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Israël (Société - mentalités)

"Mon embarras en Amérique". [A propos de la dégradation morale de dirigeants israéliens], D. Forman
19/02/2007

Article sévère, voire cruel, malgré sa sincérité. Il ne convaincra pas tout un chacun (voir les critiques des 32 lecteurs qui ont réagi de manières diverses à ce texte, sur le site du JP). On peut regretter que D. Forman ne tienne pas compte de la présomption d’innocence, si faible soit-elle, à laquelle a droit M. Katsav, puisqu’il n’a pas été jugé pour les faits qu’on lui reproche. Ceci étant dit, l’auteur a raison d’insister sur le malaise, pour ne pas dire plus, que ces affaires lamentables causent aux Juifs de la Diaspora, et pas seulement aux Etats-Unis. (Menahem Macina).

 15 février 2007

 

Jerusalem Post

 

Original anglais : "Embarrassed in America".

 

 

Traduction française [*] : Menahem Macina

 

L’image du Juif dans le monde et la perception du judaïsme sont aujourd’hui fonction de ce que nous faisons, nous, Israéliens, dans notre pays. Israël est devenu la référence à l’aune de laquelle le monde juge les Juifs. Par conséquent, une grande responsabilité pèse sur les épaules de ceux qui vivent dans ce pays, car nous avons toujours clamé qu’Israël se trouve là où un Juif agit.

 

Nous avons constamment démontré pourquoi Israël est au centre du monde juif. Nous envoyons nos troupes à Entebbe pour libérer des otages juifs, nous nous précipitons à Addis Abeba, en pleine guerre, pour secourir des Juifs éthiopiens, et nous mettons tout en œuvre pour absorber des centaines de milliers de Juifs russes.

 

Nous sommes la fierté du peuple juif.

 

Et même quand nous trébuchions, ternissant l’image positive que nous voulons donner aux yeux de la communauté juive de la Diaspora, nous avons toujours été capables d’éluder la critique, en nous comparant favorablement par rapport aux autres nations du monde. Certes, les critiques ne manquent pas, venant de nos frères et sœurs de l’étranger : notre guerre manquée au Liban, le manque de pluralisme religieux, et le mauvais traitement des Israéliens arabes, entre autres.

 

En mettant l’accent sur le contexte politique complexe et les réalités sociales dans lesquels nous vivons, nous parvenons à atténuer la critique, et parvenons souvent à faire apprécier notre aptitude à nous autocritiquer.

 

Cependant, lorsque je me rends aux Etats-unis pour m’adresser à des publics juifs, je constate qu’il devient de plus en plus difficile de présenter Israël sous un jour favorable. La raison en est que je suis rarement confronté aux questions banales auxquelles j’ai dû faire face dans le passé - le conflit israélo-palestinien, la barrière de sécurité, ou ce qui arrivera avec l’Iran -, questions auxquelles on peut trouver des réponses logiques.

 

Au contraire, quel que soit le sujet que je traite, la préoccupation majeure des Juifs de la Diaspora concerne le malaise moral qui est train d’envahir l’état Juif. Cela va du Président, qui risque d’être inculpé de viol, au Ministre de la Justice, coupable de conduite indécente, à des fonctionnaires du fisc, accusés de fraude, jusqu’au Premier ministre, suspect d’avoir trompé la confiance publique, et de possibles magouilles qui tombent sous le coup de la loi.

 

J’explique que la mise sur la place publique de ces situations aberrantes témoigne de sa démocratie vigoureuse, de son système judiciaire inflexible, et de la liberté dynamique de sa presse. Nous ne cachons pas nos défauts, mais nous les affrontons. Pourtant malgré le mal que je me donne pour expliquer qu’en lavant notre linge sale en public, nous agissons positivement, une interprétation aussi créative ne rencontre pas d’écho chez mes auditeurs. C’est comme si j’essayais de justifier la dégradation morale qui caractérise tant de nos dirigeants.

 

La triste vérité c’est qu’il n’y a rien à dire de positif à propos de Moshé Katsav, le président du peuple juif, qui sera bientôt inculpé sur plusieurs chefs d’accusation pour abus sexuel. Katsav fait passer Bill Clinton - qui a donné un sens nouveau au concept de "relations sexuelles", dans ses ébats avec Monica Levinski - pour un modèle de moralité vertueuse. Et qui a entendu parler d’un ministre de la justice qui introduit de force sa langue dans la bouche d’une jeune fille qui peut avoir l’âge de sa fille ?

 

Face à un état aussi désolant de la moralité des dirigeants, pouvons-nous continuer à clamer que nous, qui vivons en Israël, représentons le monde juif ?

 

Les Juifs de la Diaspora ne considèrent plus nos dirigeants comme des personnages héroïques ou mythiques. Ils sont plutôt perçus comme des individus qui non seulement sabotent le soutien des Juifs américains à Israël, mais qui confèrent aussi une crédibilité aux Juifs de la Diaspora qui affirment qu’il n’est pas nécessaire qu’Israël constitue un élément central de la manière dont chacun se définit comme Juif.

 

Nous avons créé une réalité déprimante. Je dis cela parce qu’aucun de nous ne devrait penser que nos dirigeants ne sont pas le reflet d’une volonté morale du peuple. Un vieil  adage dit que nous récoltons ce que nous avons semé - et c’est nous qui avons permis au plus petit commun dénominateur de parvenir au sommet, de diriger notre pays et de représenter le monde juif.

 

Pour mon public de Diaspora, l’aspect le plus déconcertant de la situation actuelle n’est pas la dépravation éthique des dirigeants israéliens, mais plutôt l’apathie de l’ensemble des citoyens et l’inertie qui semble les empêcher de faire quelque chose pour changer la situation. On n’a pas besoin aujourd’hui de ces apologistes israéliens qui parcourent l’Amérique en "médecins itinérants" (spin doctors) pour tenter de cacher le cancer moral qui infecte notre corps politique. Nous avons plutôt besoin que se dressent des Jérémie, des Isaïe, des Michée et des Amos pour prendre la tête de la protestation des masses. Des milliers d’Israéliens devraient manifester devant la résidence présidentielle, pour demander au président de rester chez lui, à Qiryat Malachi, car sa seule présence dans la demeure présidentielle souille le foyer universel du peuple juif. Notre Premier ministre Ehoud Olmert devrait faire de même.

 

Combien de scandales scabreux devrons-nous subir avant que nous soyons finalement poussés à nous lever tous ensemble et à dire « Assez ! » ?

 

Il est temps d’exprimer une juste indignation devant la conduite de nos dirigeants, sinon, nous continuerons à nous aliéner les Juifs de la Diaspora, tout en souillant notre intégrité morale. Si nous voulons à nouveau proclamer fièrement qu’Israël est l’honneur du peuple juif, et à nous prévaloir de notre sentiment d’intégrité en tant que nation, nous devons exiger de nos dirigeants qu’ils soient moralement irréprochables !

 

David Forman

 

© The Jerusalem Post

 

[Texte aimablement signalé par Koira.]

 

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[*] Une première traduction de cet article a été effectuée par Artus pour le site Nuit d’Orient. Malgré sa bonne qualité, elle s’écartait trop de l’original pour que je la mette en ligne en l’état. J’ai donc retraduit ce texte intégralement, mais je tiens à exprimer ma dette à l’égard du travail méritant d’Artus.


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Mis en ligne le 18 février 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org