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Menahem Macina

Les ’méchants Israéliens’, encore et toujours, vus par ’l’humaniste’ belge, Louis-Michel,
03/05/2007

03/04/07

 

Dans un article intitulé "En Cisjordanie, le constat alarmant du commissaire européen Louis Michel", paru le 29 avril dans Le Monde, le journaliste Michel Bôle-Richard, connu pour sa couverture largement biaisée du conflit palestino-israélien, se livre, une fois de plus, à l’exercice, gratifiant pour les reporters en mal d’inspiration, qui consiste à braquer les projecteurs sur le cas d’une famille palestinienne victime d’une situation de guerre. A ce jeu du reportage intimiste, il est facile de faire pleurer les Margot des chaumières de France et de Navarre et d’emplir de rage les cœurs généreux des « petits justiciers » de Café du commerce de tout poil, trop heureux de décharger leur haine inculte sur la première tête de massacre qui s’offre à eux. Et notre journaliste ne se prive pas de leur en offrir une, dont on sait le succès imparable : le "méchant" Israël. Sachant qu’"une image vaut mille mots", et qu’un récit racoleur a le poids de l’image, pourquoi se fatiguerait-il à rédiger une analyse sérieuse qui, de toute façon, ennuierait son lecteur.

 

Tout est fait, dans ce papier, pour peindre, à l’intention du lecteur crédule, un tableau manichéen de la situation.

La maison du "bon Palestinien" est,

« coquette, bordée d’arbres et de rosiers… » [mais] « entourée de tous les côtés par une haute clôture, double à l’arrière, équipée d’un système d’alerte électronique. ».

Encerclée, en quelque sorte, par cette armée de barbares.

Pire :

un « mur de huit mètres de haut… barre l’horizon… Il y a bien une « route goudronnée », mais elle « ne mène nulle part », car elle est « barrée à chaque extrémité par de lourdes portes métalliques ».


Bôle-Richard nous narre avec émotion que,

« pour rentrer ou sortir de chez lui, Hani Amer, sa femme et ses six enfants [soit 8 personnes, si vous n’avez pas bien compté] disposent d’une clé qui leur permet d’ouvrir la porte de "la clôture de sécurité" »

Le rôle des guillemets, vous l’aurez compris, est celui d’un clin d’œil ; façon de dire : clôture de sécurité ? - Mon œil ! C’est pour persécuter les Palestiniens qu’elle a été érigée.

On apprend que le "bon Palestinien" 

«a dû batailler ferme auprès des autorités israéliennes, avec l’aide d’organisations humanitaires internationales [bon, on comprend mieux: il n’est pas si seul que ça !], pour l’obtenir [la clé] et pouvoir ainsi sortir de la prison qu’est devenue sa maison... ».

Voilà le grand mot lâché. Les Israéliens ne se contentent pas d’emprisonner les "militants" palestiniens, qui ont (par mégarde…) les armes à la main. Voilà qu’ils s’en prennent à de "paisibles" civils, à présent.

Et tout cela, bien sûr,

« pour protéger les maisons de la colonie d’Elkana construite à cinq kilomètres à l’est de la Ligne verte, la frontière d’avant la guerre de 1967 ».

La colonie – vous entendez bien. Ces "colons" israéliens, tout de même, doivent penser les Monsieur Dupont et les Madame Durand de France : des accapareurs, comme tous ceux de leur race. Après tout, ils n’ont rien à faire dans ce pays arabe !

Et n’essayez même pas de suggérer à ces justiciers au petit pied que ce pays a longtemps été juif, puis terre chrétienne, avant que les Arabes ne l’envahissent et l’accaparent. C’est de l’histoire ancienne, vous rétorquera-t-on. Parce que, bien entendu, l’histoire musulmane - qui commence à la fin du VIIe siècle de notre ère -, n’est pas, elle, frappée d’antiquité, donc caduque. Allez savoir pourquoi.

En plus, sans le dire expressément, Bôle-Richard insinue qu’ils l’ont fait exprès, ces Israéliens :

« le gouvernement d’Ariel Sharon a décidé d’établir la barrière de sécurité juste après la maison de la famille Amer, englobant celle-ci dans l’enceinte de la colonie. »

Vous voyez d’ici le tableau : les services d’aménagement du territoire, les stratèges militaires, les politiques, tous unis contre cette malheureuse famille. Le combat est par trop inégal, n’est-ce pas ? Mais, que le lecteur se rassure, à l’instar des habitants du célèbre village gaulois qui, à en croire le créateur d’Astérix, défiait jadis la puissance romaine,

« Hani Amer, paysan opiniâtre et résolu, a décidé de ne pas se laisser faire ».

