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Contentieux palestino-israélien

Fayçal Al-Husseini dans sa dernière interview: "Les accords d’Oslo étaient un cheval de Troie
23/03/2007

Dans sa dernière interview, Fayçal Al-Husseini déclarait : « Notre but stratégique est la libération de la Palestine, du fleuve [Jourdain] à la mer [Méditerranée]". Nous remettons en course aujourd’hui le texte de cette interview, parue dans un journal égyptien et traduite par MEMRI, à l’été 2001, que nous avions mise en ligne à l’époque. Il est exemplatif de ce qui se passe aujourd’hui avec le gouvernement palestinien d’union nationale.

20/03/07

Voir aussi : Caroll Azoulay, " La tactique du Cheval de Troie ".
 
MEMRI, Dépêche spéciale - Egypte, 2 juillet 2001 No 236
 
 
En route pour le Koweit, où il devait décéder plus tard d’un arrêt cardiaque, Fayçal Al-Husseiny avait accordé une interview, qui s’avéra être la dernière, au quotidien égyptien Al-Arabi (de tendance nassérienne). Voici des extraits de cette interview, réalisée par le reporter Shafik Ahmed Ali [*].


Les Accords d’Oslo: un Cheval de Troie

Q : Malheureusement, la situation actuelle est la conséquence logique de la signature des Accords d’Oslo par Arafat. Ceux-ci n’affirment pas de manière explicite qu’il faudrait démanteler les implantations, ni même qu’il faudrait en cesser la construction. Ils ne définissent pas clairement quel sera le statut futur de Jérusalem, ni le droit de retour... Mais, entre autres erreurs que vous avez récemment reconnues, ils affirment clairement que l’Autorité palestinienne a l’obligation de confisquer les armes des civils palestiniens...

R : A la suite de la signature des Accords d’Oslo, j’ai dit trois choses :

  • Premièrement, qu’après une longue attente, nous avons mis au monde un enfant [les Accords d’Oslo] plus petit, plus faible et moins beau que ce que nous espérions. Mais il n’en est pas moins notre enfant, et nous avons le devoir d’en prendre soin, de le renforcer et de le développer afin qu’il puisse se tenir sur ses jambes.
  • Deuxièmement, que nous sommes les Juifs du XXIe siècle. Ce qui signifie que nous, Palestiniens, serons comme les Juifs du début du siècle [dernier]. Ils se sont infiltrés dans notre pays au moyen de différents stratagèmes, de passeports en tous genres, et, ce faisant, ils ont beaucoup souffert. Ils ont même dû endurer l’humiliation, mais tout cela avait un but : entrer dans notre pays et s’y ancrer avant de nous en expulser. Nous devons agir de la même façon qu’eux : retourner au pays, le peupler, et développer de nouvelles racines sur notre terre, d’où nous avons été expulsés, et ce quel qu’en soit le prix.
  • Troisièmement, l’armée grecque [antique] n’a pas pu entrer à Troie en raison de discussions et désaccords [internes]. Les forces grecques se sont mises à faire marche arrière les unes après les autres, et, en fin de compte, le roi de Grèce s’est retrouvé seul face aux murailles de Troie ; or, lui aussi souffrait de maladies et de conflits [internes], et il finit par prendre la tête d’un assaut manqué contre les murailles de Troie. [A la suite de quoi] les Troyens escaladèrent les murailles de leur ville, mais ne trouvèrent aucune trace de l’armée grecque, mis à part un cheval de bois géant. Ils poussèrent des cris de joie et firent la fête, pensant que les troupes grecques en déroute avaient laissé derrière elles comme butin de guerre cet inoffensif cheval de bois. Ils ouvrirent donc les portes de la ville pour le faire entrer. Chacun sait ce qui se passa ensuite. Si les Etats-Unis et Israël n’avaient pas pensé, avant Oslo, qu’il ne restait, du mouvement national palestinien et du panarabisme, qu’un simple cheval de bois, ils n’auraient jamais ouvert leurs portes fortifiées pour le laisser entrer. Bien que, contrairement aux Grecs, nous soyons entrés dans ces murailles non pour détruire, mais pour construire, je vous dis maintenant, à tous ceux à qui je me suis adressé lors d’un entretien secret pendant cette période des Accords d’Oslo : "Entrez dans le cheval sans demander en quoi il est fait. Entrez-y, et nous ferons de ce geste le commencement de l’ère de la reconstruction, plutôt que l’ère de la fin de l’espérance". Et en effet, il y a ceux qui sont entrés dans le cheval et qui se trouvent maintenant en territoire palestinien, qu’ils aient soutenu ou non les Accords d’Oslo.
Q : Mais le cheval en question s’est mis à ignorer les critiques - aussi bien celles des partisans d’Oslo que celles de ses opposants - portant sur l’absence d’esprit réellement démocratique pour le guider, et sur son aspect corrompu.

