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Conflits, terrorisme, oppression, etc.
Terrorisme

Le nouvel équilibre de la Terreur au Proche-Orient, M. Brzustowski
14/03/2007

Il semble que l’on s’achemine vers un réexamen du plan de soutien américain aux forces de M. Abbas. Marc Brzustowski passe en revue la dégradation de la situation dans l’Autorité Palestinienne, non sans faire allusion à ce qui se passe chez d’autres protagonistes arabes : Syrie, Arabie saoudite, Liban, et, bien sûr, en Israël. Bonne analyse d’un connaisseur. (Menahem Macina).

06/03/07

 

 

Sous la pression du Congrès, les Etats-Unis sont en train de réviser complètement leur plan d’aide aux forces loyales de Mahmoud Abbas, qui devaient prochainement se voir créditer d’une nouvelle dotation de 86 millions de $. On sait, depuis longtemps, que les USA entraînent la brigade Badr, à Zarka en Jordanie, sous les bons offices du Général Keith Dayton, coordinateur pour la sécurité dans les Territoires. Mais leur mission était de préserver entières les chances du "partenaire" labellisé, dans le cadre de la lutte d’influence l’opposant au Hamas de Haniyeh. En fait, le récents accords l’englobent, sous le masque d’un Gouvernement censé réunifier toutes les tendances, y compris et surtout les plus extrémistes. Il y a donc maldonne envers le protecteur américain, désormais en situation de faillite quant à la perspicacité de ses "investissements" à fonds perdus, et ne sachant plus, tel le cyclope Polyphème [1], distinguer les moutons noirs des moutons blancs, dans ce vaste échange de maillots trempés de sueur et de sang.

 

Ce n’est sans doute pas un hasard si un article du Washington Times de ces derniers jours, mettait en cause d’autres dotations (à hauteur de plus de 230 millions de $), via l’ONG USAID, au bénéfice des universités palestiniennes (Al Quds, Gaza) inféodées au Hamas, où l’on enseigne l’art de mourir en martyr pour la Cause. L’article a été partiellement démenti par des sources autorisées. Néanmoins, il tire, en quelque sorte, la sonnette d’alarme, dans la perspective d’un gouvernement d’union nationale qui irait comme un gant à la main de fer du Hamas, à l’issue de l’accord de la Mecque.

 

Toute l’infrastructure de la politique de financement de "la paix", dont le sort était confié à l’ex-OLP, depuis 1993, n’aurait finalement servi qu’à accélérer, à pas feutrés, les conditions d’un règne sans partage des islamistes sur l’Autorité Palestinienne (AP), cette fois encore "modérés" par l’argent wahhabite. Les chartes fondatrices seraient portées à leur point d’incandescence, l’Amérique ne parvenant que difficilement à écarquiller les yeux sur l’un des plus "gros mensonges" (C. Glick) de l’histoire des 50 dernières années [2] : la feinte d’une totale absence d’engagement de l’OLP dans le meurtre d’Américains, autant que d’autres Occidentaux, durant sa lutte sans merci contre Israël.


Chacun des protagonistes du Quartette semble maintenant bien comprendre, avec des motivations diverses (Europe, Russie, ONU) que ce plan servirait essentiellement de garantie provisoire, pendant que le Hamas finirait de désosser ce qui reste de la domination du Fatah au sein des institutions palestiniennes ; lequel mouvement de "libération" semble avoir recherché un sursis comme planche de salut dans le cadre de cet accord, plutôt que de rendre gorge, tôt ou tard.


De fait, cette "Union sacrée à couteaux tirés" n’empêche absolument pas les règlements de compte de se poursuivre en coulisse, ni les négociations pour la nomination de ministres de traîner en longueur, puisque, en bout de course, [cette Union sacrée] ne traduit que l’inversion des rapports de force en faveur des troupes de Meshaal et Marzouk à qui, de surcroît, l’on offre l’asile politique en Arabie Saoudite, contre l’ancien refuge de Damas, jugé trop pressurisant et qui pourra s’avérer fort précaire, dès que la Maison Assad aura la tête sur le billot d’un Tribunal International, pour le meurtre de Hariri.

