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Menahem Macina

Il ne faut pas donner les Affaires étrangères à Hubert Védrine, M. Macina
15/05/2007

Le 10 septembre 2002, je mettais en ligne, sur mon site reinfo-israel.com, un long billet d’humeur, pour protester contre la tribune inespérée que donnait Elisabeth Schemla, sur son site Proche-Orient.info, à Hubert Védrine, alors en pleine traversée du désert politique. Mon texte s’intitulait "Il ne fallait pas donner tribune à H. Védrine". Il m’est revenu en mémoire à l’occasion du curieux bégaiement de l’histoire que constituerait, si, par malheur, l’événement avait lieu, le retour aux affaires (étrangères, de surcroît) de ce champion de la cause palestinienne contre celle d’Israël. Certes, le contexte est différent : Arafat et Rabin ne sont plus. Sharon (la bête noire de Védrine) est plongé dans un coma qui semble irréversible. Mais les données du problème sont toujours les mêmes, et il y a peu de doute que M. Védrine recyclera demain les ’remèdes’ qu’il prônait hier. En tout état de cause, il ne sera pas inutile d’examiner ce précipité de la torah moyen-orientale de l’ex-futur ministre des Affaires étrangères, ne serait-ce que pour contrôler, le moment venu, à quelle sauce diplomatique mortelle notre cher Etat d’Israël sera mangé. (Menahem Macina).

Notons que plusieurs internautes ont réagi avec vigueur et inquiétude à la perspective d’une ccoptation de Védrine dans le premier Gouvernement du quinquennat du président Sarkozy : "’Tout sauf Védrine’ : des internautes écrivent à M. Sarkozy".

 

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Voir le texte original de cet article (septembre 2002).


De prime abord, l’impression globale qui se dégage de l’examen sommaire de cette interview – surtout si l’on focalise son attention sur les questions posées – est que la journaliste Elisabeth Schemla, qui l’interviewe, ne ménage pas Hubert Védrine, et semble même lui reprocher amèrement son hostilité systématique envers l’Etat juif, son soutien inconditionnel d’Arafat, et son habile esquive de toute condamnation sans ambiguïté du terrorisme palestinien.


Et de fait, les questions sont incisives et critiques. Mais à y regarder de plus près, elles ne mettent jamais vraiment en difficulté le roué personnage. Ceux qui sont familiers de ses contorsions rhétoriques félines ont depuis longtemps pris la mesure de sa virtuosité, de son aptitude à retomber sur ses pattes, de si haut qu’on soit parvenu à le faire tomber.


Car c’est bien là que réside l’ambiguïté, génératrice de malaise, de cette interview. On ne peut se défendre de l’impression d’un échange de bons procédés entre gens bien élevés. Je ne dirais pas que la joute est truquée, ni que les coups sont factices, bien que cela y ressemble fort, mais je m’étonne de l’esprit chevaleresque, proche de l’abnégation chrétienne, dont fait preuve la porteuse de l’écusson aux couleurs de Proche-orient.info, lorsque, au lieu de porter l’estocade à un adversaire, désarçonné et près de mordre la poussière, elle lui laisse, magnanime, le temps de se remettre en selle.


Des preuves formelles ? – Impossible d’en produire. Toutefois, la journaliste et l’interviewé semblent avoir conclu un pacte mutuel de non-agression, dans le style : «Je te laisse poser tes questions vaches, et, en échange, tu feras semblant de ne pas entendre la mauvaise foi de mes réponses.»


A défaut de preuves formelles donc, il y a au moins des indices troublants, des présomptions de non-innocence. Remarque générale, tout d’abord : Védrine nie tout. Pas en bloc, toutefois : il est trop rusé pour cela. Chez lui, jamais de haut-le-corps. L’homme ne combat pas, il esquive. Et force est de reconnaître que, dans cet art, il est passé maître. Même sous forme écrite, ses réponses, toujours mesurées, apparemment pacifiques, voire humbles, ont la même tonalité, terne et menaçante à la fois, que celle de sa curieuse voix cassée, cauteleuse, sinueuse, douce, enveloppante, incantatoire. Quant au style, l’homme donne toujours l’impression de concéder un point à son adversaire, mais c’est pour mieux t’emberlificoter, mon enfant. Ce que Védrine semble donner de la main droite (il commence toujours par la droite), il le reprend prestement de la gauche (comme on s’en doute).


