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Contentieux palestino-israélien

Style bédouin : Le nouvel Haniyeh post-La Mecque, M. Macina
29/01/2007

Vous me direz qu’il y a des choses plus importantes que celle-là. Et je reconnais volontiers qu’il paraît futile de consacrer un billet, fût-il d’humeur, à un sujet apparemment aussi frivole. Vous avez dit ’frivole’ ? - Voire ! Regardez et lisez…

29/01/07 

« Haniyeh apparaît… après son retour de La Mecque, avec un nouveau style bédouin, comme un gamin qui, revenant d’Ibiza, se montrerait fièrement avec un t-shirt "Ecstasy"… Au moins, il y en a encore que ça amuse, toutes ces singeries… » (Extrait du Blog Houmous.net 

 

Vous l’avez certainement remarqué : depuis son retour du pèlerinage de la Mecque, il y a quelques semaines, le Premier ministre Hamas du gouvernement palestinien, a quelque peu changé son look. C’est le moins que l’on puisse dire. Comparez :

 

Avant

 

 

Après

 

 

 

Entre temps, il y avait eu le traditionnel rasage, avant le départ pour La Mecque.

 

 

Puis le vêtement de pèlerin arboré à Gaza, au retour du lieu saint musulman.

 

 

Restait à marcher sur les traces d’Arafat, le leader palestien charismatique par excellence.

 

 

 

De prime abord, rien de choquant dans tout cela. Le pieux fidèle qui entreprend ce pèlerinage – le Hadj, que tout musulman doit faire au moins une fois dans sa vie -, témoigne, en changeant temporairement son apparence et son habillement, du renouvellement intérieur censé résulter de cette démarche religieuse. Mais, sauf erreur, rien, dans la tradition musulmane, n’oblige le pèlerin de retour chez lui à pérenniser ce changement, ni ne cherche à l’en convaincre.

 

De plus, le peu que nous connaissons de Haniyeh, depuis son accession au poste de Premier ministre, ne corrobore guère l’image d’un musulman ultra pratiquant. Le sobre collier qu’il arbore toujours est courant chez les partisans du Hamas, comme chez ceux du Hezbollah, d’ailleurs. Il rappelle discrètement que le port de la barbe, même s’il n’est plus obligatoire, est au moins de rigueur dans certaines parties du monde musulman, et qu’en tout état de cause, il est considéré comme ’naturel’ et honorable. C’est même souvent un signe – discret, mais significatif – qui marque la différence entre les musulmans et les Occidentaux (chez lesquels le port de la barbe est marginal et sans connotation religieuse), et même entre musulmans laïques et musulmans observants.

 

A la lumière de ces précisions, il semble bien que la mue vestimentaire d’Ismaïl  Haniyeh, ait pour but d’émettre un signal politique en direction des mondes arabe et occidental, en général, et palestinien en particulier. Jusqu’ici, semble dire Haniyeh, je me suis démarqué comme représentant du parti Hamas, dorénavant je veux que l’on me considère également comme un leader nationaliste palestinien.

 

L’avenir dira si ce nouveau look n’est qu’un caprice vestimentaire ou le résultat d’une émotion religieuse passagère. Mais s’il s’avère que Haniyeh n’apparaît plus en public, désormais, sans le keffieh bédouin qu’il arbore depuis son retour de La Mecque, il faudra sans doute en déduire que nous assistons à une nouvelle phase de la lutte pour la représentation légitime de l’identité et des aspirations du peuple palestinien, qui fait rage entre les partisans du Hamas et ceux du Fatah.

 

Il semble, en effet, qu’en ajoutant au message politique intransigeant du Hamas le symbole nationaliste que véhicule le keffieh bédouin (*), le Premier ministre palestinien ait amorcé un changement d’image, susceptible, s’il réussit, de lui conférer, aux yeux des Palestiniens profondément démoralisés et en quête d’un dirigeant charismatique, une légitimité morale et religieuse contre laquelle le Fatah a peu de chances de l’emporter au prochain scrutin.

 

Un mot pour terminer. Il est curieux que la presse occidentale garde, pour l’instant, un silence quasi-total sur le sujet, qui pour elle, au moins, semble décidément bien frivole. Je ne saurais reprocher aux journalistes de n’avoir pas autant d’imagination que moi. Prudents, quand il ne s’agit pas d’une information de source palestinienne incriminant Israël, ils font preuve d’une prudence extrême, quand il s’agit d’interpréter les faits et gestes de l’establishment politique palestinien. Ce faisant, ils justifient le pastiche méchant que j’ai jadis fait de l’expression : "Il ne dit rien mais il n’en pense pas moins" : le journaliste embarrassé, lui, ne dit rien, mais il n’en pense pas plus

 

Menahem Macina

 

© upjf.org

 

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Note

 

(*) Rappelons que le port du keffieh, quelles qu’en soient la couleur et la forme, est un phénomène largement répandu au Moyen-Orient, surtout dans les monarchies du Golfe. Saddam Hussein, avait coutume de l’arborer de temps à autre, et les rois de Jordanie le revêtent souvent dans les occasions solennelles. Comme le précise l’encyclopédie Wikipedia, le keffieh est le couvre-chef traditionnel des paysans et des Bédouins palestiniens, et toute la population arabe de la péninsule arabique, d’Irak, de Jordanie, de Syrie et du Liban, le porte. Il est devenu l’emblème des Palestiniens.

 

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Mis en ligne le 29 janvier 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org