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Contentieux palestino-israélien

La paix est indésirable pour les ennemis d’Israël, R. Grynpas
21/02/2007

31/01/07

 

Davos et le silence de Mahmoud Abbas.

        

La ministre israélienne des Affaires étrangères, Mme Tsipi Livni, a déclaré, au sommet économique de Davos, que la création d’un Etat palestinien était de l’intérêt aussi bien des Palestiniens que d’Israël. Depuis des décennies c’est une évidence pour l’écrasante majorité des politiciens israéliens ; pourtant, une personne aussi avertie que Mme Livni se sent obligée de le répéter. Elle a raison, parce qu’il semble que cette évidence n’a pas encore atteint les neurones de tous les responsables politiques, qu’ils soient Palestiniens ou amis des Palestiniens. Ainsi, nous ne comprenons pas pourquoi des responsables politiques belges préparent plus d’une centaine de jumelages entre communes belges et palestiniennes dans le cadre de « l’année de la Palestine ». Or, s’ils montraient quelque souci de faire progresser la cause de la paix entre Israël et les Palestiniens, nos mandataires communaux prendraient sur eux de chapeauter des jumelages entre communes israéliennes et palestiniennes ; ce faisant, ils organiseraient des rencontres entre Israéliens et Palestiniens, et inversement. Par contre, des jumelages entre communes belges et palestiniennes, excluant de fait les communes israéliennes, seront tout au plus une contribution à l’impasse tragique où sont enfermés les Palestiniens, et surtout contribueront à l’endoctrinement anti-israélien de l’opinion publique belge.

        

Toujours à Davos, Mme Tsipi Livni s’est aussi sentie obligée de répéter, à la suite de sa rencontre avec le Président palestinien, Mahmoud Abbas, qu’Israël ne transigera pas sur sa sécurité. Elle a répété cette évidence après qu’elle eut expliqué le sens de sa rencontre avec Abou Mazen, alias Mahmoud Abbas : Israël soutient la solution de deux Etats pour deux peuples.

        

Il est étonnant que personne n’ait encore jugé opportun de signaler que le Président de l’Autorité palestinienne n’a pas jugé nécessaire d’au moins laisser entendre que l’Autorité palestinienne soutenait aussi « la solution de deux Etats pour deux peuples ». Considérant le mutisme de M. Abbas sur la perspective de deux Etats pour deux peuples, on comprend mieux pourquoi Mme Livni a jugé de son devoir de répéter qu’Israël ne transigera pas sur sa sécurité. Si le Président de l’Autorité palestinienne avait déclaré qu’il était aussi favorable à « la solution de deux Etats pour deux peuples », Mme Livni n’aurait sans doute pas jugé impératif de répéter un principe existentiel pour l’Etat-nation des Juifs. Comment un tel contexte pourrait-il inspirer quelque optimisme que ce soit quant à l’issue de la présente tentative de relancer des négociations conduisant à « deux Etats pour deux peuples » ? Pourtant, le petit univers des diplomates qui comptent s’agite beaucoup. Et ce n’est pas la première fois, depuis la résolution 242 des Nations Unies de novembre 1967 : la paix contre DES territoires. C’est en effet sur cette base qu’un Etat palestinien pourra émerger. Néanmoins, personne n’a jamais entendu un leader palestinien formuler une déclaration allant dans ce sens.

        

Bref, un fait demeure plus fort que les gesticulations diplomatiques : en trente ans, aucun leader palestinien n’a déclaré soutenir « la solution de deux Etats pour deux peuples ». De plus, avec le Liban qui retourne à la guerre civile, au nord d’Israël, la guerre d’Irak, dont l’issue est encore indécise, et l’Iran, dont la menace reste entière, je ne perçois pas ce qu’espèrent obtenir des Palestiniens tous ces diplomates, de Mme Rice à M. Ban Ki Moon, Secrétaire Général des Nations Unies. D’autant plus que l’Autorité palestinienne est contrôlée par le Hamas qui ne rate pas une occasion publique pour demander l’éradication d’Israël, ce qui n’est pas la cause des massacres interpalestiniens (plus de trente-cinq morts et près de 1500 blessés, en quatre jours). En Judée et en Samarie, les règlements de compte font sans doute moins de victimes palestiniennes, mais les Forces de Défense d’Israël y déjouent des attentats-suicide tous les jours.

