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Shoah

Le Custode de Terre Sainte critique l’attitude de certains responsables de l’Eglise pendant la Shoa
05/05/2006

Texte repris du site "Un écho d’Israël".

 
Le quotidien Haaretz consacre un article à la conférence prononcée par le Custode de Terre Sainte, Pierbattista Pizzaballa, à l’Université de Tel Aviv, hier mardi 25 avril, jour du souvenir de la Shoah en Israël. Le Custode, qui a parlé en hébreu, a critiqué l’attitude « des responsables de premier rang » dans l’Eglise durant la seconde guerre mondiale. Il a parlé d’échec de l’Eglise quant à la formation de la conscience des croyants qui ont collaboré avec les nazis, a reconnu que certains dirigeants ont empêché d’agir pour sauver des Juifs et « n’ont pas su prendre une position courageuse et dans l’esprit du christianisme. »

Il a également ajouté qu’il « ne peut pas s’empêcher de penser que Jésus, sa mère, ses proches et ses disciples, s’ils avaient vécu pendant la période de la Shoah, auraient eu un sort identique à celui du peuple juif. »
 
Le professeur Dina Porat, la présidente du congrès, a qualifié les paroles de Pierbattista « d’émouvantes » et de « courageuses ». Les historiens qui étudient l’attitude des chrétiens pendant la Shoah ont déclaré que les propos du Custode de Terre Sainte « sont sans précédent dans la bouche d’un représentant du Saint Siège en Israël. »
 
Le père Pizzaballa s’est également posé, de nombreuses fois, la question suivante : s’il avait vécu pendant la Shoah, aurait-il eu le courage de risquer sa vie ?

Il a rappelé enfin que, depuis lors, l’Eglise avait réalisé de profonds changements et qu’elle lutte aujourd’hui contre l’antisémitisme.
Source : Haaretz, 26 avril 06
 
 
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Un nouveau Custode de Terre Sainte, Cécile Pilverdier

 
Article paru dans "Un écho d’Israël".
 
 
Le 15 mai 2004, le frère franciscain Pierbattista Pizzaballa a été nommé, par le Pape Jean-Paul II, custode de Terre Sainte pour les six années à venir, remplaçant le frère Giovanni Battistelli nommé en 1998. Le Père Pizzaballa était, depuis 6 ans, curé de la communauté catholique d’expression hébraïque de Jérusalem. Il est le premier custode de Terre Sainte parlant hébreu couramment et ayant vécu en milieu israélien.
 
Né le 21 avril 1965 près de Bergame en Italie, il a fait profession le 14 octobre 1989 et est ordonné prêtre le 15 septembre 1990. Sa formation s’est effectuée au Pontificium Atheneum Antonianum en Italie, puis au Studium Biblique franciscain de Jérusalem et à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Depuis 1998 il est professeur auxiliaire au Studium et supérieur du nouveau couvent saints Siméon et Anne, restauré en 2001, en plein coeur de Jérusalem-ouest et où, depuis ce jour, les franciscains accueillent la paroisse hébraïque.

Depuis son ordination, le 9 novembre 2003, l’évêque auxiliaire de Jérusalem Jean Baptiste Gourion chargé des communautés catholiques hébraïques l’avait nommé comme son premier assistant.
 
A 39 ans, il est l’un des plus jeunes custodes qu’ait connus la Terre Sainte. Le custode est supérieur des franciscains non seulement en Israël et en Palestine, mais encore en Jordanie, Egypte, Syrie, Liban, Rhodes et Chypre. Ayant pour mission première de veiller aux Lieux Saints, il s’occupe également, avec les autres responsables catholiques, de la pastorale des chrétiens de Terre Sainte. Sa tâche ne sera sans doute pas facile dans cette région, particulièrement perturbée, du Moyen-Orient. Tous les membres de l’équipe de "Un Echo d’Israël", qui le connaissent bien, lui souhaitent bonne chance pour sa nouvelle mission.
 
 
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Entretien avec le Père Pierbattista Pizzabella, ofm

Texte publié par l’Office de communications des Frères franciscains.
 
- Qu’est-ce que la Custodie de Terre Sainte pour vous ?
 
La Custodie est une présence établie au Moyen-Orient, appelé Terre Sainte par les chrétiens. C’est une « présence-pont », une rencontre (parfois un choc) entre deux cultures, celle de l’Orient et celle de l’Occident. De plus, je pense qu’il n’y a pas de lieu au monde comme Jérusalem, où toutes les confessions chrétiennes soient présentes. Au-delà de la difficulté évidente des relations, la Terre Sainte a un attrait unique, celui que Paul VI a défini comme « le cinquième Evangile ». Ici, nous, les franciscains, sommes une présence historique et à travers les siècles, nous avons beaucoup appris sur le dialogue avec les autres chrétiens. Au niveau interreligieux, nous sommes une petite réalité en regard des deux grandes présences, juive et islamique, mais il est bon de voir que si nous ne faisons pas partie de ces cultures, nous prenons quelques aspects de leurs traditions, et que nous réussissons à leur communiquer quelque chose de la nôtre. En ce sens, nous nous trouvons au coeur de la vie de l’Eglise et du monde ici. Malgré les limites dues à la pénurie de personnel et à la difficulté des langues locales, etc., nous pouvons toujours offrir un accueil, rencontrer des pèlerins et des croyants de toutes les parties du monde et échanger avec ceux qui ne pensent pas comme nous. La Terre Sainte est un lieu fascinant qui nous provoque continuellement ; le plus grand défi auquel nous faisons face actuellement est de ne pas nous limiter à subir les situations difficiles dans lesquelles nous vivons, mais d’y être insérés avec une attitude active et critique.
 