Suit une présentation émotionnelle de la "victime" - ou du héros, si vous préférez :

« Cet agriculteur de 50 ans, issu d’une famille de réfugiés de la région de Kafr Kasem, aujourd’hui en Israël, à une dizaine de kilomètres à l’ouest… doit subir les jets de pierre des colons installés juste derrière sa maison, parcourir 15 kilomètres et franchir trois check-points pour aller cultiver ses champs. Il éprouve les plus grandes difficultés pour vendre les produits de ses terres. Il doit affronter les vexations des soldats et se soumettre à leur bon vouloir pour pouvoir se déplacer. Hani Amer est devenu le prisonnier de sa maison : "Telle est notre vie et je ne peux rien y faire. Si je laisse la porte ouverte trop longtemps, les soldats arrivent tout de suite. Ils savent tout ce que je fais." »

Qui ne se révolterait face à un tel traitement, s’il correspondait à la réalité ? Mais c’est le cas, puisque Bôle-Richard, ci-devant journaliste du Monde, l’écrit.

Et puis, il a un allié de poids : le Belge Louis Michel, Commissaire européen pour le développement et l’aide humanitaire. Et le journaliste de nous préciser qu’après avoir écouté le récit de ce malheureux homme, Louis Michel, en visite sur place, le jeudi 26 avril, a commenté :

« Cette famille vit dans un état de siège et de terreur permanents. Ma question est simplement celle-ci : Est-ce que la sécurité d’un pays justifie pareille mesure ? ».

Siège, terreur… La sécurité ? Allons donc…

Les personnes de bon sens percevront l’énormité de ces hyperboles, penserez-vous sans doute. Voire.

En tout état de cause, le journaliste nous informe qu’au cours de cette visite de trois jours, qui devait se poursuivre en Jordanie et en Syrie, M. Michel a constaté que

« la situation humanitaire dans les territoires (occupés) n’a sans doute jamais été aussi mauvaise. Près de 60 % de la population vivent désormais sous le seuil de pauvreté de 2 euros par jour. Depuis 2006, la pauvreté a augmenté de 30 %. Près de 35 % de la population, soit 1,3 million de Palestiniens, sont victimes d’insécurité alimentaire. »

Comme vous l’aurez sans doute compris, Louis Michel ne fait que réciter les statistiques qu’on lui a communiquées. On, c’est qui ? Ben voyons : les autorités palestiniennes. Mais n’ayez surtout pas l’impudence de mettre en doute ces chiffres. On vous répondra sèchement : « Vous préférez sans doute croire aux ’statistiques’ israéliennes ? »...

Selon le commissaire européen, qui se fie toujours à ses sources - que vous n’aurez tout de même pas l’impudence de considérer autrement que comme "objectives" -,

"près de la moitié des enfants souffrent d’anémie. La mortalité infantile a augmenté de 15 % au cours de ces dernières années. Près d’un quart de la population n’a pas accès à l’eau. L‘économie dans les territoires est devenue largement une économie de subsistance, voire de survie au quotidien".

Il s’insurge également contre les contraintes imposées à la population palestinienne.

"Le système de fermeture et de contrôle mis en place par Israël, combiné avec un système routier exclusif au bénéfice des colonies, est certainement la cause la plus décisive dans la crise humanitaire actuelle, a-t-il dénoncé. En morcelant le territoire, en bloquant ou limitant les mouvements de manière imprévisible et arbitraire au travers de plus de 800 points de contrôle fixes et de 80 mobiles, ce système annihile toute chance de développement économique dans les territoires."

Autrement dit, si les Palestiniens sont dans cette situation douloureuse, ce n’est en rien leur faute, mais celle des Israéliens qui se prévalent de prétextes sécuritaires pour les persécuter.

Chacun tirera, de ces accusations graves, les conclusions qu’il voudra – ou pourra. Mais ce qui est clair, c’est que, conformément à la stratégie cynique du "Grand mensonge", et de l’"inversion de la réalité", que nous documentons sur ce site (voir, entre autres, D. Pipes, "Où le «Grand Mensonge» nazi se perpétue"), le matraquage idéologique hostile à Israël porte déjà du fruit. On peut, en effet, compter sur les doigts de la main, les journalistes de grands quotidiens français, qui ont la lucidité et le courage de présenter honnêtement les mesures israéliennes - flétries, ci-dessus, par le Commissaire européen belge -, pour ce qu’elles sont, à savoir : des précautions indispensables, face aux entreprises meurtrières d’un ennemi résolu au pire, et qui l’a amplement prouvé.


