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Shoah

Pour Friedländer, historien de la Shoah, les Allemands savaient, N. Versieux
17/01/2007

Voir aussi : "La Shoah ou la solitude des Justes, entretien avec Saül Friedländer".

 

12 janvier 2007

 

Encore un livre qui secoue la bonne conscience allemande, en démontrant que la grande majorité de la population du IIIe Reich était consciente du sort de ses concitoyens juifs. «Le plus important livre historique de la saison», se félicitait le magazine Die Zeit à la parution du dernier ouvrage de l’historien israélien Saul Friedländer. Les Années de l’extermination - le IIIe Reich et les Juifs de 1939 à 1945, rencontre, en Allemagne, un écho considérable. A la différence des ouvrages déjà parus sur la Shoah, ce travail d’historien met, en effet, l’accent sur les victimes et non sur la machinerie de mort nazie.

 

Destins individuels 

 

«On a pendant trop longtemps centré les recherches sur les bourreaux, sur les moyens mis en oeuvre par les nazis, et le mérite de Friedländer est de faire des six millions de victimes six millions d’êtres humains, de retracer les destins individuels», analyse l’historien Wolfgang Benz, qui dirige l’Institut de recherche sur l’antisémitisme de l’université technique de Berlin.

 

Le livre décrit chronologiquement en trois étapes (la terreur de 1939 à l’été 1941, le massacre de l’été 41 à l’été 42, et la Shoah de l’été 42 au printemps 45) la mise en oeuvre du processus d’extermination industrielle planifiée des Juifs d’Europe à travers dix-sept pays. Il montre notamment comment les dirigeants nazis progressent vers «la solution finale» et la façon dont elle est perçue par les témoins : journaux intimes de Juifs persécutés et de «spectateurs», ces Allemands, Français, ou Ukrainiens qui en savaient beaucoup plus sur l’Holocauste que ce qu’ils ont bien voulu avouer après la guerre. Le livre développe des thèmes déjà abordés par Peter Longerich, professeur au Royal Holloway College de Londres, qui démontrait, début 2006, que les Allemands du temps de la guerre connaissaient la réalité de la Shoah.

 

Terrain fertile

 

Né en 1932 et seul rescapé d’une famille juive allemande de Prague, Friedländer, qui enseigne à Tel-Aviv et à Los Angeles, sait de quoi il parle. Il s’intéresse au rôle joué par l’antisémitisme dans l’Europe d’avant-guerre. Le massacre des Juifs n’aurait pas été possible sans la complicité de l’opinion allemande. «La propagande antisémite de Hitler s’est déversée sur un terrain fertile et pas seulement en Allemagne, mais aussi en France et en Europe de l’Est. Pendant la guerre, tous avaient besoin des Juifs comme ennemi, un ennemi à la fois capitaliste et bolchevique», assure l’auteur, particulièrement critique envers l’Eglise catholique. L’historien israélien avait été unanimement loué pour le premier tome de sa série sur l’Holocauste, paru en France en 1997 aux éditions du Seuil. L’Allemagne nazie et les Juifs portait sur les prémices de l’Holocauste, de 1933 à 1939.

 

 

[Texte aimablement transmis par G. Brandstatter.]

 

© Libération

 

Mis en ligne le 17 janvier 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org