- Quelles sont les priorités définies pour votre mandat de Custode ?
 
Ma priorité est avant tout la Formation. C’est précisément par le fait d’être en Terre Sainte, d’avoir toujours fait partie du décor, que nous ne pouvons pas prendre le risque de vivre sur les résultats du passé : le « statu quo », par moments, peut aussi devenir une piste de réflexion. Je crois que nous avons besoin de secouer nos consciences, dans la formation initiale et permanente, pour que les choses puissent changer en Terre Sainte et, par conséquent, nous sommes aussi appelés à changer nous-mêmes, tout en restant dans le sillon de la tradition.
 
Qu’est-ce qui, à votre avis, empêche changement et renouveau ?
 
Le premier obstacle que je voudrais identifier est le manque de personnel qui, somme toute, est un problème pour une grande partie de l’Ordre. Un autre obstacle est celui de la division en groupes de langue. L’internationalité est une richesse dans la Custodie, qui devient une limite quand des groupes particuliers tendent à se refermer sur eux-mêmes, alors que chaque groupe devrait se présenter comme un enrichissement pour l’autre. Il est alors nécessaire de considérer que la Terre Sainte est une terre chargée de passions. La situation ambiante oblige chacun, en un certain sens, à s’impliquer dans les situations, mais cela comporte aussi des risques, lorsque la passion devient viscérale et que l’on se retranche derrière ses propres positions. Il faut être passionné mais ne pas se laisser prendre par les passions, car cela ôterait la liberté vis-à-vis des autres. Je pense que veiller à garder la liberté d’aimer tout le monde est fondamental aujourd’hui, spécialement en Terre Sainte. Nous, les frères, à l’exemple de François d’Assise, nous devons pratiquer l’amour pour tous comme une attitude prophétique ; c’est pourquoi notre prochain Chapitre aura pour thème « Prophètes de réconciliation et de paix ». Un prophète est quelqu’un qui est solidaire et proche de tous.
 
Qu’attendez-vous de l’Ordre des Frères Mineurs ?
 
La Custodie fait partie de l’Ordre des Frères Mineurs ; nous sommes une seule famille. La Custodie ne peut pas faire face à toutes les demandes et difficultés d’ici, au Proche-Orient. La Custodie a besoin de l’Ordre et je pense que l’Ordre a besoin de la Custodie. Si la Custodie a l’intention de se renouveler en se demandant « qui elle est » et « comment elle désire être présente en Terre Sainte », elle ne sera pas capable de trouver une réponse sans un dialogue avec l’Ordre. Nous n’avons pas seulement besoin de personnel, mais d’idées et de projets dans lesquels les Frères de tous bords puissent être impliqués.
 
Qu’espérez-vous particulièrement ?
 
Une plus grande participation des Provinces. La Custodie est définie comme « la perle des missions », mais cela reste une manière de parler. Très souvent on parle des missions sans prendre en considération la présence en Terre Sainte. Dans la Formation continue, il est aussi urgent d’impliquer l’Ordre et les Provinces. Nous désirons être en harmonie avec l’orientation de l’Ordre. Je pense qu’il y a une possibilité, ou plutôt une nécessité de collaboration.
 
La reconnaissance du Studium Biblicum de la Flagellation par l’Eglise est une confirmation d’un aspect spécifique de la présence franciscaine en Terre Sainte.
 
Le rôle du Studium biblicum franciscain et d’autres centres d’Etudes est indispensable pour la Custodie. La contribution scientifique et formatrice de ces centres ne peut être laissée de côté. Nous devons certainement confirmer, renforcer et coordonner nos centres d’Etudes pour qu’il n’y ait pas de dispersion des forces. Nous sommes numériquement une présence modeste dans un environnement interreligieux mais, précisément à cause de cela, nous devons offrir un service de grande qualité. La reconnaissance donnée par l’Eglise au Studium Biblicum franciscain confirme notre engagement dans cette direction. Pour cela, il sera nécessaire de continuer à investir et à focaliser nos énergies dans ce domaine.
 
Pensez-vous qu’il soit nécessaire d’avoir une attitude différente dans vos relations avec l’autorité civile ?
 