 

Progressivement, les affaires palestiniennes semblent entrer dans le nouvel ordre institué sous la gouvernance de Haniyeh, au détriment de ceux que les accords d’Oslo nous ont habitués à considérer comme les "modérés" du camp palestinien, les héritiers de Yasser Arafat, avec des personnages aussi [peu] recommandables que Marwan Barghouti, chef des Tanzim et des Brigades Al Aqsa, qui purge une peine de prison à vie en Israël, en tant que commanditaire de quelques-uns des pires méfaits de l’Intifada II. Parfois présenté comme le Mandela du terrorisme international, Barghouti est l’axe cardinal de la paix saoudienne, conçue dès 2003, puisqu’il offre, selon la version sunnite, la reconnaissance en échange de nouveaux retraits aux frontières dites de 67, un retour non négociable de réfugiés de 1949 et de leurs descendants, la libération de milliers de Palestiniens emprisonnés. Restaient, certes, les moins antipathiques de ces respectabilités : Abbas, Dahlan, et quelques pacificateurs qui semblent avoir perdu la partie sur le terrain.


Cruellement, pour l’heure, la "réconciliation" intra-palestinienne, qui semble toujours sonner le glas au diapason des mollahs, n’apporte aucune réponse aux exigences du Quartette, à commencer par la reconnaissance d’Israël, et n’a aucune ambition de lutter contre le terrorisme. Ou, plus précisément, cette "lutte" ne passe que par l’intégration des djihadistes au sein des unités loyalistes, comme cela a toujours été le cas, du reste, depuis l’avènement d’Oslo. Tout au plus offrira-t-elle une proposition de trêve de longue durée à un ennemi, Israël, dont on ne reconnaît nullement le droit à l’existence, pendant que les milices et bastions du Hamas continuent de se renforcer, en vue  d’une confrontation plus décisive. Ainsi en est-il de ces forteresses souterraines construites, à Gaza, sur le modèle du réseau de labyrinthes conçus par le Hezbollah au Sud-Liban, qui ont mis en péril les troupes d’élite de Tsahal pendant plusieurs semaines, durant l’été dernier et qui fleurissent à couvert, aujourd’hui sur ce territoire récemment concédé, disait-on, pour le mieux-être de tous, à commencer par celui des voisins proches de Sderot. Dans le même registre, on ne peut s’étonner des mises en garde véhémentes de Youval Diskin, responsable du Shin Beth, quant au nombre croissant de terroristes du Hamas partant recevoir un entraînement en Iran, via le terminal de Rafah confié à la vigilance d’Européens qui préférent regarder de biais. Encadrement qui, à moyen terme, apparaît à ce haut responsable sécuritaire bien plus dangereux que n’importe quel niveau de trafic d’armements par les tunnels, l’un n’allant pas sans l’autre, car, aux bons outils, il faut de bons ouvriers.


Froidement, pendant que les parlementaires, le gouvernement, Tsahal, la défense passive, le contrôleur de l’Etat à Jérusalem, se disputent sur l’urgence de publier les premiers résultats intermédiaires (reportés à 4 mois) à propos du précédent conflit, le Hamas et Téhéran sont patiemment en train de tisser les mailles de leur toile au sud, de façon à mettre en place une nouvelle plateforme prête au déclenchement d’un autre conflit du même ordre.


On est en droit de se demander quels mécanismes de régulation des tensions intra-palestiniennes et anti-israéliennes l’Arabie Saoudite croit avoir réussi à mettre en place. Que vient-elle faire dans cette galère en reprenant, à hauteur d’un milliard de dollars, le contrôle de cette situation explosive ? Vraisemblablement, ce sont là les dernières trouvailles sorties du keffieh, permettant d’offrir encore des voies de négociation honorables à l’Iran, tout en permettant aux Occidentaux de sauver la face, par l’aménagement des conditions visant à repousser un embrasement régional généralisé. Non à cause du conflit israélo-palestinien, mais bien en raison d’une confrontation sunnite-shi’ite, à vif sur au moins trois fronts : Liban, Territoires et Iraq (avec, à la clé, la conférence de Bagdad, prévue pour le 10 mars). On peut admettre que le Hamas se soit offert au plus offrant, tout en continuant de manger aux différents râteliers. Ces grandes manoeuvres diplomatiques, pourtant, ne semblent nullement gêner la poursuite du parrainage iranien des groupes islamistes satellites du Hamas, dont, entre autres, le Jihad islamique, etc. Au contraire, ces manoeuvres semblent lui offrir un parapluie protecteur, dans le conflit sécuritaire qui oppose l’Iran à Washington et au reste du monde, permettant une redistribution des cartes en vue de la déstabilisation à retardement de la région. Riyad ne pouvait escompter a minima "faire la paix" entre les Palestiniens sans en référer au Guide Suprême du terrorisme moyen-oriental.



