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Contentieux palestino-israélien

Les Palestiniens et la seconde guerre du Liban, Hillel Frisch
16/01/2007

Très intéressant article, résolument en rupture avec le concert des Cassandre israéliennes et juives, dont l’opinion péjorative concernant les performances prétendument catastrophiques de l’opération d’Israël au Liban, durant l’été 2006, doit davantage à la presse à sensation qu’à la recherche et à l’analyse de spécialistes comme H. Frisch. Il faut savoir gré à Objectif-Info, d’avoir traduit ce texte. Il fera à beaucoup l’effet d’un remontant psychologique, d’autant plus utile qu’il ne doit rien à la méthode Coué. (Menahem Macina).

 

4 janvier 2007

 

Titre original : "The Palestinians and the Second Lebanese War". Contribution parue dans Perspectives Papers on Current Affairs, n° 24, publié par le Begin-Sadate Center for strategic Studies (BESA).

 

 

Traduction française : Objectif-info

 

 

Introduction

 

De nombreux observateurs ont suggéré que la performance militaire douteuse d’Israël dans la seconde guerre du Liban et l’accroissement de la puissance et du prestige du Hezbollah qui en a découlé, ont réduit la capacité d’Israël d’affronter les Palestiniens. Le présent article démontre que ce point de vue est erroné et explique que l’effet de la guerre du Liban sur la politique de sécurité d’Israël vis-à-vis des Palestiniens a été négligeable.

 

La guerre qui vient de s’achever a montré que la tendance à considérer de façon extensive le conflit, assimilé à un choc de civilisations, est tout à fait excessive. Les adversaires d’Israël agissent, pour l’essentiel, de manière indépendante, et il en résulte des conflits bilatéraux. On a pu le voir dans la passivité des Palestiniens au moment où le Hezbollah lançait la guerre du Liban et réciproquement. Bien qu’il ne soit pas facile pour Israël d’affronter deux conflits de basse intensité simultanément, l’impact sur son potentiel est limité.

 

L’impact de la guerre sur les Palestiniens

 

Dans la dernière période, les Palestiniens ont reculé de quelques places dans l’échelle des priorités internationales. Situés au second rang des priorités de sécurité israéliennes, les Palestiniens sont repoussés à l’arrière-plan par des conflits régionaux qui font les grands titres à leur place, en particulier ceux où ils ne sont impliqués. Il s’agit des ambitions nucléaires de l’Iran et de leurs conséquences sur la nucléarisation de la région, de l’Irak, du Darfour et plus récemment de la Somalie. C’est ainsi que les Palestiniens font l’amère expérience d’avoir à combattre Israël presque seuls. On a pu en avoir une illustration lors de la conférence du président Bush du 1er décembre 2006 sur l’Irak et la Jordanie, où la question palestinienne a été à peine évoquée.

 

Durant les combats de l’été, s’il n’a pas été relégué à la dernière place, le problème palestinien a du moins perdu sa position de sujet numéro 1 de la politique internationale. La guerre entre Israël et le Hezbollah pourrait être, pour les Palestiniens, ce qu’a été la première guerre du Liban pour le panarabisme. Tout comme la première guerre du Liban a confirmé la déclaration de Fouad Ajami sur la fin du panarabisme [1] comme projet politique, la seconde guerre du Liban pourrait signer la fin de l’éventualité d’un État palestinien.

 

Il faut se souvenir que les Palestiniens étaient au centre de la première guerre du Liban. Les Palestiniens affirmaient alors, avec beaucoup d’autorité, qu’il ne pourrait pas y avoir de paix au Moyen Orient sans résolution du problème palestinien. Dans la seconde guerre du Liban, les Palestiniens n’ont joué aucun rôle. La vérité a été mise en lumière. La stabilité du Liban n’a rien à voir avec les Palestiniens. Elle tient à la conjugaison de la faiblesse de l’État central libanais et de la puissance relative d’acteurs extérieurs – la Syrie, l’Iran et Israël – qui exploitent cette vulnérabilité pour faire aboutir leurs intérêts d’État.