        

Or, à voir les efforts déployés par les dirigeants occidentaux on peut supposer qu’ils croient le Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, capable de faire avancer l’Autorité palestinienne et le Conseil National Palestinien vers une acceptation formelle de la résolution 242 : « DES territoires contre la paix », le principe sur lequel bâtir un accord de paix entre l’Etat d’Israël et un futur petit Etat palestinien. Malheureusement, rien ne permet de fonder l’espoir que le Président de l’Autorité palestinienne puisse réunir quelque consensus palestinien que ce soit en vue de la mise en œuvre de cette résolution. On peut d’ailleurs se poser la question de savoir comment il pourrait imposer son autorité, alors que son parti, le Fatah, a perdu la majorité au Conseil National Palestinien et doit batailler à Gaza pour exister. Pour renforcer sa légitimité, Mahmoud Abbas, va tenter des élections législatives en juin prochain, et ce n’est pas gagné d’avance. En attendant, aucun Palestinien ne peut déclarer soutenir « la solution de deux Etats pour deux peuples » sans mettre sa vie en danger. 

        

En fait, M. Abbas ne peut dire autre chose que Marwan Barghouti, qui a énoncé, de sa prison, les exigences non négociables du Fatah :

  1. un retour de l’Etat d’Israël aux lignes d’armistice (ligne verte) d’avant juin 1967 ;
  2. Jérusalem pour capitale de l’Etat palestinien ;
  3. la libération de tous les prisonniers palestiniens ;
  4. le retour des réfugiés palestiniens.

 

Mme Tsipi Livni peut déclarer soutenir « la solution de deux Etats pour deux peuples », mais Mahmoud Abbas ne le peut pas, parce qu’il ne soutient pas cette solution ; en tout cas, il en est politiquement incapable. D’où son silence.

        

Faut-il rappeler que, depuis 1993, quand la déclaration de principe (non les « accords ») d’Oslo a lancé ce qu’il est convenu d’appeler le processus de paix, plus d’Israéliens ont été tués que depuis la proclamation d’indépendance de l’Etat-nation des Juifs, l’Etat d’Israël. Depuis que les Israéliens ont abandonné la bande de Gaza aux Palestiniens, plus de 1300 roquettes Kassam ont explosé dans le sud d’Israël. De plus, même le dirigeant palestinien « modéré » par excellence, qu’est Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, n’hésite pas à recommander à ses hommes de tourner leur fusil contre l’occupation israélienne (plutôt que contre leurs frères). Et, même à Davos, il n’a pas hésité à répéter aux journalistes qu’il appuyait le « manifeste des prisonniers ».

 

La paix se gagne sur des ennemis vaincus, pas sur des illusions.

        

Peut-on croire que des diplomates de la stature de Mme Rice ou de M. Ban Ki Moon se bercent d’illusions quant à la possibilité que le Président de l’Autorité palestinienne se convertisse à « la solution de deux Etats pour deux peuples » et, quant à son aptitude à entraîner les Palestiniens dans cette conversion ? Les Grecs traduisaient « conversion » par « epistrophè » ou « retournement », et c’est bien ce qu’il faudrait dans le cas qui nous occupe : un retournement de la réalité palestinienne. Mais rien ne le laisse présager.

        

La présente tentative de relancer le processus de paix tient à trois faits :

 

  1. Depuis le « Je tends une main fraternelle à nos voisins arabes avec qui nous partageons cette terre », de Ben Gourion, l’Etat d’Israël s’est toujours déclaré prêt à signer un traité de paix, comme il l’a fait quand l’occasion s’est présentée avec l’Egypte et, vingt ans plus tard, avec le Royaume Hachémite de Jordanie. Rappelons que, depuis plus de treize ans, tous les gouvernements israéliens ont répété qu’ils étaient prêts à faire des concessions territoriales, douloureuses mais nécessaires, même à Jérusalem, et ce, malgré les promesses non tenues de l’Autorité palestinienne.
  2. La surmédiatisation du conflit israélo-palestinien montre la force des symboles ; dans cette perspective, engager les acteurs du conflit dans les formalismes diplomatiques permet d’exorciser la menace que représente le Hamas à l’échelle de tout le Moyen-Orient, dans la mesure où son contrôle prolongé de l’Autorité palestinienne transformerait irréversiblement le mouvement national palestinien en une excroissance de l’islamisme, ou, plus exactement, de l’islam impérialiste.
  3. Le vieux fantasme de la possibilité d’imposer une solution continue de hanter les couloirs feutrés de certains ministères des Affaires étrangères. Pour ce faire, on agit comme on l’a toujours fait en ce cas, on cherche le point le plus faible, en l’occurrence, Mahmoud Abbas et le Fatah.

L’écrasante majorité des Israéliens et des Juifs de la diaspora espèrent que les Palestiniens accepteront un jour de réaliser leur destin national en vivant pacifiquement aux côtés de l’Etat d’Israël, l’Etat-nation des Juifs. Cet espoir est partagé par l’UE, les USA, la Russie et l’ONU, cosignataires de la « carte routière ». Alors, pourquoi compromettre un peu plus sa crédibilité en réactivant tout un appareil diplomatique pour aboutir à une nouvelle déception ? Bien sûr, les seuls qui seront déçus sont ceux qui croient cette initiative opportune, parce qu’on ne doit négliger aucune chance. C’est un peu comme crier au loup. En effet, ils prennent le risque de rendre encore plus illusoire un retournement tel que « la solution de deux Etats pour deux peuples » soit un jour adoptée par l’Autorité palestinienne.