Il y a fort à parier que Riyad et Téhéran se sont entendus sur le dos de Damas pour préserver, chacun à sa façon, leurs intérêts essentiels dans cette partie de poker menteur : laisser se constituer un Tribunal International dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Rafic Hariri, pour calmer les soutiens occidentaux du Liban et l’Arabie Saoudite, son mentor. Laisser l’accusation porter sur le cercle rapproché autour de Bashar Al Assad, se partager ce qui restera d’un régime-voyou devenu encombrant et de la souveraineté de la Syrie à l’issue d’une condamnation internationale, transposer ce même canevas, en ce qui concerne les affaires internes libanaises, comme on étend les mêmes mesures à une province sous dépendance. L’enjeu est de reporter aussi loin que possible les sombres perspectives d’un conflit général entre shi’ites et sunnites, de calmer l’agitation orchestrée par Téhéran dans les régions pétrolifères des pays du Golfe. Cette guerre "fratricide" aurait pour première victime le mythe de l’unité musulmane, sacrifié sur l’autel des intérêts des grandes puissances : USA, Russie, l’Europe, ou, sur le plan régional, Israël. Il suffit, pour le moment, de s’accorder sur une sorte "d’équilibre de la terreur new look", à travers l’influence exercée sur telle ou telle faction terroriste que l’on a à la botte. L’Arabie Saoudite joue la montre pour éviter tout embrasement global concernant, en premier lieu, son propre territoire, difficilement contrôlable, et assurer la pérennité de son propre régime en contribuant accessoirement à en éliminer un autre, devenu infréquentable (la dynastie Al Assad). Pendant que l’Iran essaie de contourner les embûches, en forme de sanctions internationales, qui sont mises sur ses routes d’exportation de la Révolution islamique.


Ainsi seraient provisoirement réglés les problèmes concernant au moins deux des trois pierres d’achoppement sunnite-shi’ite à l’heure actuelle : la question des territoires palestiniens, celle du Liban, sans que les infrastructures, tant celle du Hamas que celle du Hezbollah, en soient affectées. La hausse des enchères n’aurait lieu qu’au détriment d’Israël, à la faveur, par exemple, de coups d’éclat de nouveaux groupes pro-hezbollahnis libérés de la tutelle allaouite sur le Golan, ou toute autre partie à découvert, au nord comme au sud. A ce jeu, tant l’Iran que l’Arabie Saoudite, ne font, pour le moment que maintenir les pertes à un niveau minimum, réduire le coût d’éventuelles concessions, sans rien avoir à promettre ni à Israël ni aux Américains, sauf à se présenter comme les deux Etats ’stabilisateurs’ de la région.


Là où la supervision occidentale paraît trop forte, l’Iran botte en touche, est prête à courber l’échine et à adopter un profil bas au Liban, pour mieux s’annexer une plus grande  profondeur stratégique et politique en Syrie, quitte à se passer de sa marionnette, Bashar Al Assad, homme-sandwich de toutes les mauvaises causes au Proche-Orient, et surtout les pires. L’homme idéal, en somme, du moins jusqu’à il y a peu, pour l’exécution des basses oeuvres, quitte à ce qu’il se voie progressivement débordé et submergé par des forces pro-iraniennes, au sein même de son entourage, et perde le contrôle de la situation, au profit d’une libanisation de la Syrie, qui n’a jamais été qu’une voie d’échanges et de passage. Ce territoire de transit devenu incontrôlable, à qui s’adressera-t-on, ensuite, pour se plaindre de la porosité des frontières, des passages clandestins de djihadistes, aussi bien vers le Liban que vers l’Iraq ? On s’achemine lentement vers une situation de blocage, proche d’une nouvelle "guerre froide" à l’orientale, situation dans laquelle il n’y a, pour les protagonistes, ni solution viable, ni intérêt à déboucher sur une crise majeure.

 

© Marc Brzustowski

 

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Notes de la Rédaction d’upjf.org

 

[1] Allusion à la légende d’Ulysse, dans L’Odyssée. Prisonnier, avec ses hommes, du Cyclope Polyphème, Ulysse crève l’unique œil du géant avec un pieu. Profitant de ce que, comme à son habitude, le Cyclope sort son troupeau pour le mener au pâturage, ses compagnons se mêlent aux bêtes. Aveugle désormais, et se doutant que ses prisonniers tenteront de fuir juchés sur des moutons, Polyphème prend la précaution de palper le dos de ses bêtes : sans succès, car les fuyards, dûment conseillés par le malin Ulysse, sont agrippés sous le ventre des moutons. (Voir l’article "Polyphème", sur Wikipedia).

 

[2] Voir Caroline Glick, "Le Grand Mensonge qui détient le record de la longévité". 

 

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Mis en ligne le 10 mars 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org