le médecin le plus chevronné de cette région, dit : « Je remercie Merlin pour les soins spécialisés qu’ils ont dispensés. Il y a peu, nous n’avions même pas d’essence pour nos voitures. Conjointement à d’autres organisations, ils nous aident à survivre à cette terrible période de l’histoire de notre pays. »

 

Merlin ne peut entretenir ces cliniques volantes qu’avec votre aide. Penché à l’entrée de sa clinique nue, [l’infirmière] Hindia abu Nabah s’adresse à moi : « Dites à vos lecteurs que nous avons besoin de leur aide. Il n’y a pas de fœtus du Hamas ou du Fatah. Ils ne méritent pas d’être punis. Je ne pourrais plus supporter de regarder une autre femme anémique dans les yeux et de lui dire que son bébé aura un poids insuffisant, ou une malformation, et que nous n’avons pas d’adjuvants ferreux à lui donner. Je ne peux plus me retrouver dans cette situation. Je ne peux pas.

 

Johann Hari

 

© The Independent

 

 

Mis en ligne le 28 décembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org