Le texte de l’interview est trop long pour que l’on puisse rendre compte de la totalité des propos hostiles à Israël et surtout à son Premier ministre et à son parti. Je m’en tiendrai donc aux deux cas suivants, parmi une vingtaine d’autres. Les mises en grasses et en couleur sont miennes.


A la question :

 

«Vous qui étiez le héraut d’un certain anti-américanisme, comment en êtes-vous arrivé à cet appel à une ’pax americana’ sous [l’égide de] G. W. Bush ?»,

 

il répond calmement qu’il n’a jamais fait d’«anti-américanisme». Et d’en venir directement à son obsession de toujours, en désignant son ennemi personnel :

 

«Les États-Unis ne résoudront pas le problème en donnant carte blanche à Sharon comme ils l’ont fait dès le début 2001, bien avant donc les attentats de l’automne dernier.»


Sautant sur l’occasion rêvée que lui fournit E. Schemla - qui lui reproche de donner l’impression que soutenir Sharon, s’est se désengager du dialogue israélo-palestinien -, le vieux routier de la politique étrangère française en profite pour exposer, avec une autorité tranquille, sa ’torah’ moyen-orientale :

 

«Georges Bush a marqué un tel accord avec Ariel Sharon, lors de la première visite du chef de gouvernement israélien à Washington, en mars 2001, que celui-ci en est pratiquement reparti les mains libres. Or, son programme, parfaitement connu, était déjà de casser l’Autorité palestinienne et le processus de paix d’Oslo

 

Vous auriez laissé passer cela sans frapper, vous ? (je parle évidemment à des gens à qui importe le sort d’Israël)… - Elisabeth Schemla, elle, encaisse sans broncher ce credo anti-Sharon, qui – il convient de le souligner – est l’antienne inlassable de la liturgie anti-israélienne qui se célèbre en permanence à la Cour de France.


Mais, patience, la championne de la cause de la vérité repart à l’attaque. Et cette fois, aucun doute, le chevalier Védrine va être arraché de sa selle.


Coup direct de Schemla :

 

«Selon vous, la politique américaine serait dictée de l’étranger, et par les Juifs ? C’est quelque peu choquant ! »

 

Védrine, qui esquive :

 

« Est-ce choquant, ou est-ce vrai, de rappeler que le processus de paix a été, pour l’essentiel, promu par des gouvernements de gauche ou de centre-gauche, à commencer par Rabin, qui a été prodigieux d’intelligence et de courage ? »

 

Méthode classique : exalter Rabin : un Israélien et, accessoirement, un Juif, pour mieux en salir un autre : Sharon. Et Védrine de renchérir :

 

«Est ce choquant, ou simplement vrai, de constater que la droite israélienne… a dit, dès l’origine, qu’elle voulait casser Oslo, qu’elle n’accepterait jamais l’idée d’un État palestinien…»

 

Plus fort encore :

 

«La diabolisation d’Arafat, qui a pris ces derniers temps une allure obsessionnelle, était présente dans le discours de la droite dès les Accords d’Oslo…», et a «fini par se propager aux États-Unis».


A ce compte, le Chancelier allemand d’aujourd’hui devrait se défier de la France, au motif que ce pays, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et surtout après l’Occupation brutale de son pays par l’armée allemande, avait tenu, comme c’était bien compréhensible, des propos anti-allemands d’une violence inouïe. Que vous en semble ? L’argument n’est-il pas infantile ? E. Schemla, n’aurait-elle pas dû objecter que l’ex-Ministre des Affaires étrangères usait là d’un argument an-historique, voire anachronique, outre qu’il diabolise à bon compte la droite israélienne, dont il affirme, sans autre fondement que celui de ses certitudes obsessionnelles, qu’elle n’acceptera jamais un Etat palestinien, au mépris des affirmations contraires récentes d’Ariel Sharon – évidemment nulles et non avenues aux yeux de l’omniscient homme politique français.
La tirade de ce dernier à propos de cette question est longue et il faut la lire attentivement, car elle constitue un précipité de toutes les obsessions anti-américaines et anti-israéliennes de Védrine.


