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’’Paradise now’’ : du terrorisme palestinien au terrorisme intellectuel, Ph. Meyer
21/09/2005

"Martelé tel un mauvais refrain qui ne s’arrête pas, l’attentat-suicide est « expliqué » par l’occupation israélienne et la souffrance des Palestiniens. Aucune critique ni remise en question, basées sur un minimum de valeurs humaines et morales, d’une telle argumentation terroriste, ne sont formulées dans le film. Au contraire. Si l’acte terroriste n’est pas - prudence oblige - ouvertement légitimé, il n’est, en revanche, aucunement dénoncé ni combattu pour ce qu’il est réellement : un acte de pure barbarie et de bestialité, indigne de tout être humain."
Sur le site de Guysen Israel News

19 septembre 2005
 
Le film « Paradise now », réalisé par Hany Abu-Assad et actuellement projeté sur les écrans parisiens, relate vingt-quatre heures de deux kamikazes palestiniens, amis d’enfance, vivant à Naplouse, militants de longue date dans les partis radicaux palestiniens et finalement recrutés pour commettre un attentat-suicide à Tel Aviv.
 
Tournée sur place, l’histoire présente, à première vue, le contexte économique et social dans lequel vivent les Palestiniens des territoires, la présence militaire israélienne, les méthodes de recrutement et d’embrigadement des futures bombes humaines, les motivations avancées pour commettre l’acte fatal, les doutes éventuels à l’approche du moment décisif, et finalement, la décision de franchir le pas.

Mais à y regarder de plus près, et au-delà de la description politico-psychologique des deux futurs kamikazes et du jeu cinématographique des deux acteurs en question - plutôt réussi, d’ailleurs -, le message distillé et envoyé par le réalisateur Abu-Assad est à la fois déroutant, dangereux et instructif.

Le message est déroutant, parce que jamais, au cours des 90 minutes du film, mention n’est faite de la nature même de l’attentat-suicide : tuer le plus massivement et le plus aveuglement des victimes innocentes israéliennes. Jamais le moindre remords, le moindre regret, voire la moindre réflexion sur ce sujet. L’acte terroriste n’est que la suite logique d’un contexte économique et politique jugé injuste. Il est naturel et compréhensible. Si des doutes peuvent éventuellement s’emparer d’un des kamikazes ou d’une de ses proches, c’est uniquement parce que commettre un tel attentat reviendrait à devenir aussi bestial que l’«ennemi sioniste», et à altérer ainsi la cause palestinienne.

On aurait pu s’attendre à ce qu’un réalisateur palestinien de 2005 en vienne montrer l’hésitation de ses personnages avant qu’ils ne commettent leur acte ignoble, et ce en raison de la nature même de cet acte et non de considérations purement cyniques et machiavéliques. Malheureusement, Abu-Assad n’exprime aucune compassion, aucune gêne à propos de la vie des femmes et des enfants qui seront déchiquetés dans le bus emprunté par le terroriste. Martelé tel un mauvais refrain qui ne s’arrête pas, l’attentat-suicide est « expliqué » par l’occupation israélienne et la souffrance des Palestiniens. Aucune critique ni remise en question, basées sur un minimum de valeurs humaines et morales, d’une telle argumentation terroriste, ne sont formulées dans le film. Au contraire. Si l’acte terroriste n’est pas - prudence oblige - ouvertement légitimé, il n’est, en revanche, aucunement dénoncé ni combattu pour ce qu’il est réellement : un acte de pure barbarie et de bestialité, indigne de tout être humain. Les vies israéliennes ne comptent certes guère aux yeux remplis de froideur et de terreur des fanatiques ceinturés de bombes, mais on aurait pu attendre autre chose d’un réalisateur cinématographique en quête de considération internationale.

