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Islam

Royaume-Uni : L’islam dans une société d’images, Michel Gurfinkiel
06/02/2007

« Les jeunes musulmans britanniques se radicalisent. Parce qu’un musulman extrémiste se "vend" mieux qu’un musulman modéré... » (M. Gurfinkiel).

06/02/07

 

Texte repris du blog de M. Gurfinkiel.

 

 

74 % des jeunes musulmans britanniques âgés de 16 à 24 ans souhaitent que les femmes musulmanes portent la tenue islamique, contre 24 % seulement de leurs aînés âgés de plus de 55 ans. C’est l’un des résultats les plus frappants d’une enquête réalisée au cours des dernières semaines par l’institut Populus, à la demande du think-tank conservateur, Policy Exchange. Mais ce n’est pas le seul. Selon la même enquête, 37 % des jeunes musulmans souhaitent envoyer leurs propres enfants dans une école islamique, contre 19 % de leurs aînés. 37 % aimeraient mieux vivre sous la charia – la loi religieuse musulmane – que sous la loi britannique, contre 17 % des anciens. Enfin, 13 % des musulmans britanniques de moins de 24 ans affirment admirer des organisations, telle Al-Qaïda, contre 3 % seulement des plus de 55 ans.


En un mot : les jeunes générations musulmanes, nées et élevées en Grande-Bretagne, sont beaucoup plus radicales que les générations nées et élevées dans des pays musulmans. Comment interpréter ce phénomène ? Munira Mirza, la sociologue qui a piloté l’enquête de Policy Exchange, estime que cette réislamisation répond, avant tout, à une quête d’identité, ou plus exactement d’image. Pour les parents, être musulman va de soi : c’est l’adaptation à la société britannique qui fait problème, ou plutôt la nécessité de se faire accepter par cette société. D’où une tendance, dans un sondage d’opinion, à donner spontanément les réponses modérées qu’attendent les enquêteurs. Pour les jeunes musulmans, au contraire, l’appartenance à la société britannique est un fait : le jeu consiste à afficher sa différence au sein de cette société, afin de renforcer sa valeur propre, "marchande" ou politique. D’où une tendance à donner des réponses provocatrices.

Un autre chiffre de l’enquête de Policy Exchange étaie cette analyse : en dépit de leur militantisme religieux ou communautaire, 62 % des jeunes musulmans estiment "avoir plus de choses en commun" avec les non-musulmans britanniques qu’avec les musulmans non britanniques. Si l’engagement des jeunes musulmans était authentiquement idéologique ou religieux, cette affirmation n’aurait aucun sens. Mais s’il se réduit, en fait, à la mise en avant d’une image au sein d’une société d’images, la contradiction n’est en fait qu’une confirmation.


Munira Mirza estime que le gouvernement travailliste britannique est largement responsable de ces dérives ou stratégies. Jusqu’à 2005, il a, en effet, adhéré à une forme extrême de multiculturalisme, selon laquelle les valeurs traditionnelles britanniques, pour démocratiques qu’elles fussent, devaient être révisées en fonction des valeurs des minorités ethniques ou religieuses, quelles qu’elles fussent. Depuis les attentats du 7 juillet 2005, il est revenu en partie sur cette approche. Mais en partie seulement.


Bien entendu, ce qui se passe en Grande-Bretagne n’est pas sans rapport avec ce qui se passe dans d’autres sociétés européennes, y compris la nôtre. Aux candidats à la présidentielle de préciser leur pensée sur ce sujet.



© Michel Gurfinkiel

 

[Texte aimablement signalé par Koira.]

 

Mis en ligne le 06 février 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org