Par-dessus tout, nous devons recouvrer notre liberté. Il y a une tendance, d’un côté, de la part de l’autorité locale et, de l’autre, de la part de l’autorité internationale, d’instrumentaliser notre présence. Il existe le risque que certains événements soient utilisés et instrumentalisés. Je pense qu’il est très important pour nous de garder un langage non politique et d’avoir une attitude prophétique. Cela ne veut pas dire se désintéresser de ce qui se passe autour de nous, mais conserver notre autonomie et notre liberté vis-à-vis de tous, sans avoir de préjugés envers qui que ce soit.
 
Deux particularités de la présence franciscaine en Terre Sainte ont été l’attention aux pèlerins et aux chrétiens locaux. L’une des activités pratiques dont la Custodie s’occupe est la construction de maisons pour les chrétiens. Pensez-vous qu’il est opportun de continuer cette sorte d’activité ?
 
Le problème des maisons pour les chrétiens de Terre Sainte est très sérieux. Nous devons être attentifs à ne pas nous transformer en un ministère d’infrastructure. Peu importe combien de maisons nous pourrons construire ; cela ne résoudra pas le problème de la survie des chrétiens. C’est dans cette perspective que nous sommes appelés à donner notre contribution pratique.
 
La construction des maisons visait à éviter l’émigration : de nombreux Chrétiens quittent la Terre Sainte...
 
Dans les Territoires, l’émigration est vraiment un problème dramatique, tandis que pour les chrétiens qui vivent en Israël les problèmes sont différents. La Custodie, par exemple, ne construit pas de maisons pour eux. Vous devez vous souvenir que les pauvres ne partiront jamais, ils resteront toujours avec nous parce qu’ils n’ont pas l’argent nécessaire pour émigrer. D’un autre côté, un sérieux problème est la diminution d’une présence chrétienne formée, parce que celui qui a les moyens économiques et une bonne formation émigre dès qu’il ne voit plus de perspective pour l’avenir. Le problème existe dans les Territoires Palestiniens et est dû spécialement à la situation politique et à l’absence de projet économique. Dans ce cas, la construction des maisons est importante, mais la Custodie ne peut pas se limiter à ne faire que cela. Nous, les frères, devons être en plus grande solidarité, moins des assistants et davantage une présence. Les gens n’ont pas besoin d’argent seulement, mais ils demandent l’espérance, ils voudraient être aidés à croire en l’avenir.
 
Que pensez-vous du mur de séparation ?
 
Je comprends la peur et l’angoisse d’Israël. Je suis certain que le mur n’est pas la réponse. Israël veut se défendre contre les attaques terroristes mais, en réalité, le mur divise les villages des terres, l’école des enfants, l’hôpital des malades : tout cela est difficilement compréhensible. L’histoire enseigne par ailleurs que tous les murs finissent tôt ou tard par tomber. C’est une réponse inspirée par la peur, qui n’a pas de perspective dans le temps, car la force des idées et la force de la vie dépassent n’importe quelle barrière.
 
Vous avez vécu proche de la réalité des communautés chrétiennes, soit d’origine juive soit d’origine palestinienne. Comment se situent-elles face à cette situation dramatique ?
 
Ce que j’ai remarqué dans les communautés chrétiennes, c’est qu’il y a beaucoup de fatigue psychologique et spirituelle. Les chrétiens ne sont pas un peuple en soi ; être chrétien ne signifie pas : appartenir à une entité nationale et la foi ne s’identifie pas à une identité nationale. Il y a des chrétiens des deux côtés et chacun s’identifie avec son propre peuple. Les chrétiens palestiniens sont en solidarité avec les Palestiniens et les chrétiens d’origine juive sont en solidarité avec les Israéliens, même si, évidemment, ils ne partagent souvent pas les choix de leurs gouvernements respectifs.
 
Quelles sont les perspectives pour l’avenir de la Custodie, en relation aussi avec la situation actuelle dans laquelle elle est insérée ?
 
Le point de départ de la présence franciscaine au Moyen-Orient est la rencontre de St François avec le sultan Melek el Kamil. Dans un contexte de guerre, durant les Croisades, François d’Assise a sauté par-dessus les fossés pour aller parler, dialoguer avec le sultan, lui qui était considéré comme l’ennemi par excellence, l’infidèle. L’avenir est dans ce geste prophétique de dialogue. Ceci est mis en pratique et vécu d’abord et avant tout dans les relations entre nous, les frères, - qui venons de pays différents, de cultures différentes -, et ensuite dans les relations avec les hommes et les femmes qui vivent en Terre Sainte. Il nous faut repartir des origines, des motivations qui ont fait désirer à François d’entreprendre ce voyage pour vivre à son tour l’expérience de Jésus-Christ, pour voir de ses propres yeux les lieux où le Fils de Dieu est né, a vécu, est mort et est ressuscité pour le Salut de l’humanité.
 
(Traduit de l’anglais par "Un écho d’Israël")
 
Mis en ligne le 03 mai 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org