Le message est dangereux, parce que, outre l’absence totale de délégitimation morale du terrorisme, le film utilise la technique traditionnelle de la désinformation à l’encontre d’Israël. Images de soldats froids et effrayants, aux check points, responsabilité d’Israël comme unique responsable de la misère palestinienne, contraste particulièrement mis en avant entre la pauvreté moyenâgeuse des villes palestiniennes et la modernité occidentale des villes israéliennes, et surtout, présentation des « cibles » choisies par les terroristes : si l’un d’entre eux hésite et finalement refuse de monter dans un bus remplis uniquement de civils, il n’hésitera pas à le faire dans un bus bondé de militaires. Une façon insidieuse de laisser croire au spectateur que l’acte du kamikaze palestinien s’apparente davantage à la lutte armée qu’au terrorisme aveugle et devient, de ce fait, plus compréhensible et plus respectable. Or, non seulement un tel choix n’existe pas dans la réalité, plus de mille morts civils israéliens ont été tués par les bombes des terroristes, mais se faire exploser au milieu d’hommes en uniforme ou d’hommes en civil relève évidemment de la même lâcheté et de la même ignominie.

Quand on sait les dégâts qu’a déjà faits ce type de désinformation dans nos villes, nos banlieues et ailleurs dans le monde, au cours de ces dernières années, on ne peut que condamner, avec la plus grande véhémence, l’usage d’un procédé aussi indigne, qui est davantage l’apanage de militants enturbannés que de cinéastes éclairés.

Le message est instructif, parce que ce film montre finalement le vrai visage des terroristes palestiniens, insensibles et inhumains, mais aussi le visage de ceux qui, au sein des territoires palestiniens, seraient tentés de s’opposer au terrorisme. Ces fameux « modérés » ne condamnent en rien les attentats pour des raisons morales ou humaines, mais uniquement pour tenter de parvenir plus rapidement à leurs fins par d’autres moyens. Est-ce avec ces gens-là que les territoires palestiniens seront un jour une démocratie et qu’Israël pourra, demain, faire la paix ?

Plus qu’un film militant, « Paradise now » n’est rien d’autre qu’un documentaire de propagande, qui ne cherche nullement à condamner le terrorisme aveugle palestinien, mais s’évertue, au contraire, à diaboliser Israël.

Les critiques de la presse française ont, comme on pouvait s’y attendre, encensé et défendu le film. Pour le magazine Elle, le film « montre, sans la défendre, la spirale infernale qui mène à l’acte terroriste ; un acte réussi ». Pour Le Nouvel Observateur, le cinéaste « se sort [sic ?] avec droiture et honnêteté, cette condamnation sans appel de toute violence vaut d’être entendue ». Pour Ouest-France, Abu-Assad « aura, avec sincérité et honnêteté, et toujours dans la rigueur de l’équilibre, tenté de réunir des éléments de questions et de réponses à un drame qui ne laisse entrevoir aucune solution ». Pour Libération, le film est « un reflet plutôt juste de ce qui se passe dans les territoires palestiniens ». Pour Le Monde, enfin, « l’occupation y est ainsi dénoncée comme la raison du désespoir qui les amène à prendre cette décision ». Une analyse présentée comme « aussi juste qu’essentielle sur le fond ».

Quand le terrorisme palestinien, là-bas, reçoit en écho le terrorisme intellectuel d’ici.

Bravo, mesdames et messieurs les critiques ! Voilà un travail de rigueur, d’honnêteté et de partialité qui inspire le respect. On croirait lire les communiqués du Quai d’Orsay sur la situation politique et militaire sur le terrain. Mais, comme on le dit dans le cinéma, toute ressemblance avec des personnages –  pardon, ici, avec des propos – ayant réellement existé, est pure coïncidence.

Au moment où Israël a récemment fait la démonstration d’un geste exemplaire en faveur de la paix, et alors qu’on est désormais en droit d’attendre une réponse proportionnée de la part de l’Autorité palestinienne, un tel film, et un tel accueil, ne sont d’aucune aide pour faciliter l’avancée sur un chemin de la paix, qui demeure, preuve en est à nouveau administrée, semé d’embûches.

Philippe Meyer
 
© Guysen Israel News
 
Vos réactions : redaction@guysen.com
 
Mis en ligne le 21 septembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org