 

Les relations intérieures palestiniennes

 

Non seulement les Palestiniens ne focalisent plus l’attention du monde, mais leurs efforts pour bâtir un État palestinien ont été affectés par la guerre. Bien qu’il n’y ait pas de lien entre les conflits palestinien et libanais, l’un et l’autre se trouvent dans des situations politiques similaires. Les deux peuples ne parviennent pas à édifier un État central après quatre-vingts ans d’efforts. Leurs perspectives se sont même assombries du fait des interférences internationales et régionales.

 

Les alignements politiques internationaux renforcent la dissociation du Liban : les forces du 14 mars se sont alignées sur l’Occident, le parti Amal, de Nabih Berri, et les fidèles de Michel Aoun, sur l’Iran et le Hezbollah. De la même façon, la scène palestinienne est de plus en plus déchirée : les forces de sécurité de Abbas se sont alliées aux États arabes modérés et aux États-Unis, et elles s’opposent à la coalition du Hamas avec l’Iran et la Syrie. Ces divisions ont un impact négatif sur les Palestiniens, parce que la domination du Hamas à Gaza et celle du Fatah de Abbas en Cisjordanie ont des conséquences innombrables.

 

Les relations régionales palestiniennes

 

Les relations entre le Hezbollah et les Palestiniens sont problématiques, principalement à cause de leurs sources de financement. Le Hamas et le Hezbollah se disputent le porte-monnaie iranien. Ils réalisent l’un et l’autre que les intérêts de l’Iran ne coïncident pas toujours avec les leurs, et cet écart est encore plus grand pour le Hamas que pour le Hezbollah.

 

Dans sa relation avec l’Iran, le principal problème du Hamas vient de l’Égypte. Pour les Palestiniens, l’Égypte est l’État arabe le plus important. C’est ainsi que l’Égypte, acteur pragmatique s’il en fût, a fermé les yeux sur la coopération entre le Hamas et l’Iran, en tablant sur l’hypothèse que voir couler le sang en Israël est plus important, du point de vue de ses intérêts, que la pénétration de l’influence iranienne sur la scène palestinienne par le truchement du Hamas ; elle comptait même, en politique intérieure, sur le poids du Hamas pour contenir les islamistes locaux, principalement les Frères musulmans. Le Hamas sait qu’il y a, à cette relation, des limites qu’il ne peut transgresser qu’à ses risques et périls. L’Égypte est la condition d’existence de l’aide iranienne. A partir du moment où l’Égypte se sentirait menacée par cette relation, elle pourrait se retourner contre le Hamas avec une grande violence.

 

Depuis l’établissement du nouveau gouvernement palestinien, la Jordanie a adopté une position intransigeante à l’égard du Hamas, en partie parce que la relation de ce parti avec l’Iran a probablement renforcé sa crainte d’un arc chiite hérétique au Moyen Orient.

Les États du Golfe qui abritent des populations chiites – Bahreïn, Koweït et Qatar – se sont lassés du Hamas après la guerre du Liban. Pour eux, la guerre a renforcé le Hezbollah chiite. Ce scepticisme est manifeste depuis le début du gouvernement Hamas. Une étude du Fonds monétaire international sur l’aide et les transferts en faveur de l’Autorité palestinienne des dernières années montre que les financements des États arabes sont allés au président Abbas. L’Arabie Saoudite, qui est engagée dans une guerre froide avec l’Iran, en Irak, au Pakistan, et en Afghanistan, est, de ce point de vue, un acteur incontournable. Il faut observer que son influence prévisible sur les relations entre le Hamas et le Golfe n’est que le résultat de la montée du principal parti chiite lors des récentes élections au Bahreïn.