        

Pour sortir de cette impasse, où la Palestine de l’Autorité palestinienne pourrait disparaître au profit d’une Palestine jordanienne (ce qu’elle a déjà été, en fait, pendant trente ans), les Palestiniens doivent renoncer au « manifeste des prisonniers ». Pour ce faire, ils n’ont d’autre choix que de renoncer aux impostures qui fondent les mythes consignés dans la charte de l’OLP, la base légale du Conseil National Palestinien. De plus nous savons que les cosignataires de la « carte routière » n’ont pas la volonté d’imposer à l’Autorité palestinienne « la solution de deux Etats pour deux peuples », car il faudrait ensuite expliquer aux Palestiniens et aux réfugiés palestiniens que tout ce qu’ils ont enduré à cause de quelques impostures était vain.

        

Faisant comme si ces faits n’en n’étaient pas, Mme Rice a invité à Washington le Premier ministre israélien et le Président l’Autorité palestinienne. Qui pourrait-elle faire fléchir ? Le plus faible des deux évidemment. Or, quelle que puisse être la situation du Premier ministre israélien, il représente un Etat moderne qui a su prospérer en dépit de la guerre, alors que le Président de l’Autorité palestinienne doit maintenir son autorité chez les siens à coups de fusil. Malheureusement, le plus faible est si peu crédible qu’il ne peut s’engager sur rien. Il est vrai que cette initiative américaine n’a pas encore été suivie d’invitations formelles.

        

En attendant, les perspectives de paix entre l’Etat d’Israël et l’Autorité palestinienne s’estompent dans un avenir lointain. Le fait que, lundi, un assassin-suicide se soit introduit à Eilat en provenance d’Egypte, et que trois groupes terroristes se vantent de ce crime, ne va pas donner plus de moyens à Abbas pour se faire mandater en vue de négociations de paix. Cet acte est aussi une preuve de l’islamisation du nationalisme palestinien. En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 97% des attentats-suicide sont dus à des Musulmans, presque tous sunnites. De plus, les documents que ces misérables laissent derrière eux sont pleins de délire religieux et de paroles de haine. La mentalité de ces assassins, des organisations qui les recrutent et de leurs sponsors, est très exactement à l’opposé de l’esprit et de la lettre de la résolution 242 (de novembre 1967) et de sa conséquence, « la solution de deux Etats pour deux peuples ».

 

Les ennemis de l’Etat d’Israël, l’Etat-nation des Juifs ne veulent pas la paix, qu’ils perçoivent comme une victoire des sionistes, pour les Arabes, ou des Juifs, pour les amis de la Palestine. Ils colportent une désinformation qui veut faire croire que les Israéliens font tout pour saboter la paix, alors que pas un seul leader palestinien ne s’est jamais déclaré favorable à « la solution de deux Etats pour deux peuples », contrairement à Mme Tsipi Livni, qui se situe ainsi dans la ligne de tous les gouvernements israéliens depuis plus de trente ans.

        

Cette réalité est lourde de menaces pour l’Etat d’Israël, l’Etat-nation des Juifs, et tragique pour les Palestiniens. En effet, étant donné que personne n’a jamais fait la paix avec des ennemis qui refusent tout compromis (1), les Forces de Défense d’Israël devront, tôt ou tard, détruire les organisations terroristes, avec les pertes collatérales que cela risque d’entraîner. Encore faudra-t-il ensuite que la communauté internationale se mobilise pour aider les Palestiniens à accepter « la solution de deux Etats pour deux peuples ». Or, ces évidences étant occultées, les cosignataires de la « carte routière » ne pourront s’entendre sur une politique allant dans ce sens ; par contre, d’innombrables médias et des responsables politiques s’apprêtent à accabler un Israël qu’ils accusent d’avoir ruiné un « espoir de paix ».

 

C’est en sens que je pense que les efforts diplomatiques déployés en ce moment ont un caractère pervers : tout le monde en parle comme si les souhaits des Occidentaux et de la majorité des Israéliens allaient enfin changer la réalité et entraîner un retournement des mentalités palestiniennes. Ce qui reste à démontrer.

 

© Raphaël Grynpas

 

 

(1) Les alliés ont fait la paix avec l’Allemagne Fédérale de Konrad Adenauer, pas avec les nazis. Napoléon était à Sainte Hélène quand la coalition a fait la paix avec la France de la Restauration. L’armée anglaise a dû être vaincue pour que les USA émergent, etc.

 

 

Mis en ligne le 21 février 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org