Pour finir, la lecture de la dernière phrase de l’article du journaliste du Monde, laisse rêveur et, à tout le moins, en dit long, par son laconisme même, sur le type de haine et de fanatisme auquel est confronté quotidiennement l’Etat d’Israël depuis des décennies, et sur le bien-fondé des lourdes mesures sécuritaires qu’il est contraint de prendre pour défendre l’existence de ses citoyens :

« [Louis Michel] ne s’est pas rendu à Gaza, mais il a rencontré la ministre israélienne des affaires étrangères, Tzipi Livni, pour lui faire part de ses préoccupations. »

Bôle-Richard ne nous dit pas pourquoi Gaza n’a pas fait partie de la tournée politique de Louis Michel. C’est inutile : tout le monde le sait.

Il est tout de même inquiétant que ce Commissaire européen, partisan inconditionnel des Palestiniens, et censeur implacable de "l’immoralité" de l’Etat d’Israël, ne puisse, sans risque pour sa vie, se rendre dans le haut lieu de la "juste cause" des "bons Palestiniens », qu’est Gaza.

Il est vrai que tout est possible venant d’"amis" de cette nature. A preuve, le cas navrant du journaliste occidental Johnston (*), entièrement dévoué à la cause palestinienne, et néanmoins enlevé et menacé de mort par ceux que les blanchisseurs de la réputation palestinienne - hommes politiques, penseurs, écrivains et journalistes et autres Don Quichotte de la plume -, s’évertuent, à présenter sous un jour flatteur, tandis qu’ils ne cessent, à longueur d’année, de diaboliser le seul paria du Moyen-Orient : l’Etat démocratique d’Israël.

 

(*) Voir, ci-dessous, les rélexions douces-amères sur le cas Johnston, émises récemment par Caroline Glick, dans un remarquable article intitulé "Le maillon faible" [Le ressentiment britannique irrédentiste envers Israël].

« L’ignominie que la Grande-Bretagne a endurée de la part de l’Iran est survenue une semaine après que le journaliste de la BBC à Gaza, Alan Johnston, ait été enlevé par des terroristes palestiniens. Après un mois de silence, dimanche, ses ravisseurs ont annoncé qu’ils avaient exécuté Johnston… Mais avec ou sans sac mortuaire, les Britanniques étaient excusables de se sentir encore plus désemparés par le sort malheureux de leur journaliste, que par la prise en otages de leurs militaires dans les eaux de la côte irakienne. Après tout, depuis les années 1920, les Arabes palestiniens n’ont pas d’amis plus fidèles que les Britanniques. Jusqu’à la Déclaration d’indépendance d’Israël il y 59 ans, les Britanniques ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher l’établissement d’un Etat juif. Ils ont même facilité l’Holocauste en empêchant les Juifs pris au piège en Europe de se réfugier en terre d’Israël. Depuis qu’Israël a proclamé son indépendance, les Britanniques ont été les détracteurs acharnés de l’Etat juif et les champions des Arabes. Dans les années récentes, le soutien britannique aux Palestiniens contre Israël a été l’un des cris de ralliement non seulement du Foreign Office [Ministère des Affaires Etrangères, Ndt], mais également de la société britannique dans son ensemble. En rupture aiguë tant avec la politique britannique officielle qu’avec celle de l’Union européenne, le consul général de Grande-Bretagne à Jérusalem, Richard ’Makepeace’ [ironiquement, ’faiseur de paix’, Ndt] a eu, le 5 avril, des pourparlers ouverts avec le commandant terroriste du Hamas et Premier Ministre de l’Autorité Palestinienne, Ismail Haniyeh, pour tenter d’obtenir la libération de Johnston… Le pauvre Johnston faisait preuve d’un tel parti pris en faveur des Palestiniens qu’on peut lui pardonner de s’être cru à l’abri de la terreur palestinienne… Pour le syndicat des journalistes palestiniens, Johnston est « bien connu pour ses opinions favorables aux Palestiniens ». Bien entendu, il n’y a rien d’extraordinaire dans les positions anti-israéliennes de Johnston. Le jour précédant son exécution, ses collègues de Grande-Bretagne se sont surpassés pour prouver leur hostilité envers Israël. Par un vote de 65 contre 55, vendredi dernier [13 avril], le Syndicat National des Journalistes Britanniques a voté le boycott des marchandises israéliennes… »

 

Menahem Macina

 

© upjf.org

 

Mis en ligne le 03 mai 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org