 

Un expert israélien a fait judicieusement observer que les États du Golfe ont passé une alliance tacite avec Israël dans le but « d’équilibrer » les menaces iranienne et irakienne. Cette alliance implicite trouvera probablement des raisons de se renforcer avec la montée de la menace nucléaire iranienne, l’aggravation des clivages intérieurs entre sunnites et chiites, et la pénétration de l’influence iranienne sur la scène palestinienne, au grand détriment des Palestiniens.

 

Appui moral aux Palestiniens

 

Les effets positifs, sur le moral des Palestiniens, de la résistance de plus d’un mois du Hezbollah aux attaques israéliennes, compensent les effets négatifs de la guerre. Cette petite victoire spirituelle et morale a été largement saluée par la presse palestinienne, bien que des voix moins bien relayées aient mis en garde contre le parallèle établi entre deux conflits différents. En dépit de ses effets psychologiques positifs, la victoire du Hezbollah a été compensée par les suites politiques de la guerre, en particulier par l’éventualité de prochaines guerres civiles libanaise et palestinienne.

 

La différence la plus décisive entre les deux conflits est que le Hezbollah bénéficie du soutien politique et logistique de deux États alors que les Palestiniens ne tireraient leur épingle du jeu que si une révolution islamiste triomphait en Égypte. Les responsables politiques israéliens disent que Gaza est en train de devenir un nouveau Liban et que le Hamas se transforme militairement en un nouveau Hezbollah. Les experts ont exagéré la menace. De ce point de vue, l’incapacité de l’Iran à fournir une aide logistique aux Palestiniens est déterminante.

 

Les succès israéliens

 

La vérité, c’est qu’Israël a trouvé des parades significatives contre les tirs de Kassam par une combinaison de moyens militaires : barrages d’artillerie pour réduire leur précision, incursions aléatoires pour minimiser le nombre de tirs, et élimination ciblée des techniciens susceptibles d’améliorer les performances de ces missiles rudimentaires. Avant le cessez-le-feu, les incursions israéliennes ont été si efficaces, que l’armée était en mesure d’effectuer des arrestations préventives. C’était un début de reproduction du succès majeur des Israéliens dans le combat contre le soulèvement palestinien, en Judée et en Samarie, à la suite de l’opération Bouclier de Défense, qui permit des arrestations préventives massives. On ne peut faire endosser aux Palestiniens la responsabilité de la mauvaise décision du gouvernement israélien, qui a proposé un cessez-le-feu au moment où la campagne contre les Kassam commençait à enregistrer des succès.

 

Conclusion

 

Le terrorisme palestinien n’est pas un phénomène nouveau. La violence des Palestiniens et du Hezbollah est indiscutablement un défi pour les responsables de la politique de sécurité et pour les services qui la mettent en œuvre, mais le résultat est à peu près le même. Tout comme le terrorisme n’est pas parvenu, dans le passé, à empêcher les Juifs sionistes de créer un État et de multiplier par 10 la population juive, elle n’empêchera pas Israël de poursuivre sa marche vers la prospérité. Pour les Palestiniens, c’est la pire des nouvelles. Le fait que leur société soit perpétuellement au bord de la guerre civile – incapable aussi bien de lancer une guerre efficace que de s’installer dans la paix – est une seconde mauvaise nouvelle. Les conséquences de la seconde guerre du Liban font que la situation ne s’est pas améliorée pour les Palestiniens.

 

Hillel Frisch *

 

 

© Perspectives (BESA)

 

 

*  Le Dr Hillel Frisch enseigne les sciences politiques à l’Université Bar Ilan et est chercheur au BESA Center for Strategic Studies.

 

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Note de la Rédaction d’upjf.org

 

[1] Allusion à l’article séminal de Fouad Ajami, "The End of Pan-Arabism," Foreign Affairs 57, Winter 1978/79, p. 355-373.

 

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Mis en ligne le 15 janvier 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org