Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Contentieux palestino-israélien

Courir après des chimères, Evelyn Gordon
24/01/2007

Jerusalem Post,  17 janvier 2007

 

Original anglais : "Panting after a Phantom".

 

Traduction française : Albert Soued

 

 

Tous les dirigeants du monde sont en train de se démener pour raviver les négociations israélo-palestiniennes. La Chancelière allemande, Angela Merkel, qui assure la présidence de l’Union Européenne (EU) et du G8, s’emploie à en faire une priorité et elle a persuadé le Président G. Bush de ressusciter le Quartet comme premier pas. La secrétaire d’Etat Condoleeza Rice, qui vient d’effectuer une tournée au Moyen-Orient, a promis de consacrer à cette cause la majeure partie du temps qui lui reste à être en fonction, soit deux ans. Le président Français, J. Chirac, pousse vers une conférence internationale. Et j’en passe…

 

Cependant, ce qui reste obscur c’est ce que ces dirigeants espèrent obtenir, étant donné la réalité peu encourageante sur le terrain, côté palestinien.

  • L’Autorité Palestinienne (AP) est contrôlée par le Hamas, qui ne rate pas une occasion publique pour demander l’éradication d’Israël. Les dirigeants occidentaux pensent contourner ce problème en s’adressant au président de l’AP, Mahmoud Abbas, dont le parti, le Fatah, a perdu les élections l’an dernier. C’est comme si, en Israël, on s’adressait à l’opposant Yossi Beilin pour négocier, au nom d’Israël, ou si, en Grande Bretagne, on demandait à David Cameron, chef de l’opposition conservatrice, de signer un traité. Que l’on parvienne (ou non) à un accord, il serait sans aucune valeur, car inapplicable.
  • Même les exigences minimales du Fatah, dit "modéré", sont inacceptables pour quelque gouvernement israélien que ce soit. Ainsi, par exemple, la semaine dernière, dans un discours important commémorant la fondation du Fatah, Abbas a déclaré que le "droit du retour" des réfugiés palestiniens en Israël était non négociable. Il a rejeté toute tentative de les installer dans d’autres pays. Un politicien important du Fatah, Marwan Barghouti, l’a confirmé aussitôt (NdT, de sa geôle israélienne) en disant que le minimum que les Palestiniens peuvent accepter est un Etat dans les frontières d’avant 1967, avec, comme capitale, Jérusalem, la libération de tous les prisonniers et le retour des réfugiés en Israël. 

"Le droit de retour" est un  euphémisme pour dire que l’Etat juif sera éliminé sur le plan démographique, ce que rejette l’Israélien le plus "colombe". Comme tous les dirigeants Palestiniens annoncent à leur public depuis 13 ans que tout accord final inclura cette clause, aucun d’eux ne peut signer un accord sans cette clause, à moins d’accepter d’être crucifié.

  • Les luttes intestines violentes entre le Hamas au pouvoir et le Fatah, représenté par le président Abbas, ont miné toute leur crédibilité auprès du peuple. Cette crédibilité était déjà chancelante, chaque faction au pouvoir préférant accaparer les "restes" plutôt que de s’occuper du bien-être général. Ainsi, sous les deux régimes, le système de santé n’a-t-il reçu que 7% du budget de l’AP, alors que les services de sécurité, qui comptaient beaucoup de loyalistes de chaque faction, accaparaient près du quart du budget.
    De même, alors que le Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, acceptait de mettre à la disposition d’Abbas 100 millions de $ pour soulager la détresse du peuple, les collaborateurs d’Abbas déclaraient au New York Times que l’argent serait surtout utilisé "pour renforcer le mouvement Fatah et payer les milices loyalistes". Ce type de comportement a conduit, l’an dernier, les Palestiniens à chasser le Fatah, et il est en train d’entamer la popularité du Hamas.

De toute manière, ce manque de crédibilité fait que tout traité acceptable par Israël, signé par un dirigeant palestinien, serait refusé par sa population.

  • Tout accord final est supposé apporter à Israël un seul bénéfice : la paix. Or, depuis que le "processus de paix" a commencé, la terreur s’est amplifiée. Durant les deux ans et demi qui ont suivi les accords d’Oslo de 1993, les terroristes palestiniens ont tué plus d’Israéliens que lors de la décennie qui a précédé. Au cours des dernières années, ils ont tué plus d’Israéliens que durant le demi-siècle qui a précédé !

De même, l’évacuation de Gaza, en août 2005, a entraîné le lancement de 1200 roquettes sur le territoire méridional d’Israël, à partir de la zone évacuée ; ce nombre est à comparer aux 300 roquettes lancées en 2004. Tout cela en dépit d’accords signés dans lesquels les Palestiniens s’engageaient à arrêter la terreur, suivis de nombreux autres accords verbaux de cessez-le-feu. Au cours du dernier cessez-le-feu, par exemple, le sud d’Israël a subi les tirs de dizaines de missiles.

 

De plus, même les dirigeants dits "modérés" n’hésitent plus à encourager ces tirs. Lors d’un discours, la semaine dernière, Abbas a déclaré aux Palestiniens que "leurs fusils devraient être dirigés contre l’occupation israélienne" (NdT, plutôt que contre leurs frères). Il a appuyé également le "document des prisonniers", qui appelle explicitement à la poursuite de la terreur contre Israël, et il a toujours précisé qu’il n’utiliserait pas la force pour mettre fin au terrorisme contre Israël.

 

Etant donné la fréquence-record de promesses non tenues, l’énorme contrebande d’armes à laquelle se livrent tant le Hamas que le Fatah, et l’appel à l’utilisation de ces armes contre Israël par les dirigeants des deux factions, tout accord à venir entraînerait la même violence et la même terreur. Comme on ne voit aucun signe prouvant le contraire, tout Israélien sera réticent à accepter des concessions territoriales qui mettraient les villes israéliennes sous la menace des missiles et même des tirs de fusils de l’AP. En échange de quoi ? De vagues promesses qu’on ne peut contrôler.

 

Alors, raviver des négociations, pour quoi faire ? Il n’y a personne à qui parler, et rien dont on puisse parler.

 

Par contraste, un éditorial récent du Jerusalem Post a montré qu’Israël était prêt à signer un traité de paix, malgré les promesses non tenues. A l’opposé des instances palestiniennes qui n’ont jamais préparé leur population à renoncer au "droit au retour", les chefs de tous les partis israéliens, pendant les 13 années écoulées, ont toujours parlé de "concessions territoriales, douloureuses mais nécessaires", même à Jérusalem. Aujourd’hui, la majorité des Israéliens sont d’accord, alors qu’il y a treize ans, on ne trouvait pas de majorité dans ce sens. De même, alors que les Palestiniens n’ont jamais voulu stopper le terrorisme, Israël a montré sa bonne volonté en évacuant des implantations.

 

Dans ces conditions, raviver des négociations n’est pas seulement illusoire, mais également nuisible, car, en créant l’illusion d’un momentum, la communauté internationale va générer des espoirs et des désillusions, tout en négligeant d’autres voies, plus lentes mais plus adaptées, dont l’auteur vous parlera lors d’un prochain article. Il n’y a pas de miracle, que seul un messie peut faire.

 

Il y a des préalables à réaliser, qui sont plus sérieux que des bavardages sans issue.

 

Evelyn Gordon

 

© The Jerusalem Post

 

[Texte aimablement communiqué par Koira.]

 

Mis en ligne le 23 janvier 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org