Quant à l’estocade, ce n’est pas Schemla qui la donne à Védrine, mais ce dernier qui l’administre à Schemla, lorsqu’il parle d’une

 

«convergence entre les droites israélienne et américaine»,

 

censée se traduire par

 

«une efficace politique d’asphyxie du processus de paix», et d’une «politique d’Ariel Sharon… mûrement déterminée… habilement menée et [qui] s’est nourrie des circonstances.»



Autres fleurs venimeuses, que je ne commenterai pas, pour ne pas allonger cet article, mais dont je précise que, comme ce qui précède, elles n’ont pas suscité de réfutation ni la moindre mise en perspective de la part de la journaliste.

 

  • « C’est une coalition dans laquelle le Likoud a tous les pouvoirs et où les Travaillistes sont otages.
  • Sharon est habile et résolu. Les auteurs d’attentats-suicide lui facilitent la tâche…
  • Tout a été fait, après 1967, et encore plus depuis le processus de paix, pour que l’État palestinien soit irréalisable !
  • La politique de colonisation vient chronologiquement avant les attitudes et les manquements palestiniens… Quand des gens sont dans la situation des Palestiniens – sans vrai État, sans vraie administration, sous occupation, avec des bouts d’autonomie fragiles, contestés, réversibles, noyés dans la misère, la répression et l’humiliation est-ce de l’utopie chimérique que de leur demander de remplir parfaitement [les] conditions [préalables à la paix], ou est-ce du cynisme ?
  • Il faut être pragmatique. Le processus d’Oslo est mort, et on sait du fait de qui. [Pour Védrine, il est clair que c’est du fait d’Israël.]
  • Je crois, hélas, que du côté israélien, il y a eu, dans certains services, une partie de l’armée, certaines des forces politiques, la volonté délibérée de transformer tous les Palestiniens en une masse uniformément hostile. Pour s’épargner le cauchemar d’avoir à négocier avec des Palestiniens légitimes et raisonnables et d’avoir à faire des compromis.
  • Le texte signé par la France et condamnant les «massacres» de Jénine ne m’a jamais été soumis. Si cela avait été le cas, je n’aurais pas accepté le paragraphe dans lequel on qualifiait par avance de « massacre » ce qui s’était passé à Jénine. [Mensonge !].
  • On ne savait pas [qu’il n’y avait eu ’que’ 50 morts] quand il y a eu le vote à Genève, et toujours pas au moment où Sharon a torpillé la commission d’enquête, très impartiale, que Kofi Annan avait mise sur pied… cela aurait été mieux du point de vue du gouvernement israélien de laisser travailler cette commission [encore la faute à Sharon !].
  • On peut comprendre que certains Français d’origine arabo-musulmane se sentent solidaires des Palestiniens, quand on voit ce qui se passe dans les Territoires occupés… Je n’ai fait que citer les propos de Théo Klein… »



Fallait-il, sous prétexte d’objectivité journalistique et de droit à l’expression, donner à celui qui fut le ministre français le plus systématiquement, le plus férocement hostile à l’actuel gouvernement israélien d’union nationale démocratiquement élu, une tribune, dont les aléas de la politique l’avaient, à notre grand soulagement, miraculeusement privé ?


Comme on le voit, il a usé sans vergogne de cette occasion rêvée pour prêcher urbi et orbi son évangile anti-Likoud, anti-Droite israélienne, anti-Sharon, et déverser impunément le poison toxique de ses contrevérités dans les cerveaux d’internautes non vaccinés contre la désinformation.


………………………


 

Post-scriptum (14 mars 2007)



Tel est donc l’homme auquel le nouveau Président, Nicolas Sarkozy, envisagerait de confier le destin de nos coreligionnaires israéliens.

 

Est-il possible que nous nous soyons trompés à ce point en votant massivement pour cet homme de droite, qui nous semblait décidé à rompre avec "la politique arabe" et majoritairement anti-israélienne, de la France" ?

 

Si délicate que soit notre position, il me semble que nous ne devons pas nous taire. Sans recourir à l’invective et à la menace, il faut trouver un moyen de nous faire entendre du futur président sur cette question, capitale pour tous les Juifs et les Juives auxquels le sort d’Israël est cher.

 

Menahem Macina

 

© upjf.org

 

Mis en ligne le 14 mai 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org