R : Ce que vous dites me rappelle la fameuse réunion des différentes factions palestiniennes il y a trois ans, au retour d’Arafat et de l’OLP à Gaza. Le débat a tourné autour de ces mêmes problèmes: la démocratie, la corruption, etc. Au cours de cette réunion, (ceux qui étaient présents sont encore en vie et peuvent témoigner), j’ai pris la parole en ces termes: " Il y a trois ans j’ai dit ’entrez dans le cheval’, à la suite de quoi tous y sont entrés, et celui-ci a pénétré la [région] emmurée. Il est maintenant temps de dire : ’Sortez du cheval et commencez le travail. Ne restez pas dedans à gaspiller votre temps et votre énergie en discussions sur si c’est un bon ou un mauvais cheval. Voyez plutôt: c’est grâce à lui que vous avez pu pénétrer la ville emmurée’. " Donc, quittez le cheval et faites ce pour quoi vous y êtes entrés en premier lieu. A mon avis, l’Intifada représente, à elle seule, le fait de quitter le cheval. Si on ne s’était de nouveau lancé dans de vieux débats, cet effort aurait pu être beaucoup plus important, porter sur une plus grande étendue et avoir plus d’impact, mais il n’était pas assez clair dans nos esprits que les accords d’Oslo, ou tout autre accord, ne sont qu’une marche à suivre temporaire, ou une étape vers un but plus élevé.
Louez donc Allah: aujourd’hui, nous avons tous quitté le cheval, aussi bien ceux qui étaient du côté d’Arafat que ses opposants. Personnellement, je n’ai jamais vu d’inconvénient à ce qu’ils entrent dans ce cheval tout en étant des opposants. Par contre, j’en aurais vu un à ce qu’ils y restent éternellement enfermés. Maintenant que nous l’avons tous quitté, je vous demande ainsi qu’à vos journalistes de mettre de côté toutes les analyses des événements passés, toutes les vieilles querelles, et de juger les gens en fonction ce qu’ils font véritablement. Notre slogan devrait dorénavant être: " L’Intifada a toujours raison ".

Notre but stratégique : Un Etat qui aille du fleuve du Jourdain à la mer Méditerranée

Q : Quelles sont les frontières de l’Etat palestinien auxquelles vous vous référez, et quelle sorte de "Jérusalem" accepteriez-vous comme capitale de votre Etat ?

R : Cette question me contraint à définir ce que nous appelons nos buts "stratégiques", par rapport à nos buts "politiques", ou buts à réaliser de façon progressive. Les buts "stratégiques" sont les buts suprêmes ; ce sont des buts à long terme, inaltérables, qui se basent sur les droits et principes panarabes historiques. D’un autre côté, les buts "politiques" ont été établis pour un temps limité, en considération [des contraintes] imposées par le système international tel qu’il est, l’équilibre des forces, nos propres capacités, et d’autres points qui varient de temps à autre.
Quand nous demandons à toutes les forces et factions palestiniennes de considérer les Accords d’Oslo et autres accords comme de simples étapes ou des buts à court terme, cela signifie que nous tendons une embuscade aux Israéliens en les trompant. Remarquez que nous faisons exactement comme eux. La preuve en est qu’ils sont conscients du fait - et ils ne s’en cachent pas - que rien d’autre ne les unit autour du territoire qui s’étend du Nil à l’Euphrate, que leur slogan tiré de la Torah: "Voici les frontières du Grand Israël".
Si, pour une raison ou pour une autre, ils ont dû proclamer, pour un temps limité, leur Etat sur une "partie" du grand Israël, ils ont pu, en parallèle, déclarer publiquement que ceci est leur "stratégie" politique, dont ils devront se contenter momentanément en raison des circonstances politiques. D’un autre côté, leur "haute stratégie" demeure l’acquisition du grand Israël. Nous faisons exactement comme eux. En 1947, en accord avec le plan de partage (de l’ONU), ils ont décidé de proclamer leur Etat sur 55% de la terre de Palestine, qui sont devenus 78% pendant la guerre de 1948, puis 100% pendant la guerre de 1967. Cela étant, ils n’ont jamais essayé de cacher que leur but à long terme est le grand Israël, allant du Nil à l’Euphrate. De même, si nous acceptons de proclamer notre Etat sur ce qui ne représente aujourd’hui que 22% de la Palestine, c’est-à-dire la Cisjordanie et Gaza, notre but ultime n’en demeurera pas moins la libération de toute la Palestine historique, du fleuve (Jourdain) à la mer (Méditerranée), même si cela signifie que le conflit durera encore mille ans, ou plusieurs générations.

En un mot, nous sommes exactement comme eux : nous distinguons entre les buts stratégiques à long terme et les buts politiques temporaires, que nous devons accepter pour un temps, en raison de la pression internationale. Si vous demandez au nationaliste panarabe que je suis, quelles sont les frontières palestiniennes selon la stratégie à long terme, je vous répondrai sans hésitation: "du fleuve à la mer". La Palestine tout entière est une terre arabe, la terre de la nation arabe, une terre qui ne peut être achetée ni vendue par qui que ce soit, et il est impossible de laisser faire ceux qui nous la volent, même si [la récupérer] prendra du temps et qu’il faudra payer le prix fort...
Si vous posez la même question au musulman que je suis, ma réponse sera aussi : du fleuve à la mer. L’ensemble du territoire est un waqf islamique, qui ne peut être acheté ni vendu, et on ne peut se taire face à ceux qui nous le volent (…)
Si vous posez la même question au Palestinien ordinaire que je suis, qui se trouve "à l’intérieur" ou en Diaspora, je vous répondrai de la même façon, sans la moindre hésitation. Pourtant, ce que je suis capable d’accomplir et d’accepter aujourd’hui, en raison [des contraintes] du système international, n’est évidemment pas la Palestine "du fleuve à la mer". Afin de réaliser tous nos rêves concernant la Palestine, nous devons, avant tout, nous réveiller pour nous rendre compte de notre position, car si nous continuons de nous comporter comme des rêveurs, nous n’aurons plus où poser le pied.

Comme je me souviens l’avoir déjà dit : nous devons continuer de nous focaliser sur le but suprême. Le vrai danger est de l’oublier. En chemin vers mon but à court terme, je risque de tourner le dos à mon but à long terme, qui est la libération de la Palestine, du fleuve à la mer.

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[*] Al-Arabi (Egypte), le 24 juin 2001. Les sous-titres ont été ajoutés par le traducteur.

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© L’Institut de Recherche Médiatique du Proche Orient (MEMRI).
 
Mis en ligne, le 02 juillet 2001, par Menahem Macina, sur le site de reinfo-israël.com.